Extinction : et si les orques savaient ?



J-35 et son bébé mort le 25 juillet 2018. Photo Michael Weiss/Centre for Whale Research

Extinction : et si les orques savaient ?

Extinction : et si les orques savaient ?
En posant cette question terrible, Lori Marino fait basculer notre regard sur l’extinction des espèces animales, en cours sur toute la planète. Et si les éléphants savaient ? Et si les orangs-outans savaient ?
A la chute vertigineuse des populations d’animaux sauvages, il faudra ajouter la somme vertigineuse de leurs souffrances individuelles… 

Extinction – Et s’ils savaient?
Extinction – What if They Know?

Publié le 8 janvier 2019 sur Whale Sanctuary Project, par Lori Marino

L’été dernier, j’ai écrit un article sur nos efforts pour tenter de sauver , une orque de quatre ans, qui avait été observée malade et affamée. Scarlet faisait partie de la communauté des Orques Résidentes du Sud aux États-Unis, une population officiellement menacée, qui avait été ravagée par les captures menées par les parcs d’attractions marins dans les années 60 et 70, puis par les eaux toxiques, la pollution acoustique et le manque de nourriture.

Malgré les efforts de l’équipe de secours appelée par la NOAA, Scarlet est décédée en septembre.
Sa disparition est arrivée juste après que le monde entier ait suivi une jeune mère d’orque, Tahlequah (J-35),  qui transporta son bébé mort pendant 17 jours, avant d’enfin le laisser aller.

Nous avons tendance à penser à l’extinction en termes de populations et d’espèces. L’expérience qui m’a été donnée de participer aux efforts pour sauver un seul individu, l’une des victimes de cette extinction en cours, m’a conduit à réaliser qu’il s’agit là d’une expérience très personnelle pour ceux qui la subissent.

L’extinction, c’est tomber malade et peiner à survivre en regardant tous ceux que vous aimez subir la même agonie.
C’est à ce niveau que se vit l’extinction : dans le cœur et l’âme de chaque animal.

Tout cela s’est passé durant une année sombre où la population des orques de cette région a chuté à 74 individus seulement, soit un minimum historique depuis 35 ans.
Lors d’une déclaration inquiétante, Ken Balcomb, le directeur du Centre de recherche sur les baleines, a déclaré depuis lors qu’il cesserait de compter lorsque ce nombre tomberait à 70.

Les photos de Scotter montrent la détérioration de son état en deux ans.

Et maintenant, voici encore plus de mauvaises nouvelles.
Deux autres orques Résidentes du Sud sont à leur tour affamées et en mauvaise santé.
Les photos de Princess Angeline (J-17), âgée de 42 ans, montrent que sa nuque se creuse en «tête de cacahuète», avec une perte de graisse autour du cou, ce qui est un signe de grave famine.
Quant au jeune mâle Scoter (K-25), qui a perdu sa mère en 2017, il ne parvient pas à se nourrir.
Ces deux orques sont en si mauvais état que Ken Balcomb en est sûr : «Nous allons les perdre d’ici l’été».
Et le fait que Princess Angeline soit la matriarche de son groupe familial rend ces problèmes encore plus alarmants.

Peu de temps après avoir appris les nouvelles à propos de Princess Angelin et de Scoter, le message d’un collègue m’a fait prendre conscience de tout l’enjeu émotionnel de ce drame.
En raison des liens familiaux si étroits chez les orques, me disait-il, de leur intelligence complexe et de leur conscience précise de la situation, «chaque membre de la société prendra conscience que son tour viendra et qu’il devra souffrir ce qu’ont déjà souffert sa famille et ses amis. En d’autres termes, ces orques peuvent parfaitement comprendre qu’elles sont en train de s’éteindre.
Elles ne disposent sans doute pas de la définition exacte du terme selon le manuel de l’extinction de masse ou de la science de la diversité génétique. Mais elles sont néanmoins capables de savoir que quelque chose leur arrive à toutes et qu’à un moment donné, elles ne seront plus là »
.

Il n’y a aucun moyen de leur dire que nous essayons de les aider.
Un groupe de travail créé par le gouverneur de l’État de Washington, Jay Inslee, a recommandé de prendre immédiatement un certain nombre de mesures, de toute urgence. Nous ne savons même pas si ces suggestions seront pleinement mises en œuvre, ni si elles seront efficaces, ni si c’était assez ou simplement trop tard.

Quoi qu’il en soit, le Whale Sanctuary Project sera prêt à aider de toutes les manières possibles, comme nous l’avons fait l’été dernier pour Scarlet. Mais les intérêts commerciaux et politiques pourraient tout aussi l’emporter sur les besoins des orques.
Et finalement, avec tous les membres de notre public, nous ne pourrions qu’assister à la décision de nos autorités fédérales et centrales, de laisser disparaître sous nos yeux, une à une, les Orques Résidentes du Sud.

London Fletcher, écolier et défenseur des mammifères marins est âgé de 11 ans. C’est peut-être lui qui exprime le mieux l’urgence de la situation, quand il nous écrit :
« Il est temps de se réveiller et de sentir l’odeur de l’extinction».

Extinction – Et s’ils savaient?
Publié le 8 janvier 2019 dans Actualités par Lori Marino

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