Comment la Chine dévore les dauphins de Taiji



Un congélateur détenait plusieurs dauphins morts au Hangzhou Changqiao Polar Ocean World

Comment la Chine dévore les dauphins de Taiji

A voir comment la Chine dévore les dauphins de Taiji et les bélugas russes en les tuant à petit feu dans ses aquariums minuscules et crasseux, on peut craindre qu’un jour prochain, tous les cétacés sauvages de cette planète ne soient décimés.  

Pour satisfaire l’ogre chinois, le port de Taiji capture de plus en plus de dauphins de toutes espèces.
L’an dernier, 241 dauphins ont été arrachés à leur famille et à leur monde avec une violence digne du massacre de Nankin. La plupart  d’entre eux sont partis mourir en Chine et les autres au Japon, en Corée, en Russie, un peu partout dans le monde.

Mais ce n’est pas suffisant ! Aussi le port de Futo se prépare-t-il à répondre à son tour aux besoins chinois.
Des navires russes armés par des sociétés chinoises ont récemment longé les côtes de la Namibie à la recherche d’orques.
Au rythme où croît la bulle économique des parcs marins géants, l’océan tout entier ne comblera pas la faim du Moloch !

La surmortalité des dauphins captifs en Chine

À l’échelle mondiale, la capture, le transport et le confinement ont un impact considérable sur la mortalité des cétacés.
Une étude de 1995 a déterminé que les taux de mortalité des dauphins à gros nez étaient multipliés par six pendant et immédiatement après la capture. Un pic de mortalité similaire se produit après chaque transport entre installations. L’estimation de la survie médiane des orques captives est de seulement 6,1 ans, ce qui signifie que 50% des orques captives meurent dans les 6,1 ans qui suivent leur capture ou leur naissance. Les bélugas en liberté ont une durée de vie maximale estimée à 60 ans mais les bélugas en captivité meurent tous avant l’âge de 30 ans.

Des informations sur la mort de cétacés en captivité dans des parcs chinois ont été obtenues par le biais des médias.
Neuf décès seulement ont été rapportés publiquement, bien que la mort de nombreux cétacés soit pratiquement certaine.
Pourtant, l’enquête menée par Al Jazeera nous montrait un congélateur contenait plusieurs cadavres de dauphins au Hangzhou Changqiao Polar Ocean World.
Le vétérinaire de l’établissement, interviewé en caméra caché, a déclaré que les dauphins étaient morts d’une torsion de l’intestin  à cause des mouvements qu’ils étaient tenus de faire pendant les spectacles. En gros, on leur demandait de faire plus que ce que leur corps pouvait supporter.
Le vétérinaire a également révélé que les gestionnaires de parcs marins demandaient au personnel de ne pas révéler le taux élevé de mortalité afin d’éviter tout contrôle et toute critique de la part de l’extérieur.

Enfin, les enquêteurs ont filmé un importateur de mammifères marins en Chine, affirmant que le propriétaire d’un delphinarium lui avait dit : « Tant que les animaux nous font gagner suffisamment d’argent en haute saison, peu importe qu’ils meurent ensuite. Il suffira d’en acheter d’autres ».

Une analyse de la base de données sur le commerce CITES indique que le nombre de bélugas importés au cours des années est beaucoup plus élevé que le nombre actuellement captif en Chine. Les chiffres CITES énumèrent les importations de 260 bélugas entre 1997 et 2016, un représentant de l’industrie suggérant que ce chiffre atteindrait plutôt 300.
Nous ne pouvons toutefois documenter que 210 détenus dans les delphinariums chinois.
Si nous supposons une durée de vie de 35 ans (estimation la plus basse de la longévité), ces chiffres montrent qu’un grand nombre d’individus sont déjà morts relativement jeunes.

La base de données CITES répertorie également l’importation de 674 grands dauphins jusqu’à la fin de 2017.
Pourtant, seuls 554 d’entre eux sont répertoriés dans les delphinariums chinois, ce qui indique encore une fois qu’un grand nombre d’individus sont probablement morts prématurément.

L’état de conservation de la plupart des populations de cétacés ciblées par l’Industrie est inconnu.
Dans le cas des clans de bélugas de la région de la baie Sakhalin-Amour dans la mer d’Okhotsk, en Russie, d’où proviennent tous les exemplaires trouvés dans les parcs marins chinois – leur  population est considérée comme épuisée. Il est donc fort probable que l’industrie des delphinariums contribue directement au déclin d’au moins une population de cétacés en liberté.

