Pendant ce temps-là, deux éléphanteaux restent au Zoo d’Anvers…

Dans la nature, un bébé éléphant est généralement sevré entre 3 et 5 ans, mais reste proche de sa mère et de sa famille au moins jusqu’à dix ans. Ce n’est pas le cas des petits mâles du Zoo d’Anvers, seuls à l’âge de 4 et 5 ans, ce qui compromet gravement leur éducation.

 

Pendant ce temps-là, deux éléphanteaux restent au Zoo d’Anvers…

Et pendant ce temps-là, alors que d’autres ciriculent dans un enclos géant, deux éléphanteaux restent au Zoo d’Anvers.
Presque des bébés, en fait, et privés de leur maman, ce qui est plutôt cruel.
Mais enfin, c’est une tradition ! Un zoo sans éléphant n’est plus vraiment un zoo. Le public veut en voir !

D’autant que celui d’Anvers a commencé très tôt.
Peu de temps après son inauguration, il y eut Justine puis Betsy. Arrivée en 1885, Besty décéda en 1887. Puis il y eut Jack. Un mâle, sans doute. Exécuté en 1904 à coups de fusil, pour insubordination. Après tout, on a bien électrocuté Topsy ou pendu Big Mary aux USA !

Big Mary pendue pour ses crimes

 

En tout, Anvers a possédé 31 éléphants.
5 étaient encore présents en 2011, 3 sont nés sur place, puis y sont morts, sauf Kai-Mook, 10 ont été déplacés vers d’autres zoos, et 16 ont péri dans le temple égyptien, longtemps assorti d’un minuscule espace extérieur qu’un simple fossé séparait du public.
Il s’agissait de 11 éléphants d’Asie, de 4 éléphants issus de la savane africaine et d’1 éléphant issu de la forêt africaine.

Dans les années 50, on pouvait encore nourrir les éléphants et pas mal d’autres animaux captifs avec tout ce qu’on voulait, nic-nacs, morceaux de pain, bananes, cacahuètes. Beaucoup en crevèrent dans d’atroces souffrances, ce qui importait peu. A la même époque, au Jardin des Plantes de Paris, l’espérance de vie des singes était estimée à 18 mois…

La Belgique faisait encore mieux ! Car en ces temps heureux du Congo belge et avec l’aide active des avions de la SABENA, on remplaçait aussitôt les cadavres par un nouvel arrivage de nouveaux prisonniers tout fraîchement capturés.

On ne parlait pas encore de programme d’élevage européen de ce temps-là, ni moins encore d’éthologie cognitive ou de cultures animales  : les zoos servaient à distraire le public et à fournir aux savants des collections de bêtes empaillées.
Souvenons que l’éléphant qui trôna des années durant au Musée de l’Afrique avait été abattu expressément pour décorer le pavillon colonial de l’Exposition Universelle de 1958 à Bruxelles.

Le squelette de Justine, la toute première éléphante du zoo, morte vers 1853, un an après sa capture. Elle trône à l’intérieur du Temple égyptien. Budi et Ming Jung l’auront sous les yeux pendant dix ans, chaque soir, chaque jour de froid. Une décoration étonnante quand on sait le poids émotionnel, presque religieux, que représentent les ossements de leurs semblables pour les pachydermes.


Dans les années 90, on fit quelques efforts.

Un espace un peu plus large fut dégagé pour les éléphants, bordé de clôtures électriques et muni d’un trou d’eau à sec le plus souvent.
Il est aujourd’hui occupé par Budi, fraîchement débarqué le 6 juin 2012. Originaire du zoo de Dublin, ce jeune mâle de 4 ans ne restera que quelques mois au zoo avant de partir pour Denver l’hiver prochain. Fils d’Alexander, Budi est donc aussi l’un des demi-frères de l’ancienne résidente du Temple Egyptien, Kai-Mook.

« La traversée en bateau s’est bien déroulée, a déclaré le Zoo lors de son arrivée en Belgique,  et en ce moment même, il s’habitue à sa nouvelle résidence« .

A la mi-juillet, un deuxième éléphant, Ming Jung, âgé de 5 ans et originaire du zoo de Cologne, est venu tenir compagnie à Budi.
Puis en automne, le Zoo d’Anvers en accueillera un troisième, Bun, originaire de Tbilissi en Géorgie, avant de dire au revoir à Budi qui partira pour Denver.  En milieu sauvage, un bébé éléphant est généralement sevré entre 3 et 5 ans, mais reste proche de sa mère et de sa famille au moins jusqu’à dix ans. Ce n’est pas le cas des petits mâles du Zoo d’Anvers, déjà seuls à l’âge de 4 et 5 ans.

