Zoos dans un monde en crise

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Anvers 2012. Photo YG

La sauvegarde de la biodiversité aux bons soins des parcs d’’attractions !   

Une famille de gorilles abattue à la mitrailleuse. Que pouvait donc faire ce mâle dominant pour défendre sa femme et ses enfants face aux fusils des hommes ? Il est mort au milieu de siens, malgré tout son courage.

Au Zoo d’Anvers, de tout jeunes chimpanzés étaient importés en nombre du Congo belge par la compagnie aérienne Sabena, après qu’on eut tué toute leur famille et qu’ils ne meurent à leur tour à très court terme, de penumonie ou de désespoir. Ils avaient assisté au massacre de toute leur famille, supporté l’horreur du voyage et n’étaient pas destiné à durer.

Le zoo se souciait peu alors de « programmes de reproduction », puisque les populations de grands singes africains étaient encore abondantes et qu’on y puisait sans vergogne de nouveaux détenus.

Que nous ont-t-il appris, ces malheureux, sur la vraie vie qui était la leur, leurs sociétés, leurs cultures ? Qui les a jamais vu pêcher les termites avec une baguette ou casser des noix sur une enclume ?
Au nom de quoi sont-ils mort en exil ?

Depuis lors, plus de 60 ans plus tard, peut-on dire que les zoos aient jamais vraiment aidé les grands singes ? 
Ceux-ci sont aujourd’hui au bord extrême de l’extinction, au même titre que les thylacines le furent un jour sous nos yeux impavides, alimentant les zoos australiens ?

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Lire sur Code Animal : le rôle des zoos.


Octobre 2006

Le Zoo d’Anvers est primé pour ses travaux de recherche

« La Cellule de recherche CRC (Centre for Research and Conservation) du Zoo d’Anvers a reçu début octobre le « Research Award 2006 » lors d’un congrès de l’association européenne des zoos et aquariums, EAZA (European Association of Zoos and Aquaria). Ce prix récompense le travail de longue haleine du CRC, qui a notamment fourni des avancées en matière de recherche scientifique sur les singes bonobos. « Ce prix prestigieux confirme la position de leadership que la Société Royale de Zoologie d’Anvers occupe au sein de l’EAZA dans le domaine de la recherche« , affirme Ilse Segers, porte-parole du zoo».

Voilà qui fait plaisir !

Et qui renforce encore, si besoin était, l’image hautement positive de nos zoos européens auprès des responsables politiques, d’autant que, si nous nous souvenons bien, c’est l’ancien directeur du Zoo d’Anvers, M. Fred Daman, qui a lui-même fondé l’EAZA !

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Bonobo à Planckendael 2014

Mais de quelles recherches s’’agit-il vraiment ? 
Quel impact positif ont-elles réellement apporté au bénéfice des ultimes Grands Singes qui survivent encore dans des pays en guerre ou privés de leurs forêts ? Ces singes qu’on mange désormais comme une délicatesse à la table des dictateurs africains ?

En quoi le fait de savoir que le bonobo mâle soit sujet, comme nous tous, aux variations de son taux de testotérone, ou qu’il souffre du manque d’espace en captivité (« Effect of spatial crowding on aggressive behaviour in a bonobo colony ») peut-il aider ses homologues encore libres ?

Comme pour les dauphins, les études éthologiques n’ont que peu de valeur lorsqu’elles sont menées en milieu captif.
Les vraies cultures des grand singes ne se manifestent qu’in situ, au sein de la la forêt primaire et nulle part ailleurs !

Par ailleurs, est-ce le rôle des parcs d’attractions que de prendre en charge la protection de la biodiversité ?
Et qui sont ces gens qui se trouvent derrière ce fameux sigle EAZA ?

C’est ce que nous allons tenté de savoir au fil des lignes qui suivent…


 

«Plus que le manque de confort, c’’est l’’ennui qui transforme la vie des animaux en zoo en pur cauchemar. Dans la nature, les bêtes consacrent l’essentiel de leur temps à chercher de la nourriture. Comme le reste de la création poursuit le même but, ces mêmes bêtes vivent dans un état de perpétuelle attention, pour éviter de se faire manger, tout simplement.  Une branche qui craque, une odeur apportée par le vent, un bruit bizarre les alerte : ami ? Ennemi ?  Il faut savoir et vite. Leur vie est une perpétuelle  montée d’’adrénaline. (….)

