Dauphins de l’Irrawaddy et pêcheurs : la fin d’une tradition d’amitié

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Dauphins de l’Irrawaddy et pêcheurs : la fin d’une longue tradition d’amitié

Dauphins de l’Irrawaddy et pêcheurs : la fin d’une tradition d’amitié

Au cœur du Myanmar, sur le fleuve Irrawaddy, se déroule l’un des plus anciens partenariats animal-humain historiquement connu : celui des pêcheurs locaux avec les orcelles sauvages. Pendant des siècles, les pêcheurs ont frappé le flanc de leurs bateaux et agité leurs avirons selon des codes convenus pour demander aux dauphins de rabattre les poissons dans leurs filets.
Mais la technologie moderne vide aujourd’hui le fleuve, laissant les pêcheurs sans travail, brisant un lien d’amitié séculaire entre deux espèces et menaçant par là-même l’un des plus rares dauphins au monde.

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Pêcheurs traditionnels communiquant avec les dauphins


La pêche électrique moderne utilise des tiges de métal ou des filets conducteurs reliés à des batteries de voiture.

Ce dispositif envoie de forts courants électriques dans l’eau qui étourdissent des bancs entiers de poissons sans méfiance, vidant ainsi le fleuve Irrawaddy de toute proie pour les dauphins.
En Birmanie, il existe des gangs entiers spécialisés dans la pratique illégale de la pêche électrique, qui ont gagné en puissance durant ces dix dernières années. Et ils ne montrent aucun signe de fatigue !
Leurs bateaux peuvent distancer les patrouilles fluviales et les pêcheurs à l’électricité n’ont pas peur d’affronter les autorités, si le besoin s’en fait sentir. Alors que le gouvernement tente de réduire la pratique illégale, il est aussi en partie à blâmer.
Les contrats de pêche commerciale sont accordés par l’état, créant ainsi des offres concurrentielles prêtes à user de tous les moyens pour l’emporter.
Les pêcheurs sont incités à attraper autant de poissons que possible, peu importe les méthodes qu’ils utilisent.

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La pêche électrique

Bien sûr, il y a des conséquences. La pêche à l’électricité est dommageable pour le poisson.
Selon le Fort Collins Science Center, alors que le poisson meurt généralement d’asphyxie, il endure ici des souffrances toutes particulières telles que traumatismes médullaires, hémorragies, crises d’épilepsie, saignements des branchies ou stress physiologique extrême. Certaines données suggèrent également que l’électricité sur les frayères peut détruire les embryons.
Les populations aquatiques négligées par les pêcheurs mais qui se trouve sur les lieux sont également exposées aux effets nocifs de la pêche électrique.

Quant aux dauphins si vulnérables du fleuve Irrawaddy, ils en ressentent également l’impact.
Leur habitat naturel est détruit peu à peu par l’exploitation forestière, minière et agricole et les dauphins sont affamés. Un pêcheur local du nom de Maung Lay explique : «Quand ils pêchent à l’électricité, ils tuent tous les poissons. Les dauphins refusent de manger du poisson mort. Les pêcheurs électriques ne se soucient pas du dauphin, juste de leurs bénéfices».
On estime que deux dauphins ont été directement les victimes accidentelles de l’électro-pêche l’an passé.

Il est regrettable de voir disparaître sous nos yeux une si ancienne amitié entre les dauphins et les hommes. Documentée en 1871, cette collaboration interespèce remonte sans doute beaucoup plus loin dans le temps. Le Myanmar est l’un des pays avec le plus de risques de conflits sociaux et de génocides, et la dernière chose que ces pêcheurs ont envie de perdre, ce sont leurs moyens de subsistance. Les dauphins font pourtant une énorme différence lors de la pêche traditionnelle.
Une étude de 2007 a révélé que les pêcheurs « pouvaient ramener en une seule prise près de 30 kilos de poissons avec l’aide des dauphins. Sans eux, c’était 5 kilos en moyenne ».
En moins de 5 ans, les stocks de poissons disponibles ont diminué de 50 pour cent.

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D’après l’article original
How Modern Technology is Destroying This Centuries-Old Human-Dolphin Partnership

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Les orcelles pêchaient avec les humains