La population carcérale

On estime à 1.001 le nombre de cétacés de 13 espèces différentes dans les 80 parcs marins opérationnels en Chine en 2019.
A savoir:
554 grands dauphins communs (Tursiops truncatus) et grands dauphins de l’Indo-pacifique (Tursiops aduncus)
210 bélugas (Delphinapterus leucas) en provenance de Russie
56 dauphins tachetés pantropicaux (Stenella attenuata)
48 marsouins aptères (Neophocaena asiaeorientalis) classés comme espèce vulnérable à l’Annexe I de la CITES
46 dauphins de Risso (Grampus griseus)
36 dauphins à flancs blancs du Pacifique (Lagenorhynchus obliquidens)
15 orques (Orcinus orca) capturées en Russie.
17 pseudorques (Pseudorca crassidens)
6 dauphins à bosse de l’Indo-Pacifique (Sousa chinensis) classés comme espèce presque menacée à l’Annexe I de la CITES
5 dauphins à long bec (Stenella longirostris)
4 globicéphales noirs (Globicephala macrorhynchus)
4 dauphins sténo.

Les espèces les plus répandues sont le grand dauphin et le béluga.
La plus forte augmentation depuis 2015 concerne le nombre de grands dauphins (554 aujourd’hui contre 279 à l’époque), soit une augmentation de 275 individus.
Depuis 2015, 96 autres bélugas ont été identifiés, le nombre d’orques est passé de sept à 15 et le nombre de dauphins pantropicaux a considérablement augmenté, passant de 16 à 56.
Quatre dauphins sténo et cinq dauphins à long bec ont importés depuis 2015.
Dix des espèces de cétacés gardées en captivité en Chine sont inscrites à l’Annexe II de la CITES. L’Annexe I concerne deux espèces, le marsouin aptère et le dauphin à bosse l’Indo-Pacifique ou « dauphin blanc ».

La CITES

Tous les cétacés importés en Chine sont énumérés à l’Annexe I ou à l’Annexe II de la CITES.
Toute importation, exportation et réexportation entre les pays membres de la CITES est autorisée par un système de licence. Chaque partie à la Convention dispose d’un organe de gestion chargé d’administrer le système de licences et d’un responsable scientifique chargé de donner des avis sur les effets du commerce sur le statut de l’espèce.

La base de données sur le commerce CITES signale l’importation de 1.061 cétacés en Chine.
La plupart d’entre eux ont capturés au large des côtes de la Russie, du Japon et des Îles Salomon et leur arrivée en Chine a été documentée par les médias.

51 dauphins tachetés pantropicaux ont ainsi été identifiés dans des parcs chinois. Mais la base de données CITES ne répertorie que l’importation de 9 individus jusqu’à la fin de 2017.
Il semble donc qu’au moins 42 de ces animaux ne sont pas encore enregistrés par la CITES. Si les dauphins tachetés pantropicaux étaient importés sans les documents CITES requis, cela constituerait une violation grave de la réglementation et une enquête immédiate devrait être menée sur la légalité de ces importations.

Capture et transport

Les individus capturés sont importés par des entreprises d’import-exportat établies. Ils feront probablement l’objet d’au moins deux transports avant d’atteindre leur destination finale.
Ils seront d’abord retirés de la mer et placés dans un centre de pré-dressage, telle la redoutée Dolphin Base à Taiji.
Ensuite, ils feront l’objet d’un deuxième transport, plus long, qui comprendra des voyages en avion et par route depuis le Japon ou la Russie jusqu’en Chine. Certains de ces trajets ont duré plus de 70 heures pour certains cétacés.

Les parcs marins en Chine achètent leurs cétacés à des sociétés spécialisées  qui assurent également le pré-dressage. Les coûts associés à leur achat sont généralement élevés.
Des exemples documentés dans les médias chinois suggèrent que le coût de chaque dauphin varie entre 65 000 USD et 250 000 USD.
Pour les bélugas, le coût se situe entre 150.000 et 240.000 USD par tête.

Nanchang Wanda Aquarium

Les conditions de détention

D’après ses visites sur les lieux et les reportages dans les médias, la China Cetacean Alliance s’inquiète sérieusement de la gestion des cétacés captifs en Chine. 
Les bassins d’exposition ont une profondeur moyenne d’environ 6 m, une largeur de 15 m et une longueur de 20 m. De tels enclos ne peuvent pas répondre aux besoins comportementaux complexes des animaux qu’ils détiennent.
Les réservoirs manquent de complexité structurelle, avec peu ou pas de caractéristiques topographiques, les laissant ainsi nus et sans relief.