Dans la nature, rien n’est indifférent. Dans un zoo, des soigneurs préparent des nourritures délicieuses et équilibrées.  Aucun assassin ne menace personne. Il n’’y a qu’’à se laisser vivre.
Les ongulés, cerfs, dromadaires et autres mouflons dont la palette d’’intérêts est assez réduite s’’y font tout à fait. Les singes qui vivent en groupes aussi : leurs mode de relation crée perpétuellement l’’évènement. Mais les bêtes au tempérament plus inventif ne sont pas faits pour la paresse. Sans le stress, l’excitation engendrée par le monde sauvage,  elles s’ennuient.

Les ours tournent en rond, les éléphants se balancent d’’une patte sur l’autre, les tigres arpentent leur plateau, les lions lèchent leurs barreaux. Comme il n’’y a rien à faire, on invente quelque chose quand même, gestes idiots et inutiles  pour que ce monde du rien soit un peu moins vide. Ces comportements répétitifs à l’’infini s’’appellent stéréotypes»

Ce texte est extrait d’un livre sincère et souvent touchant, «Des zoos pour quoi faire ?» publié aux Editions Delachaux et Niestlé en 2005. Rédigé par un véritable connaisseur des animaux non humains, son discours confirme, néanmoins, nos pires craintes et non plus violentes critiques quant à l’’existence même des zoos et de la fallacieuse théorie de «l’’Arche».

Malgré toute sa sincérité et sa réelle bonne foi, Pierre Gay, son auteur, directeur du Zoo de Doué-la-Fontaine, ne parvient pas en effet à nous convaincre que les prisons pour non humains servent à autre chose qu’à créer de l’’emploi, générer des profits mais également à fabriquer des «clones» nés captifs, pauvres choses vivantes exposées en vitrine sous forme de dauphins, de singes, de tigres ou d’’éléphants soumis, qui n’ont plus rien à voir avec leurs homologues «sauvages», puisque privées de toute culture et de tout savoir propre.

Jeune orang-outan dans les bras d’un gardien.


Quel avenir pour ces orphelins qui n’ont aucun espoir de jamais revenir chez eux ?


1. Le mythe de la sauvegarde des espèces menacées

On apprend dans ce livre, non sans stupéfaction, que la défense de la biodiversité dont les zoos se proclament aujourd’’hui les champions, n’a finalement jamais été qu’’un leurre, un bouclier stratégique créé de toutes pièces à seule fin de contrer les mouvements anti-zoo. Force est de constater que cette théorie est aujourd’’hui devenue un dogme.

Les médias nous serinent sans cesse que le but ultime de ces établissements – constitueraient l’’ultime solution pour sauvegarder des espèces en voie de disparition rapide.

A cause de qui et pourquoi ces espèces disparaissent-elles ?
Au profit de quelles sociétés privées actives dans l’’exploitation du bois, du pétrole ou du minerai ? Au profit de quels zoos chinois ou japonais ? Pourquoi ces trésors biologiques ne sont-ils pas protégés «in situ» au même titre que les Pyramides d’’Egypte, la «Joconde» de Léonard de Vinci ou les façades « Art déco » à Bruxelles ?
Là, n’’en demandez pas trop : le discours promotionnel tourne évidemment court.

En réalité, cette Théorie de l’Arche est une notion neuve, arrivée sur le tard, après des siècles et des siècles d’exploitation animale purement lucrative, ainsi que nous le révèle Pierre Gay dans son ouvrage :

«En juin 1985, les directeurs des zoos d’’Anvers, d’Amsterdam et de Rotterdam invitèrent leurs collègues européens à Anvers. Ordre du jour : la coordination des programmes d’espèces menacées en captivité.
Ce fut un flop parfait : cinq directeurs prirent la peine de se déplacer, pas un de plus. C’est pourtant de ce ratage que naquit le concept des EEP, les programmes d’’élevage européens.

Une seconde réunion, à la mi-novembre de la même année, remporta plus de succès. Elle se tenait à Cologne et vingt-six zoos, appartenant à neuf  pays y  participèrent.
L’indifférence avait soudain laissé la place  à une véritable passion pour l’union, et il y avait une raison précise à cela : depuis des années, Peter Singer, un Australien, bataillait contre les zoos. En 1975, il avait publié en Angleterre «Animal Libération», un livre qui vouait tous les zoos aux gémonies.

