Encager l’océan : le raz de marée des delphinariums chinois

Piscine pleine de dauphins au Chimelong Ocean Kingdom

Encager l’océan : le raz de marée des delphinariums chinois

Le raz de marée des delphinariums chinois enflamme le marché noir, principalement en Russie, qui est l’unique fournisseur d’orques et de bélugas pour la Chine. Quand autant d’argent est en jeu, quand un simple animal vaut plusieurs millions de dollars, il faut s’attendre à voir surgir les criminels les plus dangereux autour d’un tel pactole.

Une enquête menée par la chaîne Al Jazeera
sur les delphinariums chinois construit pour plusieurs milliards de dollars, révèle le sort cruel des mammifères marins enfermés dans ces geôles.
La Chine possède aujourd’hui plus de 60 parcs marins, une douzaine d’autres sont en construction, et la demande  en cétacés, ours polaires et pinnipèdes n’a jamais été aussi forte. À l’aide de caméras cachées, les journalistes nous montrent des phoques confinés dans des réservoirs crasseux et des dauphins entassés dans des espaces minuscules.
Au fil de cette enquête qui a duré 2 ans, l’émission « 101 East » a visité plus de 15 delphinariums et interviewé une douzaine d’initiés. Dans un aquarium chinois, un enquêteur infiltré a découvert un congélateur rempli de carcasses de dauphins puis, lors d’une conversation enregistrée secrètement, le vétérinaire du parc explique qu’ils sont morts – «quelque  à voir avec un effort trop intense, une torsion des intestins causé par de mauvais mouvements ».

Afin de savoir d’où les aquariums chinois recevaient leurs animaux, les reporters d’Al Jazeeraa ont à nouveau fait usage de caméras cachées pour rencontrer un agent de l’industrie de la captivité qui a aidé de nombreux aquariums à trouver des mammifères marins venus du monde entier – des dauphins d’Afrique et des lamantins de Russie.
Pour amener les animaux en Chine, il suffit de corrompre les douaniers.

101 East a également découvert que de nombreux parcs emploient des travailleurs non qualifiés qui s’occupent d’animaux rares en danger d’extinction. Un responsable d’aquarium révèle ainsi qu’un nettoyeur de vitres avait failli mourir lorsqu’un béluga l’avait entraîné au fond de l’eau dans son bassin.
En commentaire de cette enquête, l’Agence Reuters a publié un article de Farah Master, à HONG KONG (Reuters), dont la traduction suit.


L’arrivée prochaine des orques à l’Ocean World fait l’objet de nombreuses publicités

Le raz de marée des delphinariums chinois enflamme le marché noir

Farah Master
HONG KONG (Reuters),

Huit bélugas sautent à l’unisson hors de l’eau bleue brillante d’une piscine couverte, frappant l’eau de leur caudale pour asperger les spectateurs ravis, qui photographient à tout va.
Des spectacles tel que celui du Chimelong Ocean Kingdom, située à Zhuhai sur la côte méridionale de la Chine, prolifèrent désormais à travers tout le pays. Les orques et les bélugas figurent parmi les cétacés capturés par un business de l’ombre souvent illégal et vendus pour des millions de dollars.

Chaque mois, de nouveaux delphinariums sont inaugurés en Chine, avec plus de 36 projets à grande échelle qui devraient être lancés dans les deux prochaines années.
Cette explosion commerciale déferle sur le pays, alors qu’aux USA et en Europe, de nombreux établissements de type finissent par fermer leur porte, devant l’opposition ou le désintérêt général du public.
«Nous avons fait de grands progrès en ce qui concerne la fermeture des parcs marins en Occident, mais la Chine se dit désormais : C’est à mon tour, maintenant, d’en profiter» se désole Ric O’Barry, fondateur du Dolphin Project.

