Keiko, l’orque captive qui mourut libre

Keiko en pleine mer au mois de juillet.

Keiko, l’orque captive qui mourut libre

Après des années d’une captivité insensée au fond de bassins minuscules, Keiko a pu nager une dernière fois dans l’océan avant de mourir…
Juste un moment. A peine deux ans…
Mais l’on imagine néanmoins tout le bonheur que notre orque a du ressentir en traversant ces étendues d’eau presque infinies, en plongeant dans ces profondeurs obscures au beau milieu de l’Atlantique immense auquel on l’avait arraché brutalement quand il n’était encore qu’un bébé…
En cela, l’opération « Free Willy » fut un succès. Keiko n’est pas mort prisonnier. Car s’il l’avait été, tout le monde aurait déjà oublié son nom, parmi les 160 autres orques décédées en silence.


 7/9/02
Keiko est isolé dans le fjord de Skaalvik


6/9/02
Keiko menacé de mort !


Keiko vient de mourir !


Keiko est mort en liberté
Jean Michel Cousteau


L’Odyssée de Keiko : quelques points essentiels


 Keiko a été enterré sous la neige


8 janvier 2004
Les enfants rendent un dernier hommage à Keiko


Message de Mark Berman, un ami de Keiko


Keiko et les enfants de Norvège


Un mémorial funéraire  pour Keiko

Une petite fille sur la tombe de Keiko

Des centaines d’écoliers norvégiens ont rendu un ultime hommage à l’orque Keiko ce jeudi 8 janvier 2004, en élevant en son honneur un monticule de pierres créé par-dessus sa tombe.

La star de Hollywod, la vedette du film « Free Willy », est morte le 12 décembre dernier d’une pneumonie fulgurante dans la petite baie isolée de Taknes, où elle avait été placée en 2002, au terme de son fantastique voyage au travers de l’Altantique nord, depuis l’Islande jusqu’en Norvège.
« Ce fut une belle cérémonie. Le public était très nombreux, près de 300 enfants et quelques adultes » a raconté Thorbjorg Valdis Kristjansdottir, un biologiste marin qui faisait partie de l’équipe chargée de la réhabilitation de Keiko.

Beaucoup d’enfants sanglotaient en posant leur pierre, car Keiko restera pour eux, et pour nous tous, le symbole même des souffrances qu’endurent les cétacés captifs, chaque jour, dans le monde entier.

L’orque avait été enterrée dans un pâturage à quelques mètres de l’endroit où elle est morte seule, au pied du petit embarcadère. Son inhumation avait eu lieu sous la neige et la nuit, très discrètement, à l’écart des médias.

Les enfants, provenant pour la plupart des écoles du village de Halsa, sur la côte occidentale de la Norvège, ont déposé pierre après pierre sur la tombe du géant bien-aimé, afin d’élever un « monticule funéraire » ou « cairn », dans l’esprit des traditions pré-chrétiennes scandinaves.

 

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15/12/03

Keiko a été enterré sous la neige

Le corps de Keiko près de l’embarcadère humain où il mourut seul

Keiko a été enterré ce lundi matin au bord de la petit baie norvégienne de Taknes, sous une épaisse tempête de neige qui a presque aussitôt recouvert sa tombe.
Huit personnes étaient présentes auprès du corps du grand cétacé et de l’excavatrice qui creusa la terre gelée durant trois longues heures.
Même si aucune cérémonie particulière n’a été organisée :
«C’était comme si nous mettions un ami en terre » a reconnu l’un des participants.
Parmi eux, la petite équipe de la Keiko Foundation qui accompagnait Keiko depuis des années et souhaitait avant tout que celui-ci soit enseveli au plus vite, afin que chacun conserve une belle image de cet être joyeux, bon et doux.

La ville de Halsa, où Keiko est venu se reposer après sa merveilleuse escapade à travers l’Atlantique, construira fort probablement un monument en la mémoire de celui qui fut si cher au coeur de tous les enfants du monde et des petits Norvégiens en particulier.