Il avait engendré un véritable mouvement d’opinion qui, au fi des ans, avait grossi et grandi.

En France, la bataille contre les zoos avait perdu de sa violence au début des années 1980, à partir du moment où ils avaient communiqué, expliquant leur travail pour améliorer la conditions de vie des animaux.
Mais surtout en éclairant leurs ratés : animaux morts d’’accidents ou de maladies en particulier, ce qui désamorça les rumeurs sur les mauvais traitements.

La guerre s’était porté sur un autre terrain, feutré et dangereux : les couloirs de Bruxelles.
Un lobby anti-zoo, très actif, très efficace, (Gaia et PETA, notamment) militait pour leur fermeture. Il fallait se battre, et avec les mêmes armes. Des réunions succédèrent aux réunions, pour mettre au point une stratégie, coordonner les messages.

En 1988, une vingtaine de zoos se regroupèrent des établissements reconnus comme ceux de Londres, d’Amsterdam, ou d’Anvers. Ils fondèrent une association, l’ECAZA (European Community of Zoo and
Aquaria) équivalent européen de l’AZA américaine.
Le Président en était Fred Daman, le directeur du zoo d’Anvers. Le couteau entre les dents et le dossier sous le bras, il se lança à l’assaut des bureaux bruxellois. Et il gagna ».

Un joli coup de Fred Daman, en effet, le même homme qui, après trois heures d’’entretien serré avec le gestionnaire de ce site en ses bureaux du Zoo d’’Anvers, refusa de libérer les deux derniers dauphins de son zoo, Iris et Ivo alors même qu’’un lagon de retraite les attendait en Floride et qu’’un vol gratuit de Virgin Airlines s’apprêtait à les y  emmener. On sait ce qu’il advint de ces deux malheureux captifs une fois arrivés au pénitencier de Duisburg…

Iris et Ivo, les derniers survivants du Zoo d’Anvers. Quels bénéfices pour la science ?

Mais lisons la suite :

«La victoire ne fut définitivement acquise qu’après la conférence des Nations Unies à Rio en 1992, qui adoptait la Convention sur la diversité biologique. L’année suivante, en réponse à Rio, les zoos officialisèrent une « stratégie mondiale pour la conservation». Elle s’articulait autour de quatre axes : loisirs, éducation, recherche et conservation.

A partir du moment où l’action des zoos s’inscrivait dans le programme des Nations Unies, plus personne ne pouvait menacer leur existence ».

Admirons au passage la notion de «loisirs».
En quoi le spectacle de créatures pensantes confinées derrière des barreaux et se mourrant d’’ennui peut-il être un loisir ? On peut se le demander..

« Pour en revenir à la réunion de Cologne, les participants décidèrent de lancer 19 EEP. Parmi les heureux lauréats  figuraient l’okapi, le gorille et le bison d’Europe.
Tout le jeu consiste à gérer le capital génétique représenté par différents animaux d’une même espèce dans les différents zoos. Il est indispensable de tenir une généalogie précise de chaque individu, de centraliser les informations afin d’avoir une image exacte de la situation de l’espèce à n’importe quel moment .
Pour chaque EEP, un coordinateur est chargé, pour l’Europe entière, de tenir un stud-book, livre de généalogie animale.  En fonction des informations dont il dispose, il organise les mariages et les déplacements afin d’’assurer le brassage génétique.

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Girafon euthanasié au Danemark

Dans le cas d’’une espèce qui se reproduit beaucoup, il peut parfaitement conseiller de limiter les naissances au nombre nécessaire à la bonne marche du projet, et ceci à cause du manque de place dans les zoos.
Les zoos de l’Europe de l’Est pouvaient participer mais ils ne pouvaient pas s’’inscrire parmi nous. En 1992, le mur de Berlin est tombé. Dès que le dernier «vopo» eut quitté la frontière, ils nous rejoignirent et, lors d’une réunion à Stuttgart, l’ECAZA est devenue l’EAZA, l’Association Européenne des Zoos et Aquariums ».

Outre son allusion dérangeante à l’’euthanasie largement pratiquée dans les zoos sur les nouveaux-nés et ’animaux malades ou vieillissants, ces quelques extraits du livre de M. Pierre Gay nous éclaire néanmoins sur les véritables motivations des zoos : se refaire une image, donner à ses visiteurs l’’illusion que leurs activités commerciales ne sont pas dictées par l’intérêt mais bien par le souci de préserver la biodiversité.

