Captivité des dauphins : inutile, cruelle et immorale

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Pas plus qu’un être humain ne peut se concevoir sans sa vie sociale, amoureuse, professionnelle, un dauphin ne saurait pleinement exister sans  ses chasses, ses alliances et ses voyages au long cours dans l’océan qui est son monde.

Captivité des dauphins : inutile, cruelle et immorale

La captivité des dauphins est inutile, cruelle et immorale.
Quelles que soient les conditions d’accueil que l’on réserve aux cétacés, quels que soient les efforts déployés pour élargir encore la taille des bassins, leur enfermement n’en reste pas moins toujours éthiquement injustifiable puisque inutile et cruelle.

Expérience sur les cris de douleur des dauphins à l’INRA menées par le Pr. Busnel

La captivité est inutile sur le plan scientifique 

Les delphinariums continuent à prétendre qu’ils jouent un rôle important dans la recherche sur les cétacés.
En fait, lorsqu’on y regarde de plus près et que l’on considère les études effectivement publiées par ces entreprises commerciales, on note qu’il s’agit principalement de recherches portant sur l’insémination artificielle, le taux de mortalité, les techniques de dressage, les maladies dues à la captivité ou bien encore les adjuvants médicamenteux indispensables à la survie des individus maintenus de longues années loin de l’eau de mer et du soleil.

Du fait de cet environnement totalement artificiel, même les autopsies ne sont pas pertinentes.
Les cadavres de dauphins captifs étant littéralement imbibés de substances chimiques (antibiotiques, suppléments alimentaires, valium, anti-dépresseurs, etc.) qu’on ne trouve pas dans la nature. Quant aux grandes maladies virales infectieuses qui ravagent certaines populations de dauphins libres (mobilivirus), les delphinariums sont incapables de trouver les moyens de les prévenir.
En revanche, l’herpès fait des ravages en bassin, de même que nombre de maladies bactériennes dues à la saleté de l’eau.
Des informations de base peuvent sans doute être obtenues sur la reproduction ou la maturité sexuelle mais il est dangereux d’appliquer ces découvertes au cas des dauphins libres, dont les conditions de vie sont tout à fait différentes. Le mode d’alimentation atypique des dauphins captifs affectent sans doute leur courbe de croissance et leur taille adulte.

Les études comportementales sont elles-mêmes de peu de valeur. Elles ne concernent en effet des comportements routiniers, névrotiques, sous haut contrôle de l’être humain et n’ont donc que fort peu de rapports avec le comportement réel des dauphins libres.

Les dauphins d’Epcot

Quant à la conservation des espèces menacées, le discours des delphinariums est contradictoire.
Malgré le fait que les dauphins Tursiops ne soient nullement une  espèce en  danger et qu’ils relèvent toujours de l’annexe II de la CITES autorisant leur exploitation commerciale sous certaines conditions, leur détention est néanmoins présentée comme la sauvegarde d’une espèce en voie de disparition, comme le Panda ou l’Okapi ! Or le statut des dauphins Tursiops Tursiops truncatus, le plus coutrament détenu en Europe et aux Etats-Unis, est celui de « low concern » selon l’IUCN.

L’élevage en bassin  (dolphin breeding) donne, on le sait, de piètres résultats, avec un taux impressionnant de fausses couches et de delphineaux morts-nés ou décédés dans les jours suivant leur naissance.
Les cirques aquatiques persistent pourtant dans cette pratique, puisque l’approvisionnement en dauphins libres fraîchement capturés devient de plus en plus difficile et les risques de consanguinité de plus en plus grands.
Rappelons enfin qu’au regard des lois internationales sur la protection des espèces menacées, les individus élevés en captivité devraient être en principe réintroduits dans leur site d’origine. Et ce n’est évidemment pas le cas de ces delphineaux nés en bassin, qui ne le quittent que morts.

