32 éléphanteaux du Zimbabwe sont partis à Shanghai



De jeunes éléphants capturés dans la nature sont retenus prisonniers dans un espace clôturé par les autorités zimbabwéennes en attendant leur expédition vers la Chine en octobre 2019. © Oscar Nkalain / Humane Society International / Africa

32 éléphanteaux du Zimbabwe sont partis à Shanghai

Malgré les protestations nationales et internationales, le gouvernement du Zimbabwe a finalement autorisé l’exportation de 32 éléphanteaux hors du pays. Lors d’une opération restée secrète, les jeunes pachydermes ont été déplacés de leurs enclos du parc national de Hwange durant la nuit du 23 octobre 2019, pour être embarqués dans un avion de la Saudi Arabian Airlines Cargo vers la Chine.

Cinq autres des 37  bébés éléphants initialement capturés ont été jugés trop mal en point pour voyager, ce qui en soi constitue déjà une accusation contre les autorités zimbabwéennes pour leur gestion inhumaine de la situation.
À plusieurs reprises, la Société nationale zimbabwéenne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (ZNSPCA) s’est vu refuser l’accès aux lieux de rétention, ce qui démontre encore le manque de transparence autour de cette affaire.


Pure coïncidence – ou plus vraisemblablement, à dessein – les éléphants ont été expédiés hors du pays le jour même où la ZNSPCA a déposé une demande urgente devant un tribunal la justice pour pouvoir accéder aux installations où l’on garde les animaux afin d’évaluer leur état de santé.

Une plainte en justice est actuellement en cours, qui soutient que cette exportation viole la loi du Zimbabwe. L’affaire doit encore être entendue par un juge.
Dès lors, la décision de l’Autorité des parcs du Zimbabwe (ZimParks) de poursuivre l’exportation témoigne de son mépris de l’état de droit et de sa mission première. Les plaignants sont des ONG zimbabwéennes dont les membres ont eu assez de courage que pour résister à un régime autoritaire brutal. Affirmer qu’ils sont manipulés par des organisations internationales de «défense des droits des animaux» est une assertion vide de fondement.

Voici près d’un an que ces jeunes éléphants ont été cruellement séparés de leur famille et maintenus en captivité.
Aujourd’hui, ils ont été vendus à la Chine, probablement à des safari parcs non loin de Shanghai, si l’on en juge par l’aéroport vers lequel se dirigeait l’avion cargo transporteur de fret.
Comme ZimParks n’a fourni aucune information à ce sujet, la destination finale des éléphants ne peut pas être confirmée. Mais l’on sait que les éléphanteaux seront repartis en 12 groupes.

Comme par le passé, l’argent gagné par cette destruction du patrimoine naturel du pays va servir au remboursement de la dette due à la Chine ou au paiement du salaire des soldats (ou les deux).
La Chine devrait d’aileurs se remettre en question, car elle a récemment lancé un programme intitulé «Civilisation écologique», qui décourage notamment l’achat d’ivoire. Pour être cohérent, ce programme devrait être étendu de manière à décourager aussi la détention d’animaux sauvages dans des conditions de vie artificielle, en particulier les éléphants.
À leur crédit, les activistes chinois ont réagi avec indignation face à ces nouvelles importations.


Une récente collecte de fonds en faveur de la faune sauvage organisée par la Sino-Zim Wildlife Foundation montre les liens profonds qui unissent le Zimbabwe et la Chine.
Dirigée par le tristement célèbre marchand d’espèces sauvages Li Song et ZimParks, et appuyée par les exposés du directeur général et du secrétaire permanent du ministre de l’Environnement, du Tourisme et de l’Hôtellerie, dotée d’un créneau « dons », cet événement, organisé le 29 octobre est une tentative claire de persuader le monde que ces ventes sont bénéfiques à la conservation de la faune.

La science est bien placée pour affirmer que l’expérience d’une capture terrifiante et brutale, suivie par des décennies de captivité stérile est un sort pire que la mort, car les éléphants qui en sont victimes souffrent manifestement de stress post-traumatique. Les éléphants sont des êtres hautement sociaux qui ont besoin d’interagir avec un grand nombre d’autres éléphants, tout autant que de vastes d’espaces où marcher et se nourrir. Ils ont besoin aussi d’une richesse environnementale et d’une liberté de choix. L’élimination humaine de l’un ou l’autre de ces facteurs équivaut à de la cruauté et des abus.