Attisées par l’essor d’un tourisme intérieur, des sociétés telles que Haichang Ocean Park, Guangzhou R & F Properties, Dalian Shengya et Chimelong Group sont à la tête d’un secteur en croissance rapide.
Le Shanghai Ocean World de Haichang, qui doit ouvrir ses portes en novembre prochain, et l’Ocean Kingdom de Chimelong vont présenter pour la première fois des spectacles d’orques devan le public chinois.
Ric O’Barry, qui a capturé et dressé des dauphins et des orques avant de s’opposer aux delphinariums en 1970, considère que la Chine est actuellement le principal moteur de l’industrie de la captivité au niveau mondial.
Plus de 60 parcs marins opèrent déjà dans cet immense pays, depuis les aquariums géants comme le Chimelong Ocean Kingdom à des installations minuscules qui complètent généralement l’offre de grands projets immobiliers.


Chimelong, Haichang, Dalian Shengya, le groupe Zhonghong et Rizhao Ocean Park n’ont pas répondu à plusieurs demandes d’interviews.

Guangzhou R & F Properties a déclaré que son centre de villégiature prévu ne comprendrait aucun cétacé capturés à l’état sauvage, sauf s’il avait été sauvé de l’échouage ou s’ils provenait de zoos et d’aquariums réputés.
Les autorités municipales initient souvent des projets de parcs marins pour améliorer leur profil touristique et offrent à cet effet aux promoteurs de vastes terrains à des baux bon marché où construire des delphinariums.

Noble Coker, président d’Apex Parks and Entertainment Services, qui travaille avec des parcs de loisirs en Asie, raconte que les installations aquatiques ne sont souvent qu’un à-côté mineur lors d’un accord global pour acquérir des terres auprès des gouvernements municipaux.
Les développeurs bénéficient du développement et de la vente rapide de propriétés résidentielles ou commerciales, a-t-il ajouté, avec des éléments secondaires tels que les parcs marins généralement financés par les ventes de propriétés.
« Toutes les motivations des promoteurs sont à court terme, donc les impacts éthiques sur 20 ans du parc ou de l’aquarium qu’ils construisent sont rarement, voire jamais, pris en compte »

CAPTURES ILLÉGALES

Selon la China Cetacean Alliance, 872 cétacés de différentes espèces ont été capturés pour la Chine depuis 2014.
Il n’existe actuellement aucune réglementation locale ni norme internationale pour surveiller ce commerce, a reconnu Lucio Conti, vice-président d’Atlantis Sanya, une station balnéaire située dans la province tropicale de Hainan en Chine.
Il a cependant précisé qu’Atlantis travaillait avec le gouvernement chinois pour mettre en place des normes de bien-être animal, à un moment où le commerce illégal d’espèces sauvages menacées se développe de façon dramatique.
« Si vous allez voir les pêcheurs de Haïnan, ils peuvent vous procurer tout ce que vous désirez. Ils peuvent vous amener un requin baleine, ils peuvent vous vendre n’importe quelle espèce, menacée ou non, car il n’existe aucun contrôle ».

Le Ministère chinois de la Culture et du Tourisme a adressé une demande d’analyse de la situation à l’Administration nationale des forêts, chargée des questions relatives aux espèces sauvages. L’Administration nationale des forêts a soumis ces questions à l’Administration océanique de l’Etat, qui à son tour, s’est sentie obligée de saisir le Ministère des ressources naturelles. Ce ministère a renvoyé les questions au ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales, qui n’a pas encore répondu à la demande de commentaires initiale.

 

Atlantis Sanya encore en construction en 2018

De nombreux parcs marins chinois présentent des requins-baleines, des bélugas, des dauphins et des raies manta.
Mais jusqu’à ce jour, aucune orque – ce majestueux prédateur aux couleurs noires et blanches – n’a été exhibée publiquement en Chine.

Selon la CITES, au moins 13 orques russes ont été importées en Chine entre 2013 et 2016. Deux autres ont été envoyées en 2017 et d’autres encore devraient être importées cette année, selon Oxana Fedorova, responsable du Dolphin Project Russia.
La CITES n’a pas révélé les noms des entreprises impliquées.