Certains établissements, comme le delphinarium d’Antibes ou celui de Harderwijk prétendent enfin mener des recherches en vue de la préservation des dauphins sauvages. Leurs résultats sont maigres, voire insignifiants quand il s’agit d’éloigner les dauphins des filets, par exemple. Certains delphinariums aux USA se font fort également de recueillir les dauphins échoués, ce qui n’est pas une bonne idée, puisque la plupart de ceux qui survivent sont gardés pour le show.

Rien ne remplace la liberté

La captivité est inutile sur le plan pédagogique

Loin de leur faire découvrir la merveilleuse complexité de la vie des dauphins, les delphinariums font croire aux enfants que le dauphin est un « spectacle », un « objet d’amusement », un « animal familier » gentil, serviable et un peu enfantin.
Au zoo, il semblerait incongru qu’on force les chimpanzés à rouler à vélo, aux éléphants à se mettre sur la tête ou aux lions de sauter dans des cerveaux à heures fixes pour obtenir leur repas.

Pourquoi le demande-t-on aux cétacés dans ces cirques aquatiques qualifiés de « zoo » par la loi ?
Parce qu’ils mourraient d’ennui à rester sans rien faire ? Parce que leur intelligence est si vive qu’il leur faut bien s’occuper d’une manière ou d’une autre ? Et qu’autrement il faudrait les soigner avec des antidépresseurs et des tranquillisants, comme n’importe quel prisonnier dépressif et dangereux ?

Dire bonjour avec sa nageoire, hocher la tête comme un humain, attraper du poisson au vol, tirer un gosse dans une petite barque, danser au rythme de la disco : toutes les prestations des dauphins, pourtant tirées à l’origine de leur répertoire naturel, visent à faire croire qu’ils obéissent avec bonheur, qu’ils nous imitent, qu’ils n’ont de rêve que de nous ressembler et de faire aussi bien que nous.
Vision paternaliste mielleuse et anthropocentriste, qui assimile ces créatures marines à des toutous aquatiques et n’a plus rien à voir avec la réalité des dauphins libres ni avec la souffrance de ceux qui sont captifs.

Honey est comme un vieil outil inutile, oublié dans une remise

La captivité est cruelle 

De manière générale, on peut poser pour acquise l’impossibilité fondamentale de maintenir en captivité de façon acceptable des mammifères supérieurement intelligents dont la vie cognitive et sociale constituent l’essentiel de la réalité.
Les dauphins, les éléphants et les grands singes, en ce compris les hommes, sont tous des mammifères disposant d’un très haut potentiel cognitif. Ce sont des personnes à part entière.
Leur durée de vie est importante et tous, ils bénéficient d’une enfance extrêmement prolongée, durant laquelle leurs parents se chargent de les éduquer et de leur transmettre leur propre savoir-faire.
Ce sont donc des « êtres de culture », vivant dans ce « troisième monde » (Popper & Eccles.1989) que tissent les inventions mythiques, les règles de filiation, l’identité sociale, le langage, l’émotion, les attachements amicaux durables et des valeurs morales telles que l’altruisme, l’encouragement au don ou le sens du bien commun (F. De Wall 1995).

Dans ce contexte où le regard de l’autre construit et renforce la sensation d’exister, l’isolement est ressenti comme une punition grave. Pour l’homme, l’emprisonnement à vie remplace souvent la peine de mort. Quand cet isolement devient total – en cachot, par exemple, ou en cellule de haute sécurité  – les hallucinations surviennent très rapidement, puis la démence complète et la mort par suicide.

La simple observation clinique nous apprend que les chimpanzés et les dauphins manifestent exactement les mêmes réactions que nous dans les mêmes circonstances.
Pour eux aussi, il est inconcevable de vivre loin des leurs, loin de leur univers social familier mais également de leur biotope.
Arraché de force à son univers sensoriel familier, un grand mammifère est aussi démuni que n’importe quel homme enfermé en cellule. A ce dernier, manquent les bruits de la rue, la musique, les voitures, les lumières de la ville, le cinéma, les promenades, les voyages, les paysages variés, les objets de son quotidien et le gestes de son travail.

