Action directe à Marineland : stop ou encore ?

Action directe à Marineland : stop ou encore ?

L’action du groupe autonome « Black Angels Rise(s) » au Marineland d’Antibes, le 9 juillet dernier, a frappé l’opinion.
Plusieurs de leurs membres se sont jetés dans les bassins des dauphins avant d’y déployer une banderole condamnant la captivité. Ces images ont gonflé la poitrine de nombre d’entre nous. Quel courage ! Comme nous aimerions oser faire une chose pareille ! Et ce sentiment de solidarité immédiate qui vibre dans le cœur des amis des dauphins indique toute la rage, tout le désespoir qui nous habite face à la lenteur des progrès du combat abolitionniste. L’action de ce groupe nous invite à coup sûr à ne pas nous endormir sur notre clavier, à ne pas devenir des activistes en pantoufles mais à trouver de nouveaux modes d’action, au-delà des sempiternelles manifestations, pétitions et stands de sensibilisation

Mais dans le même temps, écoutez le public !
La foule des clients qui ont payé leur place et dont les enfants attendent le spectacle de dauphins avec impatience sont désormais tout acquis à la cause des esclavagistes. De simples visiteurs, les voilà devenus fans absolus du Marineland et le commentaire cruellement moqueur du speaker au micro les persuade plus encore que les activistes pataugeant dans l’eau sont d’amusants cinglés.

Le lendemain, une vaste manifestation s’est tenue au rond-point de Groules, devant le Marineland.
Là, c’était tout le contraire : les voitures klaxonnaient au passage pour féliciter les manifestants, enfants et familles se mêlaient aux vieux militants blanchis sous le harnais et aux jolies jeunes filles, un service de sécurité imparable réglait les mouvements de la foule joyeuse et déterminée,  : c’était là un rassemblent puissant mais sympathique qui ne pouvait qu’attirer la sympathie du grand public et des médias.
Alors, efficace ou contre-productif ? La question agite aujourd’hui le petit monde de la PA.
La réponse est sans doute plus nuancée.

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10 juillet 2016 devant le Marineland


Les Anges Noirs sautent dans les bassins

Par un hasard extraordinaire, nous étions sur les lieux cette après-midi là.
Le soleil tapait fort et avec la personne qui m’accompagnait, nous hésitions à attendre le prochain spectacle des dauphins, que nous avions déjà vu le matin. Tout à coup, des cris, des « ploufs », les militants sont dans l’eau ! La sécurité de Marineland semble dépassée…

Nous ne voyons plus les dauphins.
Il y en avait peut-être un ou deux qui somnolaient dans le grand bassin mais tous ont rapidement été relégués à l’arrière, dans la petite piscine couverte.
En aucun cas, leur sécurité n’a donc été engagée et les deux objets laissés sur le fond par les manifestants – des lunettes et une bague ? – étaient certainement moins dangereux que les algues gorgées de chlore que l’on laisse croître sur la paroi des réservoirs et que broutent les dauphins au point d’en crever, comme ce fut le cas de Mila.
Au contraire, pour une fois, les dauphins paraissaient vraiment s’amuser ! Ils faisaient de joyeux « spy-hopping » à l’ombre de leur auvent, pour ne rien rater d’un événement enfin original.
Il est vrai qu’à cet égard, les inondations d’octobre étaient encore bien plus impressionnantes…

 

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Algues vertes et rouges dans le bassin des orques. Photo YG

 

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Les dauphins, un peu agités pendant l’action militante : ils claquent de la caudale.

Pendant ce temps, les activistes déploient leurs bannières dans l’eau, imprimées à l’encre non soluble.
Il est très difficile de les ramener au bord, à moins que de plonger avec eux. Alors, tous les dresseurs du Marineland se rassemblent derrière eux, tous les « soigneurs » d’orques vêtus de noir sur le ponton, dignes et droits, placés plus haut que les « oppositeurs » dont les têtes dépassent à peine de l’eau. L’image est frappante.
Le Droit contre le Crime. L’Ordre contre le Chaos. Le speaker chauve est très inspiré : après avoir salué la noblesse et l’abnégation de ces nouveaux chevaliers Jedi qui cuisent au soleil, il pointe ensuite le terrible péril qui menace la santé des dauphins. «Ce sont comme des enfants, dit-il, ils avalent tout ce qui passe».

Sauf que ce comportement, appelé syndrome PICA, est observé chez les seuls animaux mentalement perturbés.
Mais a foule n’en cure ! Très vite, les spectateurs sont chauffés à blanc par le speaker de plus en plus inspiré. On se croirait à un congrès à Nüremberg en 1936. Ce sont des milliers de visages déformés de haine qui s’affichent sur les gradins, des familles folles de rage d’avoir payé leur place et de voir leurs enfants privés de leur spectacle tant attendu. Un père athlétique et passablement saoul descend des gradins pour cogner l’une des activistes qui se tenait au bord du bassin.
Il la frappe, on les sépare, la sécurité de Marineland éloigne la femme. La foule hurle son approbation, pouce en bas. Pour un peu, on lyncherait ces manifestants qui osent agresser ainsi les dauphins choyés de ce cher Marineland.
D’une assemblée de touristes indifférents, nos Anges Noirs viennent de faire des fans absolus du delphinarium !

