Bonnes nouvelles de Sandra, la « personne non-humaine »



Sandra lorsqu’elle était encore enfermée au zoo de Palerme à Buenos Aires

Bonnes nouvelles de Sandra,
« personne non-humaine »

Bonnes nouvelles de Sandra, la « personne non-humaine » sauvée du zoo de Buenos Aires !
Après 33 ans en captivité et plus d’une décennie vécue dans la solitude, Sandra a enfin réussi à s’approcher d’un autre orang-outan et à établir une relation de confiance au  Center for Great Apes où elle a trouvé refuge.
La nouvelle est célébrée par ses nouveaux soignants qui craignaient tant que les années qu’elle avait passé sans aucun contact avec des individus de son espèce n’ait rendu impossible toute socialisation.

« Sandra et Jethro vivent dans le même habitat depuis quelques semaines, mais les deux sont très timides et ne se sont pas encore touché », raconte Patti Ragan, fondatrice du Center for Great Apes , un sanctuaire situé dans la ville de Wachula, en Floride, spécialisé dans l’accueil des grands primates.sandra,


Sandra est arrivée au centre en novembre 2019, au terme de sa quarantaine.

« Sandra est très intéressée par Jethro, mais elle est seule depuis tant d’années qu’il lui faudra sans doute longtemps pour se sentir suffisamment à l’aise et se rapprocher de lui », a-t-elle ajouté. « Lui-même est assez calme et semble aimer Sandra, mais il ne la presse pas non plus, car lui aussi est un grand timide. »
Mais elle reprend avec enthousiasme : « Tout le monde au refuge est amoureux de Sandra. C’est une orang-outan merveilleuse ! Nous l’aimons tous et nous espérons que Jethro le fera aussi! »

L’anniversaire du premier orang-outan à être considéré par la justice argentine comme une «personne non humaine» coïncide avec une fête très célèbre aux États-Unis: la Saint-Valentin.
« Leurs gardiens ont célébré leur anniversaire et la Saint-Valentin lors d’une petite fête, avec des friandises pour Sandra et Jethro »

Sandra avait quitté l’écoparc de Buenos Aires le 26 septembre 2019.
Elle y avait passé exactement 9. 137 jours.
Le 6 novembre, elle est arrivé dans la réserve de 40 hectares située dans une zone boisée et humide qui fonctionne depuis 31 ans. Là, elle partage ses journées avec 52 orangs-outans et chimpanzés sauvés des différentes industries du divertissement (y compris des films hollywoodiens, comme Planet of the Apes) ou provenant de célébrités comme Michael Jackson.
Avant d’arriver à l’endroit où elle finira ses jours, Sandra s’est conformée au protocole sanitaire strict exigé par les États-Unis dans les locaux du zoo du comté de Sedgwick, au Kansas.

Une nouvelle lumière dans les yeux de Sandra

L’histoire de Sandra

Sandra est née au Rostock Zoologischer Garten en Allemagne le 14 février 1986.
Elle y a vécu 9 ans dans une cage en ciment. On sait peu de choses sur ces années sombres : sa mère l’a rejetée à la naissance et elle a grandi seule. Paradoxalement, elle n’a pu ressentir pour la première fois le contact de la terre meuble et du gazon qu’à son arrivée au zoo de Buenos Aires, le 20 septembre 1994.
À cette époque, le parc de Buenos Aires était géré par l’homme d’affaires et directeur de télévision Gerardo Sofovich et les orangs-outans étaient déjà considérés comme menacés de disparition.

Dans les années 90, observer des animaux exotiques derrière les barreaux d’un zoo ou déguisés en clowns dans des cirques était encore socialement admissible. La visite de tels sites faisait bien au contraire partie des voyages scolaires et des sorties familiales. Remettre en question l’origine de ces animaux ou remarquer l’humeur de l’un d’entre eux était chose inhabituelle.
Les gens aimaient voir de nouveaux animaux dans la collection des zoos. C’est peut-être pour cela que, durant cette période, l’achat d’espèces exotiques a augmenté.