Il n’’en est rien, bien sûr.
Car comment la petite éléphante née pourra-t-elle un jour réintégrer son milieu naturel ?
Comment les chimpanzés nés captifs pourront-ils jamais retrouver leurs véritables cultures  et survivre en forêt ?
Et à quoi bon enfermer des dauphins Tursiops ou des orques en bassin pour leur faire exécuter des shows stupides ou les soumettre à des recherches cruelles alors que ces espèces ne sont pas – encore – en voie de disparition à l’heure actuelle et n’ont aucun besoin d’être «reproduites» en captivité ?

Les zoos sont d’’abord et avant tout des «banques génétiques», où diverses espèces rares mais surtout spectaculaires sont retirées de leur milieu naturel et préservées à l’intention d’un public payant.

Notons qu’aucun critère de choix n’’est donné.
Chaque zoo décide quelle espèce il va «protéger» sur base de la liste de l’’IUCN et en fonction des réglementations
CITES
. Si au départ, une liste de 19 animaux avait été dressée, aujourd’hui, libre au zoo de choisir les espèces les plus payantes, mais pas nécessairement les plus menacées.

Même si la Belgique compte bon nombre d’espèces indigènes au bord de l’extinction, on aura bien peu de chances de jamais voir des hirondelles rustiques, des loutres européennes, des martres, des putois, des fouines, des hermines, des belettes, des muscardins ou des musaraignes carrelet au Zoo d’Anvers !

Mais des tigres blancs, si !  Alors qu’il s’agit d’une mutation artificiellement entretenue par les zoos eux-mêmes !

Muscardin. Aujourd’hui tranformé en animal de compagnie mais trop petit pour les zoos. En plus, ils dorment tout le temps.

 

Bravo donc pour la sauvegarde du capital génétique. On fait de même avec les semences devenues rares, comme celles du coquelicot ou du bluet, conservées sous froid pour des millénaires.
Mais qu’’en est-il de la transmission des cultures si riches et si complexes de certains non humains supérieurement conscients ?
Les zoos les annihilent, purement et simplement.

Il s’agit là non plus d’’un «écocide» comme le dénonce Jared Diamond dans son dernier et terrible ouvrage «Effondrement» (Gallimard 2006), mais d’une destruction systématique de toute culture, de toute vision du monde autre que celle de l’Homme, de toute connaissance, de tout savoir qui ne serait pas d’origine «primate arboricole».

Les prisonniers des zoos, et les cétacés en particulier, sont aujourd’hui transformés en «spectacles vivants», en «simulacres d’Humains», en «animaux domestiques», ceci au mépris le plus total de leurs propres sentiments, envies, pulsions libidinales et comportements culturellement acquis.

La petite orang-outan Lingga à Paris, le petit dauphin Mateo à Gènes, le petite éléphante Kai-Mook à Planckendael ne seront jamais eux-mêmes, c’est dire de vrais individus adultes et complets dont leur maman pourrait être fière.

Les zoos tuent les cultures animales.
Mais alors que faire ?

Entrer en contact avec des animaux vivants est certes nécessaire à l’enfant – voire même à l’adulte – de même qu’il nous est indispensable, parfois, de nous promener parmi les arbres ou de marcher sur l’herbe.
Comme le chat qui a besoin d’un jardin, le dauphin d’un océan, le singe de la canopée et le chien d’espaces verdoyants où courir à perdre haleine, l’Animal Humain, lui aussi, aime vivre auprès de la Nature.

L’honnêteté m’oblige d’ailleurs à reconnaître que si je n’’avais été enchanté par mes visites au Zoo d’Anvers lorsque j’’étais petit – en toute inconscience de la souffrance des détenus que j’approchais parfois dangereusement, au point de franchir les barrières de sécurité et de me faire tirer les cheveux par les singes ou pisser dessus par un lion, encore détenu dans une petite cage à barreaux circulaire à l’’époque… c’est-à-dire, il y a plus de cinquante ans – je n’’aurais sans doute jamais développé cet amour profond pour les non humains qui m’habite et anime mon action aujourd’hui.
Et je n’aurais jamais géré ce site.

Bien sûr, il y eut aussi les chats, les chiens, les cochons d’’inde, les perruches, les hamsters, tous ces animaux familiers qui gambadaient à la maison lorsque j’étais enfant et qui m’’ouvraient déjà les yeux sur cet «autre monde».

