Altruisme et compassion : la nature des dauphins



Ce dauphin affligé d’une grave déformation de la colonne a trouvé refuge auprès d’une famille de cachalots protecteurs

Altruisme et compassion : la nature des dauphins

Altruisme et compassion : est-ce vraiment dans la nature des dauphins, et plus largement des cétacés, de se comporter en fonction de ces vertus sociales ? Ou n’est-ce là qu’une interprétation anthropomorphiste des scènes que nous observons régulièrement en mer ?
Dans cet article du Non Human Rights Project daté de 2013, la neurobiologiste Lori Marino considère que le fait d’expliquer le comportement des dauphins dans les seuls termes d’adaptation biologique ou d’expression du patrimoine évolutif sonne un peu court.
Les sentiments existent chez les cétacés comme chez nous !

Joyeux, joueurs, complices, les dauphins sont aussi profondément solidaires les uns des autres

Des dauphins qui aident un phoque en perdition …
Un dauphin prisonnier d’un filet qui cherche secours auprès des plongeurs …
Des baleines qui adoptent un dauphin orphelin …
Des dauphins qui prennent soin d’un membre de leur famille malade…
Des cachalots qui protègent un dauphin handicapé…
Toutes ces histoires sont récentes. Par chance, elles ont eu lieu sous l’oeil d’une caméra.
Mais combien d’autres fois de tels événements surviennent-ils sans que nous le sachions ? Des centaines de fois ? Des milliers?

Dans l’une des vidéos mises en ligne, nous pouvons voir un groupe de dauphins en train de secourir un jeune phoque et le reconduire au large, loin des rochers contre lesquelles les courants le projetaient brutalement.
Une fois qu’il eut été guidé par ses amis dauphins, le phoque s’en va et plonge, tout joyeux.
Pourquoi ont-ils fait cela? Est-ce de l’anthropomorphisme que d’interpréter cette scène comme nous le faisons ?
Ou est-ce vraiment dans la nature des dauphins de se comporter de cette manière ?

Quelques semaines plus tôt, nous avions également pu voir une femelle dauphin, empêtrée dans une ligne de pêche, qui venait chercher de l’aide auprès d’un plongeur. 
Que savait-elle de nous, les humains, pour l’amener à conclure que non seulement, nous serions capables de l’aider mais qu’en plus, nous le ferions très probablement ? (Après tout, il y avait beaucoup de raies mantas nageant autour du plongeur au même moment, mais le dauphin ne s’est pas adressé à elles !)

Il y eut aussi l’histoire d’un groupe de dauphins formant de leurs corps un radeau de sauvetage pour soutenir l’un des leurs, gravement malade et incapable de remonter en surface pour respirer.
Certes, les dauphins ont des liens familiaux très forts.
Mais ce que nous observons ici, c’est une mobilisation organisée de l’ensemble du groupe social qui déploie des efforts concertés pour aider l’un de ses membres, comme on a pu l’observer également chez les éléphants.

Enfin, il y eut le cas de ce dauphin solitaire, lourdement handicapé par une colonne vertébrale déformée qui fut recueilli par une famille de cachalots. Deux chercheurs allemands ont suivi le groupe pendant une semaine, durant laquelle ce dauphin s’est nourri, a joué et a échangé des caresses avec deux cachalots adultes et leurs petits.

En règle générale, les scientifiques essayent d’expliquer ce genre de scènes par des réponses «sérieuses».
Ainsi, dans le National Geographic, par exemple, Alexander Wilson, un membre de l’équipe de tournage, énumère les raisons pour lesquelles les cachalots pourraient avoir recueilli ce dauphin solitaire.
Ce dernier, dit-il, a pu être considéré comme « sans danger » et accepté par défaut, de la même manière que les cachalots adultes font du « baby-sitting » avec leurs enfants.

On sait que ces grands cétacés alternent les plongées. Lorsqu’ils descendent pêcher dans les abysses, ils laissent toujours un membre du près de la surface pour surveiller les plus jeunes et assurer leur sécurité.
« Ce qui est probable, dit A. Wilson, c’est que la présence de juvéniles, qui ne peuvent pas plonger très profond ni très longtemps, a permis au dauphin de maintenir le contact avec le groupe ».

