Iris et Ivo, maîtres de la piscine ?

Visite du samedi 15 juillet 2000

Photo J.P.Von der Becke Juillet 2000

Iris et Ivo se retrouvent à deux, comme autrefois

 

Une promesse non-tenue

En juin dernier, le Directeur du Zoo de Duisburg, le Dr Reinhart Frese, nous avait adressé un rectificatif à propos de la delphine Iris, s’étonnant de ce que nous ayons pu la voir dans son petit bassin alors qu’elle était dans un autre. La photo publiée ci-dessous n’est pourtant pas le fruit d’une illusion, mais il semble en effet qu’elle date du mois de janvier plutôt que du mois de mars. Le Dr Frese suggérait à cette occasion que nous entamions un dialogue moins
passionnel et plus constructif afin que de semblables erreurs n’adviennent plus.

Phot.JP Von der Becke

Fort de cette ouverture, nous lui avons donc proposé une première rencontre dans son delphinarium en date du samedi 15 juillet 2000, afin qu’il nous explique comment son équipe prenait soin des cétacés captifs et de quelle manière les femelles enceintes vivaient leur grossesse.

Le jour dit, il n’y avait malheureusement personne pour nous recevoir (à savoir : Y.Godefroid et J.P.Von der Becke) à l’exception de quelques « dolphin trainers » particulièrement grognons et fort soucieux de nous faire quitter la salle. Dans ce contexte de non-collaboration, il est clair que nous ne pouvons garantir aux lecteurs de ce site l’exactitude absolue de nos informations.
Et puisque le nouveau site du Zoo de Duisburg est également muet sur l’état de santé de ses cétacés captifs, nous ne pouvons qu’inviter le Dr Frese à nous donner sa version des faits s’il l’estime nécessaire.

Retour à la case départ

La première chose qui frappe, en pénétrant dans l’amphithéâtre du delphinarium, c’est le vide du grand bassin central, dont le fond a été fraîchement repeint de plaques vertes, pour imiter les algues. Au premier regard, il n’y a plus que trois dauphins : Iris, Ivo et la petite Daisy, la fille cadette du défunt Play Boy et de sa compagne
Pepina.
Les deux anciens dauphins d’Anvers occupent désormais tout l’espace : cette piscine est devenue la leur, ils s’y retrouvent à deux, côte à côte, comme autrefois.

Iris et Ivo : petit bizou pendant un break

 

Après avoir éliminé tous ses concurrents mâles, Ivo assure désormais quasi-seul la totalité du show.
Son attitude est bien celle d’un gagnant : il se permet de quitter le show en plein milieu, pour se poster devant la grille du bassin annexe (invisible aux spectateurs) malgré les appels désespérés de sa soigneuse.
Puis il revient, indolent, et ne se donne même pas le peine de toucher vraiment du rostre le ballon rouge suspendu au plafond, se contentant d’esquisser le saut.
Sa santé semble bonne mais la couleur de sa peau devient curieuse : tachetée de marbrures grises, sombres ou clair.

Photo J.P.Von der Becke Juillet 2000

Ivo dans une attitude typique, apprise au Zoo d’Anvers

 

Iris, plus lourde et plus indolente encore que son fils, n’en est pas moins relativement active. Après ces deux années d’immobilité quasi absolue, on ne peut que se réjouir de la revoir en train de sauter, de bouger, de plonger dans un espace plus profond et plus vaste que celui du delphinarium du Zoo d’Anvers.

Photo J.P.Von der Becke Juillet 2000

Iris nageant le long de la vitre

En revanche, la présence d’une large tache noire sur son dos, en avant de l’aileron et à l’arrière de l’évent, paraît préoccupante. Les jeunes personnes chargées du show n’ont pas pu nous expliquer l’origine de cette trace. Coup, bleu, blessure, irritation cutanée ?
Selon le Dr Gérard Lippert (Delphus), il pourrait éventuellement s’agir d’un excès d’ozone dans le sang; qui viendrait
sensibiliser à l’excès le pourtour de l’évent. On sait en effet que le Zoo n’utilise pas de chlore pour purifier les eaux du basin, mais bien de l’ozone dilué.
A noter également que la nageoire latérale droite de Iris semble avoir fait l’objet de soins médicaux récents, puisqu’on y devine une sorte de cataplasme blanc.

La petite Daisy, qui est née au Zoo en 1996, ne participe guère au show. Elle se contente de bondir avec fougue dans la minuscule piscine latérale dans laquelle Iris a croupi durant deux ans. Plus aucune barrière ne distingue ces bassins mais la jeune delphine semble plus à son aise en retrait.

Quant à Pepina (capturée en mer en 1980) et sa fille Delphy (née au Zoo en 1992), toutes deux seraient enceintes des oeœuvres d’Ivo mais nous n’en savons pas beaucoup plus. Aucune nouvelle. Aucun moyen de savoir comment elles vont ni à quel stade de la grossesse l’une et l’autre se trouvent. Est-ce Daisy, finalement, qui attend un bébé ou du défunt Delphy ? Le Zoo ne fournissant aucune explication, aucun nom, aucune date, il est très malaisé de suivre ces grossesses.