Notons que l’une de plus belles choses que Keiko ait pu apporter au monde humain cruel et violent dans lequel nous vivons, c’est que la planète toute entière soit avertie de la mort d’un non-humain et puisse pleurer sa mort comme s’il était un humain.

Au-delà du drame individuel que représente la vie de cette orque, c’est toute l’image des cétacés qui bascule : on les traitait naguère de «baleines tueuses», on les chasse encore aujourd’hui comme du gibier ou on les élève en batterie comme du bétail, mais chacun sait désormais au fond de lui-même qu’une orque, c’est une personne à part entière, avec toute sa richesse intellectuelle, morale et affective.

Et rien que pour cela, Keiko, nous pouvons te remercier…

Photo extraite de "Mind in the Waters" de Joan Mc Intyre

Orque bombardée. Photo extraite de « Mind in the Waters » de Joan Mc Intyre

Entre cette orque que l’on bombarde pour « protéger les poissons » et l’enterrement de notre ami Keiko,
un profonde évolution s’est opérée dans l’esprit du petit singe humain.
Espérons qu’elle se poursuive dans le même sens à l’avenir..

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Message d’un proche de Keiko 

Mes chers amis,

Keiko continuera à vivre dans les coeurs et les esprits de beaucoup d’entre nous.
Je peux dire, rien qu’en lisant les e-mails que je reçois tous les jours, à quel point cette orque a touché mais aussi enseigné presque toute une génération d’enfants qui sont aujourd’hui devenus des adultes. A cet égard, la Free Willy Keiko Foundation sera toujours présente pour perpétuer l’esprit de Keiko et venir en aide aux autres orques qui n’ont pas eu sa chance.

J’étais là lorsque Keiko, libéré de son enclos mexicain, est arrivé en Orégon.
J’étais là en Islande lorsque l’avion l’a débarqué et j’ai vu de mes propres yeux Keiko frapper l’eau de sa caudale en signe de joie à l’instant où il a retrouvé ses eaux natales.

J’ai eu le bonheur de voir Keiko nager en plein océan, depuis l’Islande jusqu’en en Norvège, en octobre de l’année passée.
J’ai eu la chance de faire partie de sa vie et de ressentir avec lui ses joies et ses tristesses.
Il faut plus que jamais continuer ce combat et se souvenir des soeurs et les frères de Keiko, encore et  toujours confinés dans ces bassins-prisons qui n’ont pour seule raison d’être que le Dollar Tout Puissant..

Merci à tous,

Mark Berman

Assistant Director
International Marine Mammal Project of Earth Island Institute

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12 décembre 2003

Keiko vient de mourir !

« Bonjour à tous,

C’est une bien triste nouvelle que je dois vous annoncer ce matin : Keiko est mort hier soir, probablement d’une infection pulmonaire suraigüe selon le Dr Cornell, le vétérinaire chargé de suivre son état de santé (ce type d’infection est fréquent chez les cétacés sauvages comme les cétacés captifs).
Jusqu’à avant-hier, rien ne laissait présager ce qui allait arriver.
Keiko ne présentait aucun symptôme inquiétant, son appétit était conservé et les test sanguins effectués cette semaine n’avaient révélé aucune anomalie.

Hier matin, Keiko semblait léthargique et refusait de manger. Son comportement s’est détérioré tout au long de la journée et malgré les efforts de l’équipe soignante, Keiko s’est échoué et est mort hier en début de soirée.
Les critiques commencent déjà à s’élever en disant qu’il n’aurait pas subi ce sort s’il était resté en captivité. Bien évidemment, ces critiques sont proférées par les gérants de l’industrie des delphinariums.

Keiko était à 27 ans le deuxième orque mâle le plus âgé à avoir survécu en captivité.
Depuis sa réhabilitation en Islande puis en Norvège (rappelons que malgré tout ce qu’on a pu entendre, Keiko s’est bien nourri tout seul durant son long périple entre les deux pays) il avait retrouvé une excellente forme physique et d’après l’équipe soignante une excellente forme « psychologique ».

