Babouins, ces singes qui ont conquis la savane

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Photo National Geographic

 

Babouins, ces singes qui ont conquis la savane

Les babouins, ces singes qui ont conquis la savane, font aujourd’hui l’objet de chasses aux trophées, de tortures ou d’exploitation industrielle pour la pharmacopée traditionnelle voire carrément la boucherie. 
Pourtant, ces primates très évolués ont suivi le même chemin que nous : ils ont quitté la forêt pour conquérir la savane et affronter ses nouveaux dangers, lions, hyènes, lycaons, buffles ou éléphants.
Contrairement à l’homme, cela ne les a pas mené à la domination de la planète entière, mais à la création de petites sociétés très strictes, très organisées, dont nombre d’aspects doivent sans doute rappeler les premières sociétés humaines.  

La chercheuse Shirley Strum a décrit de façon admirable le monde social des babouins dans son ouvrage Almost Humans. Elle nous décrit par exemple le dilemme que doit affronter un jour chaque jeune mâle de la tribu.
Un jour, l’adolescence advenue, le garçon s’éloigne de ses parents, de sa mère tant aimée, de ses soeurs, de ses tantes, de ses amis d’enfance. Il se tient, immobile à la limite extrême du territoire  de sa famille et contemple des heures durant l’horizon qui s’étend devant lui.
Il lui faut s’en aller, voler de ses propres ailes et fonder  son tour une nouvel tribu. Mais il hésite, il souffre dans son âme de cet arrachement obligé puis , enfin il s’en va et part à l’aventure. N’est-ce pas le cas de tous nos adolescent humains, garçons ou filles, qui doivent un jour ou l’autre quitter le cocon douillet de la vie de famille ?

Les recherches de Shirley Strum ont jeté une lumière très émouvante sur les riches cultures babouins

La société des babouins Chacma

Le babouin vit au sein de groupes sociaux, qualifiés de « troupes », composés de multiples mâles et femelles adultes et de leur progéniture.  Une hiérarchie très codifiée règne au sein de ces troupes.
Les femelles hérite leur rang social de leur mère. Aussi celui-ci est-il relativement fixe.
En revanche, le classement des mâles fluctue souvent au fil de violentes bagarres, en particulier lorsque le pouvoir de chef de bande est mis en jeu.  Chose inhabituelle chez les babouins, les Chacmas ne forment pas d’alliances étroites avec des individus du même sexe.
Bien au contraire, c’est entre deux adultes de sexe opposé non apparentés que les liens sont les plus étroits.

Si la société babouin favorise l’amitié des mâles et des femelles, sa violence fait parfois frémir. L’infanticide est courant chez les babouins chacma, car chaque fois qu’un mâle accède à la tête de la troupe, il tente de tuer de jeunes babouins issus de son prédécesseur. De tells pratiques sont également observées chez certains tribus de chasseurs-cueilleurs, en Amazonie notamment.

Les rassemblements regroupent quelques dizaines d’individus, mais certains peuvent compter deux cents primates. Le babouin Chacma passe le plus clair de son temps à terre à rechercher de la nourriture ou pour socialiser. Le domaine vital des bandes varie entre 2 et 40 km² en fonction des ressources. Les différentes bandes se côtoient sans s’agresser, mais ces contacts sont toujours de courte durée : autour d’un point d’eau par exemple.
Le toilettage et l’épouillage mutuel sont très importants chez le babouin Chacma et permettent des relations plus fluides entre les divers membres de la communauté, en dehors des règles hiérarchiques. Les vocalisations, gestuelles et mimiques jouent un grand rôle dans la communication auditive et visuelle, même si la communication olfactive conserve toute son importance.

