Dauphins couverts de cloques en Nouvelle-Calédonie 

Dauphins couverts de cloques en Nouvelle-Calédonie. Photo Lolita-caterine Benebig

Dauphins couverts de cloques en Nouvelle-Calédonie

Une dizaine de dauphins échoués et couverts de cloques, ont été trouvés le dimanche 18 août dans la baie Ouest, non loin de Prony, à un peu plus d’une heure de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.
Des plaisanciers ont tenté de sauver les mammifères marins, embourbés dans cette zone vaseuse.
Deux cétacés ont pu regagner le large, mais les autres sont morts. Leurs carcasses ont été prises en charge dans la journée par la province Sud.
«Il y a deux juvéniles qui ont été rapatriés sur l’aquarium des lagons et qu’on va conserver à des fins de connaissance et d’investigations complémentaires » explique Karine Lambert, directrice de l’environnement à la province Sud. « L’un des spécimens a fait l’objet d’un autopsie au Mont-Dore, et les autres ont été pris en charge par la ville du Mont-Dore et ont été enfouis avec de la chaux ».

« Fait surprenant » précise le site d’informations Izland BipBip, « certains de ces animaux présentaient des traces de brûlures voire de cloques sur leur peau.
La Province Sud balaie la possibilité d’une pollution industrielle.
« Dans l’hypothèse qui a été évoquée d’une pollution chimique de Vale, celle-ci , on l’écarte puisqu’il y aurait eu que les dauphins, et qu’un spécimen ou deux qui auraient été brûlés, donc ça, ça paraîtrait très peu probable » indique Karine Lambert. « On maintient une surveillance de la zone pour voir s’il y a d’autres phénomènes qui se poursuivent. C’est une question qu’on prend au sérieux et sur laquelle on fait des analyses ».

Des résultats d’analyses qui permettraient d’en savoir plus sur cette espèce puisque c’est la première fois qu’elle est observée en Calédonie.
« C’est le dauphin bleu et blanc ou dauphin rayé, Stenella coeruleoalba. C’est une espèce qui est bien connue en France, notamment sur les côtes de Méditerranée et l’Atlantique, mais c’est la première fois qu’on la rencontre en Nouvelle-Calédonie » explique Claire-Daisy Bonneville, chargée de mission pour Opération Cétacés.
« C’est la trentième espèce connue de mammifère marin en Nouvelle-Calédonie et étant donné que c’est une espèce qui vit plutôt au large, une espèce océanique, sa présence dans la baie est complètement anormale.
Des scientifiques du monde entier spécialistes de cette espèce ont été approchés pour tenter de comprendre ce phénomène. Pour l’heure, cet événement reste inexpliqué ».

Deux cétacés ont pu regagner le large, mais les autres sont morts

Inexpliqué. C’est le mot d’ordre !
Car toute la presse martèle désormais cette version des faits : le phénomène est inexpliqué et l’usine de nickel brésilienne VALE n’a rien voir avec cette affaire ! Pourquoi ?

Parce que c’est VALE qui le dit, et ce ne sont pas les corps absents des victimes qui nous prouveront le contraire.
Selon une scientifique apparemment bien embêtée, il n’y aurait donc eu que deux dauphins couverts de cloques.
Et les autres ? Leurs carcasses ont été prises en charge dans la journée par la Province Sud. Puis elles ont été enfouies avec de la chaux. Aucune photo officielle des corps n’a été montrée et les journalistes ont été écartés.

Mis en cause sur les réseaux sociaux, Vale NC a réagi dès le lendemain du drame.
Voici son communiqué :

« Aucune pollution industrielle accidentelle du milieu marin n’a été observée en baie de Prony : l’ensemble des mesures réglementaires des impacts marins de VNC sont strictement conformes et une vérification du trafic des navires déclenchée immédiatement après l’échouage des dauphins le 18 août 2019 a confirmé que leur activité était normale.

En toute hypothèse, l’échouage d’une sélection d’individus d’une espèce pélagique du grand large, se déplaçant rapidement, ne peut être imputé à une pollution accidentelle localisée.
Par ailleurs, les échouages de cétacés sont relativement fréquents dans la zone Ouest de la 
baie de Prony ( Baie des Anglais, baie de la Somme, baie du Carénage) et ceux-ci sont connus depuis bien avant l’installation du port de Prony et de VNC.
La face Ouest de la baie de Prony est une baie ouverte sur la grande voie d’entrée des courants du large via la passe de la Havannah et le canal de la Havannah.