Pour ma part, je reste intimement persuadé que même si des erreurs ont certainement été commises dans son processus de réhabilitation,  cette opération aura été quelque part une réussite, puisqu’elle aura permis à cette orque d’avoir une fin de vie plus digne et j’en suis convaincu plus heureuse, que celle que les hommes lui avaient destiné entre des murs de béton.

Repose en paix Keiko ».

Franck Dupraz
Réseau Cétacés

 

 

Keiko en Norvège en septembre 2002.

Privé du contact avec les enfants, Keiko s’et-il laissé mourir ? Keiko en Norvège en septembre 2002.

Aujourd’hui, la seule chose utile qui nous puissions faire, c’est penser très fort à notre ami Keiko, à notre bon et doux « Free Willy » et lui souhaiter le plus merveilleux des voyages dans le grand Océan de Lumière…
C’est aussi continuer à nous battre pour que Lolita, Corky, Luna et les autres puissent un jour ressentir ce que Keiko a vécu et bien plus encore…
Adieu, Keiko… Nous t’aimions tant !

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 Keiko et les enfants de Norvège

19 Septembre 2002


Plusieurs communes norvégiennes réclament aujourd’hui
le droit et le plaisir d’héberger l’orque Keiko pour l’hiver.
La Norvège, cet ultime pays d’Europe qui persiste encore à chasser la baleine, est en train de tomber amoureux d’un simple cétacé ! Aujourd’hui, tout le monde se bat pour avoir le privilège d’héberger l’orque Keiko pendant son hivernage.

Le village de Halsa, qui compte 1.750 habitants, a désormais adopté le slogan : « Faites comme Keiko : choisissez Halsa. »
L’équipe américaine qui prend soin de Keiko envisage à présent de l’amener un peu plus au nord, dans le fjord de Tysfjord, si du moins les autorités nationales et locales le permettent.
Tysfjord est situé à environ 180 kilomètres au-delà du cercle arctique, non loin des îles Lofoten. Détail piquant : cette zone constitue le cœur même du territoire de chasse à baleine des pêcheurs norvégiens !
Là-bas, les poissons abondent et près de 600 orques sauvages y résident. Keiko ne perdrait donc pas le contact avec son peuple, même si ces tribus libres lui sont naturellement étrangères.
Aucune réponse n’a encore été reçue de la part des autorités norvégiennes quant à ce plan de bataille pour l’hiver de Keiko !
En attendant, tout va bien : Keiko pète de santé et son humeur est excellente !


 

Keiko est isolé dans le fjord de Skaalvik

7/9/02

Roen, le chef vétérinaire des communes de Moere et Romsdal (Norvège), où se trouve Keiko, a déclaré qu’une interdiction totale d’approcher Keiko avait été décrété vendredi en prévision du week-end qui s’annonçait.  Des milliers de visiteurs étaient attendus, perspective qui ne plaisait guère aux autorités locales.
Aujourd’hui, Keiko ne peut plus être approché à moins de 50 mètres.

Comment va-t-il réagir à cet isolement brusque ? Les pires craintes sont permises, car Keiko risque d’errer de port en port et d’y être chaque fois un peu plus mal reçu. Rappelons que des années 50 aux années 60, les Norvégiens ont massacré plus de 1.700 orques qui passaient dans leurs eaux. L’équipe de soins dévolue à notre orque envisage de toutes façons de l’attirer avant l’hiver hors du petit fjord et de le ramener vers le large.

Que se passe-t-il dans la tête de Keiko aujourd’hui ? Personne ne le sait vraiment. Mais nous savons en revanche que les orques mâles sont des créatures fortes et volontaires, qui décident de leur vie en toute indépendance. Keiko sait ce qu’il fait.
A nous d’accepter ses choix, désormais, même s’ils nous paraissent parfois bien étranges.


Keiko menacé de mort !

6/9/02

Ce vendredi 6 septembre, au terme de plus de vingt ans de captivité et de deux mois de pure liberté, l’orque Keiko batifole toujours dans son petit port en Norvège où il joue avec les enfants, se gratte le dos contre les coques des bateaux de plaisance, fait toutes sortes de bêtises et reçoit du poisson. Vu sa taille, on commence pourtant à craindre qu’il ne manque de nourriture. Keiko devrait absolument repartir en mer pour chasser.