Tant il est évident que ce genre de contact direct ne peut être remplacé par la vision de films ou de photos.

Mais je n’’avais pas besoin d’’éléphants ou de lions en particulier : un chameau, une chèvre, une autruche, un âne, un cerf rencontré à Huizingen satisfaisaient aussi pleinement ma passion pour ces formes de vie « exotiques », qui me révélaient d’autres corps, d’’autres odeurs, d’’autres univers mentaux situés au-delà du cercle trop étroit de la seule Communauté Humaine.

Pierre Gay confirme cette opinion dans un passage de son livre :

«Pour un gibbon arrivé vivant dans sa cage, plusieurs dizaines mouraient entre la capture et la livraison.
Des hommes se battaient contre ce scandale : Pierre Pfeffer en particulier et Jean-Claude Nouêt, qui devait fonder la Ligue des Droits de l’Animal en 1977.
Ils menaient une campagne virulente contre le commerce des animaux et les zoos en particulier, parce que ceux-ci étaient la victime du trafic.
Selon lui, les films à la télévision, les photos dans les magazines et les spécimens empaillés suffisaient à informer et à faire rêver.

Pierre était plus nuancé : il savait que rien ne remplace le contact direct avec la vie. Il acceptait l’idée d’une exposition d’animaux qui n’étaient pas menacés, assez robustes pour résister à la captivité, et qui se reproduisaient sans problèmes.
Dans le cas d’espèces en danger, il préconisait des stations de sauvetage, à l’abri de la foule.

Tous deux étaient sincères, animés par la même révolte : ils défendaient leur cause avec virtuosité et les médias leur donnaient mille occasions de s’exprimer. Je les ai rencontrés à plusieurs reprises, afin de chercher avec eux quel pourrait être le zoo du futur, respectueux des espèces sauvages, apprécié du public.

Je penchais pour une exposition d’’animaux liés à l’homme : des lamas, par exemple, des watusis, ces vaches africaines aux grandes cornes, des dromadaires et des chameaux….

Plus je pensais à ce projet, plus le spectacle des hyènes ou des lions enfermés me semblait absurde, insupportable. Je n’étais pas le seul à réagir ainsi : sans cesse, des articles paraissaient, qui accusaient les zoos d’être des lieux de l’horreur, menés par des hommes sans scrupules, qui réduisaient les bêtes en esclavage ignoble pour s’’enrichir.

Le public continuait de venir se promener en famille dans nos enclos, mais cela ne suffisait pas à me rasséréner : cet émerveillement des enfants, cette curiosité des parents justifiaient-ils l’’emprisonnement des bêtes ? ».

On ne saurait mieux dire, ni avec tant de coeur….

YG

Léopard au Zoo d’Anvers en 2013. Accepteriez-vous que votre chat soit ainsi enfermé dans une cage minuscule jusqu’à sa mort ?

 

Reconnaissons que les conditions d’accueil se sont améliorées quelque peu pour les espèces non domestiques, tels que lions, singes, éléphants et autres okapis et qu’on en capture moins.
La terrible époque où les détenus devenus fous se succédaient à vive allure dans leurs prisons minuscules semble achevée. Aujourd’hui, les hippopotames d’’Anvers disposent d’’un nouveau petit lac, au lieu de rester enfermés dans la stalle obscure pleine d’eau boueuse d’antan. Les grands singes bénéficient d’’agrès et d’’espaces plus vastes que ceux dont ils disposaient à l’’époque – mais toujours pas d’accès à l’air libre – les éléphants peuvent se baigner et
dorloter un petit, le delphinarium a été fermé pour toujours, etc.

Admettons également que nos connaissances sur la physiologie des espèces captives ont certainement évoluées à partir de ce matériel vivant mis à la disposition des chercheurs.
Nous disons bien «physiologiques», car dans le contexte anthropocentriste néo-cartésien exacerbé qui est celui de nos sociétés néo-libérales, l’aspect culturel est par essence nié, pour ne pas perturber la bonne marche des affaires et susciter des interrogations dans l’esprit du public.

Le cas est très frappant avec la dévalorisation systématique des capacités cognitives des trois grands monuments intellectuels du monde vivant (avec l’Homme ? ) : les cétacés en delphinarium, les grands singes en cage et les éléphants en enclos.
Les moeurs propres à un groupe local, la vie sociale, l’usage d’outils, les modes de communication, les rituels funéraires ou de naissance et autres caractéristiques jugées trop humaines sont systématiquement oubliées dans les fiches pédagogiques. Cela vaut également pour toutes les autres espèces enfermées.

