Dauphins ambassadeurs en 2003

Dony à Dintellord, là où nul ne l'attendait... Copyright WATERKANTSHIPSTORE http://www.waterkantshipstore.nl/

 Dauphins ambassadeurs, dauphins explorateurs

Ambassadeurs et missionnaires d’Irlande

En ce début d’année 2003, l’organisation Irish Dolphins se fait un plaisir de nous donner de bonnes nouvelles de tous les dauphins ambassadeurs actuellement actifs en Europe et plus particulièrement, de cette étrange colonie de Tursiops amicaux qui réside aujourd’hui dans les eaux irlandaises, à savoir : Fungie, Dusty, Dony et Sandy.

Si l’on en juge par les seuls exploits de Fungie, entré en scène dès 1983, cette nouvelle génération de « dauphins solitaires amicaux » a déjà réalisé un formidable travail de relations publiques et réussi à convaincre des centaines de milliers de personnes que non, décidément, les cétacés n’étaient pas tout à fait des « animaux » comme les autres mais bien des créatures intelligentes, aimables et pleines d’humour !
Peut-être tentent-ils même, au-delà de ce premier message, de nous faire comprendre que cette planète va droit dans le mur et qu’il est plus que temps de changer d’attitude à propos des espèces non-humaines, des océans et de la Nature entière.

Sans vouloir heurter quelque sensibilité religieuse que ce soit, on ne peut bien évidemment s’empêcher de comparer ces courageux Irlandais à nageoires aux missionnaires du Moyen-age issus de cette même île celtique.
Souvenons en effet « qu’au cinquième et sixième siècle après Jésus-Christ, un puissant élan missionnaire, parti d’Irlande pendant la période obscurantiste, contribua énormément à la diffusion du christianisme et de la culture à travers l’Europe occidentale et centrale. Saint Colomba, qui vint s’établir sur l’île d’Iona de 563 à 597 et convertit l’Écosse au christianisme, et saint Colomban qui fonda l’abbaye de Luxeuil, en Bourgogne (vers 590), et voyagea inlassablement jusqu’à sa mort en Italie en 616, ne sont que les mieux connus des missionnaires irlandais. Jean Scot Érigène fut lui aussi formé dans les monastères d’Irlande « .

Ce ne sont certes pas les Evangiles ni quelque autre forme de pensée humaine que nous apportent ces dauphins d’Irlande, mais peut-être tout bêtement, le simple message de leur présence pacifique sur une trop petite planète qu’ils partagent avec nous et dont ils ont tout lieu de s’inquiéter de l’état.

Pourquoi des dauphins amicaux ?

Si elle résonne de manière fantaisiste, voir choquante, aux oreilles de certains, cette assertion en vaut pourtant une autre : rappelons qu’à ce jour, aucune explication vraiment satisfaisante n’a encore pu être donné en termes scientifiques  » durs  » – c’est-à-dire anthropocentristes – au comportement de ces dauphins amicaux, qualifié par Wade Doak du nom de DINT (Dolphin Initiated interlock).

Tout comme celle de ces cachalots danseurs de la fin du siècle dernier, l’attitude des ambassadeurs n’est en effet pleinement compréhensible qu’à la lumière des capacités cognitives et culturelles tout à fait prodigieuses de ces mammifères marins, capacités par ailleurs bien attestées tant en captivité que sur le terrain.

Il est clair que tant qu’on persistera à considérer les grands dauphins comme des « poissons qui respirent », comme des « bêtes sauvages » poussés à l’acte par leurs instincts seuls et inconscients d’eux-mêmes, pas mal de leurs agissements resteront encore longtemps inexpliqués…

Ainsi que le rappelait Lyall Watson :
« Il est désormais essentiel de reconnaître que les cétacés sont assez complexes pour avoir des expériences mentales, et que celles-ci ont en retour des effets importants sur leur comportement. Une estimation moins généreuse rend difficile à apprécier, et impossible à comprendre, quelques uns de leurs étonnants comportements, particulièrement en liberté ».

Mais revenons à nos dauphins irlandais !

fungie-2014
Fungie est le plus sédentaire d’entre eux : depuis 1983 et jusqu’à ce jour (2015), il n’a plus bougé de sa petite baie poissonneuse de Dingle.
Durant des années, il s’est souvent plu à offrir du poisson vivant à ses visiteurs, à soulever bien haut les pagaies des kayaks ou à jouer des tours aux plongeurs, en se glissant subrepticement entre leurs jambes pour les soulever ensuite. En 1996, Brigitte Sifaoui en parlait déjà dans son incontournable somme : « Le Livre des Dauphins et des Baleines » publié chez Albin Michel à Paris.

« Fungie réside depuis les années quatre vingt dans la Baie de Dingle où il arriva, semble-t-il, assez jeune. Certains racontent qu’à ce moment-là, tout prés de la baie, un autre dauphin fut découvert noyé dans un filet de pécheur. S’agissait-il de la mère de Fungie ? Rien ne permet de l’affirmer. Depuis lors, Fungie est devenu un énorme mâle Tursiops, très amical et joueur. Les rencontres sont de qualité mais un peu limitées par la température de l’eau. Le touristes peuvent aussi s’embarquer à bord de petits bateaux qui les emmènent à la rencontre de Fungie.
Bien des anecdotes rendent compte de son caractère joueur et jovial.
Jean-Philippe Sas, de Reseau-Cétacé, lui a rendu plusieurs fois visite. Muni d’une épaisse combinaison de plongée, il est entré dans l’eau en faisant mine de ne pas s’intéresser au dauphin qui rôdait a quelques dizaines de mètres et scrutais de loin ce nouvel arrivant. La curiosité aidant, Fungie s’est approché du nageur jusqu’à le frôler, avant de le bousculer gentiment et enfin de le pousser en de franches bourrades.
Fungie fut ainsi observé au large en train de jouer avec des phoques.
Lorsque les témoins de cette scène s’approchèrent pour se joindre aux galipettes des mammifères marins, le charme fut rompu et les phoques effarouchés retournèrent sur leur rocher. Quant au dauphin, probablement dépité, il délaissa les humains qui avaient perturbé sa récréation ».