Ce qui est certain, c’est que l’accouchement de la plus jeune risque d’être difficile, du fait qu’elle est à peine nubile et qu’en mer, une femelle de cet âge ne tomberait pas enceinte. En outre, après les morts successives du nouveau-né d’Iris (avril 2000), du mâle dominant Play Boy (mars 2000) et de son fils Duphi (janvier 2000), on conçoit aisément que le Zoo de Duisburg se montre plutôt discret et très prudent dans ses effets d’annonce.

Le bélouga et le marsouin

Mais le plus choquant, sans doute, c’est le show du bélouga et du dauphin de Dall (Jacobita dolphin) réunis dans le même bassin minuscule et vétuste, à quelques pas du delphinarium.
La piscine se trouve en plein air, sous la protection d’un auvent de toile maintenu par des câbles.
On a peine à imaginer que deux bélougas et deux dauphins de Dall ont pu partager cet espace minuscule pendant plusieurs années. Aujourd’hui, ils ne sont plus que deux : Ferdinand et Yogi, la grosse baleine blanche et le dauphin couleur pie.

Photo J.P.Von der Becke Juillet 2000

Un bassin vétuste et minuscule

Egarée dans la Mer du Nord en 1966, Mobby, la compagne de Ferdinand, a été attrapée dans l’estuaire du Rhin.
Ferdinand, lui, fut capturé lors d’une expédition organisée tout spécialement pour le Zoo de Duisburg, au Canada. Des eskimos et des indiens Creek ont participé à cette « capture sans filet » en chevauchant, dit-on, l’animal comme dans un western. Mobby est morte il y a deux ans. Ferdinand se retrouve donc seul et c’est pour éviter qu’il ne bascule dans la folie, qu’on a laissé près de lui Yogi, le petit dauphin de Dall.

Le show est conduit à l’ancienne : petite barque pour tirer quatre enfants, « dialogue » avec le bélouga qui comme on sait, dispose d’un arsenal de sons absolument inouïs qu’il produit par l’évent et mise en place d’une corde par le grand cétacé afin de permettre au petit dauphin d’exécuter son unique tour : sauter au-dessus !
Le clou du spectacle ?
Le trainer plonge sa tête toute entière dans la bouche du « grand monstre blanc ». Frissons garantis sur tous les gradins, puisque ici les spectateurs ignorent tout de la vraie vie des baleines blanches, de leurs chants de canaris sous les mers et surtout de leur gentillesse proverbiale.

Photo J.P.Von der Becke Juillet 2000

Le monstre dompté !

Il serait peut-être temps que les grandes organisations de défense des cétacés s’émeuvent de la situation de ces deux cétacés.
En principe, dans les Zoos, une règle universelle veut qu’on ne mette jamais deux espèces différentes dans une même cage. Pas de macaques avec des chimpanzés, pas de chats avec des lions, et en principe, pas de dauphins avec des orques.
Même les plus chauds partisans de la captivité reconnaissent que les cétacés deviennent malheureux dès que
leur groupe social tombe en dessous de cinq et que, de toutes les manières, ils ne doivent jamais être seuls.
On pourrait d’ailleurs en dire autant des deux dauphins de rivière, atrocement isolés dans une boîte métallique rouillée sans lumière…

Conclusion

Iris et Ivo sont la preuve vivante que ces fameux transferts de bassin à bassin tant vanté en leur temps par l’EAZA et M. Frédéric Daman, l’ex-directeur du Zoo d’Anvers, génèrent de véritables drames au sein des dauphins réunis tant bien que mal.

Que s’est-il passé dans l’esprit de Play Boy et de Duphi, son fils, quand les deux intrus d’Anvers ont débarqué ? Quels combats, quelles exclusions, quelles humiliations secrètes et répétées ont amené ces deux dauphins à
mourir pour laisser de la place à un Ivo réputé « difficile » – c’est-à-dire violent – mais surtout avide de vivre après ses terribles années d’isolement à Anvers ?
Venaient-ils seulement des mêmes mers ? Iris et Ivo ont été capturés dans le Golfe de Mexique mais qu’en était-il de PlayBoy ou de Pepina ?
On notera quel nouveau site du Zoo de Duisburg, s’il nous donne volontiers le menu des dauphins, se garde bien d’évoquer ces questions et fait l’impasse sur toutes les morts advenues.

Il n’y a pas de bonheur stable pour les dauphins captifs.
Et pour nous, définitivement, il n’y a pas de solution autre que de remettre sur pied des procédures massives de réhabilitation. Il est également urgent que soit relancé le projet de «lagons de retraite» pour dauphins fatigués ayant beaucoup servis, comme le prévoyait initialement l’organisation française le Monde de Gaïa à Port Saint Père
puis sur une île en Méditerranée. Même les delphinariums devraient admettre cela.

Duisburg Zoo Director
Dr Frese
Mülheimerstrasse 273
47058 Duisburg
Tel 0049 203/305590
Fax /3055922
Site Web :  http://www.zoo-duisburg.de/
E-mail : info@zoo-duisburg.de

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