Delphinarium à Dakhla : une insulte aux dauphins sauvages



Une petite population de dauphins Tursiops et de dauphins à bosse de l’Atlantique réside encore dans la baie de Dakhla

Delphinarium à Dakhla : une insulte aux dauphins sauvages

Un delphinarium à Dakhla ? C’est une insulte aux dauphins sauvages qui peuplaient la région en grand nombre et qui peu à peu, se retirent aujourd’hui devant la marée humaine du tourisme low-cost.  

« La région de Dakhla Oued Eddahab planche sur un grand projet de parc aquatique.
Situé sur la baie de Dakhla, ce dernier abritera plusieurs activités nautiques, ludiques et sportives visant à enrichir l’offre touristique de la région. Le projet, dont le coût prévisionnel s’élève à 100 millions de DH, comprendra, entre autres, un centre d’activités nautiques et une piscine olympique «aux normes internationales» avec gradins d’une capacité de 200 places.
Il proposera, également, un bassin des dauphins d’une superficie minimale de 2.000 m² disposant d’un sous-sol visitable pour regarder les dauphins à travers un vitrage spécial ainsi que des gradins d’une capacité de 300 personnes pour les spectacles. Le parc prévoit l’utilisation des dispositifs d’efficacité énergétique pour une consommation énergétique optimisée, le respect et la préservation de la nature et de l’environnement
« .

Autrefois, nous aurions pris semblable nouvelle avec le sourire.
Comme l’Algérie, le Maroc était bien connu pour ses grandes annonces entrepreneuriales et ses petites réalisations. Le projet de delphinarium à Casablanca en fut le meilleur exemple, annoncé à grands frais puis abandonné trios ans plus tard sans tambour ni trompettes.

Mais les choses ont changé au royaume chérifien.
Depuis l’ouverture hélas très réelle de l’Agadir Dolphin World, la manoeuvre est claire.
Le Maroc est en train de brader son tourisme à des Russes fauchés et déplaisants qui ne demandent que le Wi-fi dans la chambre, de l’alcool dans le bar et de l’eau bleue d’une piscine. Avec quelques dauphins esclaves si c’est possible, la Russie étant le principal exploitant mondial de cétacés captifs au monde avec le Japon et Cuba.

Dauphin à bosse de l’Atlantique

La région de Dakhla, située tout au sud du Maroc, aux portes du désert, est riche de 667 km de côtes et d’une baie large de 400km².
La baie est tapissée d’une immense prairie de phanérogames marines, peuplée de polychètes, d’annélides, de céphalopodes et de langoustes verte. Plus de 40 espèces de poissons y demeurent, dont se nourrissent les cétacés.
La région toute entière abrite une faune remarquable, dans un véritable refuge d’espèces rares et précieuses. Dakhla compte ainsi une réserve biologique de phoques moines à Guerguart et une autre réserve de gazelles à Darcas.

Mais c’est en mer que cette faune est la plus remarquable.
Les côtes du Maroc sont longées par de nombreux cétacés, dauphins communs, dauphins Tursiops, cachalots, baleines, orques et pseudorques dont on retrouve les corps sur les plages du pays. Il y eut même deux échouages de dauphins gris, une espèce peu commune.
A l’Institut national de recherche halieutique de la région de Dakhla, on conserve encore le squelette d’un cachalot nain.

Enfouies ou incinérées, ces carcasses ne font l’objet d’aucune étude.
Le cachalot nain, extrêmement rare, est en train de pourrir dans un local inadéquat.
« On aurait pu au moins le mettre au musée, s’indigne un chercheur, mais on n’en a pas non plus. Le seul dont nous disposions est le Muséum national d’histoire naturelle basé à l’Institut scientifique de Rabat. Créé en 1920, il est aujourd’hui trop petit pour contenir des espèces aussi grandes que des baleines. (…) 
Il n’y a pas non plus d’’associations opérant dans ce genre de spécialité et les scientifiques au Maroc n’ont pas les moyens d’assurer des suivis dans le domaine. À l’INRH, ils font des recherches sur les cétacés, mais cela reste plutôt superficiel tant qu’il n’y a pas de moyens pour mener des études poussées. On attend alors que le cétacé échoue pour aller l’identifier et parfois, on ne fait pas d’analyses ».
Pas question non plus de lui venir en aide. Pas plus qu’en Belgique, il n’existe de services spécialisés à cet effet.

