Dormir avec les ours, les tigres et les morses



Aujourd’hui, on veut s’immerger, fusionner, enfoncer sa tête dans le pelage duveteux d’un ourson polaire, tandis qu’au dehors du paradis clos, l’Australie brûle avec ses derniers koalas, l’Amazonie se transforme en champs de soja, le Bassin du Congo en villages et que partout autour de nous, la flore et la faune s’effondrent

Dormir avec les ours, les tigres et les morses

Dormir avec les ours polaires, les tigres et les morses… Quelle étrange d’idée !
Comment peut-on s’endormir tranquille en regardant l’ours Taïko suivre sans cesse le même chemin, tête penchée, pendant des heures.
Comment peut-on s’émerveiller de ces lions, des ces tigres blancs, de ces pingouins ou de ces morses qui regardent les visiteurs autant qu’eux les regardent, et les voient faire l’amour la nuit sur un grand lit.


L’immersion est un concept nouveau dans la stratégie commerciale de l’industrie des zoos. Jadis on séparait les visiteurs des bêtes fauves avec de gros barreaux d’aciers.

Aujourd’hui, ce sont des vitres contre lesquels on se colle pour être « au plus près » !
Au parc de Planckendael des petites guérites en plexiglas permettent de passer une tête directement dans l’enclos, à quelques millimètres des primates.

Aujourd’hui, on veut s’immerger, fusionner, enfoncer sa tête dans le pelage duveteux d’un ourson polaire, tandis qu’au dehors du paradis clos, l’Australie brûle avec ses derniers koalas, l’Amazonie se transforme en champs de soja, le Bassin du Congo en villages urbains et en bideonvilles, l’Inde en cimetière des éléphants et que partout autour de nous, la flore et la faune s’effondrent

Alors, on rêve et on paie pour ça. On rêve d’un monde parfait à l’abri de ces affreuses visions, que les documentaires animaliers tentent pourtant de montrer le moins possible.
L’animal réel a disparu. Il ne reste de lui qu’une image fantasmée de nounours. On le baptise quand il naît, on fête son anniversaire en lui offrant un gros gâteau et on le pleure quand il meurt. Les zoos accentuent à outrance l’infantilisation de ses animaux, en parlant de papa, de maman, de grand frère, reconstituant l’image d’une charmante petite famille à la Walt Disney.

C’est le sommet de l’immersion, de la fusion, une relation presque érotique

La réalité de l’ours, sa nature de prédateur, sa vie sociale, son intelligence, ses adaptations au changement climatique, rien de tout cela ne sera montré au travers de la vitre d’un lodge.
Comment s’étonner dès lors que des touristes quittent leur voiture en plein safari park pour photographier les guépards sous le museau ? Comment s’étonner qu’une femme se mette a danser dans l’enclos des lions ? Ou que les touristes se plaisent encore à caresser des tigrons orphelins et drogués ?

Dormir avec quelqu’un, c’est ausi très intime. C’est le sommet de l’immersion, de la fusion, une relation presque érotique, où chacun peut prendre sa douche, nu devant un grizzli ou se rouler en couple sur les couvertures de fourrure synthétique et sous le regard d’un morse impavide ? Quel mépris pour la personne animale !

Et quel stress aussi.
Les détenus des zoos sont déjà regardés sous toutes les coutures pendant la journée. La nuit, voilà que leur enclos s’éclairent de la lueur des baies vitrés, des enfants qui tapent au carreau, du couple qui fête sa lune de miel. Les ours blancs dorment la nuit. Les grizzlis aussi. Apprécient-ils ce tapage nocturne ?
Qui s’en soucie ? Ces lodges dignes de Tarzan planté dans un milieu sauvage de pacotille sont devenus en quelques années une manne pour les parcs animaliers : une simple nuit pour une famille de 4 peut coûter jusqu’à 500 euros.