La culture de l’animal est totalement détruite dès l’’incarcération et plus encore, au cours de la seconde génération née en captivité.

A cet égard, les zoos sont donc d’une cruelle inutilité.
Après des décennies de captivité, pas un seul scientifique n’avait pu découvrir que les chimpanzés ou les orang-outans disposaient d’outils, de médicaments, de cultures locales et de modes de communication hautement sophistiqués, bref, de véritables cultures transmissibles des mères aux enfants de manière non verbale.

Il a fallu attendre Jane Goodall , Diane Fossey et toutes ces autres primatologues qui ont observé les grands
singes sur leur terrain même, en vivant au milieu d’eux, pour que ces découvertes soient faites.

De même, les delphinariums ne nous ont jamais appris grand-chose sur les cultures dauphins, jusqu’à ce que Denise Herzing, Jim Nollman, Wade Doak ou d’autres chercheurs ne se risquent à les observer en pleine mer chez eux, dans leur milieu naturel.

Les chimpanzés se parlent, bien sûr. Mais pas avec des mots : ils ont des gestes, des codes, des attitudes, des expressions subtiles qui valent un dialogue humain. Ce ne sont pas les zoos qui nous l’ont appris

Les zoos ne sont tolérables que dans la mesure où la plupart des humains sont incapables de décoder l’expression de la souffrance psychique chez d’autres espèces que la leur. On dit souvent que si les poissons criaient, ils y auraient moins de pêcheurs, et mieux encore, que si les baleines pouvaient hurler toute leur atroce souffrance, il n’y aurait plus un seul baleinier au monde !

De même, si les visiteurs pouvaient comprendre le désarroi des animaux captifs et lire leurs attitudes corporelles, il n’y aurait plus grand monde pour y emmener des enfants…


Quelques solutions minimales  

– Elargir toutes les cages, toutes les volières et tous les aquariums au maximum possible.

– Placer les cages les unes vis-à-vis des autres, comme l’’ont fait certains zoos américains : ceci permet, par exemple aux grands singes d’observer les zèbres ou les moutons, aux gorilles d’observer les oiseaux, aux félins de regarder les mouflons dans le lointain, bref, de distraire les animaux par le spectacle de leurs enclos mutuels. C’est déjà moins que rien…

– Développer, avec les moyens financiers qu’il faut, toutes les techniques possibles d’enrichissement environnemental au sein des zoos actuellement actifs.
Dans le cas des grands singes, des éléphants et des dauphins, mais aussi de certaines autres espèces conscientes d’elles-mêmes à haut potentiel cognitif, cet enrichissement devra inclure du matériel de dessin et de peinture,
des fibres à tisser pour les orangs-outans, des tableaux électroniques interactifs (Projet Delphis) permettant aux dauphins de communiquer ou de produire des images ou de la musique, des jeux vidéo, des I-pads, des lecteurs DVD et autres outils de divertissement et de création artistique.  L’apprentissage d’un langage commun (Ameslan, tableaux électroniques) doit être systématisé pour ces espèces.

Kanzi regarde la télévision

– Encourager l’ouverture de vastes sanctuaires boisés où les animaux pourraient vivre selon leurs cultures et les perpétuer, comme il en existe au Tennessee pour les éléphants de zoo et de cirque. La Vallée des Singes en France tend vers cet idéal, malgré sa vocation de « site touristique » fort peuplé d’êtres humains en période de congés.  Et son climat nordique, qui contraint presque tous les
primates à passer l’hiver entassés dans leurs cages.

– Regrouper les petites entreprises commerciales exhibant des animaux captifs en un seul et unique zoo par pays (un zoo national pour la France, un zoo fédéral pour la Belgique,etc.) de sorte que les animaux puissent bénéficier d’une vie sociale minimale et de plus d’espace.

– Favoriser la captivité des petits animaux de basse-cour et de ferme que les enfants peuvent approcher, sentir de près et que la présence de l’humain dérange peu, du fait de leur longue proximité avec notre espèce, plutôt que de mettre en cage des espèces sauvages dotées de vie sociales et de cultures propres liées à leur milieu..

– Habituer le public à se contenter d’animations et d’images : l’éducation, c’est aussi faire se dissoudre cet instinct du chasseur qui exige que nous ayons les animaux à portée de main, comme des trophées.