Selon la Whale and Dolphin Conservation, le Chimelong Ocean Kingdom possède 9 orques, le Shanghai Haichang Polar Ocean World en a 4 et 2 autres se trouvent encore dans les coulisses du Wuxi Changqiao Ocean Kingdom.
La Russie, qui est l’unique fournisseur d’orques et de bélugas en Chine, a lancé en juillet dernier une enquête judiciaire sur la vente illégale de 7 épaulards. Quatre sociétés ont participé à la vente de ces orques à la Chine, selon un communiqué du bureau du procureur général russe, qui lui non plus, n’a pas voulu nommer les entreprises concernées ni la destination précises de chacune de ces orques.

En 2018, le gouvernement russe a approuvé un quota de capture de 13 orques pour l’année.
Plusieurs d’entre elles ont déjà été capturées en mer d’Okhotsk en Russie, comme l’ont révélé des militants qui ont surveillé les opérations de capture en août.
« Le problème, c’est la demande créée par la Chine », explique Oxana Fedorova, membre de l’équipe de 7 personnes qui ont été menacés, insultées et volées par les ravisseurs d’orques.
Une photographie d’Ocean Friends nous montre des containers occupés par deux orques, sur le navire russe « Jurii Shvezov ».
Un représentant de Kupets, la société propriétaire du navire, a déclaré que celle-ci se chargeait en effet du transport d’orques mais n’avait rien à voir avec la capture. Il a refusé d’en dire davantage.

Le navire russe "Jurii Shvezov"

Le navire russe « Jurii Shvezov »

Naomi Rose, spécialiste des mammifères marins au Animal Welfare Institute, considère que ces captures étaient inhumaines. Selon elle, la perspective de profits élevés continuerait d’attirer les criminels.
« Quand autant d’argent est en jeu – quand un simple animal vaut plusieurs millions de dollars – il fut s’attendre à voir surgir les criminels les plus dangereux».

Une fois en captivité dans les bassins chinois, le taux de mortalité est extrêmement élevé.
Les entreprises rachètent donc continuellement de nouveaux animaux marins.
« Les cétacés souffrent beaucoup en captivité, surtout les orques. C’est l’espèce la moins appropriée à mettre dans un bassin. Leur vraie culture, c’est l’état sauvage » estime Taison Chang, président de la Hong Kong Dolphin Conservation Society.
Les conditions d’accueil sordides et le souci du bien-être inexistant suscitent de plus en plus d’inquiétude face à la crue croissante des parcs marins.

En juin, une vidéo en ligne nous a montré par exemple une dresseuse d’Ocean World à Dalian, appliquant du rouge à lèvres rouge vif sur un béluga. Le delphinarium s’est excusé par la suite et a promis de renforcer la protection de ses animaux, à en croireles médias locaux.
Les activistes s’inquiètent aussi du fait que lorsque les plus grandes entreprises de Chine commenceront à lancer leurs spectacles d’orques, cela provoquera une nouvelle mode pour ces grands prédateurs noirs et blancs : tous les parcs du pays en voudront, même les plus petits et les moins adaptés du pays.

Peng a assisté au spectacle de bélugas à Ocean Kingdom avec sa femme et son fils.
Interrogé, il a déclaré qu’il n’avait pas réalisé que les bélugas étaient en danger et qu’il avait apprécié le spectacle.
«Ce n’est pas cruel pour eux. Ils les nourrissent et ils ne les battent pas ».

 

Beluga whales arrive at Jingzhou Xiaomeisha Aquarium

Two Russian beluga whales have arrived at the Jingzhou Xiaomeisha Aquarium. Its 'grand' opening is planned for October 1.This will be the 10th aquarium containing cetaceans to open in China in only one year.!!!!http://news.jznews.com.cn/system/2018/09/20/011945548.shtml

Posted by Activism For Life on Friday, September 21, 2018


La première « ferme à orques » s’ouvre en Chine

La Chine importe 16 dauphins de Taiji

Chimelong Ocean Kingdom, la référence en maltraitance animale