Futo va reprendre la chasse aux dauphins comme à Taiji

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L’horreur à Port Futo en 1996

Futo va reprendre la chasse aux dauphins comme à Taiji

Comme à Taiji, le port de Futo envisage de reprendre la chasse aux dauphins.
Les uns seront destinés aux delphinariums, essentiellement chinois, et les autres finiront dans un congélateur pour justifier l’existence d’une prétendue « chasse traditionnelle ».

Futo, dans la péninsule d’Izu, traîne pourtant derrière elle le souvenir de massacres d’une cruauté insoutenable.
L’une des ces pêches menées dans son port a pu être filmée en cachette en octobre 1996. Quand les images insoutenables du massacre furent montrées à la Conférence de la CITES de juin 2000 à Adélaïde, les délégués japonais, blêmes de honte, durent quitter la salle.
Depuis lors, on met des bâches bleues pour cacher les crimes…

Le 26 août 2010, la coopérative de pêche Ito avait déjà tenu une réunion au siège de sa direction générale.
Elle y avait invité les médias à faire part de son intention de reprendre la chasse aux dauphins la saison prochaine.
La décision a été prise après qu’une grande quantité de dauphins ait découverte au large de la côte de Shirahama au début de l’été.
Cette espèce est en effet considérée comme de la vermine qui « mange tous les poissons des pêcheurs» et qui doit être détruite.
La coopérative de pêche estime également nécessaire de perpétuer les compétences des chasseurs de la chasse traditionnelle au rabattage et de l’enseigner aux jeunes générations.

D’ores et déjà, le port de Futo s’est vu attribuer un quota de 419 dauphins, dont 59 grands dauphins.
Toujours comme à Taiji, la saison de la chasse commencera le 1er septembre 2019 et se terminera le 31 mars de l’année suivante.
Ce plan est identique à celui de 2004, puisqu’il s’agit de vendre des dauphins aux aquariums, de faire de la « recherche scientifique » et de consommer la viande des cétacés au niveau local.

Futo n’a plus chassé les dauphins depuis 2005, bien que la coopérative de pêche ait annoncé chaque année qu’elle reprendrait la chasse au rabattage. En 2004, 14 grands dauphins du Pacifique ont été vendus à des delphinariums, 5 ont été tués à des fins de recherche et leur viande distribuée pour la consommation des habitants e Futo. 5 dauphins sont morts à cause du stress lors de la capture et un seul a été relaché après qu’il ait été équipé d’une balise pour connaître la localisation du « pod » auquel il appartenait, selon les informations transmises par l’activiste Sakae Hemmi, responsable de l’association Elsa Nature Conservancy.

Un dauphin traîné vivant par un camion jusqu’à la boucherie. Il sera égorgé à l’arrivée. 

Iki, Futo : premiers massacres 

Afin d’alimenter le marché de la viande de baleine en produits de substitution et de répondre aux demandes en captifs frais, une première chasse au rabattage eut lieu à Iki en 1979.
Des centaines de dauphins furent égorgés sur une plage spongieuse de sang.
L’année suivante,  un autre massacre, commandité par SeaWorld et Hardewijk, comprenait cette fois des pseudorques parmi les victimes (les malheureux . La scène fut filmée par des caméras indiscrètes et enfin, l’information circula et fit scandale au niveau international.

Tout s’arrête jusque en 1987, date à laquelle le Marine World Africa (USA) passe à son tour commande de dauphins et de pseudorques. Les prix offerts sont plus élevés et aussitôt, une nouvelle chasse est menée. Quatre-vingt dauphins sont hissés vers la plage. Quinze sont mis de côté pour le delphinarium américain, tandis qu’à quelque mètres, les autres agonisent sous le soleil en se vidant de leur sang, parfois écorchés vifs….
Depuis 87, la machine s’est emballée et de nouveaux massacres ont eu lieu à Ito, puis à Iki en 1993, à Futo en 1996, à Taiji en 1999 et ce ne sont là que les chasses connues. Les pêcheurs ont appris à se montrer discrets.

L’horreur filmée à Port Futo en 1996 

La chasse au rabattage menée au port de Futo, dans la péninsule d’Izu, a pu être filmée en cachette par l’association japonaise IKANCes images furent montrées à la Conférence de la CITES de juin 2000 à Adélaïde : les délégués japonais, blêmes de honte, durent quitter la salle. 

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Futo 1996 Images IKAN- Blue Voice

Nous sommes le 13 octobre 1996.
Les pêcheurs partent en mer. Une bonne centaine de dauphins sont repérés, isolés, rassemblés, poussés par des filets vers les rives d’une petite baie peu profonde. Une quinzaine d’hommes, équipés de combinaison de plongée et de tubas, repèrent les spécimens destinés aux deux principaux clients du jour, à savoir les delphinariums Izu-Mito Sea Paradise et Keikyu Aburatsubo Marine Park.

Ils poussent les dauphins choisis – le plus souvent, des mères et leur enfant – vers des enclos à part non loin de là, afin de les mettre à l’abri et de les livrer plus tard à leurs commanditaires. Avant cela, les nouveaux captifs, baignant dans le sang de leurs compagnons proches, devront subir une «désensibilisation» (habituation au poisson mort et à la présence de l’homme, premiers dressages,  etc. ) dont on a pu prendre également quelques images.