Des années ont passé, jusqu’ à ce qu’un drame survienne, qui marqua un tournant dans le destin de l’ancien zoo de Buenos Aires: la mort de l’ours polaire Winner, à l’aube de Noël 2013
.
Le malheureux s’était éteint en raison d’une «combinaison de facteurs tels que son tempérament nerveux, une vague de chaleur inhabituelle durant les derniers jours et le bruit des feux d’artifice la nuit du 24 décembre, faits qui semblent avoir entravé sa thermorégulation », selon les autorités du zoo.
Le jour même, un groupe de défenseurs des droits des animaux a manifesté devant la porte du zoo pour demander la cessation de son activité et le transfert urgent des animaux vers d’autres établissements.

Winner à Buenos Aires

Des voix se sont bientôt élevées pour réclamer sa libération.
Lors de la manifestation organisée par l’ONG SinZoo, des milliers de personnes se sont tenues par la main en encerclant le parc de Palerme en silence. Le slogan de «libération animale  » a suscité l’intérêt des législateurs de la ville et du pays et bientôt la justice est entré en jeu.

La réclamation légale pour le transfert de Sandra émanait de l’Association des fonctionnaires et avocats pour les droits des animaux (AFADA), représentée par le constitutionnaliste Andrés Gil Domínguez.
Celui-ci jugeait inacceptable que l’animal soit «enfermé dans une boîte en ciment» et a demandé au juge que Sandra ne soit plus considérée comme une « chose » ou un « objet » – comme le prévoit le Code civil et commercial argentin.

En mars 2015, l’affaire de Sandra a été portée devant le tribunal contentieux, administratif et fiscal numéro 4 de la ville de Buenos Aires, et soumise à la juge bien nommée Elena Liberatori .
« J’ai étudié les lois pour défendre les innocents, et il n’y a rien de plus innocent qu’un animal», a expliqué la magistrate au sujet de sa décision le 21 octobre 2015.
La sentence décrétait que Sandra devait être reconnue comme un «sujet de droit » et que le gouvernement de Buenos Aires (propriétaire du zoo et donc de l’orang-outan) devait se charger de lui garantir « des conditions naturelles d’habitat et des activités nécessaires à la préservation de ses capacités cognitives ».

Roberto García, photographe: « e ne pouvais pas supporter que ses yeux me transpercent l’âme, alors j’ai pris cette photo, j’ai pris une profonde inspiration… elle a continué à me regarder. Des larmes ont jailli et je lui ai juste demandé de comprendre que ma visite n’était pas vaine car ces photos serviraient à montrer au monde sa tristesse »

Il fallut attendre encore 3 ans, 11 mois et 5 jours pour que l’exécution de la peine du juge Liberatori soit effective.
Plusieurs obstacles ralentirent la procédure. Le Bureau du Procureur fit appel et Gustavo Letner, chef de la 15e Cour pénale, considéra la sentence comme «éteinte». Mais le 12 décembre 2016, la troisième chambre criminelle jugea au contraire que le procureur n’avait pas respecté les droits des plaignants (AFADA), déclarant que « rien n’empêche de considérer ces animaux comme des sujets de droit non humains ».

La sentence de Liberatori fut donc confirmée.
Sandra a été reconnue comme une personne non humaine et a pu bénéfice à ce titre d’un appel pour habeas corpus, une procédure judiciaire par laquelle tout détenu a la possibilité de comparaître devant un juge afin que celui-ci détermine la légalité de sa privation de liberté.

Au cours de ces dernières années, le zoo a cessé d’être considéré comme un endroit attrayant pour être vu plutôt comme « une prison d’innocents ».
Les demandes de fermeture et de transfert d’animaux se sont multipliées dans tout le pays.
C’est ainsi que le 23 juin 2016 , le chef du gouvernement de la ville autonome de Buenos Aires, Horacio Rodríguez Larreta, a du annoncer la fermeture du zoo de Buenos Aires et sa conversion en «écoparc » .
Sandra était toujours dans son enclos, seule et en attente de son transfert, même si elle semblait plus calme loin du regard des visiteurs.