Les gens s’échauffent de plus en plus.
La situation devient dangereuse pour nous dans les gradins, depuis que  et l’étau des surveillants du Marineland se resserre. Nous parlons un moment avec l’une des militantes puis, à l’arrivée de la police, nous nous éloignons discrètement. Les activistes finiront par sortir de l’eau d’eux-mêmes. Il n’y aura aucune violence entre le personnel du parc et les militants, ni avec la police. Tout le monde restera correct. Mais nos amis s’en sortiront chacun avec 3.500 euros d’amende, ce qui est évidemment une honte.
Cela dit, la question se pose : cela en valait-il vraiment la peine ?

 

 

 

 


Actions directes et delphinarium

Dès les années 70, des militants se sont jetés dans les bassins.
Puis, devant l’inefficacité de la méthode et la rigueur des amendes subies, ces actions ont pris fin.
Nous avons parlé avec l’une des militantes en pleine action, qui pleurait toute sa rage. L’idéologie quelque peu masochiste de ces Anges Noirs luttant contre le Mal nous a par trop rappelé celle des Autonomes affrontant le Grand Capital en cassant des vitrines. La lutte armée, le combat de rue, l’action directe, la nostalgie des grandes heures de l’ALF des années 80 animent ces jeunes plein d’idéal qui se battent contre une « humanité pourrie ». Sans doute. Mais la foule vociférante qui les insulte est essentiellement composée de gens ordinaires sciemment désinformés par une industrie esclavagiste, dont le seul moteur est le profit. Il n’y a ni mal ni bien, ici. Il y a juste une éducation à faire.

Le sujet d’une action directe au delphinarium de Bruges a souvent été débattu avec nos amis de Bite Back.
On sait qu’un groupe nommé Vegan Strike s’y est finalement livré en Belgique et en Espagne avec les mêmes résultats qu’en France : une foule furieuse, un impact médiatique négatif et une récupération immédiate de l’événement par le delphinarium qui se pose en victime.Nous n’avons donc pas privilégié cette voie.
En revanche, quand on distribue des tracts à l’entrée du delphinarium avec le sourire, il n’est pas rare de voir des familles faire demi-tour ou un dialogue paisible s’entamer ! A la propagande éhontée du parc, il faut répondre par une contre-propagande plus attractive encore, plus drôle, plus attachante et non par des cris de désespoir ou de haine.
Le but est d’assécher la machine à sous, comme en Finlande, où 20 ans d’activisme cumulés ont fini par vider le delphinarium de ses derniers clients…

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Des activistes se jettent dans l’eau du minuscule basin de Bruges en avril 2016

 

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Action directe de Vegan Strike au delphinarium de Palafol, en Espagne

 


D’autres approches

Si l’on se repasse le film de l’histoire du mouvement abolitionniste, la seule chose qui ait jamais vraiment fait avancer les choses de manière irréversible, c’est la prise de conscience du public.
Et celle-ci passe par une sensibilisation aux découvertes scientifiques qui mettent en exergue les formidables captivités sociétales, affectives et intellectuelles des peuples cétacés.
Dans le même temps, les révélations concernant la face noire de la captivité se sont multipliées au cours des décennies. Diffusées dans la presse et sur Internet, elles permettent de mesurer toute l’horreur de la mise en esclavage de personnes non-humaines.

A cet égard, le documentaire Blackfish démontre la redoutable efficacité de cette approche, qui est le fruit d’une longue maturation de la conscience commune.
Sa réalisatrice l’admet bien volontiers, elle ne portait aucun intérêt particulier à la captivité des orques, avant d’avoir lu le livre de David Kirby « Death at Seaworld».  Ce journaliste s’inspirait lui-même des documentaires « The Cove » et « Fall from Freedom », et ainsi de suite, en remontant dans le temps.

Non, le mouvement abolitionniste ne piétine pas.
Au contraire, jamais il n’a été plus fort qu’aujourd’hui. Et c’est là le fruit d’un travail collectif mené sur des décennies, par Ben White, Ric O’Barry, Alan Cooper, Margaux Dodds, Paul Watson, Brigitte Bardot, Brigitte Sifaoui et tant d’autres, un défi que relève désormais avec enthousiasme une jeune génération sympathique et belle dont les enfants n’iront jamais au delphinarium, car ceux-ci auront disparu quand ils seront en âge de s’y rendre.

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Orques libres en Islande

Les connaissances accumulées tuent l’ignorance.
Elles imprègnent peu à peu l’imaginaire publique, surtout depuis que la parole de chacun peut librement s’exprimer au travers des réseaux sociaux et rediffuser ces informations à l’infini.  Il n’y aura plus jamais de retour en arrière.