C’est pour cette raison que les membres de la CITES – lors de la 18 e Conférence des Parties (CdP18) tenue à Genève en août dernier – ont pris la décision, à une très grande majorité, d’interdire que les éléphants soient retirés de leur aire de répartition naturelle ou historique, sauf en cas de circonstances exceptionnelles.
C’est la première fois que la CITES reconnaît l’importance du bien-être animal dans le contexte de la conservation.
Malgré les détracteurs – principalement ceux qui défendent une « utilisation durable » ou une « récolte » d’animaux sauvages – regrettant que cette décision reflète un programme « de défense des droits des animaux », aucun scientifique sérieux ne pourrait défendre l’extraction d’animaux sauvages hors de leurs rôles écologiques fonctionnels dans leur environnement naturel, ce qui revient à défaire pièce par pièce un puzzle.

Il existe également de plus en plus de précédents juridiques reconnaissant l’importance du bien-être en tant que partie intégrante de la conservation. En Afrique du Sud, toujours propice à la consommation et à un utilitarisme grossier, la Cour constitutionnelle a statué en 2016 que la conservation et le bien-être sont des valeurs indissociables. À la suite de cette décision, la Haute Cour provinciale du Gauteng a décidé en août de cette année, peu avant la CdP18, que la vente d’ossements de lions d’élevage hors du pays était illégale, car elle violait le bien-être des animaux détenus.


Les résolutions CITES n’entrent techniquement en vigueur que 90 jours après la fin d’une Conférence des Parties, bien qu’il s’agisse d’une «zone grise», puisque les articles des résolutions qui ne sont pas sous recommandation spéciales peuvent entrer en vigueur immédiatement.

Ce délai de 90 jours est destiné à laisser aux États le temps de conformer leur législation nationale à la décision internationale et non pas de permettre à un pays de vendre en urgence son « stock » existant. Or c’est exactement ce qu’a fait le Zimbabwe, qui s’est précipité pour vendre ses éléphants trois mois après la CoP18 du 26 novembre 2019, en violation directe de l’esprit de la Convention.

Une poignée de pays d’Afrique australe se sont indignés de la décision de la CITES, notamment parce qu’elle venait compléter une autre décision visant à maintenir le moratoire international actuel sur le commerce de l’ivoire.
Rowan Martin a écrit, par exemple, que la CITES « ne favorise pas la conservation de la vie sauvage ».
La CITES a manifestement des difficultés à fonctionner correctement, mais les craintes de Martin ont peu à voir avec les problèmes de gouvernance ou de lutte contre la fraude auxquels est confrontée la protection des espèces menacées par la surexploitation humaine. Il s’agit là d’une crainte philosophique, dans laquelle il rejette de manière axiomatique toute décision mettant en cause le droit souverain d’un pays à consommer ce qu’il veut, que cela affecte ou non la survie d’une espèce dans d’autres états tout aussi souverains. États à travers son aire géographique.

C’est sur base d’un tel engagement en faveur d’une libre utilisation économique que ZimParks a justifié la vente de bébés éléphants à la Chine. Se cachant derrière des «droits souverains», l’argument est que le Zimbabwe n’a de comptes à rendre à personne et peut faire ce qu’il veut avec ses éléphants. Cet argument est soutenu en filigrane par l’idée qu’il y a «trop d’éléphants» au Zimbabwe et qu’ils excèdent sa «capacité d’accueil « . Ce point de vue se doit d’être démystifié.

Premièrement, parce qu’au plan scientifique, il n’y a jamais «trop d’éléphants».
Le concept repose sur une notion agricole qui considère les parcs nationaux comme des sortes de fermes disposant d’une «capacité d’accueil» statique, un concept appliqué aux grands mammifères le plus généralement dans le cadre de l’élevage commercial.
La perspective de Martin témoigne d’une croyance esthétique en un état utopique de forêts éternellement attrayantes (normalement avec idéalisation d’un nombre parfait de grands arbres).
Quelque soit le nombre d’éléphants qui se nourrissent naturellement de plantes ligneuses, ceux-ci peuvent donc être considérés de manière fallacieuse comme des destructeurs d’arbres en maraude. Les fluctuations des populations d’animaux et d’arbres, face aux sécheresses, aux déluges ou à d’autres perturbations sont les principaux facteurs qui régissent des écosystèmes de savane semi-arides extrêmement variables. Les populations animales s’autorégulent en fonction de leurs ressources alimentaire par leurs naissances et leurs décès, ou par leur dispersion. Il n’y a aucune base pour prétendre à une «capacité d’accueil» fixe pour les éléphants, sauf dans l’esprit de l’homme.

