Dresseuses et fières de l’être au Marineland d’Antibes

Un récit auto-biographique de Hazel McBride, dresseuse au Marineland d’Antibes

Dresseuses et fières de l’être au Marineland d’Antibes

Dresseuses et fières de l’être au Marineland d’Antibes…
A leur place, on rentrerait sous terre, on raserait les murs, on serait gêné de faire un boulot pareil.
Mais pas elles, pas Amy Walton ni Myriam ni d’autres jeunes femmes encore,souriantes et sportives, qui s’exhibent complaisamment en combinaison de plongée sur leur blog ou leur compte Instagram avec leur orque préférée.

Et surtout pas Hazel Mc Bride, auteure d’un livre dont le titre un peu nostalgique « I still believe », évoque les grands shows d’antan au  SeaWorld Stadium, désormais converti à la pédagogie et aux « comportement naturels » mais pour les orques seulement !
Hazel se confiait récemment au Barrheadnews, et son interview ne manque pas de nous interpeller…

Hazel raconte qu’elle a trouvé sa voie l’âge de 14 ans, au terme d’une première visite au SeaWorld d’Orlando, avec sa famille.
« Ce jour-là, la plupart des spectateurs étaient simplement heureux de voir les impressionnantes créatures exposées, mais j’ai pris alors la décision de travailler avec elles tous les jours.  A partir de ce moment-là, je me suis simplement dit: « Oui, c’est vraiment ce que je veux faire » ! Comme je venais d’Écosse, il était difficile de trouver des informations sur la manière de s’y prendre. Il n’y avait personne à qui parler, j’avais donc beaucoup de choses à régler par moi-même. J‘ai fini par faire un stage dans les Florida Keys un été, alors que j’étais encore à l’université. Un autre été, j’ai été travaillé aux Bahamas et là, j’ai pu parler aux entraîneurs et acquérir une expérience pratique”.

Après avoir obtenu son diplôme universitaire en 2014, Hazel a décroché son premier emploi en tant que dresseur de dauphins en République Dominicaine.
Puis on lui a proposé un poste dans l’équipe des dresseurs à Loro Parque. Et sa carrière était lancée !

Hazel travaille aujourd’hui au Marineland d’Antibes, sur la Côte d’Azur.
« Pour le moment, je travaille plus particulièrement avec les orques, car il faut beaucoup de temps pour apprendre à les connaître », explique-t-elle. « Lorsque vous débutez, vous êtes jumelé avec un animal.
Mon premier animal à Loro Parque s’appelait Skyla et elle sera toujours mon bébé. Je porte chaque jour une réplique exacte de sa queue en argent autour du cou, comme ça, je ne l’oublie jamais »
.

« Au Marineland, je travaille principalement avec Wikie.
Elle est sans aucun doute l’orque avec laquelle j’ai la meilleure relation ».

Wikie s’est fait connaître l’année dernière après avoir imité des mots tels que «bonjour» et «au revoir» et appris à compter jusqu’à trois en utilisant son évent. On pense que l’épaulard de 17 ans est le premier de son espèce à imiter le langage humain.

« Elle est un peu devenue une star« , rigole Hazel, qui précise :
« Les épaulards sont incroyablement intelligents, mais cela rend votre travail plus difficile, car vous devez constamment trouver des moyens de les divertir, les motiver et les stimuler mentalement. Vous devez toujours avoir deux longueurs d’avance sur eux de toutes les manières. L’essentiel est surtout de gagner leur confiance. Chaque fois que je travaille avec Wikie, j’essaie toujours de lui donner le meilleur possible« .

Dans son livre paru en mars dernier, Hazel parle aussi de la controverse autour de la captivité des orques.
« J’essaie d’expliquer ce que c’est que d’être face à face avec des épaulards, de regarder dans leurs yeux et de savoir qu’ils savent qui vous êtes. Je pense qu’il y a beaucoup d’idées fausses sur les «formateurs d’orques» que nous sommes.
Nous aimons ces animaux et nous en prenons soin. Les gens doivent comprendre que nous faisons de notre mieux pour eux chaque jour.
Je veux que les gens qui sont complètement opposés à l’idée de capturer des cétacés lisent ce livre et finissent par mieux comprendre ce que nous faisons en tant que dresseurs
».

John Hargrove, que nous avons rencontré à Antibes en 2015, n’est plus qu’un tas d’os brisé et douloureux, malgré ses apparences altières, du fait des agressions dont il fut la victime.

Ces confidences pourraient être celles de John Hargrove, dans son livre Beneath the surface.
L’envie de dresser des orques lui est également tombé dessus alors qu’il n’était qu’un adolescent. Puis c’est devenu une obsession, qui l’a progressivement menée au plus haut niveau de ce métier, celui de « senior trainer » au Marineland d’Antibes.

