Agadir Dolphin World : un delphinarium russe s’ouvre au Maroc

D’où viennent ces dauphins ? Ont-ils été capturés illégalement en Mer Noire ou achetés au marché aux esclaves à Taiji ?

Agadir Dolphin World : un delphinarium russe s’ouvre au Maroc

Agadir Dolphin World, le premier delphinarium russe a ouvert ses portes au Maroc le 6 juillet 2018.
Il enfermerait quatre dauphins de la Mer noire – ou de Taiji ? – et une otarie sans origine que les médias locaux s’obstinent à qualifier de « phoque ». Sur les premières vidéos disponibles, seuls deux dauphins sont visibles.
Quant au béluga annoncé, capturé pour sa part en Mer de Barendt, il semble toujours absent de la piscine. Est-il mort en route ou arrivera-t-il plus tard ? Nul ne le sait et ce n’est pas cela qui a freiné l’enthousiasme des foules, dans un pays gravement indifférent à toute notion de bien-être animal.

Une presse indifférente au bien-être animal

La presse locale, que l’on sait docile, n’a pas de mots pour exprimer son enthousiasme  
« Le delphinarium d’Agadir a ouvert ses portes lors d’une cérémonie organisée  en présence notamment du Wali de la région Souss-Massa, Ahmed Hajji, du président du conseil régional, Brahim Hafidi et du consul général de Russie à Casablanca, Andrey Tsyberko », nous apprend-t-on. 
« M. Tsyberko a souligné que ce projet d’animation touristique reflète l’un des aspects des relations de coopération et d’amitié entre le Maroc et la Russie, rappelant que le partenariat entre les deux pays a été consolidée à la faveur de la visite effectuée par SM le Roi Mohammed VI à Moscou en 2016 et celle du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev l’an dernier à Rabat.
Le diplomate a, par ailleurs, relevé l’importance d’Agadir en tant que première destination touristique des Russes au Maroc estimant que la nouvelle attraction confortera les remarquables atouts naturels et hôteliers de la station ».

Les habitants d’Agadir et les touristes se plaignaient de ce que la ville manque d’attractions touristiques.
Ce sera un lieu de distraction, notamment pour les enfants”
 expliquent les promoteurs du projet.  “Nous ne comprenons pas la polémique autour de ce projet. Personne ne s’était soulevé lors de la construction du Crocoparc à Agadir, pourtant les crocodiles sont aussi élevés en captivité. Les différents mammifères marins présents à Agadir proviennent tous d’un delphinarium en Russie et sont nés en captivité. Ils ont été envoyés au Maroc par avion ».

Rares, très rares, sont pourtant les dauphins nés dans les bassins russes. Les delphinariums ne sont pas conçus pour cela et ne possèdent pas de piscine d’isolement pour les mères enceintes ou allaitantes. Quand un dauphin russe accouche, c’est par hasard, souvent en plein spectacle, comme ici en Géorgie.

Certes, dès 2016, des voix s’étaient élevées contre ce projet, assurant que la création d’un delphinarium allait à l’encontre de la Stratégie Nationale de Développement Durable.
Mais elles ne s’élèvent plus. Et pour cause !
« L’association locale de défense de l’environnement marin, Surfrider Foundation Maroc (SFM), s’est portée vent debout contre la réalisation du delphinarium. Dès l’annonce de sa construction, à l’automne 2017, elle a lancé une pétition qui a recueilli près de 10.000 signatures.
Surfrider Foundation explique les raisons de son hostilité sur son site internet : « La capture dévastatrice de ces mammifères, les effets négatifs sur ses conditions de vie, dont la perte de l’ouïe (qui est leur sens premier), ainsi que l’asservissement d’un animal célèbre pour son intelligence extrême et habitué l’immensité bleue ». 
Les autorités n’ont pas fait grand cas de ces arguments.
Le président de l’association, Nourredine Sallouk, explique : « On a fait une projection d’un film retraçant les étapes de capture du dauphin. On devait le projeter dans les locaux d’une faculté de la région. Mais, à la dernière minute, on nous a appris que nous n’avions plus l’autorisation ».
(Tel Quel

Plus de parking que de bassins. La mer est juste à côté.