Bien sûr, un Martien pourrait raisonnablement se poser le même genre de question, s’il observait des êtres humains dans les mêmes circonstances, et y répondre de la même façon, en évoquant les instincts, la préservation de l’espèce, et ainsi de suite.
Et ces réponses pourraient s’avérer correctes. Mais en regardant ces vidéos, chacun d’entre nous ne peut qu’être frappé par la similitude de ce comportement avec celui que nous aurions eu dans les mêmes circonstances.
Séparés par des dizaines de millions d’années d’évolution, nous voyons des dauphins se comportent d’une façon qui font partie de leur nature, de la même manière qu’elle fait partie de la nôtre.
Et apparemment, ils voient la même chose en nous.

Pour chercher de l'aide auprès des humains, le dauphin doit savoir que ceux-ci ont des mains habiles pour lui retirer la ligne de pêche mais aussi qu'ils accepteront de le faire. Sans doute sait-il aussi que ce sont les humains qui ont fabriqué ce piège mortel.
Pour chercher de l’aide auprès des humains, le dauphin doit savoir que ceux-ci ont des mains habiles pour lui retirer la ligne de pêche mais aussi qu’ils accepteront de le faire. Sans doute sait-il aussi que ce sont les humains qui ont fabriqué ce piège mortel.


Neurobiologiste et expert en cétacés de l’Université Emory, fondatrice de Kimmela, Lori Marino est directrice scientifique au Nonhuman Rights Project.
 Elle considère que le fait d’expliquer le comportement des dauphins dans les seuls termes d’adaptation ou d’expression de patrimoine évolutif sonne un peu court.
« Les cétacés développent sans doute un autre type de lien social que le nôtre avec leur groupe.
A certains égards, il est plus proche et plus personnel que celui qui relie les humains aux humains ou les autres grands singes entre eux. Leurs actes sont dictés par des processus psychologiques, parmi lesquelles figurent l’empathie et l’altruisme. 
Ce qui motive les individus, c’est le fait qu’ils reconnaissent que quelqu’un a besoin d’aide, pas leur histoire en tant qu’espèce.
Et il s’avère que l’altruisme n’est pas seulement humain. Toute psychologie a été façonnée par l’évolution, bien sûr, mais elle est vécue dans « l’ici et maintenant » au niveau des sentiments ». 

Pourquoi n’attaque-t-il pas, se contentant de se débattre ? Dans l’eau, ce dauphin pourrait tuer chacun de ces hommes avec son rostre puissent, ou les noyer. Il n’en fait rien.

Cela nous amène inévitablement à une autre question, plus troublante :
Pourquoi les dauphins font-ils tellement confiance à l’homme ? Ils comprennent parfaitement que nous pouvons les aider. Dès lors, comment peuvent-ils ignorer que nous pouvons leur faire également beaucoup de mal, en les capturant et en les massacrant par centaines de milliers durant les chasses au rabattage au Japon ou aux îles Féroé?
Pourquoi ne pas se battre ?
« C’est en effet une question clé à propos de leur psychologie », répond le Dr Marino. « Ils ont évidemment la capacité de comprendre ce qui se passe, mais il y a quelque chose chez eux, dans leur nature profonde, qui ne leur rend pas la tâche facile quand il s’agit de se venger ».

Une hypothèse possible est que les dauphins sont à ce point foudroyés par l’émotion en assistant à la souffrance de leur groupe qu’ils n’arrivent plus à anticiper les menaces extérieures et n’y réagissent pas. Il ne parviennent pas à tourner leurs forces contre ceux qui vont les blesser ou les mettre à mort. Les chimpanzés, en comparaison, répondent avec férocité aux agressions des humains.
« En fait, les dauphins semblent éprouver du désespoir plutôt que de la colère », conclut le Dr Marino. « Nous ignorons vraiment pourquoi ils réagissent ainsi. Je le répète : leurs groupes sont soudés par un autre type de lien social que celui des Grands singes ou les Humains, encore plus proche et plus personnel« .

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Quelle force intérieure permet-elle donc aux dauphins captifs de survivre dans des conditions de vie insensée ? L’amour de leurs proches, très certainement. Ici, Indy et Roxanne avec leur enfant respectif au delphinarium de Bruges.

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