Mais ce que John décrit en détails et que Hazel ne raconte pas, c’est comment une orque peut devenir menaçante.
Comment sa peau frémit, son regard se durcit, alors qu’elle contourne lentement son dresseur préféré, avant de l’engloutir sous l’eau ou de l’écraser sous elle.

Ce que Hazel ne dit pas et que John nous explique, c’est à quel point ce métier de dompteur d’orques vous élève au statut de vedette, suivi par une foule de fans en adoration.
Parce qu’il faut être beau, mince et musclé, bien sûr, comme nous le rappelait l’ex-dresseuse Samantha Berg lors de son passage à Bruxelles pour la promotion du film Blackfish. Il faut savoir plonger profond, résister au froid, accepter de travailler dur pour un salaire dérisoire et prendre des risques extrêmes, même si l’on reste au bord de la piscine.
Une jambe est si vite attrapée !

La fureur de l'orque Shamu au SeaWorld de San Diego

Le 20 avril 1971, on suggéra à la secrétaire de SeaWorld, Annette Eckis, de faire un tour de bassin avec l'attraction pricipale du parc de San Diego, en Californie, l'orque Shamu, âgée de 10 ans, pour un clip publicitaire. Alors que la promendade à dos d'orque touche à sa fin, Eckis est soudainement projetée dans l'eau par le grand cétacé. Shamu saisit alors la jambe de de la jeune femme et commence à la pousser à toute vitesse. Les dresseurs au bord du bassin tentent de se saisir d'Annette et de la tirer de là, mais l'orque la replonge dans la piscine malgré ses cris horrifiés. Finalement, il faut écarter avec une perche les mâchoires de la baleine tueuse pour libérer sa victime. Annette Eckis est emportée sur une civière. Cet accident lui coûta 200 points de sutures. Par la suite, Eckis poursuivit SeaWorld en justice mais l'indemnité qu'elle réclamait a été annulée en appel. Le fait que cette employée porte un bikini semble avoir énervé l'orque qui avait déjà attaqué d'autres personnes vêtues de cette façon. Shamu était aussi extrêment tendue juste avant l'incident. Shamu a été la première orque en bonne santé à être délibéremment capturée. Les trois précédentes captures d'orques ("Wanda", Moby Doll et Namu) furent davantage le fruit d'un "heureux" hasard. Ted Griffin l'arracha à sa famille dans les eaux de Penn Cove en octobre 1965, pour être la compagne de l'orque Namu à l'aquarium de Griffin à Seattle. Son nom signifiait d'ailleurs "Ami de Namu" ("She-Namu"). Namu ne vécut que pendant un an à l'aquarium de Seattle avant de se noyer en essayant de s'échapper et en s'emmêlant dans les câbles du filet Après le décès du malheureux, Namu resta un moment dans les piscines de Seattle. En décembre 1965, elle fut vendue au Sea World de San Diego en Californie. Le jour de son arrivée et des heures durant, elle lança des appels au secours désespérés. Quatre mois après cette attaque et au terme de cinq ans et dix mois en captivité, Shamu décéda le 23 août 1971 d’une maladie connue sous le nom de « pyromètre », qui touche généralement les chattes ou les chiennes non-stérilisées, mais sûrement pas les jeunes cétacés.Les bactéries atteignent le vagin puis passent à l’utérus, entraînant une infection aiguë ou, dans son cas, une septicémie (empoisonnement du sang). Le pyomètre pourrait être dû à une mort foetale, qui aurait entraîné une infection.Lire aussi : https://www.dauphinlibre.be/paroles-dorques/

Posted by Dauphins libres et dauphins captifs on Wednesday, April 17, 2019


Enfin, si Hazel veut à tout pris continuer à y croire, John lui, a eu le courage de jeter le gant.
Non sans mal, car c’était toute sa vie, il a réussi à quitter ce qu’il nomme « l’Église de Scientologie » où le silence absolu fait partie du contrat, le jour où son amie Dawn Brancheau fut réduite en charpies sanglantes par l’orque Tilikum.

Pourquoi Hazel ne quitte-t-elle pas ce métier de dompteur, elle aussi ?
On sait bien sûr toute la souffrance que suppose cette décision : la haine féroce des anciens collègues mais surtout, le désespoir des animaux que l’on laisse derrière soi. Qui va s’en occuper d’eux aussi bien que je le fais ? Que va devenir Takara ou Smooshi ?
Beaucoup de dresseurs renoncent à partir uniquement dans l’intérêt des animaux. Il faut savoir cela.

Mais tout de même ! Hazel nous dit qu’elle a commencé sa carrière en République Dominicaine.
N’a-t-elle pas compris alors que la plupart des cétacés qu’elle dressait avaient été capturés au large de Cuba ?
N’a-telle pas vu aux Bahamas ces dauphins entassés dans des lagons crasseux, manipulés du soir au matin par des touristes ventripotents gluant d’huile solaire ?

