Collaborer avec les delphinariums ?
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Est-il possible de collaborer avec les delphinariums lorsqu'on aime les dauphins et qu'on veut les défendre ? Est-ce un pas nécessaire que d'ouvrir le dialogue avec eux et d'échanger des informations sur le bien-être des dauphins ? Voilà
pourtant bien le
rêve de l'Industrie de la Captivité : redevenir un interlocuteur
honorable, cesser d'apparaître comme un
pur producteur de spectacles et faire croire au grand public que les
delphinariums servent à la fois la science, l'éducation des enfants et
les dauphins qui s'échouent ! |
La démarche de Delphus
En été 2002, l'association belge DELPHUS, pourtant bien connue pour sa lutte contre les delphinariums et l'une des rares à s'afficher comme telle, publiait l'éditorial suivant dans son bulletin d'informations, sous la signature de son Président, B. de Grunne :
"Vous serez peut-être étonné, en recevant ce numéro de notre bulletin, tant en ce qui concerne sa forme que son contenu. Tout cela nécessite un mot d'explication sur le pourquoi de la forme et le pourquoi du contenu.
Après de très longues discussions, au sein de notre bureau, et en parfait accord avec les termes de nos statuts, Delphus a décidé d'ouvrir ses colonnes aux responsables des parcs aquatiques, ceci pour apprendre à les connaître et apprécier ce qu'ils peuvent nous apporter, tant au niveau de la connaissance des dauphins, que de leur protection et leur sauvegarde. La connaissance est le fruit de l'écoute et du silence. Ce projet mettra quelque temps à se mettre en place, mais j'ai souhaité vous en informer au plus tôt, car je soutiens ce projet et je souhaite le voir aboutir dans les meilleures conditions.
Ensuite, comme la période des vacances se prête mal à la publication d'un numéro complet, nous avons choisi de publier un numéro moins important mais qui sera suivi, d'ici peu, par nos premiers reportages.
Delphus s'engage sur une nouvelle route, je vous demande de nous suivre dans le sillage que nous trace les
dauphins"
Suivait ensuite une interview du Dr Gérard Lippert, Vice-Président de
l'association :
Q. -" Docteur Lippert, vous êtes Vice président de Delphus, et nous apprenons que votre association souhaite ouvrir un dialogue avec les parcs aquatiques, en général, et les delphinariums, en particulier. Que s'est-il passé et comment expliquez-vous ce changement ?
R. - " Nous restons fidèles à nos objectifs mais nous désirons exprimer notre souhait d'écouter et de dialoguer avec ceux qui, dans le milieu des parcs aquatiques, consacrent leur vie aux dauphins. Nous sommes persuadés qu'ils ont des choses à nous dire et à nous apprendre. On nous a reproché de ne pas leur donner assez la parole. Nous voulons la leur donner, pour qu'ils
nous expliquent les raisons réelles de leurs activités, et leurs objectifs.
Q. - " Pendant des années de nombreuses associations, dont Delphus, ont milité en faveur de la fermeture des Delphinariums, et maintenant vous acceptez de leur ouvrir vos colonnes. Que s'est-il passé
?"
R. -" Delphus a toujours souhaité agir dans un esprit d'ouverture et de tolérance. Le dauphin nous donne, dans cette optique, un merveilleux exemple. Mais cela nécessite le respect de l'autre. C'est dans cet esprit que nous nous engageons dans cette nouvelle
voie".
Et le bulletin de terminer en annonçant une
longue série d'enquêtes sur les belles réalisations scientifiques du Mundomar
Park à Bénidorm en Espagne, avec une interview du dresseur de dauphins Kees De
Groot en sus.
"En un mot, nous découvrirons, au-delà de l'image traditionnelle que nous
avons des parcs aquatiques, la face plus cachée des multiples activités
scientifiques et éducatives qui s'y exercent".
Que faut-il penser de ces suggestions ?
Nous croyons certes, comme Delphus, que seul un dialogue ouvert et public entre tous les acteurs concernés
– ce fut le cas
en Grande Bretagne dès 1986 – peut amener à des solutions raisonnables, tout à la fois
respectueuses de ce qui constitue une source réelle de revenus et d'emplois pour les uns, un
problème d'éthique et de pédagogie pour les autres et une souffrance intense et
continue pour ceux qui n'ont pas le droit à la parole, c'est à dire
les dauphins eux-mêmes !
Nous regrettons vivement, par exemple, que le Zoo de Duisburg n'ait pas écouté nos
suggestions quant à une stimulation accrue de la vieille delphine
Iris,
car nous étions prêts à l'aider de toutes les manières, dans le
cadre même du Zoo.
Par ailleurs, s'il advenait qu'un jour, une loi globale vienne à interdire tous les
delphinariums d'Europe, il
faudra bien évidemment aider les delphinariums à s'adapter progressivement et
à recycler tant leur prisonniers que leur personnel. Il faudra collaborer étroitement avec eux pour organiser le déplacement des
captifs vers des lagons de retraite ou pour préparer leur retour en mer.
Des structures d'accueil intermédiaires devront être conçues pour
la plupart des anciens prisonniers, gravement acculturés au contact de l'homme.
Certains
parmi ces dauphins, capturés de fraîche date, pourront sans doute retrouver rapidement la vie libre mais il est évident que les dégâts de la
captivité sont tels qu'une réhabilitation de « vieux dauphins » s'avère toujours indubitablement
difficile. Ceux-là devraient à tout le moins finir leur vie dans un lagon de retraite en
plein air, au soleil et dans de la véritable eau de mer avec de vrais
poissons. Le soutien technique des professionnels de la captivité nous
sera là aussi nécessaire.