SeaWorld plonge chaque jour plus profond dans un gouffre financier.
L’aquarium de Baltimore envisage de créer un vaste sanctuaire marin aux Caraïbes pour ses derniers dauphins captifs. Le zoo de Barcelone réfléchit à la même option, le dernier delphinarium de Finlande a du fermer ses portes faute de public, les éléphants de Ringling Brothers ne feront plus leur cirque, la situation de Raspoutine et la mort d’Arturo font hurler, l’assassinat de Cécil le lion ou du gorille Harambé secoue le monde, la solitaude del’oraqu lolita, fait pleurer…

Bref, de nouveaux mèmes ont pris la place des anciens.
De plus en plus de gens ne veulent plus voir d’animaux esclaves. Ils n’en voudront plus jamais. Et si nous en sommes là, c’est parce qu’ils ont appris, ils ont compris, ils se sont informés et ils ont décidé en leur âme et conscience qu’un ours polaire qui devient fou sous le soleil d’Antibes, c’est un spectacle obscène.  La science, donc et l’information, voilà l’arme qui tue !

Est-ce à dire qu’il faille renoncer aux actions directes ?
Sûrement pas ! Dès lorsqu’elles ne recourent pas à la violence ni ne menacent les dauphins, toutes les méthodes sont bonnes pour faire plier l’industrie. Toutes sont complémentaires et il en reste plus encore qu’il conviendrait d’inventer. Mais  la meilleure sans doute, ce serait d’informer tous les enfants dès la maternelle et des les amener voir les dauphins sauvages le long de toutes les côtes de France. Le respect de nos frères non-humains s’apprend dès le plus jeune âge. Et ce respect implique forcément le refus de leur captivité.

Parler, dialoguer, informer, convaincre... et parfois FRAPPER !
C’est ainsi que nous y arriverons !

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Ultime petit discours anti-cap d’YG juste avant la fin de la manifestation du 10 juillet 2016. Images sur la page de Jean-Marie Tramblais (https://www.facebook.com/jeanmarie.tramblais)

 

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Manon, Nolwenn, Zoé… Ce sont elles qui construiront l’avenir.

 

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Rien ne pourra les arrêter !

 

RECTIFICATIF

L’un des membres du commando d’activistes ayant participé à cette action mais aussi à celle du Parc Astérix, a émis les remarques suivantes (entre guillemets) par rapport à certaines phrases de l’article qui précède. Ces remarques  m’ont été transmises via une tierce personne :

Lors de l’action, ni lunettes ni bagues ne sont jamais tombées dans l’eau.
Et ce, contrairement à ce que prétendait le « présentateur » au micro.

Les bannières étaient bien imprimées en encre waterproof.
« 
Ces mêmes bannières nous ont servis pour l’action similaire au Parc Astérix. Elles ne présentaient aucun danger ».

– « Un père athlétique est passablement saoul descend des gradins pour cogner l’une des activistes qui se tenait au bord du bassin ».
« 
En fait, c’est un mec d’une vingtaine d’années venu avec sa copine qui a insulté une activiste et l’a giflée pour faire le cake, les policiers ont pris son identité au cas où la militante souhaitait porter plainte ».

Mais nos amis s’en sortiront avec 3500 € d’amende.
« Un policier a fait mine d’avoir le procureur en ligne et nous a annoncé que nous allions écoper d’un rappel à la loi ainsi que d’une amende de 3750 €, ce qui est impossible sans jugement. C’était un coup de bluff de sa part pour tenter de nous dissuader de recommencer ».

Plus d’un an après, toujours rien.
« Donc sa question : « cela en valait-t-il vraiment la peine » ne se pose pas.
Après, c’est son avis personnel, il a lutté de façon pacifique durant près de 20 ans, il préfère les petites minettes devant le parc, ce que je peux concevoir…  Il parle d’éducation, de sensibilisation, je suis complètement d’accord mais c’est comme pour la viande, pour certains, un bon discours suffira et pour d’autres il faut des images chocs.
Je crois que malgré leurs mécontentement, les spectateurs ont êtes secoués par notre intervention et que dans le lot, certains ont été se renseigner sur la captivité et réfléchiront à 2 fois avant d’y retourner.
Informer, sensibiliser, c’est bien mais dénoncer et s’indigner c’est bien aussi ».

– Rien ne les arrêtera (Légende la dernière photo) 
« Ca c’est sûr, elles ont une autorisation préfectorale…
Chanter et danser (je l’ai vu de mes yeux) à 200 m de cétacés en captivité sous anxiolytiques dans de la flotte chlorée etc, c’est aussi discutable mais c’est mon avis personnel que je ne donne qu’en privé à des personnes déjà sensibilisées, pas en public…  C’est se désolidariser quelque part, j’encouragerai toujours les manifestations pacifiques même si elles ne me plaise pas ».

Posted by Jean-Marie Tramblais on Monday, July 11, 2016


Lire aussi :
Shocking Video: Activists Jump into Dolphin Tank at Marineland in France

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Et pendant ce temps, les dauphins du parc….

 


Marineland d’Antibes : 2 dauphins morts, 1 disparu

Le Marineland d’Antibes