Dauphins captifs : les méthodes de dressage



Dauphins captifs : les méthodes de dressage

Pour les dauphins captifs, les méthodes de dressage ne sont pas innombrables. Pas plus d’ailleurs que les figures qu’on leur fait faire pendant les shows, qui se répètent à l’identique dans tous les coins du monde, agrémentés ou non d’ennuyeux emballages pseudo-pédagoqiques. 

On présente désormais ces exercices comme des « comportements naturels », mais c’est faux.
Tous sont appris et répéter sans fin jusqu’à la perfection que doit atteindre un animal de cirque. Intellectuellement, le dauphin n’y trouve pas son compte mais il s’agit aussi de faire croire au public que ce cétacé si docile n’est finalement qu’un bon toutou.
Comme le dit la dresseuse de SeaWorld, ces méthodes-là, vous pouvez aussi  vous en servir avec votre chien !

Pourtant, les scientifiques considèrent aujourd’hui le dauphin comme l’animal le plus intelligent au monde.
Après l’homme, bien tendu. Toujours après l’homme, sans cela le scandale serait trop grand.
Du fait de ses capacités cognitives hors du commun, de sa vie sociale extraordinairement complexe, des ses diverses cultures transgénérationnelles, de son empathie à l’égard d’autres espèces, de sa faculté de se reconnaître en tant que « soi » dans un miroir, de son usage d’outils ou de ses modes de communication encore non décryptés, impliquant un nom propre pour chaque individu (signature sifflée) ou le vocal labelling (donner un nom à un objet), beaucoup d’entre eux estiment que ce mammifère marin devrait accéder au rang de « personne non-humaine ».

L’Industrie de la Captivité, en revanche, ne tient aucun compte de ces paramètres et ne traite pas le dauphin autrement que n’importe quel animal de cirque. Ou qu’un chien de Pavlov.
On lira ci-dessous le B-A BA du dressage ordinaire, mené ici dans le « meilleur » contexte possible, qui n’est certes pas celui du Taiji Whale Museum à Taiji. Dans tous les cas de figure, que ce dressage ait lieu au delphinarium deBruges, au Parc Astérix ou au Chimelong Ocean Kingdom, il ne s’agit toujours que d’un conditionnement pavlovien basique, dont le seul but est d’obtenir l’obéissance. Celle-ci est acquise lorsque le cétacé comprend qu’il n’a pas d’autre choix et qu’il dépend totalement de son dresseur, non seulement pour la nourriture, mais aussi pour l’attention et les caresses, sans lesquelles il deviendrait fou.

Les dauphins sont des animaux très sociaux, on l’a dit et lorsqu’ils sont privés de la compagnie de leur tribu, lorsqu’ils n’ont rien à faire que de tourner en rond dans un bassin de béton nu en subissant une cruelle privation sensorielle, un simple regard de leur gardien de les transporte d’aise.
Hors bassin, en mer libre, il serait évidemment tout à fait impossible de dresser un dauphin.

Dresser et être dressé dès l’enfance…

Remplacer la mère par le dresseur dès l’enfance

La partie la plus importante de tout programme de dressage est l’établissement d’une relation de confiance entre l’animal et son instructeur. Celle-ci s’instaure habituellement grâce à des séances de jeux et de nourrissage. Le dresseur doit rester en permanence attentif à tout signe de comportement indiquant une réaction positive ou négative à cette mise en contact. L’entraînement du jeune dauphin débute généralement lorsqu’il est âgé de 6 et 36 mois.

L’apprentissage se déroule par étapes. C’est ce qu’on appelle la méthode des approximations ou l’apprentissage incrémental.
Le comportement de l’animal est formaté par approximations successives du comportement désiré et convenablement renforcé.

On enseigne d’abord aux dauphins à regarder le dresseur avec les deux yeux, au-dessus de la surface.
Ce comportement est appelé stationnement.
Quand un dauphin voit le dresseur pointer un doigt vers le haut, il doit comprendre que cela signifie : « Regarde ton dresseur ! » ou encore : « Attention, je vais te donner un ordre ! ».
Le dressage peut se produire aussi lorsque le dauphin effectue un nouveau mouvement de sa propre initiative, et qui plaît.
Ce comportement est toujours associé à une récompense et à un coup de sifflet très aigu, que l’on qualifie de pont. Il s’agit bien d’un pont (bridge), en effet, car il fait le lien entre le mouvement du dauphin et l’espoir d’une récompense. Le dresseur siffle ce signal lorsque le comportement attendu est produit et qu’une récompense peut en découler.
Cela signifie aussi pour lui « Viens ici et prends ça !”. En l’occurrence, un bout de poisson. Il vaut donc mieux que le dauphin ait faim pour augmenter sa motivation.