ZimParks, de manière confuse, a d’abord déclaré que ces exportations n’existaient pas et qu’il n’y avait rien de secret à ce propos. Ils en ont néanmoins profité pour souligner que la sécheresse avait tué 55 éléphants, preuve qu’il y en avait des dizaines de milliers « de trop ». Pour dire le vrai, rien de tout cela ne s’additionne.
Comme il a déjà été noté, les sécheresses font partie de cycles naturels fluctuants, exacerbés maintenant par le changement climatique.
Les éléphants, grâce à leur quête de nourriture, peuvent modifier les paysages en tant qu’ingénieurs des écosystèmes et constituent cet égard une espèce clé. Leur rôle est essentiel et irremplaçable. Si on les laisse se disperser dans des écosystèmes vastes et dynamiques, ils produisent une hétérogénéité de territoires particuliers – avec un impact inégal sur un paysage – qui maintient le système en bonne santé.

Gérer un écosystème dynamique comme s’il s’agissait d’une ferme empêche forcément ce système de fonctionner par le biais de processus écologiques. L’abattage, la chasse et l’enlèvement des bébés éléphants sont justifiés en tant qu’interventions de gestion nécessaires en partant du principe qu’il y en a «trop», mais l’abattage a été présenté, même par ses partisans initiaux, comme une erreur cruelle. La chasse a en effet des effets génétiquement sélectifs, car elle élimine les animaux les plus gros et les plus robustes et crée de vastes problèmes sociaux et écologiques . Retirer des bébés éléphants de leur famille, dans lesquels ils auraient été éduqués à des compétences essentielles, est un acte odieux. L’idée que les revenus générés par les ventes seront réinvestis dans la conservation est un mensonge ! 


Deuxièmement , la référence au «droit souverain» d’un pas n’a aucun sens biologique.

Au moins 76% des éléphants d’Afrique sont répartis à travers les frontières. Les solutions aux problèmes de conservation de l’Afrique australe ne doivent pas être trouvées en tentant de générer des revenus non durables et à court terme issus de la chasse et de l’exportation des derniers vestiges de notre patrimoine naturel commun. Les solutions résident plutôt dans une meilleure planification de l’utilisation des terres intégrée au niveau régional.
Des couloirs de circulation permettant aux éléphants de réduire le nombre de leurs résidents locaux et d’éviter les conflits avec les populations ont été identifiés, par exemple au Botswana, mais ils doivent être activement protégés par une véritable copropriété communautaire.

Les parcs encore en projet tels que la Zone de conservation transfrontalière du Kavango-Zambèze (KAZA) peinent à se concrétiser, car la volonté politique de travailler ensemble dans les cinq pays concernés fait défaut aux niveaux ministériels les plus importants. Dans le même temps, les efforts déployés localement pour impliquer les communautés à la fois au sein des frontières et au-delà des frontières, dans le cadre de l’écotourisme de qualité et d’une agriculture compatible avec la conservation offrent davantage de potentiel pour améliorer les résultats régionaux dans le domaine de l’économie.
Nous soutenons aveuglément « l’utilisation destructrice » d’espèces sauvages au motif qu’une nation « possède » en quelque sorte ses éléphants ou qu’il y a « trop » d’animaux que pour trouver des alternatives viables au statu quo dans l’urgence. Les communautés rurales ne sont guère mieux servies par l’exportation, l’abattage ou la chasse aux trophées des éléphants. En revanche, des plans soigneusement élaborés qui reconnaissent les besoins biologiques et économiques des éléphants et des populations leur serait plus profitables et mettent de l’argent directement dans les poches des citoyens, et en particulier des femmes.

La décision du Zimbabwe de saper une résolution importante de la CITES est révélatrice de son mépris pour la conservation. De même, la décision de la Chine d’importer les éléphants est une violation de ses propres efforts pour construire une « civilisation écologique ».
Les deux pays sont membres de la CITES et feraient bien de se souvenir de l’esprit de son processus de prise de décision collective. Au lieu de rejeter les décisions qui ne vont pas dans leur sens comme preuve que les «extrémistes des droits des animaux» ont en quelque sorte manipulé la CdP , elles devraient respecter l’esprit indépendant des deux tiers des parties présentes. L’utilitarisme brut – la volonté de sacrifier des animaux individuels pour atteindre une «capacité de charge» évasive définie esthétiquement – n’a pas sa place dans la conservation moderne qui devrait s’efforcer d’être à la fois efficace et éthique. Nous devons faire mieux. Et nous pouvons faire mieux.


D’après l’article

L’exportation honteuse de bébés éléphants par le Zimbabwe sous prétexte d’une « utilisation durable »
Publié le 18 novembre 2019 par Guest Blogger dans la série OPINION EDITORIAL post.
OPINION POST d’Audrey Delsink (directrice de la conservation de la faune, Human Society International / Afrique), Keith Lindsay (chercheur collaborateur, Amboseli Trust for Elephants), Adam Cruise (journaliste) et Ross Harvey (économiste indépendant)


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