– Développer massivement les grandes réserves in situ en aidant à la paix dans les régions les plus touchées (Ituri, Rwanda, et autres points chauds de la planète)

A quoi bon maintenir des morts-vivants en cage ? Ici, tigre au Duisburg zoo. Photo YG

A quoi bon maintenir des morts-vivants en cage ? Ici, tigre au Duisburg zoo. Photo YG

Car comme le rappelle sans cesse dans ses livres le remarquable sociobiologiste  E.W.Wilson

« Ce défi (celui de la protection des espèces menacées), bien que colossal, est à notre portée.
Durant les deux dernières décennies, des scientifiques et des professionnels de la conservation ont élaboré une stratégie visant à la protection de la plupart des espèces et écosystèmes restants.
Ses éléments clés sont :

• Le sauvetage immédiat des points chauds du monde, autrement dit des habitats qui à la fois sont en danger maximal et abritent les plus fortes concentrations d’espèces inexistantes ailleurs.
Parmi les plus précieux de ces points chauds figurent, par exemple, les survivances des forêts tropicales de Hawaï, des Antilles, de l’Équateur, de la façade atlantique du Brésil, de l’Afrique de l’Ouest, de Madagascar, de l’Indo-Birmanie, de l’Inde, ainsi que la brousse à climat méditerranéen d’Afrique du Sud, du Sud-Ouest australien et du Sud californien.
Vingt-cinq de ces précieux écosystèmes couvrent seulement 1,4 % des terres émergées de la
planète, soit une superficie équivalente à celle du Texas et de l’Alaska réunis.
Pourtant, ce sont les derniers refuges de 43.8 % de toutes les espèces végétales connues et de 35,6 % des mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens connus. Ces vingt-cinq points chauds ont déjà vu leur superficie sous l’action du défrichement et du développement. Certains pourraient disparaître totalement en quelques décennies si leur agression continue.

* Garder intacte les cinq forêts vierges restantes, qui sont les dernières régions véritablement sauvages des terres émergées et abritent de la diversité biologique terrestre. Ce sont les forêts combinées du bassin amazonien et des Guyanes; le block congolais central; la Nouvelle-Guinée; le continuum de forêts à conifères tempérées du Canada et de l’Alaska; et le continuum de forêts à conifères tempérées de Russie, de Finlande et de Scandinavie.

* Cesser partout l’abattage des arbres séculaires. Chaque parcelle dégradée ou détruite dans ce type d’habitat se paie au prix fort en termes de biodiversité. Le coût est particulièrement élevé dans les forêts tropicales et potentiellement catastrophique dans les points chauds forestiers. En même temps, laissons se reconstituer les forêts natives de seconde génération.
De riches possibilités se présentent désormais pour l’industrie forestière de passer à une sylviculture sur des terres déjà transformées. Tant pour le bois d’oeuvre que pour la pâte à papier, elle doit maintenant se conduire comme l’agro-industrie qu’elle est, utilisant des
espèces et des lignées de grande qualité et à croissance rapide, susceptibles d’accroître la productivité et le profit. En ce sens, il serait intéressant de mettre sur pied un accord international, semblable aux protocoles de Montréal et de Kyoto, qui interdirait toute autre destruction des forêts séculaires et mettrait ainsi l’industrie du bois sur un pied d’égalité avec le reste de l’industrie.

* Partout, et non seulement dans les points chauds et les zones sauvages, prêter une attention spéciale aux lacs et bassins fluviaux, qui sont les écosystèmes les plus menacés de la planète, ceux situés dans les zones tropicales et les régions tempérées chaudes, en particulier.

Pas d’accès à l’extérieur, aucune occupation, plus la moindre trace de vie sociale, une totale soumission à l’Homme, l’extinction d’une culture non humaine Est-ce à ce prix que doivent se faire les recherches sur les derniers grands singes ? Ici les orang-outans du zoo d’Anvers en 2010, désormais séparés après 13 ans de vie commune et envoyés vers d’autres parcs.


Pour voir en savoir plus :

The unzoo alternative
Un document en PF qui met en lumière tout ce qui pourrait être fait en Europe.
Idéalement, dans quelques rares zoos géants, un par pays maximum.

Si les grands singes pouvaient parler

Les zoos : acteurs de la conservation des espèces ?

Lire sur Code Animal : le rôle des zoos.

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