Le fait d’associer l’exécution correcte d’un comportement avec une récompense est une étape essentielle dans le dressage du dauphin. L’utilisation d’un dispositif sonore perçu par le dauphin permet à son formateur de créer le pont au bon moment. Dans certains cas, cette méthode peut se révéler inappropriée, notamment si le tour s’effectue à proche distance de l’entraîneur. Dans ce cas, celui-ci peut tapoter légèrement l’animal sur la tête ou lui faire un baiser sur le rostre. Ces actions sont appelées des substituts de renforcements conditionnés.


La récompense doit être modifiée régulièrement, de sorte que son attrait ne diminue pas lorsqu’il est répété.
Les comportements adéquats sont immédiatement renforcés afin qu’ils puissent se produire à nouveau. Ces comportements «opportunistes» se produisent souvent entre deux sessions de dressage formelles et doivent être surveillés de près. Chaque session doit par ailleurs être commencée et terminée différemment, afin qu’elle ne devienne pas trop « prévisible », ennuyeuse et démotivante pour le dauphin.

Les premières étapes du dressage par approximations peuvent inclure la mise en place d’une cible artificielle dans l’eau. Lorsque le dauphin touche par hasard la cible avec son rostre, une récompense lui est donnée, pour renforcer ce comportement initialement aléatoire.
Peu à peu, l’exécution répétée de ce comportement relève de moins en moins du hasard jusqu’à ce qu’il devienne conditionné et se produise à chaque fois que la cible est présentée.

La cible artificielle est alors remplacée par la main de l’entraîneur. Le but de ce remplacement est de conditionner le dauphin à obéir aux signaux manuels pour toutes les demandes futures qui lui seront communiquées.
Une étape importante dans le processus de dressage est de parvenir à faire venir sur commande l’animal captif vers l’entraîneur.
Pour un mammifère marin comme le Grand Dauphin de l’Atlantique, l’ordre est donné en frappant l’eau avec la paume ouverte.
La vidéo suivante montre cette commande :

Ci-dessous, une monitrice est en train d’enseigner à ses élèves comment utiliser des signaux manuels pour communiquer avec le dauphin.
De légères différences dans la position des mains, la hauteur du signal, et la direction dans laquelle le signal est donné, fournissent au dauphin l’information nécessaire sur ce qu’on attend de lui. Ces signaux manuels sont relativement communs à tous les dresseurs de tous les delphinariums.

Même si un dresseur, formé aux techniques propres à un delphinarium donné, travaille dans un autre établissement où la signification d’un geste de la main n’est pas tout à fait identique, le dauphin se montre généralement capable de s’adapter rapidement à cette différence.
Lorsqu’il dresse un dauphin, le spécialiste doit conditionner l’animal à accepter différents types de contact humain. L’animal est ensuite récompensé pour « ne pas s’être éloigné » de ce contact. La formation doit être effectuée dans une zone ressentie comme positive pour l’animal (comme la « zone de nourrissage », par exemple) afin que celui-ci s’y sente à l’aise.

Les dauphins développent rapidement une relation étroite avec son dresseur.
La relation est basée sur la confiance que l’animal accorde à l’humain. Les choses sont donc rendues plus difficiles lorsque d’autres dresseurs travaillent avec le même animal ou que le soigneur habituel familier quitte son poste pour rejoindre un autre delphinarium.
Pire encore est le déplacement du dauphin vers un delphinarium étranger, comme les dauphins en surplus du Boudewijn Seapark, car non seulement, ils doivent s’adapter à de nouveaux soigneurs mais en plus, il leur faut affronter un nouveau groupe de captifs, pas toujours ravis de les voir arriver.

