C’est le stress chronique qui tue les orques captives

Orque au Marineland. Photo AG

C’est le stress chronique qui tue les orques captives

Une nouvelle étude nous révèle que les maladies incessantes et les décès prématurés qui frappent les orques captives sont liés au stress chronique que ces mammifères marins endurent en bassin.

Que les orques ne s’épanouissent guère en captivité n’est un secret pour personne.
Ces grands cétacés meurent souvent d’infections causées par la chute de leur système immunitaire, malgré les soins vétérinaires constants qu’elles reçoivent et leur vie dans un environnement contrôlé. Par ailleurs, ces orques présentent souvent des comportements inhabituels, tels que l’automutilation, l’apathie et des phases de grande agitation.

Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Veterinary Behavior sous le titre « The Harmful Effects of Captivity and Chronic Stress on the Well-being of Orcas » démontre que ces problèmes de santé peuvent être attribués à une cause fondamentale unique: le stress chronique.
«Lorsque des orques meurent dans les parcs marins, ceux-ci semblent toujours stupéfaits ou assommés de chagrin», déclare Lori Marino,biologiste au Whale Sanctuary Project et principal auteur de l’étude. «Leur message est toujours qu’il n’y aucun lien entre le fait de vivre dans des bassins de béton et ces morts inopinées. Mais notre article et d’autres avant lui montrent que c’est loin d’être le cas.
Nous ne devrions donc pas être surpris quand une jeune orque meurt prématurément. Nous savons parfaitement pourquoi, ce n’est pas un mystère. Cela s’explique par les mécanismes bien connus de l’impact du stress chronique sur la santé physique ».

Dans cette nouvelle étude, une équipe interdisciplinaire d’experts a rassemblé puis examiné la littérature scientifique actuelle sur la santé et le bien-être des orques en captivité.
À son tour, cette littérature a été étudiée dans le cadre des effets bien documentés du stress chronique sur les mammifères, lequel est connu pour affecter négativement le système immunitaire d’un animal. Lori Marino a déclaré que son équipe « s’est basée sur cette littérature pour livrer une image cohérente de ce qui se passe chez les orques captives ».

Au total, l’équipe a identifié cinq facteurs interdépendants qui contribuent au stress chronique chez ces grands mammifères marins.

Le premier est leur confinement et le fait que les bassins qui les enferment ne sont pas assez profonds ni suffisamment larges pour répondre à leurs besoins de base. Les orques ne peuvent peuvent pas se déplacer comme elles le voudraient, ce qui entraîne des comportements étranges, souvent répétitifs.

Le second facteur est que ces grands cétacés sont constamment bombardés par des perturbations sensorielles indésirables et inhabituelles, en particulier de nature acoustique. Les bruits typiquement endurés par les orques incluent les feux d’artifice, les cris et les applaudissements du public, les bruits de travaux de construction ou de rénovation et les sons constants produits par les systèmes de filtration. Les bassins en béton eux-mêmes contribuent également à un environnement acoustique tout sauf idéal.

Le troisième facteur concerne les tensions sociales et l’incapacité des orques à nouer des relations normales. Ceci notamment du fait des changements constants des détenus, qui empêchent en particulier la création de liens solides entre la mère et son enfant, ce qui se traduit ensuite par des soins maternels médiocres.

Enfin, le quatrième facteur est que les orques n’ont pratiquement aucun contrôle sur leur propre vie, ce qui entraîne un sentiment d’impuissance. Cela se manifeste par la dépression, le manque de motivation, un déficit d’apprentissage, des troubles de l’alimentation et un système immunitaire compromis.

Enfin, il y a l’ennui intense. Ces mammifères hautement intelligents et dotées d’émotions complexes manquent cruellement de stimulations, ce qui entraîne dépression, apathie, irritabilité et anxiété.

Marineland d’Antibes. Photo AG

Ces facteurs étant pris ensemble, les chercheurs concluent qu’il n’est pas étonnant que ces animaux soient presque constamment malades et que leur durée de vie soit singulièrement abrégée.
On pourrait argumenter que l’intelligence des orques pourrait les aider à surmonter le fait de vivre en bassin et de se produire lors de shows, le dressage étant alors considéré comme un « enrichissement environnemental » mais les conclusions des chercheurs vont dans le sens contraire.
« Les orques et autres cétacés exhibés dans les parcs marins sont en réalité plus vulnérables au stress en raison de leur complexité cognitive », insiste Lori Marino. « La complexité cognitive signifie que les besoins sont également complexes et qu’il est impossible de répondre à ces besoins dans de tels environnements artificiels. L’ennui chronique est l’une des causes les plus puissantes du stress chronique et des problèmes de santé. En raison de leurs capacités intellectuelles et émotionnelles, les cétacés sont très sensibles aux effets néfastes de l’ennui en captivité”.

L’argument selon lequel les orques captives vivent mieux et plus longtemps que les orques libres tombe à plat de la même manière.
« Ces animaux ont évolué au fil de millions d’années pour voyager très loin et relever chaque jour les défis de la vie sauvage, à savoir trouver de la nourriture et éviter les risques. Lorsqu’ils ne sont pas autorisés à le faire dans les parcs marins, et que leurs seules activités sont le dressage, les shows et de longues périodes d’inaction, ils en souffrent. Leur corps s’est adaptés aux types de stress que l’on rencontre dans l’océan mais les orques sont complètement inadaptées, physiologiquement et psychologiquement, à faire face au stress généré par la vie en  delphinarium ».

Lori Marino souligne que l’objectif de cette nouvelle étude n’était pas de nuire aux parcs marins mais plutôt « de mettre en place une approche scientifique et empirique du bien-être des orques en captivité« .
« Comme beaucoup d’autres grands animaux très intelligents et socialement complexes, les orques ne peuvent pas s’épanouir dans une cage en béton ».

Kerry Bowman, bioéthicien à l’Université de Toronto, considère que l’étude de Lori Marino et de ses confrères constitue une «enquête scientifique solide» qui renforce les arguments éthiques contre la détention des orques dans les parcs marins.
« Ce document identifie clairement l’étendue et la portée des dommages causés aux orques en captivité et élimine toute question persistante de leur captivité comme étant éthiquement justifiable », a déclaré Bowman, qui n’était pas impliqué dans ce nouveau travail.

Adapté de l’article de Gizmodo« Chronic Stress Makes Captive Orcas Sick and More Likely to Die Young »


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