« Keiko doit être abattu », affirment aujourd’hui certaines autorités Norvégiennes, pour lesquels dauphins et autres cétacés ne sont que des pièces de viande comestibles.
Le prétexte est que l’orque mettrait en danger les enfants, rendraient la vie impossible aux éleveurs de saumons et que le plus grand « jouet de bain de tous les temps » souffrirait lui-même de sa liberté nouvellement acquise et n’y pourrait survivre.
La vraie raison est qu’il n’est pas souhaitable que les enfants norvégiens se mettent à aimer leur beef-steak.
Aucun delphinarium n’existe en Norvège car cela équivaudrait à produire chez nous des spectacles de vaches ou de cochons savants.
Keiko tombe donc plutôt mal à propos pour le dernier pays du continent européen qui persiste encore à massacrer  les mammifères marins les plus intelligents et les plus cultivés de tout le monde animal.
Pour rappel, la Russie et le Japon sont les deux derniers autres pays qui chassent encore les baleines.

Il semble que dès le départ, ce soient des cris d’enfants qui ont attiré Keiko vers un bateau de pêcheurs, à bord duquel ceux-ci se trouvaient et que ce soit ce bateau qui l’ait amené ensuite vers les rivages de la Norvège.
Cruelle ironie de l’histoire, que soulignait d’ailleurs tout récemment Paul Watson  (Sea Shepherd) : ce sont les enfants les plus grands fans de Keiko, ce sont eux qui ont été toute sa vie ses principaux spectateurs et c’est pour eux, sans doute, qu’il vient de perdre une nouvelle fois sa liberté.
Keiko et les enfants : c’était vraiment une histoire d’amour finalement…

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3/9/02
Keiko chez les enfants de Skaalvik

Keiko en Norvège en septembre 2002.

Près de 60 jours après que Keiko ait quitté cet été son enclos planté en mer d’Islande et soit parti en pleine mer pour de longues expéditions aux côtés d’autres orques sauvages, des observations menées à distance ont permis d’affirmer, au fur et à mesure de ses déplacements, que notre ami était toujours en parfaite santé. De nombreuses photos et vidéos en attestent, prouvant qu’il s’est nourri par lui-même en pêchant ses propres poissons tout au long de ces deux mois passés au beau milieu de l’Atlantique Nord.

Le Docteur Lanny Cornell, le principal vétérinaire de Keiko depuis des années et qui connaît les orques comme personne, est formel sur ce point : « J’ai regardé les photos les plus récentes de Keiko et je pense qu’il va très bien !  Après ces 60 jours en plein océan et au terme d’une course de plus d’un millier de miles marins, Keiko dispose de toutes ses forces et n’a pas perdu de poids. Il est clair qu’il a appris à se nourrir seul « 

L’escapade de Keiko dans l’Atlantique Nord a commencé le 29 juillet, lorsqu’il a été aperçu une dernière fois en compagnie d’une bande de cétacés sauvages (orques, dauphins et baleines) qui se déplaçait vers l’Est en s’éloignant des côtes de l’Islande.
Au cours des semaines suivantes, une balise satellite a permis de suivre de manière continue tous ses déplacements et d’attester que Keiko plongeait parfois jusqu’à 50 mètres de profondeur – ce qui devait le changer un peu des misérables « six mètres de fond » alloués à la plupart des orques et dauphins captifs, dans le meilleur des cas….

Ce 3 septembre 2002, pourtant, le merveilleux retour de Keiko à une vie digne et normale a subi un léger revers.
Notre ami a en effet eu la mauvaise idée de suivre un bateau de pêche où se trouvaient des enfants. Ceux-ci l’ont appelé, il a suivi le bateau et s’est installé au beau milieu d’un petit port de pêche en Norvège du nom de Skaalvik.
Aussitôt, la population locale s’est mis à le nourrir frénétiquement à grands coups de maquereaux. D’autres enfants sont descendus dans l’eau pour grimper sur son dos. Keiko leur fait des shows gratuits, ivre d’affection humaine et de caresses…

Les initiateurs du Projet Keiko se trouvent bien évidemment sur place et tentent aujourd’hui de convaincre la population locale de rester à distance de l’orque ex-captive. Ils supposent, sans doute à raison, qu’il ne s’agit là que d’une petite étape sur la route de Keiko et que ce dernier ne tardera pas à repartir en pleine mer vers d’autres aventures, car sa soif de découvrir le monde doit de toutes façons être énorme !