Car il n’y a pas que les ours polaires, bien sûr. On peut dormir au plus près des animaux sauvages, comme lors d’un safari africain.

C’est la nouvelle offre touristique insolite d’une dizaine de zoos en France et en Belgique.

Au zoo de la Flèche, près du Mans, le Safari Lodge, lancé en 2013, affiche complet. Composé de dix lodges, il est divisé en cinq univers distincts: ours polaires, ours grizzlis, loups blancs, tigres blancs et lémuriens qui viennent «rendre visite» aux hôtes. Chaque lodge comprend deux chambres, un jardin de 200 à 500 m² ou une terrasse suspendue à quatre mètres de hauteur.

Planète Sauvage, près de Nantes, propose quant à elle de passer une nuit sous les étoiles dans un campement de bivouacs «comme en Tanzanie» pouvant accueillir jusqu’à cinq personnes chacun pour un dépaysement total. Les nouveaux lodges sont entourés d’antilopes, zèbres qui circulent dans leur espace. Auparavant, les soigneurs font participer les aventuriers d’une nuit à ce qu’ils appellent «la rentrée des animaux» à bord d’un Raid 4×4 et donnent des informations sur le comportement des espèces observées. La nuit tombée, pendant le dîner, un guide raconte autour d’un feu de bois de nombreuses histoires sur l’Afrique pour que chacun se sente comme transporté sur ce continent. Au lever du soleil, avant l’ouverture du parc, un petit-déjeuner est servi. Bref, comme en savane !

A Pairi Daiza, lors de la réservation du séjour en lodge, les visiteurs peuvent choisir les animaux qu’ils souhaitent observer, en cochant les cases correspondantes sur le site de Pairi Daiza.
Ours, morse, tigre de Sibérie ?
Ils peuvent aussi sélectionner le type de vue souhaité : «panoramique», «plongeante», ou «en tête-à-tête» avec les animaux.

Au Zoo de Port Lymphe, on fait plus fort encore ! Les clients logent dans une bulle plantée au beau milieu des fauves !
Et ça continue au South Lake Safari, en Grande-Bretagne, au zoo de Beeksebergen aux Pays-Bas, au zoo de Canberra, en Australie. Partout, les lodges fleurissent !

Au Zoo de Port Lymphe, on fait plus fort encore ! Les clients logent dans une bulle plantée au beau milieu des fauves !

Des biodômes aux complexes intégrés

A ces nuits passée sous le regard triste d’animaux détenus, il faut ajouter une autre « stratégie commerciale » des zoos pour amener son public à la fusion si souhaitée avec Mère Nature.
Les biodômes sont une idée plus ancienne, et certains ont récemment fait la une de l’actualité en brûlant jusqu’à la dernière poutre, comme au Zoo de Chester en Grande-Bretagne, dont le Monsoon Forest Habitat est parti en fumée, ou encore au Zoo de Krefeld en Allemagne, où le dernier gorille survivant de ce paradis tropical a du être achevé à la mitraillette dans les cendres encore chaudes.
Mais qu’importe ! Le public aime tant des forêts amazoniennes miniatures construites comme un décor de cinéma, où l’on croise au détour d’un sentier balisé, un gavial apathique ou une lamantin blême.


Au-delà encore, ces deux modes convergent vers un concept encore plus performant : transformer les zoos en Center Parks où l’on pourrait nager avec les dauphins et les bélugas, nourrir les requins depuis une petite barque à fond de verre, skier sur des pistes indoor et plonger dans les eaux tièdes de gigantesques aquaparks.

De tels temples touristiques, aux proportions démesurées et à l’impact écologique désastreux, existent déjà en Chine ou à Dubaï. Sans doute en verra-t-on s’élever chez nous, car pour les zoos, investir désormais dans des structures plus grandes, plus englobantes, plus matricielles encore, protégée des horreurs du monde et de la fin de sa faune sauvage, représente une nécessité vitale.

Le lion vient dormir à côté du salon


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