Dumbo et les dernières éléphantes du zoo d’Anvers

Dumbo et les dernières éléphantes du zoo d’Anvers

Dumbo, Bombay, Jana, Daisy, Dina furent les dernières éléphantes historiques du zoo d’Anvers, alors que l’enclos géant de Planckendael se préparait en coulisses au début des années 2000.
Leur enclos minuscule ne comprit que très tard du sable et de l’eau, et plus tard encore de tapis de sol pour éviter l’arthrose. Nul programme de reproduction EEP n’était alors envisagé dans ce troupeau de femelles capturées en forêt.

Aujourd’hui, Bombay est morte. Jana est à l’isolement à Pairi Daiza avec sa nouvelle amie Praya, Daisy et Dina prennent leur retraite au soleil et Dumbo tente de consoler un troupeau foudroyé par les deuils.
L’histoire continue.
Au Zoo, le bonheur est toujours fragile.

Dumbo, Daisy, Dina : les deniers adieux déchirants. Photo Dauphins Libres

2005

Bombay est morte au Zoo d’Amiens

Bombay est morte au Zoo d’Amiens le 17 février 2005.
Cette éléphante de 58 ans fut capturée en Inde durant sa prime enfance.
Depuis lors, sa vie n’a plus été qu’une longue errance de cage en cage, de roulotte en roulotte, loin de ses parents et de sa forêt natale. Les dernières étapes de son voyage sont connues : livrée par le Cirque Busch au Zoo d’Anvers, elle y demeura cinq ans avant d’être une nouvelle fois déplacée vers la France en juillet 2003, suite à de graves conflits entre son amie Jana et Dumbo, une autre matriarche dominante.

Comme la plupart des éléphants captifs qui se balancent sans fin dans un enclos sans eau, sans sable, face à une grille électrique renforcée, Bombay souffrait affreusement du manque d’exercice. La station debout maintenue pendant des heures sur le béton cause immanquablement chez ces grands marcheurs des infections aux pattes et des crises d’arthrose.

La botte orthopédique qu’on avait fabriquée pour Bombay à Anvers n’a donc pas suffi.
Dévorée de douleur, la malheureuse a du être euthanasiée par ses propres soigneurs, sous le regard désespéré de Jana.
Pourtant, Bombay a eu de la chance, puisqu’elle s’est éteinte à un âge relativement avancé.
Selon une étude de la RSPCA, conduite sur plus de 500 éléphants de zoos et de cirques en Europe, ces pachydermes ne vivent en moyenne qu’une quinzaine d’années, alors qu’en liberté, ils peuvent atteindre 70 ans ou plus.

 A l’instar des dauphins, les éléphants sont des êtres dotés de cultures et d’une très haute intelligence. Ils honorent leurs défunts, respectent leurs aînés, prennent soin de leurs blessés et communiquent entre eux à l’aide d’un langage complexe composé d’infrasons.
La captivité prive donc les éléphants de ce tout qui constitue l’essentiel de leur existence.
Alors qu’en pleine nature, ils parcourent quotidiennement des dizaines de kilomètres pour se nourrir, chercher des puits souterrains ou retrouver d’autres tribus le long de sentiers balisés depuis des siècles, les éléphants des zoos souffrent de solitude et d’un ennui profond, les conduisant parfois aux portes de la folie.
Eux qui vivent normalement au sein de vastes sociétés sous la guidance d’une matriarche, se voient enfermés en petits groupes mal assortis, ce qui génère nombre de conflits mais aussi d’insondables chagrins : il arrive souvent qu’un transfert de zoo à zoo sépare à jamais des amis de longue date, sans que nul ne s’en soucie.

 Les femelles qui mettent un bébé au monde ont le plus grand mal à l’élever correctement, faute d’être entourée par d’autres mères de leur clan et d’avoir appris d’elles les gestes de la maternité. 63% des 120 éléphants d’Asie nés captifs en Europe entre 1902 et 1992 sont morts avant l’âge de huit ans. Seuls 44 d’entre eux, soit 37%, ont vécu assez longtemps que pour atteindre la maturité sexuelle. En 170 ans, le Zoo de Londres – qui a renoncé aujourd’hui à garder des éléphants – n’a enregistré qu’une seule naissance. Il s’agissait d’un bébé mort né.

Il faut toute une harde pour élever un enfant. Ici, la célèbre éléphante africaine Echo avec l’un de ses nombreux petit-enfants

Dumbo, la rivale de Jana au Zoo d’Anvers, a été transférée en 2004 au Zoo de Rotterdam pour se faire engrosser par le mâle Alexandre. Première tentative : un enfant mort-né du nom de Siam en 1986. Elle n’en aura finalement jamais d’autre.