Il n’empêche que ce comportement pose question et suscite d’ores et déjà une explosion de commentaires enthousiastes de la part de l’Industrie de la Captivité et de la Grande Presse à sa solde : Keiko serait incapable de vivre sans ses « amis » humains, il faudrait le ramener en bassin, c’est la preuve que toute réhabilitation est vouée à l’échec, et que tout cela coûte très cher, etc., etc.

Assertions fausses, bien sûr : Keiko vient précisément de nous prouver qu’il est capable de se nourrir et de vivre de manière autonome en pleine mer avec l’aide de ses amis orques et qu’en plus, il y prend grand plaisir !
Mais aussi, il nous raconte que tant d’années de captivité ne s’oublient pas en un jour. Arraché à sa mère en 1979, alors qu’i n’était âgé que de deux ans et qu’il était à
peine sevré, Keiko était dès le départ un très mauvais candidat à la réhabilitation. Il n’a jamais pu recevoir une éducation complète auprès de sa fratrie et l’essentiel de sa vie d’adulte s’est passée en compagnie des humains.
Son identité sociale est inexistante au sein des nations orques : plus personne ne sait d’où il sort ni à quel clan il appartient.
C’est pourquoi les interactions avec ses semblables ont été si longues et difficiles.
Près de trois ans passés dans une « sea pen » en Mer d’Islande avant d’entrer enfin en contact verbal avec des tribus libres apparentées à la sienne et pour se décider enfin à les accompagner !

Il faut bien se rendre compte que la solidarité d’un groupe est indispensable à la survie de Keiko.
Sans une compagnie de grands mâles autour de lui, sans le soutien d’une matriarche, Keiko ne saurait chasser efficacement ni draguer des femelles ni simplement s’inscrire dans un champ social défini qui lui conférerait une véritable identité aux yeux des autres orques.
Tout le problème est de savoir aujourd’hui si Keiko pourra s’intégrer si tard dans son existence à ce genre d’associations, lesquelles, hélas, se créent le plus souvent dès l’adolescence.

Sans doute Keiko est-il également victime d’un phénomène bien connu chez l’homme et nombre d’animaux captifs, à savoir « l’institutionnalisation » – ou « syndrome de Stockholm ».
Au bout d’un certain nombre d’années d’emprisonnement, l’individu devient peu à peu incapable de se détacher de ses geôliers et agit souvent en sorte de se faire replacer en cellule, tant le monde libre lui semble insupportable.
Mais on peut voir les choses autrement : aux yeux de certains observateurs, notre orque représenterait une sorte de nouvelle génération parmi les animaux sauvages, un véritable ambassadeur à la jonction de deux mondes conscients, celui des cétacés et celui
des humains, espèces dont, rappelons-le, les capacités cognitives sont à tout le moins équivalentes.

Keiko est désormais capable d’aller de l’un à l’autre et de se sentir aussi à l’aise avec nous qu’avec ses semblables.
Son comportement n’a dès lors rien de dramatique ni de choquant : si on lui laisse le choix, notre orque repartira en mer à la première occasion, jouera et nagera avec ses amis puis reviendra parmi nous, ailleurs, d’un port à l’autre, en portant une fois de plus, comme tout ambassadeur, le même message de paix de la Nation Cétacée.

Ailleurs ?
Keiko nage aujourd’hui dans un port norvégien. En sortira-t-il jamais vivant ?
Ce pays est la dernière nation d’Europe encore adepte de la chasse aux cétacés.

Malgré tout le mal qu’on a pu lui faire, à lui, à sa famille, les hommes restent « gentils » à ses yeux, car ils donnent du poisson et soignent les maladies, et leurs enfants l’enchantent.