Enfin, VNC tient à rappeler son engagement unique en Nouvelle Calédonie au profit de la recherche en biologie marine. Vale Nouvelle-Calédonie met à la disposition des autorités ses ingénieurs environnement pour tenter de trouver la cause de cet échouage ».

Vale Nouvelle-Calédonie

Dont acte. Mais il faut dire que la parole de VNC dans cette région d’outre-mer à l’autre bout du monde.
L’usine fournit 3.500 emplois dont 1.350 directs, soit 5 % de la population active, et l’équivalent de 10 à 12 % du produit intérieur brut annuel du territoire.

Vale Nouvelle-Calédonie, anciennement Goro Nickel est une entreprise d’extraction de minerai et de production de nickel et cobalt, située dans le sud de la Nouvelle-Calédonie et dont l’actionnaire majoritaire à hauteur de 80 %, le groupe brésilien Vale est aussi le partenaire technologique.
Vale a été particulièrement critiquée au Brésil pour sa participation au barrage de Belo Monte dont la planification autoritaire implique le déplacement de 40 000 personnes, la dévastation et la surexploitation de nouveaux territoires en Amazonie. Cette participation explique qu’elle ait reçu le Public Eye Awards à Porto Alegre (Brésil) en 2012, à l’occasion du Forum social thématique « Crise du capitalisme, justice environnementale et justice sociale »

En Nouvelle-Calédonie, l’entreprise exploite le gisement de nickel et de cobalt du plateau de Goro, dans la commune de Yaté. Le complexe industriel se compose d’une mine à ciel ouvert, d’une usine de traitement du minerai basée sur le procédé hydrometallurgique et d’un port dans la baie de Prony.
Le projet a subi de nombreux retards. Prévue à l’origine en 2004, l’ouverture a été repoussée en raison de nombreux problèmes politiques, environnementaux et économiques. Les associations environnementales s’inquiètent des rejets dans le lagon des effluents de l’usine, dont Inco garantit l’innocuité.
Le démarrage progressif du complexe minier et industriel a débuté en 2010, avec une montée en puissance de la production dès 2011.

L’usine hydrométallurgique permet de traiter de la « terre rouge » (ou latérite) comprenant des basse teneurs de nickel inférieurs à 1,7 % grâce à un procédé de lixiviation par acide sulfurique à 60 bars de pression. Ce procédé de traitement chimique du minerai génère des effluents liquides et solides. Les effluents liquides contiennent des traces des minéraux présents dans le minerai initialement, ils sont traités in-situ dans une unité de traitements des effluents qui permet de rendre le rejet conforme à l’arrêté ICPE du complexe industriel.Les résidus solides,sont eux stockés dans un bassin de stockage. Le site est classé HRI (haut risque industriel) correspondant à Seveso 2.

Une petite fuite aurait-elle pu se produire à hauteur de la baie de Prony, qu’auraient traversé par mégarde un banc de dauhins ?

Les effluents liquides traités sont rejetés dans le canal de la Havannah, zone à forts courants marins, au moyen d’un émissaire. Ce dernier point a été l’objet d’une vive opposition de la part des associations environnementales. Vale s’est conformé aux normes européennes les plus restrictives en la matière, notamment en adoptant le seuil de 1 ppm de teneur en manganèse (seuil français pour les rivières).

En avril 2009, selon l’association écologiste Coordination de Défense Sud, 44 000 litres d’acide sulfurique pur à 98 % se sont déversés dans le creek de la Baie Nord, tuant immédiatement près de 3 000 poissons, crevettes et anguilles, dont des espèces endémiques. Vale Nouvelle-Calédonie a été condamné par le tribunal de Nouméa à une amende pour non-respect du code de l’environnement. Il a ensuite été condamné au civil à des dommages et intérêts à verser à 5 associations environnementales locales qui recevront 8 millions de XPF chacune.
En mai 2012, une corrosion s’est produite sur l’unité de production d’acide sulfurique par suite de la présence d’eau dans les tuyaux.
En mai 2014, une nouvelle fuite de 100000 litres d’effluents d’acide se déverse dans le creek de la baie Nord.