C’est vrai aussi que depuis quelque temps, les touristes boudaient un peu le Maroc.
Est-ce l’ambiance du pays, autrefois si chaleureux, qui avait changé ? Le poids d’une foi plus contrainte, d’une bigoterie généralisée, ressenti au quotidien dans les contacts avec les gens ? La tristesse d’un pays qui reste misérable dès qu’on quitte les grandes villes ?
Toujours est-il que comme l’Egypte, la Turquie ou la Tunisie, le Maroc voit fuir ses touristes européens. Il a donc choisi de satisfaire désormais le tourisme russe, ce qui n’est guère difficile : soleil, piscine, attractions, bonne bouffe, alcool et sexe pas chers suffisent à les rendre heureux. Ce dernier point est évidemment le plus délicat à régler, dans un pays si pudibond qu’il interdit furieusement un film dénonçant la prostitution au Maroc, alors qu’elle est visible partout !
Mais pour ce qui est du respect des animaux, les Russes ne posent pas de problèmes.
Ils font bien pire chez eux !

Mais qui se cache derrière cette entreprise ?

Actifs dans d’autres pays du Moyen-Orient, quatre entrepreneurs russes se sont appliqués à construire le premier delphinarium au Maroc au nord d’Agadir. Leurs noms : Aleksei Derii, Andrei Smirnov, Igor Mikhaylov et Aleksei Mikhaylov.
Selon les statuts de la société Agadir Dolfin World dirigée par l’un de ses associés, Aleksei Derii, les quatre actionnaires russes ont apporté 100.000 dirhams de capital pour la création de leur société.

Selon des sources russes généralement bien informées, Aleksei Derii serait également le directeur d’une entreprise de spectacles ambulants exhibant des cétacés en Russie.
A plusieurs reprises, il a été interpellé en train de transporter des dauphins privés de tout permis d’importation CITES ou autre. Cette personne aurait été impliquée à diverses occasions dans le trafic illégal de dauphins de la mer Noire, une espèce menacée, sans jamais encourir de condamnation.

Andrei Smirnov serait, quant à lui, l’ancien propriétaire des deux dauphins Delfa et Zeus découverts abandonnés dans un hangar en 2015. Les deux malheureux étaient passés entre les mains de plusieurs delphinariums, mais selon la presse russe, c’est le delphinarium de M. Smirnov qui les aurait initialement capturés.

Delfa abandonnée dans son hangar à Krasnodar

De cela, bien sûr, tout le monde s’en fiche au Maroc.
Faut-il rappeler comment y sont traités une autre espèce extrêmement rare, les macaques berbères qu’on exhibe sur la place publique à Marrakech ? Faut-il rappeler comment y sont traités les chiens errants ?
Mais le plus dommage, sans doute, c’est l’indifférence du Maroc à l’égard de ses propres dauphins. On les appelle ici « negros » et on les tue parce qu’ils mangeraient tout le poisson.

Le Maroc est pourtant riche de plages magnifiques et d’une faune marine superbe, tant du côté de l’Atlantique que de la Méditerranée.  Un whale-watching respectueux pourrait y être développé qui permettrait aux familles marocaines et aux touristes de découvrir les dauphins libres tout en les protégeant. L’écotourisme est une tendance forte qui s’amplifie.
L’industrie de la captivité, en revanche, perd son public en Europe et aux USA, et se délocalise en conséquence vers les pays du tiers monde, Pakistan, Iran, Egypte, Corée, Vietnam, Indonésie, Tunisie ou… Maroc.

Alors que partout dans le monde civilisé les delphinariums ferment leur porte et que les conditions de vie des dauphins et orques captives sont dénoncées, il a fallu que la ville d’Agadir ouvre ses portes à des mafieux russes spécialisés dans la capture des dauphins de la Mer noire et dans l’achat des dauphins de Taiji.
L’exemple de la Tunisie nous montre pourtant que ce genre de projet criminel n’apportera que souffrance pour les animaux concernés.
C’est un bien triste jour pour le Maroc.

Transfert de bélugas russes dans une eau crasseuse


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