La sortie de Sandra de l’écoparc de Buenos Aires fut accompagnée en silence d’une douzaine de militants des droits des animaux et de voisins qui, pour ne pas effrayer l’orang-outan, levaient les mains et les retournaient, ce qui signifie un applaudissements dans le langage des sourds.

Vers 17 heures, Sandra est arrivée à l’aéroport international d’Ezeiza accompagnée de ses soignants, en larmes, et de son vétérinaire venus lui dire au revoir.
Elle fut embarquée ensuite dans la soute d’un avion d’American Airlines – le vol 996 – avant d’arriver à l’aéroport international de Dallas Fort Worth à 5 h 14 le 27 septembre 2019.
Le voyage s’est poursuivi par la route pour un trajet de 8 heures jusqu’à Zoo du Kansas, où Sandra devait effectuer une quarantaine obligatoire de 39 jours.
En novembre 2019, Sandra a enfin été accuielie dans son sanctuaire en Floride, sous le regard des médias internationaux.

Sandra au Centre des grands singes

Ses nouveaux soigneurs l’attendaient anxieusement, comptant presque les jours pendant sa quarantaine.
Le monde entier avait à nouveau les yeux rivés sur cet orang-outan de légende auquel la justice argentine avait reconnu les droits d’une personne «non humaine».

«Sandra fait aujourd’hui partie d’un groupe de 11 adorables orangs-outans recueillis au sanctuaire.
La survie de leurs cousins sauvages à Bornéo et à Sumatra est gravement menacée en raison du développement urbain, des incendies, du braconnage, des plantations d’huile de palme et de l’exploitation minière et de l’exploitation forestière », a déclaré le Center for Great lors de son arrivée, qui la décrit désormais ainsi sur la page de son site :
« Sandra est née au Rostock Zoologischer Garten en Allemagne. (…) Depuis 2008, elle vivait seule au zoo de Buenos Aires. Une décision judiciaire historique lui a conféré la personnalité juridique, assortie du droit d’être respectée en tant qu’être sensible. Le tribunal a statué qu’elle n’était pas autorisé à rester exposée dans un zoo ».

Center for Great Apes

Bien que Sandra ait perdu cette personnalité juridique en quittant l’Argentine, elle est toujours considérée comme telle par l’équipe du sanctuaire qui estime que « tous les grands singes ont le droit d’être respectés en tant qu’êtres sensibles ».
Les bénévoles et les responsables de la réserve ne cachent pas leur bonheur de l’avoir parmi eux.
«C’est une adorable orang-outan et nous sommes très heureux de l’avoir ici avec nos autres résidents de l’espèce.»

Ils sont également satisfaits des progrès dont elle a fait montre en si peu de temps.
«C’est la première fois depuis plus de dix ans que Sandra rencontre d’autres orangs-outans ! »
2020 a permis à Sandra de s’adapter de mieux en mieux à sa nouvelle vie et à son environnement. Elle se montre chaque jour plus réceptive aux jeux et aux activités qu’on lui propose au refuge. Elle a également commencé à exprimer ses goûts et quelques facettes de sa personnalité.
« Sa santé est bonne et elle regarde les autres orangs-outans du sanctuaire avec un intérêt marqué pour Jethro, Chuckie et Mari », indiquait le Centre le 9 janvier dernier.

 

Ses nouveaux soignants sont très confiants, car Sandra est sociable, mais ils ne la forcent jamais.
Le 30 janvier, ils déclaraient sur les réseaux sociaux « qu’elle s’était extrêmement bien adaptée à la vie du sanctuaire et qu’elle commençait à faire la connaissance de nouveaux orangs-outans ».

Les 34 ans de Sandra ont été célébrés comme d’habitude, par des corbeilles de fruits, des gâteaux et de nouveaux jouets pour activer ses capacités cognitives, mais surtout, avec autour d’elle, pour la première fois de sa vie, des arbres, de l’espace et des compagnons de son espèce….

Adapté de l’article 
La orangutana Sandra cumple 34 años en el santuario de los Estados Unidos junto a animales de su especie

Bon anniversaire, petite Sandra ! Photo Center for Great Apes

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