Il ne sait pas encore, hélas, que certains humains ne se contentent pas de priver de liberté les gens de son espèce.
Ils les massacrent aussi puis ils les mangent…

 

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Mercredi 17 décembre 2003

Quelques points qui me paraissent essentiels quand je me retourne sur l’odyssée de Keiko

1) « Notons que l’une de plus belles choses que Keiko ait pu apporter au monde humain cruel et violent dans lequel nous vivons, c’est que la planète toute entière soit avertie de la mort d’un non-humain et puisse pleurer sa mort comme s’il était un humain. »
(Extrait du site Dauphins Libres).
C’est en effet une première véritablement historique, et sera certainement vu dans le futur comme un jalon important dans la progression des rapports entre les hommes et les autres habitants de la Planète. Nous connaissons tous l’avant-Keiko (cfr les orques abattues au canon il y a moins de 30 ans), l’après-Keiko nous ouvre les bras…

2) Une partie de l’histoire qui est passé plus inaperçue, et qui à mon sens, justifie presque à elle seule le destin extraordinaire de Keiko: lorsque après sa fameuse traversée en provenance d’Islande, Keiko est rentré dans les fjords de Norvège, il n’a pas été vraiment reconnu tout de suite (c’est ainsi que nous avons eu en Belgique les premières images avant qu’on réalise que c’était bien Keiko).
Ce qui veut dire que ces très jeunes enfants (moins de 12 ans) ont joué en toute confiance avec cette orque, grâce à ce que le film « Free Willy » avait donné comme nouvelle image de l’espèce. Et cette orque était précisément Keiko ! Ainsi donc, ces enfants et Keiko ont été les premiers bénéficiaires du changement de mentalité amorcé grâce au film… joué par le même Keiko !

3) Par rapport à ce fameux jeune âge de Keiko lors de sa capture, en tant qu’obstacle à la réintégration des siens, une comparaison utile me semble-t-il peut être faite avec les enfants-loups, dont pas un seul n’a vécu soudainement une vie humaine normale lorsque capturés (ni même ensuite).

4) A partir du moment où cette réintégration (dans une structure familiale forte, faut-il le rappeler, cf. les études de Colombie britannique, qui montrent que les orques restent dans le clan de leur mère jusqu’à leur mort) n’a pas été possible, il était logique que Keiko revienne vers les hommes, sa famille d’adoption.

Logique aussi qu’en tant que mammifère hautement social (au même titre que les hommes ou les chimpanzés), il ait souffert de sa solitude et du manque de caresses (l’absence de caresse tue littéralement les bébés humains !).
Dépression et solitude ne peuvent qu’affaiblir le système immunitaire et donc être favorable a l’infection qu’il a contractée…

5) On peut donc se dire que si pour des orques capturées adultes, la réhabilitation serait plus facile en coupant les relations avec les humains, dans le cas de Keiko par contre (et c’est évidemment plus facile de le dire a posteriori), vouloir a tout prix le couper des hommes était le condamner à une solitude… qu’il n’a pas supportée.
Y avait-il une autre solution ? Ca aurait été quasi impossible de le laisser interagir sans émeute ! cfr Dony-Randy en Bretagne et Normandie, avec une célébrité infime comparée à celle de Keiko…

6) Enfin, j’ai été frappé (par rapport à ce qui est dit dans les journaux), de la qualité et longueur des séquences que Keiko a passé libre sans ses « dresseurs », et plus ou moins en contact avec ses congénères, et ce dès 2000, puis en 2001 et 2002. Et les détails de sa dernière traversée valent aussi qu’on s’y penche, ce n’était pas juste une « traversée » (d’ailleurs regardez sur une carte, ce n’était pas tout à fait tout droit, Islande-Féroé-Norvège).

Gauthier Chapelle
Ingénieur Agronome. Chercheur. Docteur en Biologie

keiko_superspy_bm Keiko shows off one of his unique features - 'his spots' 10.18.00 © Blair Mott During a spy hop Keiko's three spot markings under his chin can be seen. This is truly one of Keiko's unique identify features.

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keikos-grave

La tombe de Keiko


Keiko nageait en liberté