Happy l’éléphante est-elle quelqu’un ou bien quelque chose ?



Happy l’éléphante voit passer les visiteurs au-dessus de sa tête, qui l’observent depuis leur monorail au Zoo du Bronx. Photo NHRP

Happy l’éléphante est-elle quelqu’un ou bien quelque chose ?

Happy l’éléphante est-elle « quelqu’un » ou bien « quelque chose » ?
Le 23 septembre dernier, les avocats du NonHuman Rigths Project ont comparu devant la cour du Bronx pour défendre les droits de Happy l’éléphante détenue seule au Zoo du Bronx.
Ils y ont répété, une fois encore, que le pachyderme était un « être autonome » dont la « liberté était violée » dans son sinistre enclos solitaire et ils ont réclamé son transfert dans un sanctuaire.

Mais les avocats du zoo leur ont rétorqué que Happy était une éléphante heureuse.
Elle se sentait très bien là où elle se trouvait et quant à lui accorder une «personnalité juridique» pour exiger son transfert ailleurs, ils estimaient l’idée parfaitement ridicule.
« Qu’est-ce qui vous fait penser que Happy, qui vit dans ce même zoo depuis 40 ans, pourrait survivre ailleurs?» a demandé la juge Alison Tuitt aux avocats de la plaignante à trompe.
Steven Wise, qui représentait le Non Human Rigths Project, a répondu que les conclusions de ses experts indiquaient que Happy « serait bien accueillie » par d’autres éléphants au sein d’un sanctuaire.

À l’appui du cas de Happy, six experts en éléphant ont remis au tribunal une déclaration sous serment affirmant que les éléphants sont des «êtres autonomes».
Ils partagent «de nombreuses capacités comportementales et intellectuelles avec les humains, notamment la conscience de soi, empathie, la conscience de la mort, la communication intentionnelle, l’apprentissage, la mémoire et les capacités de catégorisation « .
Les éléphants possèdent en outre le cerveau le plus important de tous les mammifères terrestres, deux fois plus gros que prévu compte tenu de la taille de leur corps, ce qui suggère une vive intelligence. Leurs cerveaux partagent également plusieurs similitudes structurelles clés avec les cerveaux humains.

Des éléphants ont été observés en train d’aider des membres de leur troupeau malades ou blessés, et lorsqu’un membre meurt, le reste du troupeau est en deuil, gardant un silence respectueux autour du corps, le protégeant des prédateurs et le couvrant parfois avec de la terre ou des feuilles. Ils disposent de moyens sophistiqués pour communiquer les uns avec les autres et de participer à la planification et à la prise de décisions collectives.
Joyce Poole, qui dirige le groupe de recherche et de conservation Elephant Voices, a écrit dans un communiqué de la Cour. “En isolement, les éléphants s’ennuient, ils deviennent déprimés et agressifs.

A ces arguments, le zoo a rétorqué que l’éléphante était déjà âgée de 48 ans, qu’elle recevait des soins attentionnés de ses gardiens et que le fait de la déplacer aujourd’hui lui causerait beaucoup de tort.
« Si le NHRP était véritablement préoccupé par la santé ou le bien-être de Happy, ils ne l’exploiteraient pas pour promouvoir leur projet d’étendre la personnalité juridique à tous les animaux ! » s’est énervé le zoo dans un communiqué.
La juge Tuitt a demandé aux deux parties de revenir devant le tribunal le mois prochain pour une nouvelle audience sur les motions restantes dans l’affaire.

Happy l’élephante est détenue en isolement complet depuis 2006 au zoo du Bronx

L’histoire de l’éléphante Happy

Happy est une femelle éléphant d’Asie née libre en forêt aux environs de 1971.
Elle était encore un bébé quand elle fut capturée, probablement en Thaïlande, avec six autres éléphanteaux probablement issus de la même famille. On l’amena ensuite aux États-Unis où elle fut vendue au prix de 800 dollars à la défunte Lion Country Safari. de Laguna Hills, en Californie. L’entreprise s’amusa à baptiser les jeunes éléphants avec les noms des sept nains de Blanche-Neige.
Sleepy mourut peu après son arrivée et la société déplaça Happy, Grumpy, Sneezy, Doc, Dopey et Bashful – Joyeux, Grincheux, Atchoum, Prof, Simplet et Timide – dans ses locaux toujours opérationnels du The Lion Country Safari à Loxahatchee, en Floride.

En 1977, les propriétaires dispersèrent leurs six éléphants dans des cirques et des zoos à travers les États-Unis.
Happy et Grumpy se retrouvèrent au zoo du Bronx (exploité par la Wildlife Conservation Society, anciennement la New York Zoological Society) pour décorer leur nouvelle attraction, le Wild Asia Monorail, nommée alors le Bengali Express Monorail.
Là-bas, en plus de les exhiber au public, le zoo obligea ses éléphants tout au long des années 1980, à faire des promenades avec des enfants sur le dos, à participer à des combats de lutte et à exécuter des tours, comme décrit par le New York Times («Les Rams de Fordham défont le Bronx, ”“ Fête de deux jours célébrant les éléphants au zoo du Bronx ”) et The New Yorker (“ Elephant Extravaganza ”).

À propos du rôle de Happy lors de ces évènements prétendument éducatifs, son dresseur expliquait :
« Happy est un éléphant plus physique que tout ce que j’ai jamais vu… La plupart des gens, quand ils dressent des éléphants, des chevaux ou quoi que ce soit, les laissent d’abord courir sans contrôle et les observent pendant des heures. Ensuite, ils peuvent déterminer quels tours ils vont pouvoir apprendre à leur éléphant. Happy, elle, court plus, elle bouge plus mais elle est aussi plus brutale. C’est la raison pour laquelle je lui ai appris tous les tours physiques: se tenir sur ses pattes arrières, s’assoir, etc… »

En 2002, le zoo du Bronx a décidé d’euthanasier Grumpy après qu’il ait attaqué deux autres éléphants captifs.
Le zoo sépara Happy de Patty et Maxine, jusqu’ici ses compagnes, et introduisit dans son enclos un jeune éléphant asiatique, Sammie pour lui servir de partenaire.