Delphinarium russe

Que dire alors du vide atroce que doit ressentir le dauphin ?
Son audition est surpuissante, sa peau ultrasensible, ses yeux perçants sous l’eau et dans l’eau, il perçoit même les champs magnétiques. Autour de lui, quand il vit libre, le grondement des vagues, le pépiement des poissons, les rumeurs du tonnerre et de la pluie en surface, la pression des plongées, la nuit des grands fonds, les tremblements de terre sous-marins, le passage des navires, les luttes avec les squales, la chasse, la cueillette des invertébrés sous le sable, toutes les choses de la vie…

En captivité, rien.
Plus un son naturel. Plus un rayon de soleil. Plus un seul bruit de vague. Plus une algue et plus un poisson. Des murs, un fond, des parois vitrées, des coups de sifflet et deux ou trois repas par jour, et les mêmes gestes tous les jours….

Ainsi que le rappelait le dresseur Rocky Colombo, le fait que le bassin soit entièrement vide, nu, dépourvu de tout décor, de tout rocher, de tout algue, oblige le dauphin à s’intéresser à ce qui se passe au-dessus de la surface. C’est là un stade difficile à obtenir au début du dressage : naturellement, cet animal marin prête davantage attention à ce qui se passe sous l’eau. Pour le contraindre à faire des shows, quatre ou cinq fois par jour, il faut donc que le dauphin s’ennuie.
C’est une condition nécessaire à sa docilité.

Une vie aussi vide que le bassin…

La captivité des dauphins est immorale

«Les dauphins, baleines et autres cétacés ne seront sauvés que lorsque nous cesserons de les envisager en tant que ressources alimentaires à gérer et à exploiter » explique Paul Spong « et que nous les verrons enfin comme des compagnons – des animaux organisés socialement de manière autonome doté de droits que nous reconnaîtrons, garantirons et protégerons. Parmi ces droits, celui de vivre libre et de disposer d’un habitat préservé sont les plus essentiels ».

Les dauphins possèdent les capacités cognitives et émotionnelles caractéristiques du type de conscience qui constitue la base, chez les humains, de la possession d’un statut moral.
Si des individus humains ont droit à une considération particulière, alors les individus dauphins devraient en bénéficier aussi.

Les dauphins possèdent le matériel biologique pour soutenir de telles facultés.
Comme le cerveau humain, le cerveau du dauphin a un large cortex cérébral et une quantité importante de néocortex associatif.
La plupart des ratios anatomiques qui permettent d’évaluer les capacités cognitives (poids du cerveau, quotient encéphalique) placent le cerveau du dauphin en seconde place seulement après le cerveau humain.

Les gros cerveaux permettent d’élaborer des opérations mentales plus complexes que les petits

Cependant, le fait que les dauphins aient une histoire évolutive différente et plus longue que celle des humains a probablement engendré d’importantes différences dans la façon dont les cerveaux de ces deux mammifères fonctionnent. Par exemple, des informations limbiques ou émotionnelles pourraient jouer un plus grand rôle dans le cerveau des dauphins que dans celui des humains. Et le cerveau humain pourrait davantage mettre l’accent sur le détail alors que le cerveau des dauphins mettrait l’accent davantage sur la vitesse.

La recherche scientifique dans le «monde intérieur» des dauphins révèle des signes d’une conscience avancée que l’on croyait traditionnellement spécifique aux humains seulement : conscience de soi, émotions, auto-réflexion consciente sur les contenus de la conscience, résolution de problèmes par l’utilisation de la pensée abstraite, saisie de la structure causale de son propre environnement, pensée innovante et créative, fonctionnement dans des environnements cognitifs étrangers, et utilisation d’outils.

L’idée de traiter une telle espèce composée d’êtres conscients d’eux-mêmes disposant d’une intelligence sophistiquée, comme des «propriétés» et non comme des «personnes », et de les élever en pensant uniquement à ce qui les rendra utiles sur un plan commercial, présente de glaçantes similitudes avec la pratique de l’esclavage humain. Capturer, vendre, acheter et/ou élever est incompatible avec la dignité due à un être conscient.


Défendre les dauphins : la nouvelle frontière morale