 

Baleine à bec échouée au Maroc

Dans le même temps, au Maroc, le dauphin a toujours mauvaise réputation.
Dans le port marocain d’al-Hoceïma, en Méditerranée occidentale, on l’appelle « le negro », du nom donné par le voisin espagnol. Le grand dauphin fait des ravages dans les filets des sardiniers, contribuant à la sévère crise de la pêche locale.
« Autrefois, explique un pêcheur, on cohabitait avec le dauphin. Mais à partir de 2010, les attaques du negro ont explosé. Quand il attaque, il ne nous reste parfois que 10 à 20 caisses de sardines, avec à chaque fois de gros dégâts dans les filets. Réparer les trous, le filet immobilisé, le carburant dépensé… la facture monte vite »
Pour répondre à cette menace, le gouvernement a laissé revenir les filets dérivants, pourtant interdits depuis 2010 car meurtriers pour les cétacés.
« Les palangriers de la pêche côtière et artisanale réutilisent en masse ces filets, tout le monde en achète en ce moment » s’alarme un activiste. « Ils déclarent leurs prises comme de la pêche à la palangre. Avec la passivité de certains membres de l’administration, qui espèrent ainsi désamorcer à bon compte la grogne des pêcheurs ».

Dauphins à Dakhla

C’est dans ce contexte que le Maroc enfonce encore le clou : un delphinarium en pleine réserve naturelle !
Pourtant, dès lors qu’on en contrôle strictement la pratique, le whale watching peut être un merveilleux moyen de mener tout à la fois des études sur les dauphins résidents de la région – apparemment inexistantes à ce jour – mais aussi de faire vivre mille petits commerces locaux pour accueillir les amoureux de la nature, Marocains ou touristes, plutôt qu’une grosse machine russe comptant dix employés.

«Deux sortes de dauphins ont élu domicile dans les eaux tempérées de la baie de Dakhla: les grands dauphins et les dauphins à bosse de l’Atlantique plus rares. Sur le chemin du retour, en scrutant les eaux du large, nous apercevons un dauphin à bosse, très timide mais bien curieux. C’est l’excitation à bord. On crie, on glousse, on rit nerveusement, on crie encore. Les dauphins ont ce pouvoir de nous faire retomber en enfance. Flipper va suivre notre voilier pendant un moment avant de disparaître dans les profondeurs. On peut dire que la chance nous a sourit à pleines dents cette journée là ».

Sans doute. Mais où sont les scientifiques chargés de les étudier ? Que mangent ces dauphins ? Combien sont-ils ? Comment s’organisent leurs sociétés ? Comment vont-ils ?  Sont-ils toujours en bonne santé, dérangés par les touristes, touchés par la famine ou par la pollution ? C’est le genre de questions qu’on se pose dans les pays où il y a de nombreux dauphins, comme en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux USA. Mais pas au Maroc.
Les touristes russes et marocains pourront donc s’asseoir côte à côte sur les gradins du delphinarium de Dakhla pour s’amuser des « pitreries » de dauphins capturés à Taiji au Japon ou en Mer Noire, deux sous-espèces (T. aduncus et T. ponticus) qui ne se rencontrent jamais dans l’Océan Atlantique.

Delphinarium d’Agadir

Les choses n’ont pourtant pas l’air d’aller si bien.
De nos jours, les grands dauphins et les dauphins à bosse de l’Atlantique sont les seuls mammifères marins régulièrement observés dans la baie de Dakhla, alors que d’autres espèces y étaient présentes encore récemment, tels des épaulards, des globicéphales, des baleines de Minke ou des baleines à bec.
Ces populations se déplacent désormais peu à peu vers les eaux bordant le Sahara Occidental, plus tranquille.
Et ce n’est sûrement pas la construction d’un gigantesque parc marin dans la région de Dakhla qui les fera revenir.
Ni le parfum de la vodka…

Un beau delphinarium va se dresser a milieu…

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