En 2005, Happy devint le premier éléphant à «réussir » le test de reconnaissance de soi dans un miroir, considéré comme un indicateur fiable de la conscience de soi (lire ci-dessous).
Bien d’autres éléphants le réussirent après elle, y compris des éléphants libres.

En 2006, le zoo du Bronx a euthanasié Sammie qui souffrait d’une insuffisance rénale.
Peu de temps après, il annonçait aussi qu’il mettrait fin à son programme d’éléphants captifs une fois qu’un ou plusieurs éléphants seraient morts: « Il serait inhumain de maintenir un seul éléphant au zoo. »

Depuis 2006, afin de protéger Happy des autres éléphants, «l’éléphante le plus solitaire du zoo du Bronx» a vécu seule, exposée au regard des visiteurs qui passent en monorail, dans un enclos extérieur où elle n’a pas toujours accès.   
Selon le New York Post, « Happy passe la majeure partie de son temps à l’intérieur, dans une grande étable bordée de cages à éléphants, qui fait environ deux fois la longueur du corps de l’animal. Le public ne voit jamais cela »

En 2017, un diagnostic de tuberculose avait été posé pour Patty et son traitement médical complaisamment filmé dans un épisode d’Animal Planet.
Selon le zoo, « tous les tests hebdomadaires ultérieurs que nous avons effectués avec Patty n’ont révélé aucune présence de la bactérie tuberculeuse … Nos deux autres éléphants, Happy et Maxine, sont examinés tous les trois mois et n’ont jamais été testés positifs pour la tuberculose. »

En novembre 2018, Maxine est morte, laissant Patty et Happy seules au zoo.
Surtout Happy, d’ailleurs, qui est détenue en isolement complet depuis 2006. Le zoo du Bronx refuse de se conformer aux exigences minimales de l’Association des Zoos et Aquariums, stipulant qu’il y ait au moins trois éléphants vivant ensemble dans un enclos.
Aujourd’hui, les deux derniers éléphants du zoo du Bronx se partagent un peu plus de 4000 mètres carrés d’espace extérieur mais sont contraintes de l’utiliser à tour de rôle, et seulement lorsque le temps le permet.
La plupart de leur temps, elles restent confinées à l’intérieur.

En janvier 2019, l’In Defense of Animals a placé le zoo du Bronx n ° 1 sur sa liste des 10 plus mauvais zoos pour les éléphants au monde , car il a refusé de permettre à Happy et Patty de finir leurs jours dans un sanctuaire.

Le test du miroir

Ce n’est pas la première fois que Happy fait les gros titres de la presse internationale.
En 2005, trois psychologues américains ont placé un miroir géant à l’intérieur de l’enceinte à éléphants du zoo du Bronx. Pendant les deux premiers jours, Happy a passé beaucoup de temps à renifler le miroir et à le toucher avec sa trompe. Elle agitait la tête d’un côté à l’autre et apportait sa nourriture devant le miroir pour se regarder manger.
Le troisième jour, les chercheurs ont peint une grande croix blanche sur son front. Happy est venue examiner son reflet et toucha à plusieurs reprises la croix avec sa trompe, comme quelqu’un qui remarque une tache d’encre persistante sur sa joue et tente de l’effacer. Grâce à cela, Happy est devenu le premier éléphant à réussir le test de reconnaissance de soi dans le miroir.

Jusque-là, on pensait que seuls les humains, les chimpanzés et les dauphins étaient capables de reconnaître leur propre reflet. Cette capacité, que la plupart des humains acquièrent entre 18 mois et deux ans, serait liée à des compétences cognitives, sociales et affectives cruciales, telles que la conscience de soi, l’introspection et l’empathie.

Happy s’est reconnue dans le miroir géant

Le test du miroir fait partie d’un ensemble plus vaste de recherches, menées au cours des dernières décennies, suggérant que la vie interne de certains animaux pourrait être plus proche de la nôtre que nous ne l’avions jamais imaginée.
On croyait autrefois que l’esprit humain était complètement différent de celui des autres espèces, mais il semble maintenant plus probable que nous trouvons sur un point précis d’un large éventail cognitif.
De nombreuses caractéristiques émotionnelles auparavant considérées uniquement comme humaines se retrouvent également dans le monde animal. Nous découvrons peu à peu de quoi les animaux sont capables et les résultats sont souvent étonnants: les abeilles et les guêpes peuvent reconnaître les visages humains; les poulpes utilisent des outils; Les perroquets gris amassent un vocabulaire de centaines de mots.

La loi, hélas, reste sourde aux progrès de la science.
Chaque entité est soit une personne, dotée des droits, soit une chose. Le Nonhuman Rights Project affirme que la distinction juridique entre l’homme et toutes les autres espèces n’a plus aucun sens: un chimpanzé ou un éléphant n’est certes pas en mesure de voter ou d’occuper un emploi, mais peut-on continuer à dire que des créatures aussi intelligentes et conscientes d’elles-mêmes sont des « choses »?

Dumbo, à l’avant-plan, a connu elle aussi une longue vie de misère et de deuils, y compris dans son vaste enclos du Zoo de Planckedael. Mais qui oserait dire en Europe qu’elle est une « personne » à part entière ? Photo @DauphinsLibres

PETITION POUR HAPPY

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