Dauphins sténo : les nouveaux comiques

 

Dauphins sténo : les nouveaux comiques

Les dauphins sténo sont devenus les nouveaux comiques des delphinariums, avec leur front aplati, leur rostre étroit et leurs dents rugueuses, qui détonnent tant avec l’image rieuse de Flipper.
Mais le public aime être surpris et les grands dauphins le lasse. Aussi lui propose-t-on désormais des espèces moins connues, voire même « laides », pour le faire rire et battre des mains en cadence avec la musique forte.

Des espèces carrément méconnues, même, dans le cas du dauphin sténo ou « dauphin à dents rugueuses » (Rough-toothed dolphin), dont on ignore l’état de conservation actuel.
Ce qui n’a pas empêché l’Agence Japonaise de la Pêche de l’ajouter aux quota de captures établis en 2018, en même temps que le dauphin d’Electre.

Le 24 février dernier, 62 dauphins Sténo ont été rabattus dans la baie de Taiji.
Ils ont lutté de toutes leurs forces pour échapper aux pêcheurs, qui ont mis près de deux heures pour les rabattre derrière leurs filets. Les dresseurs ont sélectionné 12 dauphins et les ont fait retirer du groupe. Ceux-là iront mourir au fond d’un bassin crasseux et surpeuplé, quelque part en Chine ou au Japon, après avoir amusé des familles humaines pendant quelques années.
Quant à leur propre famille, leurs parents, leurs amis, ils ont été repoussés au large au bout de cinq heures 5 heures de terreur pure, physiquement et mentalement traumatisés par cette agression insensée.
Plus jamais ils ne se reverront.

Cette capture n’a pas fait la Une des quotidiens, et pour cause.
On ne parle plus guère des dauphins de Taiji dans la presse – la dernière allusion de la RTBF à ce propos date de 2016 – et même les activistes les plus tenaces commencent à avoir le tournis devant les captures et les massacres en chaîne qui se sont succédé tout au long de cette terrible saison 2018-2019.
Une certaine indifférence menace donc de s’installer à force de scruter depuis deux décennies les horreurs de Taiji sans pouvoir rien y faire.

Et la chose est d’autant plus vraie quand il s’agit d’espèces dont le public ignore tout et auxquelles il s’identifie moins.
Peu de recherches ont été menées sur Steno bredanensis, si ce n’est durant les dix dernières années. Nos connaissances à leur propos sont donc fragmentaires.

On sait que les dauphins sténo vivent au sein de groupes de taille moyenne, comptant le plus souvent entre 10 et 20 personnes, bien que des unités sociales plus importantes aient été observés dans certains cas.
Ainsi des troupes de 50 sténos ont été observées aux îles Canaries, et d’autres composées de 300 individus à Hawaï et de 160 en Méditerranée. Le clan tué le 24/2/2019 à Taiji comprenait 62 dauphins.
Lorsqu’ils s’échouent c’est en masse, à la manière des globicéphales.
Ils s’associent souvent d’ailleurs à d’autres delphinidés dans le Pacifique Sud, et des sténos solitaires ont été également vus en compagnie de globicéphales noirs ou de dauphins de Fraser dans la Mer de Sulu.

On pense aussi que les dauphins sténo montrent plus de stabilité dans leurs relations sociales et nouent des liens plus forts entre individus que d’autres espèces de petits delphinidés.
Les nages parfaitement synchronisées sont fréquentes chez eux, ce qui suggère un degré de connexion très intense entre individus.
Leur langage est complexe et, comme on s’en doute, loin d’être décrypté. Une variété de sons ont cependant déjà été enregistrés, avec des clics d’écholocation très directionnels, dont certains peuvent atteindre 200 kHz.

Il s’agit là d’un cétacé friand de céphalopodes et de gros poissons, qu’il saisit dans la tenaille de ses mâchoires puissantes.
Bien que la plongée maximale enregistrée ne soit que de 70 m, les dauphins sténo peuvent probablement plonger beaucoup plus profondément que cela. Les preuves comportementales et morphologiques suggèrent qu’elles sont bien adapté aux plongées longues et profondes. Des immersions d’une durée de 15 minutes ont été enregistrées.

En général, les dauphins à dents rugueuses ne sont pas des nageurs rapides et semblent même plutôt lents à l’état sauvage. Ils chevauchent les vagues et sont connus pour leur habitude connus pour leur habitude d’effleurer la surface à vitesse modérée, avec une mouvement d’écume distinctif. La nage synchrone en formation serrée est courante.
Bien que peu acrobatique, les sténos se livrent à divers sauts et autres comportements aériens.

Les dauphins à dents rugueuses ont été retenus captifs dans un certain nombre de delphinariums.
Bien qu’ils ne survivent généralement pas longtemps en bassin, quelques uns ont pu survivre jusqu’à 12 ans en captivité.
Ils s’y sont révélés audacieux et inventifs au point que Hou, un «marsouin créatif» du Sea Life Park à Hawaï a stupéfié ses dresseurs en saisissant le concept d’inventer de nouveaux comportements.
A chaque coup de sifflet, l’ordre lui était donné de produire une figure originale.
« Après 32 séances d’entraînement, les mouvements aériens de Hou devenaient si complexes qu’ils étaient certes nouveaux mais dépassaient la capacité des observateurs à les distinguer et à les décrire. Cette défaillance de la fiabilité des observateurs a été un facteur dans la fin de l’expérience ». 

Bien qu’ils ne soient jamais la cible principale, les dauphins à dents rugueuses sont pêchés au Japon, au Sri Lanka, en Indonésie, aux îles Salomon, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, à Saint-Vincent, en Afrique de l’Ouest et parfois à Sainte-Hélène dans l’Atlantique Sud. La mort accidentelle de dauphins dans les filets de pêche est probablement beaucoup plus importante.

La dégradation de l’habitat et les effets des polluants sont probablement un peu moins grave pour cette espèce que pour les autres petits cétacés qui vivent près des côtes. Des concentrations relativement faibles de PCB et de DDT ont été enregistrées chez les quelques spécimens examinés jusqu’à présent. Cependant, les études axées sur la conservation sont presque inexistantes et il convient donc de reconnaître l’incertitude qui existe quant à l’état de la population de cette espèce.

Et de conservation, le Japon se soucie peu.
Il décime les peuples marins qui osent longer ses côtes, il les réduit en esclavage et bien entendu, il ne veut rien savoir de leurs cultures, de leurs langages ou de leurs liens familiaux si intenses.
Le seul espoir vient de l’intérieur. Seuls des citoyens japonais pourront mettre fin à ces pratiques criminelles qui disqualifient leur pays aux yeux des nations. Après des années de désinformation nationaliste et de conformisme mou, des activistes se lèvent aujourd’hui, de plus en plus nombreux, pour refaire du Japon un pays que nous adorerons aimer !

 


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