Comme ceux des cirques, les éléphants des zoos peuvent être aussi victimes de violence. Enchaînés le soir dans leur stalle étroite, éprouvés par le froid et l’air humide, ils sont contraints d’obéir aux ordres grâce à un système de récompenses et de punitions.
Ces bons colosses d’une force peu commune se montrent donc parfois très agressifs…
On connaît ces récits de pachydermes brutalisés un jour qui patientent cinq ans ou dix ans avant de se venger brusquement d’un soigneur distrait et de l’écraser sous leur lourde masse. C’est en ces tragiques circonstances qu’est décédé Jim Robson, un gardien du Zoo de Londres, piétiné par son éléphant le 20 octobre 2001. Ce fut aussi le sort de Darren Cockrill au Zoo de Port Lympne (février 2000) ou de Richard Hughes au Chester Zoo, huit mois plus tôt, pour ne citer que des accidents récents survenus au Royaume-Uni.

Pas plus que les dauphins, les orques ou les grands singes, les éléphants n’ont leur place dans un zoo.
Tout cet argent dépensé pour attirer les visiteurs serait bien mieux utilisé s’il était investi dans la protection « in situ » des derniers éléphants d’Afrique ou d’Asie, aujourd’hui abattus à la mitrailleuse pour leur ivoire ou transformés en clowns-mendiants devant les bordels de Bangkok.
On sait qu’il existe aux Etats Unis de vastes sanctuaires verdoyants où des éléphants rescapés des zoos peuvent enfin se baigner dans un lac – plaisir suprême chez ces êtres privés de glandes sudoripares – marcher sur l’herbe ou se rouler dans le sable chaud. On souhaiterait que de telles structures s’ouvrent en Europe mais surtout qu’une réglementation globale puisse interdire à terme la détention de tout pachyderme dans un enclos ou dans une cage.

Dumbo, Daisy, Dina. Photo Dauphins Libres 2006

2006

Le départ de Daisy et Dina

C’est ce mardi 18 avril 2006 que deux des trois dernières éléphantes du Zoo d’Anvers rejoindront leur nouvel enclos du Zoo de Maubeuge, construit sur d’anciens remparts édifiés par Vauban.
Soulevées à l’aide d’une grue, embarquées dans un container, Daisy et Dina, les deux amies inséparables, devraient trouver en France un enclos aménagé (enfin) de manière correcte pour les recevoir.
Agées toutes deux d’une trentaine d’années et désormais stériles, elles y finiront sans doute leurs mornes jours, sans enfants, sans famille, mais ensemble, ce qui n’est déjà pas si mal.

Bombay est morte faute de soins adéquats d’une infection du pied au Zoo d’Amiens, où, selon toute apparence, Jana vivrait encore, seule à en crever pourtant, mais toujours là, toujours debout.
Daisy et Dina auront-elles plus de chances qu’elle à Maubeuge ? Qui peut le dire ?
On l’espère de tout coeur, en tous cas, comme sûrement leurs anciens soigneurs du Zoo d’Anvers, qui doivent penser à elles très souvent, en écrasant une larme, ainsi que nous le montrait récemment le reportage d’une chaîne de télé néerlandophone.

2014

Daisy et Tina  sont reparties en voyage

Dina (née en 1975) et Daisy (née en 1977) étaient des éléphants de cirque. Elles ont été données au zoo d’Anvers en 1999 et sont ensuite arrivées au zoo de Maubeuge en avril 2006. Au zoo d’Anvers, elles côtoyaient trois autres éléphants et ont été dressées à recevoir des soins médicaux de base.
Arrivées à Maubeuge, Dina et Daisy ont été prises en charge par une équipe de 4 soigneurs, qui ont continué l’entraînement médical en l’améliorant quelque peu puisqu’ils sont parvenus à introduire la prise de sang à l’oreille.

Les entraînements de Dina et Daisy n’étaient pas les mêmes car ce sont deux éléphantes aux caractères très différents.
Dina est très consciencieuse, très appliquée, elle comprend vite les nouvelles consignes et nouveaux exercices et détestent être en échec, Daisy est un peu plus dissipée et n’en faisait parfois qu’à sa tête.
Ainsi, Dina était très agressive et le dressage a été basé principalement sur la confiance. résultat : une éléphants maintenant apaisée losrsqu’elle reçoit des soins et très confiante.

Le Safari Zoo de Majorque, où les éléphantes ont été transférées continuera à pratiquer l’entrainement médical.
Les éléphantes ont été transférées sans être anesthésiées, mais les soigneurs leur avaient appris à recevoir des chaines (entrainement qui a duré environ 4 mois) afin que leur transport se fasse en toute sécurité.

2005-2011
Eléphants fous sous un vent froid

Dumbo resta donc un moment l’ultime éléphante du zoo, après son escapade à Amsterdam.
En 2006, la Société Royale du Zoo d’Anvers déclara officiellement sa volonté de développer un programme de reproduction, en construisant un «espace familial» approprié pour accueillir des éléphants mâles et femelles.
Un tapis de mousse fut même installé pour la toute première fois dans le temple égyptien qui sert d’étable à éléphants, réduisant ainsi les risques d’arthrite ou d’infections des pieds.