A l'inverse, afin d'informer de manière réelle et efficace les jeunes générations
et le grand public, les Zoos et autres parcs d'attractions disposant encore de tels
delphinariums devront progressivement remplacer les bassins par des installations récréatives plus en phase avec notre
époque : les dernières techniques audio-visuelles du XXI siècle - IMAX, films
en relief, simulations interactives, animations virtuelles, etc. ) permettent en effet de reconstituer, dès aujourd'hui et de manière particulièrement frappante, le monde fascinant
des cétacés et leurs échanges sonores. Bien plus que le spectacle de créatures malades et sous contrainte, voilà qui
ferait réellement découvrir aux enfants de nos écoles, pour paraphraser le
primatologue Franz de Waal, l'immense "bonheur d'être un dauphin
libre" et qui leur ferait également mieux comprendre l'urgence de préserver de telles cultures non-humaines.
Nous nous tenons prêts à soutenir les delphinariums
dans cette courageuse démarche.
En
revanche, là où les propos de l'association Delphus
nous choquent, c'est
lorsqu'ils suggèrent que les delphinariums pourraient encore, de quelque
manière faire progresser nos connaissances des dauphins et le bien-être de
ceux-ci.
Il ne s'agit là que de l'habituelle argumentation des delphinariums
eux-mêmes, qui fait
l'impasse sur des faits essentiels :
1. Le dauphin est un animal
autonome et conscient de lui-même, disposant de culture, de langage et d'une vie sociale
extrêmement complexe.
A ce
titre, il n'a pas à subir un emprisonnement à vie pour une faute qu'il n'a pas
commise. Il a le droit de rester libre et d'élever ses enfants selon ses
traditions, dans un environnement adapté à ses besoins. (Voir
notre article "Ethique et captivité" )
2. Même si les conditions de captivité sont un
peu moins
pénibles aujourd'hui en de très rares établissements d'Europe ou des USA, la toute grande
majorité des delphinariums ne sont que des abattoirs, des cirques aquatiques
cruellement inutiles. Toutes les recherches scientifiques qui pouvaient y être faites se sont achevées vers
1970 et il y a belle lurette que les chercheurs se sont tournés vers les études de terrain.
Vanter les mérites de delphinariums actuels à ce niveau revient surtout à les
féliciter pour leur politique de propagande habile, qui dissimule les drames de
la captivité sous les logos clinquants de pseudo-instituts en faveur de la mer
ou d'autres initiatives de sauvetage des dauphins échoués.
(Voir notre article "recherches à Bruges" )
3. Le dauphin, en tant "qu'animal de zoo", a des exigences tout à
fait exceptionnelles. Ce mammifère aquatique profilé pour la
vitesse et les plongées profondes supporte mal la captivité. Malgré les
affirmations des industriels de la captivité, aucun dauphin de la seconde
génération n'a encore vu le jour. Même si la durée de vie s'est un peu
allongé pour les dauphins captifs depuis les années 80, grâce au recours
massif aux médicaments et à diverses technologies , on impose encore et
toujours aux cétacés captifs un milieu de vie totalement nu et étroit ,une
piscine en béton, pour l'obliger à regarder hors de l'eau.
De toutes les manières, aucun bassin, aucun lagon clos ne saurait valablement satisfaire ses besoins
psycho-physiologiques, pas plus qu'une cellule de prison, si vaste soit-elle, ne saurait remplacer la réalité
quotidienne du monde libre chez l'homme.
(Voir notre article : Pourquoi les delphinariums
doivent disparaître)
4. Choisir l'Espagne comme première étape d'un tour du monde des "bons
delphinariums" (?) est tout particulièrement choquant, quant on sait le
rôle majeur que joue ce pays sur le plan du trafic de cétacés captifs
dans le monde et surtout vers les autres pays latins.
Nombreuses sont les sociétés commerciales espagnoles qui traitent avec Cuba ou
les trafiquants russes afin de ré-alimenter non seulement les delphinariums
espagnols mais aussi pour fournir des "swimming pools" mortelles comme
celle de Manati Park dans les Caraïbes.
En
ce qui concerne Mundomar, rappelons que pas moins de 15 dauphins sont maintenus captifs dans cet établissement. Sept
d'entre eux se chargent d'assurer les shows, les autres regardent et attendent.
Cinq bébés dauphins seraient nés dans la piscine de Mundomar. Avec quel
avenir ?
Nous savons aussi de source sûre qu'à plusieurs reprises, des dauphins ont été
capturés dans les Caraïbes - sans doute à la fin des années 90 - pour
ré-alimenter les piscines de cet établissement commercial.
(Voir notre article : dauphins à vendre)

Espagne : des lunettes sur le rostre d'un
dauphin.. Educatif ?
Depuis
la publication de cette page, nous avons reçu un courrier de l'association
DELPHUS qui nous assure " (...) Il ne faut pas
se méprendre sur nos intentions. Nous visiterons plusieurs parcs marins en
Europe, et, une fois que nous les aurons visités, nous tirerons les
conclusions. Nous croyons que circulent, de part et d'autre, trop d'informations
inexactes nous souhaitons faire un état des lieux, rien de plus Delphus n'a pas
changé de cap, mais nous souhaitons être bien informés. C'est là le but de
notre démarche (...) ".