En 2015, seuls 4 des 14 parcs inspectés offraient une forme quelquconque d’enrichissement environnemental aux captifs en bassin,  y compris des jouets et des flotteurs en mousse. Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis lors. Ces conditions sont susceptible de causer un ennui extrême chez ces espèces hautement intelligentes.
Même les quatre orques de Shanghai Haichang Ocean Park ne peuvent interagir qu’avec des débris des poissons morts dans les réservoirs !

De nombreux cétacés sont enfermés dans des bassins crasseux et décatis.
En 2015, la CCA avait pu constater des portes et des poteaux rouillés, des matières fécales et d’autres corps étrangers flottant dans la colonne d’eau.
En 2018, l’enquête menée par Al Jazeera nous a montré les images de bélugas jouant avec des éclats de peinture qui s’étaient écaillés sur les parois de leurs bassin, les exposant à une intoxication alimentaire. On a pu voir aussi des bassins en cours de nettoyage couvert d’algues noires sur les murs et le sol, ce qui montre que les animaux vivent souvent dans des environnements peu hygiéniques et que l’eau est insuffisamment traitée.

Béluga russe et son dresseur au Shenzhen Xiaomeisha Ocean World

Actes de maltraitance directe

Les dresseurs du Penglai Ocean World ont été vus frapper à la vitre et crier pour attirer l’attention des animaux.
Un dresseur du Chengdu Haichang Polar Ocean World a été vu en train de piquer un béluga avec un bâton pour avoir refusé d’adopter le comportement attendu.
L’enquête menée en 2018 par Al Jazeera a également recueilli des informations auprès d’anciens dresseurs, affirmant que les animaux étaient frappés à coups de bâton et que ceux-ci étaient forcés d’obéir par la privation de nourriture. Les enquêteurs ont également filmé un dresseur frappant un béluga sur la gueule à la fin d’un show au Chimelong Ocean Kingdom à Zhuhai.

Manque de soins vétérinaires

Des articles de la presse chinoise rapportent couramment que des cétacés captifs ont subi des blessures lors de sessions de dressage en se heurtant contre les murs d’enceinte, en ingérant des corps étrangers ou lors de bagarres entre détenus. Ces incidents connus ne fournissent sans doute qu’un faible aperçu du type d’accidents survenus en bassin.

Malheureusement, les delphinariums chinois ne semblent pas disposer de personnel possédant les compétences vétérinaires nécessaires pour faire face aux maladies et aux blessures de leurs animaux.
Ce fut le cas de trois dauphins anorexiques au Changsha Underwater World en octobre 2017. L’établissement a consulté des pédiatres de l’hôpital pour enfants de la province du Hunan pour obtenir des conseils. Les médecins ont effectué une gastroscopie sur un dauphin et diagnostiqué une muqueuse gastrique rugueuse et une mauvaise digestion.

Les vétérinaires des delphinariums ont reçu peu ou pas de formation.
Beaucoup ont déjà travaillé dans des animaleries. Certains vétérinaires prescrivent des pilules sans savoir quel est le problème était avec les animaux. Une vétérinaire de Changsha Underwater World a raconté aisni qu’elle avait surout étudié les animaux de la ferme et qu’elle a donc  tenté d’apprendre par elle-même les soins vétérinaires destinés aux mammifères marins.

Des discussions avec un dresseur  du Chengdu Haichang Polar Ocean World en décembre 2014 et avec des dresseurs de divers établissements au cours des années suivantes ont également révélé que ces gens n’avaient pas les compétences nécessaires.
Un dresseur a déclaré qu’il n’avait besoin que de son certificat de plongeur pour pouvoir travailler dans l’installation. C’est toujours la norme, non seulement en Chine mais également ailleurs dans le monde. Lorsque les établissements recrutent des dresseurs, les offres d’emploi en ligne indiquent qu’il est nécessaire de savoir nager et qu’un certificat du plongeur est préférable.

D’après le nouveau Rapport 2019 de la China Cetacean Alliance

OCEAN THEME PARKS
A Look Inside China’s
Growing Captive Cetacean Industry
SECOND EDITION

Dalyan : le bassin des bélugas

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Delphinariums : la menace chinoise

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