Des poissons grillés par l’acide

La catastrophe d’avril 2009

La catastrophe d’avril 2009 est restée dans toutes les mémoires, bien que bizreement, nul ne l’évoque dans les média. Pourtant, le fait que les poissons aient été, eux aussi, retrouvés couverts de cloques et littéralement grillés par l’acide, devrait tout de même ouvrir la voie de nouvelles hypothèses.

Voici que Notre Observateur en disait à l’époque :
« La Nouvelle-Calédonie concentre à elle seule un quart des réserves mondiales de nickel. Elle en est le quatrième producteur mondial. L’usine d’extraction et de production de nickel et de cobalt Vale Inco, construite en 2002, est entrée en production en 2009 pour des phases de test dans la province Sud du Caillou. Elle a été classée SEVESO II, selon une directive européenne qui identifie les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs.

L’implantation de l’usine a été mal accueillie dans l’île. Vale Inco s’est confrontée aux habitants, opposés au « tuyau » sous-marin, qui rejette les déchets au fond du lagon calédonien. Un accord a été trouvé entre les deux parties en 2008. L’entreprise s’est notamment engagée à constituer un comité de consultation coutumier environnemental, mais aussi à mettre en place un plan de reboisement. Depuis, les incidents se sont multipliés sur le site industriel, et les associations de défense de l’environnement se battent toujours. Le 1er juillet dernier, une manifestation a été organisée à Nouméa pour débattre de la situation, sans toutefois mobiliser en nombre.

« Même les ingénieurs s’enfuient en courant »
Mike Hosken est membre de l’association Coordination de défense du sud (CoDefSud).

Une grande catastrophe écologique s’est produite le 1er avril 2009. 44 000 litres d’acide sulfurique pur à 98 % se sont déversés dans le creek de la Baie Nord, à la suite de la rupture d’un joint à l’usine Vale Inco. Près de 3 000 poissons, crevettes et anguilles, dont des espèces endémiques qui y vivent sont morts, littéralement bouillis.

Près de 3 000 poissons, crevettes et anguilles, dont des espèces endémiques qui y vivent sont morts, littéralement bouillis.

Les associations de défense de l’environnement, dont CoDefSud, ont porté plainte dès le lendemain. Le Parquet a renvoyé cette plainte devant la province Sud afin qu’elle donne son aval. La plainte a été classée sans suite pour prescription, n’ayant pas d’appui de la province Sud. J’ai écrit au procureur général pour lui faire remarquer que c’était totalement injuste. Finalement, nous venons d’apprendre que la plainte serait prise en compte.
Il faut souligner que la France a donné 12 milliards CFP (100 millions d’euros) de défiscalisation à Vale Inco pour son installation en Nouvelle-Calédonie. En cas d’accident, Vale Inco doit rembourser cette somme au gouvernement français. L’indépendance économique de la Nouvelle-Calédonie est en jeu.

Cette usine est hautement nocive pour l’environnement, alors qu’elle est implantée au cœur d’un lagon qui a été classé au patrimoine mondial de l’Unesco il y a deux ans. La Nouvelle-Calédonie compte pourtant une biodiversité extrêmement riche, et on y trouve la deuxième plus grande barrière corallienne après l’Australie. On peut multiplier les superlatifs, mais les gens préfèrent gratter la terre et s’enrichir rapidement.

Cette usine ne fonctionnera jamais. Il y a des fissures partout, une colonne d’extraction s’est effondrée en avril dernier. Un homme a été brûlé à l’acide à 20 %. Même les ingénieurs s’enfuient en courant. Il y a un vrai potentiel pour que ça explose pour de bon. Mais ce jour-là, moi, j’aurai la conscience tranquille. Malheureusement, il y a un désintérêt de la part des Calédoniens. Il n’y a jamais plus d’une centaine de personnes aux manifestations, comme la dernière en date, celle du 1er juillet. »

un désastre dans la baie de prony des cadavres de dauphins bruler sur la peau des cloques de brûlures sauver que 2 mais 10 morts

Posted by Lolita-caterine Benebig on Saturday, August 17, 2019

 


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