Le 20 avril 2006, les voilà parties ! 
« C’était la foule au zoo d’Anvers pour assister, mardi matin, au départ de deux éléphants d’Asie. Les deux femelles, Dina et Daisy (5 tonnes chacune!), ont pris la route pour le zoo de Maubeuge dans d’énormes conteneurs, soulevés par une grue géante. Les deux animaux sont accompagnés par leurs soigneurs personnels, qui passeront la main à leurs collègues français après quelques jours.

Pendant quelques semaines, il ne restera qu’une éléphante à Anvers, Dumbo, qui aura tout le parc pour elle seule.
Bientôt un groupe de trois nouveaux animaux, nommés Khaing Phyo Phyo, Yu Yu Yin et May Tagu, arrivera. Il s’agit de deux éléphantes adultes, deux soeurs, et du bébé de l’une d’elles, âgé d’un an tout juste. Ce groupe viendra d’un parc animalier du sud de l’Angleterre.

En 2011, le nouveau groupe est présenté à Dumbo.
Tout se passe bien. Dauphins Libres se rend sur place.

Marchons un peu. Là-bas se situe l’enclos des éléphants.
Quelle différence avec les belles images diffusées par la presse, qui nous montraient l’arrivée de la petite May-Tegu, de sa maman et de sa marraine, toutes joyeuses !
A l’époque, nous étions persuadés que l’arrivée de cet enfant allait stabiliser le groupe, bien malmené depuis des années, privé d’eau, de sable, d’espace, coeur des conflits entre matriarches et de séparations déchirantes. Nous nous disions que désormais tout irait bien, que les éléphantes seraient plus heureuses. Le passage éclair du mâle Alexander nous avait déjà donné des doutes.
Traité comme un criminel dangereux, surveillé par des hommes munis de pistolets Taser, c’est ainsi qu’il dut remplir ses devoirs d’étalon.
Et le froid règne sur cet espace de boue…

Alexander sous haute protection

Deux éléphantes fixent la porte de leur écurie. Elles ont envie de rentrer au chaud.
May-Tegu, déjà grande, passe en toute indifférence à côté des deux folles.
L’une d’elles, Phyo Phyo, frappe sans fin avec un bout de bois ces fameuses clôtures électriques qui cernent le mouchoir de poche qui leur sert d’habitat.

Quant à l’autre, Yu Yu Yin, c’est pire encore
: elles balance frénétiquement sa trompe, avec un petit mouvement des pattes, depuis des heures, sans s’arrêter, immobilisée devant un arbre. 
Elle ne sait même plus où elle est, elle s’agite sans but ni raison comme les enfants des anciens orphelinats, atteints d’hospitalisme. Elle a perdu toute sa raison.
La zoopsychose des cirques ne l’a pas non plus épargnée.

Bébé ou pas, rarement il nous fut donné d’assister à une telle démonstration d’une aussi atroce folie.

Dumbo, à l’avant-plan devant Kai-Mook, veille sur le chagrin de sa petite famille d’adoption décimée. Ici, en 2018, juste après les décès en chaîne. Photo Dauphins Libres

2018

Dumbo veille sur les survivants

Aujourd’hui, le zoo d’Anvers n’accueille plus que de jeunes éléphants mâles pour quelques années.
Tout le groupe d’éléphantes arrivé au zoo en 2006 a été déplacé à la réserve de Planckendael, afin d’y parfaire le programme de reproduction entamé par la sociétété zoologique d’Anvers.

Kai-Mook parle au père de son enfant à travers la porte qui les sépare. Plus loin, Tun Kai toute chétifve Photo Dauphins Libres

Six ans après leur arrivée dans ce qui était annoncé comme le meilleur enclos à éléphants du monde, il ne reste plus là qu’une famille en deuil.
Dumbo, Yu Yu YinMay Tagu et sa fille SukiKai Mook et sa minuscule Tun Kai, Kanvar enfin, le mâle reproducteur, semble se regrouper comme s’ils avaient froid. Mais c’est le chagrin qui les unit.

Tant de morts déjà  et si tragiques ! 
Dumbo 
la survivante a du assister à l’agonie interminable du petit Baby Q en 2015, puis à celle de Qiyo en 2016. En 2018, Tarzen mourait. C’était le fils de Phyo-Phyo  et celle-ci ne le supporta pas. Elle fut euthanasiée en juin 2018, laissant derrière elle deux enfants éplorés – May Tagu et Kai Mook – mais la sage Dumbo qui fut sa grande amie et sa protectrice.

Dumbo apaisait beaucoup Phyo-Phyo


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