Quant aux autres dauphins, ils se tiennent toujours entassés dans leur nasse le long de la plage. On les y laisse jusqu’au lendemain, 14 octobre 1996 et là, l’Enfer commence…
Les cétacés sont attachés par la queue à un câble et traînés à toute vitesse sur le sable brûlant.
Des tas de corps gris empilés se forment, des alignements de dauphins allongés, couverts de poussière, peau écorchée par les cailloux. Mais toujours bien vivants, hélas, car parfois, on les voit se redresser par spasmes, les yeux fous, en piaulant leur terreur puis retombant, épuisés.
Parfois, c’est par grappes entières, à l’aide d’un camion ou d’une grue, que l’on tire les dauphins vers la terre.

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Beaucoup sont égorgés.
Ils meurent lentement, la carotide crachant de grands jets de sang sur le pêcheur qui s’éloigne, impassible. D’autres ont le cuir ou le flanc percé avec une sorte de pelle-épieu, qui les fait se tordre de souffrance. Une fois, deux fois, le pêcheur frappe puis, sans se soucier si sa victime est morte ou non, il se dirige vers d’autres corps étendus, frémissants, qui le voient venir sans pouvoir rien faire…

D’autres dauphins semblent oubliés : laissés sous le soleil, ils s’étouffent lentement sous leur propre poids. Un pêcheur passe et marche sur un alignement de ces corps : l’un des cadavres se cabre sous la botte. Cette pauvre chose vit encore !
Certaines images nous montrent l’un des membres de l’équipe de tournage tentant de convaincre l’un des pêcheurs. A côté d’eux, un dauphin agonise, sans blessure, juste échoué sur la terre.
« Qu’on lui donne au moins le coup de grâce ! » semble plaider l’un de ces témoins. Rien à faire. Pas question de perdre son temps. Le dauphin mourra là, dans quelques heures peut-être….

Pendant ce temps, marchant dans l’eau sanglante à mi-cuisse, un homme en tenue de plongeur continue le sale travail.
La mer est agitée comme en pleine tempête par les coups de caudale des dauphins pris au piège. Des gerbes d’écume rougeoyante s’élèvent. Le tueur passe nonchalamment parmi ces êtres paniqués et il égorge, il plante le pieu, sans cesse. Parfois il s’écarte pour vérifier le bon état de sa combinaison, puis il repart, tuant au hasard, sabrant dans  le tas comme on fauche les orties….
Plus loin,  maintenus sous un filet expressément enfoncé dans l’eau, d’autres dauphins se noient lentement.
Il leur faudra, à eux aussi, un long moment pour mourir…

Le bilan de cette opération : 100 dauphins capturés et ramenés vers la plage,69 massacrés et vendus en boucherie, 6 conservés vivants pour les delphinariums.

Izumi Ishii est un ancien tueur de dauphins de Futo. Il prône aujourd’hui la fin des massacres et captures.

 

Les chasses continuent
Du 29 mars au 6 avril 2001, Hardy Jones, responsable de l’organisation Blue Voice a pu visiter plusieurs villages sur la côte du Japon, dont les habitants sont sinistrement connus pour ces terribles « pêches au rabattage » (drive-hunt).
Lors de cette mission d’observation, Hardy Jones était accompagné par Sakae Fujiwara, un environnementaliste local et par une journaliste du « Sunday Mail », Annabel Heseltine. Le voyage était soutenu et financé par les organisations suivantes : In Defense of Animals, Whale and Dolphin Conservation Society et Cetacean Society International. L’association japonaise ELSA Nature Conservancy assurait l’accueil de la délégation.

Hardy Jones, (aujourd’hui décédé) qui a lutté contre les massacres de dauphins au Japon pendant plus de 20 ans, a publié un rapport complet en anglais sur la situation.
Ce document prouve non seulement de façon irréfutable la connexion entre les pêches dites « drive-hunt » telles que menées à Iki ou Port Futo et la florissante industrie des delphinariums. Mais il révèle aussi à quel point le malaise ressenti par les pêcheurs sous la pression des protestations internationales est important. Les massacres ont désormais lieu la nuit, au large, mais ne s’interrompent pas pour autant.
« La population japonaise est bien entendu hors de cause dans cette affaire » insiste Hardy Jones, « ce ne sont que quelques groupes financiers qui entretiennent ce commerce très profitable, à la demande expresse de firmes étrangères et avec l’accord de plus hautes autorités du pays ». 

Sur place, que ce soit à Taiji, Ito, Futo ou Iki, Hardy Jones a pu en effet observer en de nombreux endroits de véritables « entrepôts à dauphins », sorte d’enclos grillagés montés à la va-vite dans un recoin discret du port.
Les quelques captifs qui marinent dans ces eaux sales sont les survivants d’une précédente boucherie. Retirés de l’eau lors du massacre, jetés dans un camion puis stockés dans ces zones d’attente, ils seront finalement vendus à quelque intermédiaire véreux venu estimer leur valeur.
Un dauphin vaut aujourd’hui quelques trois mille dollars mais le prix peut varier en fonction de la qualité et surtout des chances de survie à long terme de cette « marchandise ».

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Les massacres ont temporairement cessé à Futo, mais ils continuent de plus belle à Taiji

Massacres et delphinariums 

On comprend mieux à la lumière des horreurs précédemment décrites, comment les problématiques de la conservation et de la captivité sont liées.
Les delphinariums soufflent plus que jamais sur les braises de ce marché et parmi eux les parcs marins chinois où la durée de vie d’un cétacé captif n’est jamais très longue.
L’Europe s’honorerait donc à interdire dans un premier  temps tous les delphinariums présents sur son territoire, car leur existence encourage les autres nations à pratiquer ce type de confinement d’êtres libres et conscients, présenté trop souvent comme utile à la « science » et à la « pédagogie ».


Taiji : la saison de chasse 2018-2019 est terminée 

Au Japon, les dauphins sont toujours des poissons