Globicéphales en captivité: l’histoire de Bimbo le rebelle !

Bimbo le Rebelle !

Globicéphales en captivité: l’histoire de Bimbo le rebelle !

Les globicéphales sont des cétacés très grégaires, vivant au sein de vastes tribus solidaires et joyeuses pouvant aller jusqu’à 60 individus, les globicéphales supportent mal la captivité, à supposer que quelque cétacé que soit s’en accommode jamais vraiment…

Que l’on souvienne de Bimbo, par exemple, dont l’histoire finit pourtant bien.
Déjà en possession de la femelle Bubble, les employés de Marineland, embarqués dans le Geroronimo, avaient intensifié leur recherche d’un mâle reproducteur. En rencontrer un s’est avéré être un défi plus complexe que prévu. C’est que « les mâles adultes gardent le pod et sont moins susceptibles de s’éloigner de la formation que les femelles et les enfants » selon Fred Jacobs.

Ce n’est qu’au début de la nouvelle année que Frank Brocato, ancien collectionneur d’animaux, a téléphoné aux journalistes la « bonne nouvelle », celle que le Marieneland attendaient tant : un mâle globicéphale avait été capturé le 21 janvier 1959 près de Catalina Channel, en Californie.
L’animal était bien trop grand pour rester dans les petites piscines d’acclimatation, aussi l’a-ton placé directement dans la Sea Arena. Confus par son environnement confiné, il a rapidement coulé au fond du bassin, pour ne revenir en surface que de temps en temps. Durant les neuf premiers jours, il s’est détourné de la nourriture, mais il a finalement accepté de manger du poisson mort.

« Pêché au large des côtes californiennes pour être mis au Marineland of the Pacific, Bimbo, un mâle adulte de 18  exécuta dès son arrivée toutes les acrobaties qu’on lui demandait.  Son bassin mesurait 18 mètres  de diamètre sur 6 mètres 50 de profondeur. Comme compagnon de captivité, on lui avait mis un dauphin à flancs blancs du Pacifique et un autre globicéphale femelle, Bubble. Les dresseurs et la direction du parc marin escomptèrent très vite la première naissance en captivité.
Tous leurs espoirs furent déçus. Non seulement Bimbo ne procréa pas, mais encore ses deux compagnons moururent en très peu de temps.

Dans les deux cas, Bimbo refusa de laisser les plongeurs pénétrer dans son bassin pour ôter les dépouilles de ses amis et à chaque fois il tourna en rond en tenant les cadavres par leurs nageoires. Cela dura plusieurs jours.

Bimbo refuse d’abandonner le cadavre de son amie Bubble

Le 28 mars 1962, l’un des 3 dauphins à flancs blancs du Pacifique, Debbie, qui avait partagé le bassin avec les globicéphale pendant plus de trois ans, mourut à son tour.
Pendant toute la matinée, Bimbo a porté son corps avec précaution, en le sa&isissant par la nageoire pectorale, la nageoire dorsale et la nageoire caudale. Ses yeux, normalement détendus dans les circonstances habituelles, étaient largement ouverts et montrait sa détresse émotionnelle extrême.

Les plongeurs ont essayé, deux fois, de prendre le corps du dauphin, mais Bimbo a plongé pour les éviter.
À un moment donné, il s’est auto-infligé accidentellement une abrasion de deux pieds de long sur son côté tout en essayant de les esquiver. Un fusil à harpon servait à tirer le cadavre, mais Bimbo s’en emparait en cassant facilement les lignes de nylon. On a fini par récupérer le corps en utilisant un harpon pour espadon modifié. Inutile de dire que Bimbo était bouleversé. Il se livra à une grande agitation en émettant « plusieurs pleurs stridents ».

Bibo et le corps de son amie Debbie, qu’on dut récupérer au harpon !

« Puis Bimbo refusa toute nourriture.
Sa ration journalière était normalement de 75 kilos de poissons, elle tomba à zéro. On dut le nourrir de force et lui administrer des vitamines par voie sous-cutanée. On lui donna également des tranquillisants à forte dose.

Un jour, Bimbo se remit à manger, mais jamais sa ration ne dépassa le 50% de la normale. Il avait perdu près de 450 kg.
Alors que son poids usuel était de 2250 kg. Quelques mois passèrent à peu près normalement et soudain un jour, Bimbo fut pris d’une crise de folie furieuse. Prenant son élan du fond de son bassin, il se jeta tête la première contre le hublot de verre derrière lequel se pressait une foule de visiteurs ».
Aquamer

La vitre que Bimbo fit exploser à coup de tête


Une panique générale s’ensuivit lorsque le verre explosa et que l’eau se déversa à gros bouillons sur les clients du parc.
Bimbo fut considéré comme psychotique par le Dr. M.E. Webber, un scientifique spécialisé dans la recherche sur les cétacés.
C’était la révolte de trop ! Au terme de longues tergiversations, on décida de se séparer de Bimbo en le balançant en mer depuis un hélicoptère.
Ce courageux globicéphale rebelle retrouva la liberté avec succès en août  1967 au terme de sept années de confinement.

La « réhabilitation » de Bimbo le globicéphale

Le personnel de Marineland a été bien inspiré quant au lieu de la libération de Bimbo.
Ils se sont dirigés à 22 milles en mer, près du canal de Catalina où Bimbo avait été capturé. Ils se sont même rapproché d’un groupe de globicéphales sauvages pour donner à Bimbo une chance supplémentaire de se réintégrer socialement.
«Quand on l’a mis à l’eau, il a commencé à traîner autour du bateau pendant un moment, se demandant quoi faire.» se souvient le conservateur en chef John Prescott :
« Nous l’avons libéré en plein dans un groupe de globicéphales mais il ne pouvait tout simplement pas croire qu’il était libre ! On l’a vu filer à toute vitesse en ligne droite sur 500 mètres – comme s’il cherchait un mur – puis il a sauté comme un gros dauphin, il est revenu une dernière fios puis il est parti pour de bon ! »

Bimbo fut repéré en grande forme à Santa Barbara, en Californie, par un observateur de l’US Navy en 1969.
On le revit pour la dernière fois près de San Clemente en 1974, formellement identifié sur des photographies prises par Prescott et le vétérinaire de SeaWorld, Lanny Cornell.
Bubble n’a pas eu cette chance…

Le Marineland of the Pacific, situé près de Los Angeles, fonctionna de 1954 à 1987, avant d’être racheté par le SeaWorld de San Diego. Tous les cétacés détenus y furent transférés.
Et le massacre continue, tant pour les orques, les bélugas, les dauphins de toutes espèces que pour les baleines, eh oui, les baleines grises, de Minke ou à bosse qui y séjournèrent ! Car quand on gère un complexe commercial géant, il faut voir grand et ne pas lésiner sur les attractions de chocs  !
Mais ce qui est réjouissant dans cette histoire, c’est que pour une fois, c’est le cétacé captif qui a eu le dernier mot !


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One Dolphin’s Story: Bimbo