Toute une communauté de passionnés de Fungie réside aujourd’hui sur les rivages proches, attirés par les multiples ouvrages que Horace Dobbs, Wade Doak et d’autres ont consacré à Fungie et par les multiples émissions télévisées dont ce dauphin célébrissime a déjà fait l’objet.

En ce début 2003, Fungie est donc toujours bien là, bien qu’il interagisse un peu moins avec les gens.
Son temps est en effet très pris par les bateaux qu’il aime suivre – c’est sa nouvelle passion – mais les amis du dauphin ambassadeur le plus visité du monde ont tout lieu de se réjouir de telles périodes d’accalmie : ainsi, le responsable du site Irish Dolphins, Keith Buchanan, a pu nager tout à son aise avec Fungie ces dernières semaines et attester qu’il était plus en forme que jamais.
Même si Fungie se consacre sans doute un peu à ses amis humains, il n’en exécute pas lors de des grandes occasions et quand l’envie l’en prend – c’est toute la différence avec les dauphins captifs- l’un de ses fameux sauts acrobatiques qui extasie les foules !
(Note 2015Fungie tient plus que jamais la forme ! )


dusty-algues

Dusty joue avec une algue

Dusty est une timide petite delphine apparue à Doolin (Comté de Clare) pendant l’été 2000 puis qui s’est établie à Fanore l’année suivante.  Notre amie  » Poussiéreuse » semble également en très bonne forme, malgré les orages d’hiver et le temps froid de la mi-décembre.
Alors que la température de l’eau ne dépasse guère les 8ºC en cette saison, l’incontournable Ute Margreff, l’une de ces âmes robustes qui ne craint pas le froid, a nagé régulièrement aux côtés de la petite femelle durant ces 18 derniers mois et elle a pu nouer avec elle une relation fantastique. Notons cependant que le problème posé par l’excès de visiteurs se précipitant chaque été pour rencontrer Dusty n’est toujours pas résolu, pas plus que celui d’une nouvelle ligne de ferry reliant Fanore aux Iles d’Aran, qui risque de la perturber. Pour l’instant, la mauvaise saison lui laisse un peu de répit.


Sandy, le dauphin d’Inis Oirr, continue à garder son  » profil bas  » habituel. Nous savons qu’elle est toujours bien présente et qu’elle interagit régulièrement avec des plongeurs occasionnels qui osent descendre dans l’eau en cette saison, dehors à ses eaux à la maison à distance. Nous n’avons eu cependant aucun rapport récent à son propos depuis plusieurs mois.
(Voir : Sandy en 2014 )


dony-en-france-2014
Dony , enfin, fait toujours la Une de l’actualité en 2015 !
Parti des îles de Blasket en juillet 2001, il voyage sans cesse !
Il est également devenu le seul dauphin au monde spécialiste des écluses, digues et autres  constructions et chausse-trappes portuaires de la Mer du Nord, qu’il connaît désormais mieux que personne et visite à sa guise.

Certains ont cru malin d’affirmer que Dony était un dauphin captif échappé ou encore qu’il souffrait de vivre alternativement en eaux douces et en eau salée. En fait, ces nobles préoccupations proviennent essentiellement du milieu de la captivité.

On sait que lors de son passage au large de Blankenberge et dès son arrivée à Weysmouth, Angleterre, le Zoo d’Anvers, le Delphinarium de Harderwijck et le Sea Life de Blankenberge (qui préparaient déjà ses filets pour la capture) avait bien l’intention de s’emparer du dauphin libre et de l’ajouter à la collection des cétacés malades et désespérés que ces établissements détiennent.

Heureusement, ce bon Dony s’est montré plus fin qu’eux et il est passé entre les mailles de leurs filets sans difficulté.
Survivra-t-il en revanche aux nouvelles marées noires qui menacent nos côtes, suite au naufrage du pétrolier VICKY au large de La Panne, sur les bancs de sable du Westhinder ?
Parviendra-t-il à retourner un jour dans ses eaux calmes d’Irlande après des mois passés dans l’enfer de la Manche ?

L’histoire nous le dira…

Note 2014-2015Dony est toujours bien là et toujours en bonne santé !


AILLEURS EN EUROPE

Hors Irlande, côté Pays basque, Flint « le dauphin interactif de San Sebastian » est toujours bien là, apparemment non encore affecté par la terrible marée noire qui frappe les côtes galiciennes suite au naufrage du Prestige.

Filippo, le merveilleux ambassadeur italien de Manfredonia qui sauva un enfant de la noyade, est mort un triste
jour du 6 août 2004.

En Norvège, Flipper continue son travail de relations publiques.

 » S’il est au moins une chose que Dony nous a appris au cours de cette dernière année » conclut le chroniqueur du site Irish Dolphins  » c’est que les frontières nationales et politiques sont des notions parfaitement artificielles et sans signification aucune pour nos amis dauphins. Ce qui pourrait peut-être nous engager à élargir nos propres horizons ! »


Dusty le dauphin de Doolin peut se mettre en colère !