Apprendre au dauphin à «présenter» différentes parties de son corps au dresseur constitue un conditionnement de première importance à mettre à place.
Il permet en effet de procéder à des examens vétérinaires ou à des collectes de matières organiques, tels que du sang pour les analyses, du sperme pour la reproduction à distance ou le limage des dents.
Notons qu’en 1000 au Parc Astérix et en 2010 au Boudewijn Seapark de Bruges, il fallait vider les bassins pour accéder au corps de l’animal , à Bruges. Cet échouage forcé représente pour lui une expérience traumatisante.

Dauphin échoué de force au Parc Astérix

La désensibilisation

Le dauphin doit être désensibilisé au contact physique, mais aussi au bruit ambiant, aux mouvements brusques, etc. Ceci afin que le conditionnement de son comportement puisse demeurer l’objectif principal.
La désensibilisation est une phase essentielle dans le processus de dressage d’un jeune dauphin. Le dresseur peut par exemple amener le dauphin jusqu’au bord du bassin et placer ses pieds sous le corps du dauphin.
« Comme on le voit sur cette photo, un jeune animal se cabre et répond négativement à cette situation » explique l’auteur de l’article que nous citons, « Dans le cas présent, j’ai été mordu deux fois au pied par ce jeune dauphin, avant qu’il n’accepte mon contact rapproché. Une fois la désensibilisation acquise, le dauphin est récompensé. Ce processus est répété maintes et maintes fois pour le renforcer ».

La désensibilisation s’applique aussi au régime alimentaire, quand le dauphin a été capturé. Il faut le convaincre en effet d’accepter de manger du poisson mort et certains s’y refusent au point de mourir. Le cas est courant au Japon, mais plus rare en Europe occidentale, puisque les nouvelles captures sont – en principe – interdites depuis la fin des années 80.

L’enrichissement comportemental

L’enrichissement comportemental est une pratique consistant à fournir aux animaux captifs des stimuli environnementaux.
Cette démarche vise à améliorer la qualité de vie des dauphins en augmentant son activité physique, en réveillant ses comportements naturels et en réduisant son ennui. A défaut d’autres activités, les sessions de dressage forment une part essentielle de l’enrichissement comportemental. Cependant, ces formations n’occupent qu’une petite partie de la journée du dauphin.

Parmi les autres enrichissements proposés, on utilise divers jouets. Dans cette vidéo, une mère de 8 ans et son delphineau sont en train de se distraire avec un ballon de plage. Ces ustensiles leur fournissent une activité plus complexe que le simple fait de nager en rond dans une piscine. Comment pousser le ballon sur le bord du bassin ? La mère et sa fille montrent leurs compétences à résoudre ce problème.

Parmi les autres formes d’enrichissement, il faut inclure également le changement d’habitat (déplacement des dauphins d’un bassin à l’autre) et l’accès du public aux animaux.
« Dans la nature, les dauphins doivent travailler dur pour attraper leur nourriture. Ils doivent aussi se préoccuper de leur sécurité. En captivité, ce n’est pas le cas » répète l’auteur de l’article original et avec lui, tous les delphinariums.

C’est évidemment faux. La chasse en groupe est un plaisir social pour les dauphin, car elle lui donne l’occasion de nouer ou de conforter des liens sociaux avec d’autres individus. Quant aux agressions des requins – le seul prédateur du grand dauphin à part l’homme – de récentes études nous apprennent qu’elles sont bien plus rares qu’on ne le pensait et que dans la plupart des cas, le cétacé en sortait vainqueur, toujours grâce à l’aide des membres de son clan ou d’amis de longue date.

Mais il est vrai que dans le contexte confiné du bassin, les séances de dressage ont l’avantage de fournir aux dauphins des exercices physiques intenses.
Cela leur permet de rester en bonne santé et de s’adapter aux changements de leur environnement, une condition indispensable à leur survie.

Enfin, l’enrichissement comportemental peut être « inventé » par le dauphin, « tout comme les enfants inventent des jeux pour se divertir ». L’apprentissage de la sculpture de bulles a été observée chez les dauphins captifs. Le cétacé passe son temps à créer et jouer avec les « jouets » qu’il crée sous l’eau avec de l’air dans l’eau stagnante de son bassin.

Avec un bon dressage et des comportements bien formatés, on peut faire des « merveilles » comme ici à SeaWorld

D’après le dossier Dolphin Training


Dauphins captifs : le dressage par la faim


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