Ming Jung et/ou Bun quitteront probablement le zoo dès leur dixième anniversaire pour rejoindre un programme d’élevage et se reproduire. Le parc animalier de Blijdorp aux Pays-Bas, qui gère l’arbre généalogique de cette espèce menacée – surtout par les zoos ! – décidera de leur sort. Et même si l’amitié existe aussi chez les éléphants mâles, nul n’’en tiendra le moindre compte

Enfant perdu incarcéré

Littérature du Zoo :
« Les défenses de Ming Jung sont un peu plus petites que celles de Budi. Vous reconnaîtrez également le nouveau pensionnaire du Temple égyptien à sa petite queue et à ses oreilles rabattues. Les soigneurs du Zoo de Cologne nous ont déjà prévenu qu’il pouvait être très coquin, et que de temps en temps il aime montrer qui est le chef. Mais quand il le veut, il peut être plus que charmant ! Tout comme vous, nous avons hâte d’apprendre à le connaître.
Budi et Ming Jung devront décider qui sera le nouveau ‘maître’ du Temple Egyptien. Chez les mâles comme chez les femelles, il existe une hiérarchie dans le troupeau. Ils se batailleront régulièrement en jouant, ce qui est tout à fait normal pour des éléphants de cet âge-là. Ambiance garantie !

Dans la nature, l’éléphant d’Asie (l’espèce dont Budi, Ming Jung et Bun sont les fiers ambassadeurs) est menacé. Le morcellement de son habitat, son ivoire et les conflits avec la population locale font qu’il n’en reste plus que 40.000 à l’état sauvage actuellement ».

Malheureusement, ce n’est pas en les éparpillant dans de multiples parcs d’attractions que l’espèce sera sauvée, ni encore moins ses traditions culturelles.  Question morcellement du territoire, nous faisons beaucoup mieux que la « population locale » !

Budi et Ming Jung

Budi et Ming Jung resteront ensemble deux ou trois ans, seuls, sans mère ni grand mâle pour les éduquer, et deviendront de ce fait des amis inséparables. Qui seront séparés. Ici, fin décembre 2012…

 


 

Juillet 2013

Budi est parti à Denver, Kanvar (5 ans) vient de le remplacer

Billy est né en Irlande.
Sous le nom de Budi, il a ensuite fait de la figuration au Zoo d’Anvers pour compenser le départ des six éléphantes vers Planckendael, avant d’effectuer un vol de 5000 miles jusqu’à Denver. Le fait que le zoo de Denver et l’Aquaria and Zoos Association aient accepté de dépenser des sommes énormes pour réaliser ce transfert indique à quel point les zoos paniquent.

Selon le Denver Post : « Billy va apporter du sang neuf et des gènes au zoo de Denver. En tant qu’étalon, il deviendra un acteur majeur au niveau mondial dans l »élevage des éléphants d’Asie et leur conservation ».
Ce journal reproduit mot pour mot la propagande de l’industrie des zoos, plutôt que de faire une déclaration sérieuse, issue de ses propres recherches. Les zoos ne sont pas une solution pour sauvegarder les éléphants dans le monde. Ils ne parviennent même pas à conserver les leurs !

L’article continue en rappelant que non seulement les jeunes sont expédiés loin de leur mère bien trop tôt avant l’adolescence, ce qui crée chez eux un déficit éducationnel potentiellement dangereux –  c’est également le cas chez les orques captives – mais qu’en outre, ce jeu de chaise musical avec des animaux qui n’ont pas le choix de leurs partenaires peut avoir des conséquences désastreuses.

Disons-le simplement : les éléphants n’ont pas leur place dans les zoos. Et les zoos ne font rien de sérieux pour assurer la «conservation » des éléphants, ni en milieu naturel où la population sauvage s’effondre dramatiquement, ni en captivité, où l’on peut dire désormais que l’éléphant est également en voie d’extinction». Nonhuman Rights Project

Quant à Kanvar, il est déjà de service à Planckendael, où il a engrossé la jeune Kai Mook comme prévu. Le reste du temps, il vit seul, séparé des femelles par un haut mur. (Photo YG Avril 2018)

 

 


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