N’a-t-elle pas remarqué à Loro Parque que son « bébé » Skyla était une orque complètement perturbée, privée de guidance maternelle et d’une agressivité telle qu’il fallut interrompre les « water works » avec elle ?
Et Keto ? N’a-t-elle pas craint de l’approcher, lui qui avait explosé la cage thoracique du dresseur Alexis Martinez ?
Hazel était sans doute présente quand Freya et son fils Valentin sont morts, l’un après l’autre.
Pourquoi n’en dit-elle rien ?

En 2019, 70 orques étaient détenues en bassin, dont 37 arrachées à leurs familles.
Quelque 156 orques ont été capturées dans la nature depuis 1961, en ce compris Pascuala et Morgan.
129 d’entre elles sont mortes aujourd’hui, alors qu’en mer, les mâles vivent en moyenne 30 ans (maximum 50-60 ans) et les femelles 46 ans (maximum 80-90 ans).
En tout, 166 orques sont déjà mortes en captivité, sans compter les quelque 30 bébés mort-nés.

SeaWorld détient actuellement 20 orques dans ses trois parcs aux États-Unis.
Au moins 49 orques y sont mortes avant elles. 19 orques ont été capturés dans la nature depuis 2002, le plus récemment en Russie.
Dix autres sont actuellement retenues à la prison des baleines, ainsi que 87 bélugas, dans les enclos de la baie de Srednyaya  en Russie.

Sept orques ont été capturées pour le compte du Marineland d’Antibes.
Six orques y sont nées, huit y sont mortes (Calypso, Clovis, Kim, Betty, Kim2, Sharkan, Freya et Valentin) et deux ont été transférées vers d’autres delphinariums, à savoir :
Shouka, qui vécut dix ans seule au Six Flags Worlds of Adventure dans l’Ohio, avant d’être transférée en avril 2004 au Six Flags Discovery Kingdom en Californie puis enfin, en 2012, au SeaWorld de San Diego.
Tanouk, capturé avec Sharkan en octobre 1989 dans les eaux islandaises, transféré au Marineland d’Antibes le 12 janvier 1990, puis à Izu Mito Sea Paradise au Japon, en 1995. Il y fut renommé Yamato et y vécut jusqu’à sa mort en 2000, aux côtés d’Asuka, capturée à Taiji.

Tout ça pour quoi ? Dans quel but ? Pour quel bénéfice, si ce n’est commercial ?
L’emprisonnement de ces orques a-t-il aidé en quoi que soit les populations sauvages ? A-t-il sensibilisé le public à leur protection et à la sauvegarde de leur milieu naturel ? Franchement, on ne dirait pas.
Jamais les orques de Colombie Britannique n’ont été aussi mal en point, épuisées par trop de captures, trop de visiteurs et pas assez de saumons. Jamais on n’en a autant capturé qu’en Russie, jamais elles n’ont autant souffert qu’en Chine !

On peut certes remercier Hazel et ses semblables de prendre soin de leurs captifs, car ceux-ci ont sans doute grand besoin de caresses et d’attention dans la situation où ils sont.
Mais il faut être aveugle pour nier l’évidence : ces orques n’ont rien à faire dans une baignoire et vanter leur soi-disant bonheur ne reste pas sans conséquences !

La mort de Kandu à SeaWorld. En mer, aucune orque ne tue jamais une autre.

Car c’est à cause de la propagande que diffusent ces « soigneuses » et l’Industrie qui les emploient que de nouveaux delphinariums s’ouvrent partout dans le monde. Pour la plupart, ces entreprises capturent à tour de bras orques, bélugas, dauphins de toutes espèces, et dépeuplent les océans.

Au Marineland d’Antibes, on ne veut rien savoir de tout cela. 
On veut gommer le passé, oublier les captures. On veut ignorer les « fermes à orques » qui s’ouvrent en Chine, sous la supervision de dresseurs français.
« Ce n’est pas nous, ça se passe ailleurs, c’était dans le temps, on ne fait plus comme ça aujourd’hui, nous n’avons plus rien à voir avec ça ! » protestent les dresseurs. Et pourtant…
Les méthodes de dressage et d’insémination artificielle, la médecine vétérinaire appliquée aux cétacés captifs, les shows avec leur grand écran, tout est pareil, du Chimelong Ocean Kingdom au Marineland d’Antibes en passant par le Moskvarium.

Alors, cessez de mentir, Mesdames les dresseuses, à vous-mêmes et aux autres.
Changez de métier ou plutôt, changez d’employeur. Avec les connaissances que vous avez acquises, aidez ceux qui travaillent à rendre à ces orques captives un peu de dignité et aidez-les à les accueillir dans des sanctuaires marins« des cages de mer« , selon SeaWorld – où elles pourront terminer leur vie autrement qu’en crevant d’une maladie nosocomiale au fond d’un bassin nu.


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