Une petite crèche en route

Durant la nuit, comme le faisaient sans doute les Australopithèques, les babouins Chacma dorment en vastes groupes sur les falaises ou dans les arbres pour éviter les prédateurs. Chaque matin, la troupe se met en route de manière parfaitement synchronisée et tout le monde part en même temps. Le signal du départ est le plus souvent donné par un seul individu, que les autres membres du groupe décident de suivre ou non. Au moins cinq suiveurs doivent être recrutés pour que la dispersion des troupes soient suivie et toutes les suggestions de départ n’aboutissent pas.
Par contre, les babouins Chacma qui tiennent un rôle central dans le groupe, tel que mesuré par le comportement de toilettage et le nombre d’interactions sociales, sont davantage susceptibles d’être suivis pendant la dispersion matinale. Cette étude a conclu que les membres du groupe sont plus susceptibles de suivre le comportement d’individus avec lesquels ils sont étroitement associés

Un comportement d’adoption a été observé chez les Chacmas. Les babouins orphelins dont les mères ont disparu ou sont décédées sont souvent trop petits pour prendre soin d’eux-mêmes. Le comportement d’adoption implique de dormir près du bébé orphelin, de le préparer à la vie adulte, de le porter et de le protéger du harcèlement d’autres membres du groupe. Mâles et femelles s’occupent des nourrissons et les soins ne dépendent pas du sexe de l’enfant. De plus, tous les babouins chargés de ces soins ne sont âgés que de quatre ou cinq ans et ne sont pas encore entrés dans la vie adulte. et n’apportent donc pas encore de ressources alimentaires au groupe.

Des familles très unies

Les mâles et les femelles Chacma forment souvent des relations appelées «amitiés». Ces relations de coopération se produisent généralement entre les femelles en lactation et les mâles adultes. On pense que les femmes recherchent des amitiés masculines pour se protéger de l’infanticide. Le mâle le plus susceptible de nouer des amitiés avec des femelles sont celles avec qui il a eut des enfants, Ces amitiés peuvent jouer un rôle dans le système de reproduction des babouins chacma. Une femelle s’accouple souvent avec plusieurs mâles, ce qui augmente le nombre de pères potentiels pour sa progéniture et augmente les chances qu’elle soit capable de trouver au moins un ami pour protéger ses enfants. Ses chances augmente encore si elle est de haut rang.

Ce chasseur s’amuse à torturer un babouin mourant. « Ca fait mal ? « lui demande-t-il en rigolant, pendant que le malheureux se vide de son sang.

Menaces sur les babouins Chacma

« En 2013, une société sud-africaine s’apprêtait à produire de la viande de babouin à l’échelle industrielle » annonçait une dépêche d’alors. « Le projet prévoit la construction d’un abattoir à Warmbaths, à 150 km de Johannesburg. Objectif : résoudre les problèmes érectiles des Asiatiques en transformant les dents, les ongles et les organes génitaux de ces singes en aphrodisiaques et alimenter les supermarchés d’Afrique centrale et d’Europe de l’Est en saucissons, côtelettes et viande en boîte. “C’est du cannibalisme : génétiquement, les humains et les primates sont presque identiques”, s’insurge la Société sud-africaine de prévention de la cruauté envers les animaux ».

Le babouin chacma est assez répandu et ne fait pas partie des espèces animales menacées. Cependant, dans certains endroits confinés, tels que la péninsule du Cap Sud, en Afrique du Sud, les populations locales diminuent en raison de la perte d’habitat et de la prédation d’autres espèces protégées, telles que les léopards et les lions.

Certaines troupes sont devenues une menace pour les banlieues, renversant les poubelles et pénétrant dans les maisons à la recherche de nourriture. Ces troupes peuvent être agressives et dangereuses, et ces rencontres négatives ont entraîné la chasse de résidents locaux frustrés.

Des babouins volent un ours en peluche

Les babouins Chacma vivent à proximité des humains et sont parfois tués comme vermine
Le Chacma est inscrit à l’Annexe II de la CITES car elle est présente dans de nombreuses zones protégées de son aire de répartition. La seule zone en Afrique du Sud où l’espèce est étudiée se trouve dans la péninsule du Cap, où elle est protégée.
La structure des communauté babouin est détruite, au fil des années, au contact des humains et de leur nourriture facile. Ils sont abattus, fléchés, torturés,   empoisonnés, électrocutés, écrasés et capturés pour l’industrie des animaux de compagnie, les laboratoires de recherche et la magie noire africaine.

Pour avoir eu l’impudence de se nourrir de la résine des bois exotiques dans les monocultures industrielles d’Afrique du Sud, plus de 300 babouins ont été ainsi abattus en 2014. Cela qui n’empêche nullement les plantations où a lieu cette tuerie d’avoir l’écolabel délivré par le FSC (Conseil de Soutien de la Forêt) certifiant la gestion socialement, écologiquement et économiquement responsable des forêts.

 


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