La delphine Flo décède à Bruges à l’âge de 13 ans

La petite Flo est morte pendant une nuit d’hiver, sans surveillance de ses gardiens Flo. Photo Cetabase

La delphine Flo décède à Bruges à l’âge de 13 ans

Durant la nuit du 5 au 6 janvier 2012, la delphine Flo est décédée dans les sombres bassins du Boudewijn Seapark à Bruges. Elle aurait « fêté » ses 14 ans le 18 juillet suivant.
Qui se souvient encore d’elle en 2019 ? Qui lui rendra hommage ? Pas le delphinarium de Bruges, en tous cas, qui efface le nom de toutes ses victimes…

Flo vit le jour dans le bassin même où elle mourut, dans son berceau devenu son tombeau.
Elle y tourna en rond toute sa pauvre existence sous une coupole de béton et de bois, sans jamais avoir ressenti la caresse du soleil, de la pluie ou du vent sur sa peau, sans jamais avoir su ce qu’était la mer, les vagues, les algues, les rochers, les coquillages, les échinodermes ou les poissons vivants, et sans jamais avoir eu la moindre chance de connaître un jour la liberté.

Le communiqué de presse du Boudewijn Seapark, repris dans son intégralité par toute la presse belge sans en changer un mot ni ajouter le moindre commentaire, nous donne la version officielle de son décès :
« L’animal, né avec une mauvaise dentition, avait déjà rencontré des problèmes similaires dans le passé, mais ceux-ci avaient été traités avec succès. Le 18 décembre, 2 dents avaient de nouveau été retirées afin de combattre l »inflammation.
Depuis lors, Flo était sous antibiotiques, mais cela s’avérait insuffisant et Flo ne mangeait plus assez.

Après des radiographies de la mâchoire et des analyses sanguines, le vétérinaire a décidé, après avoir consulté d’autres spécialistes, que des antibiotiques plus forts et des compléments vitaminés devaient lui être administrés.
Les soigneurs du delphinarium ont donc traité Flo par médicaments 2 fois par jour, en lui administrant les comprimés directement à la main, même durant les vacances.

La veille de son décès, tout semblait normal. Mais Flo a été retrouvée sans vie vendredi matin dans le bassin. L’animal a été emmené à Gand pour une autopsie ».
Dont on attend toujours les résultats en 2019…

Nécropsie de Luna au Mexique

«L’animal», donc, souffrait des dents depuis l’enfance.
Deux dents lui ont été retirées peu avant sa mort. Sans anesthésie ? On sait que les cétacés supportent mal les analgésiques trop puissants, qui interrompent leur respiration consciente. Mais soit. Yotta a connu bien pire, dont on a retiré de l’utérus à vif et à la main un enfant mort-né. La souffrance est le lot des captifs.

Gorgés en permanence d’antibiotiques, afin d’éviter les infections bactériennes, ils supportent également très mal les traitements à haute dose.
Ainsi que le souligne le Dr. Karsten Brensing, responsable du département Conservation à la WDC Allemagne :
« Traiter les dauphins captifs à l’aide de doses massives de médicaments est chose courante dans les delphinariums. Pire encore, des drogues sont utilisées fréquemment pour contrôler les comportements agressifs ou améliorer la coopération des détenus durant les shows. Dès lors, une question se pose : qui est responsable des effets collatéraux qui finissent par tuer les dauphins ? Le vétérinaire qui ne fait que ce qu’il a appris à faire ou les dresseurs incapables de fournir des conditions de vie décentes à leurs prisonniers ? »

Si Flo souffrait des dents depuis longtemps, elle a donc du consommer des quantités considérables de médications antibiotiques… entre autres cochonneries chimiques, calmants et antidépresseurs et ceci depuis sa naissance !
Il ne faut d’ailleurs même pas être malade pour en recevoir en quantité lorsqu’on est un dauphin captif !
Or, tout quiconque a jamais du prendre un jour ce type de remède sait à quel point il vous rend nauséeux et détruit votre flore intestinale. Pas étonnant dès lors que cette malheureuse ait manqué d’appétit.

Mais pourquoi la petite Flo avait-elle donc de « mauvaises dents » ?
On sait que le fait de claquer sans cesse des mâchoires ou de mastiquer des barres métalliques fait partie des multiples syndromes zoopsychotiques observés chez les cétacés captifs et chez bien d’autres mammifères en cage.
Les dents gâtées de l’orque « tueuse » Tilikum en attestent, ainsi que celles de nombreuses autres orques captives.
Durant sa longue quarantaine-punition qui suivit l’exécution de sa dresseuse Dawn Brancheau et bien avant déjà, Tilly mâchonnait tous les barreaux, toutes les chaînes, toutes les pièces métalliques qu’il trouvait.

En était-il de même pour Flo ?
Ce n’est pas Bruges qui nous le dira. En revanche, dans son rapport sur l’état de santé mental des dauphins du Boudewijn Park, le Dr Toni Frohoff précise:
« J’ai été surprise par le nombre et la variété des comportements anormaux dus au stress durant le temps relativement bref des mes observations à Bruges. Les dauphins confinés un temps dans les bassins d’isolation latéraux tournaient en rond selon un mode stéréotypé, se livraient à des brusques « body slaps » (chute sonore du corps dans l’eau), expiraient de manière répétitive et brève, mendiaient leur nourriture, s’échouaient sur
le bord du bassin, gardaient les mâchoires largement ouvertes vers le public sur les gradins, secouaient la tête de la même façon répétitive et simulaient même à l’intérieur de leur enclos les shows qui se déroulaient dans le grand bassin, sans qu’aucun dresseur ne leur prête attention ».
De là à mâchonner les cordages des clôtures, il n’y a qu’un pas que le Dr Toni Frohoff n’a sans doute pas eu le temps de noter…

Le système digestif du dauphin

Par ailleurs, cette histoire de dents malsaines qui l’empêchent de se nourrir ne tient pas la route.
Il se fait que les dauphins ne mâchent jamais leurs aliments !
Eh non ! Ils gobent leurs poissons tout ronds, et même vivants et frétillants, lorsqu’ils mènent une existence normale en liberté. Leurs trois estomacs successifs, qui ne sont pas sans rappeler ceux des ruminants, leur permettent en effet de broyer leur nourriture en interne puis de la digérer. Nul besoin donc de dents pour manger, mais seulement pour se saisir d’une proie en fuite, agile et rapide.

Mais quelle proie en bassin ? Des morceaux de maquereaux morts ?
Cela ne frétille pourtant guère, ces petits bouts de poissons qui servent de récompense à un show bien exécuté, ou de moyen de contrainte par la faim, selon la façon de voir les choses.
Le dresseur les jette dans le gosier du détenu et celui-ci les avale d’un coup.
Au besoin, on peut même intuber et nourrir de force le dauphin qui refuse de manger pour diverses raisons.
Ce fut le cas de Playboy à Duisburg …entre autres !!

Delphinarium de Bruges. Photo HW 2011

Et puis, il y a l’environnement, bien sûr.
Là encore, rappelons qu’outre les divers produits antiseptiques (sulfate d’aluminium, aluminate de sodium, carbonate de sodium, hypochlorite de sodium) ajoutés à l’eau des bassins pour lutter contre les bactéries et atténuer la puanteur des matières fécales, persistante malgré les pompes filtrantes, il faut constamment corriger son degré d’acidité, normalement situé aux alentours de Ph 8,2, à l’aide de carbonate de calcium.
C’est dire si l’eau du delphinarium de Bruges ne ressemble que de très loin à celle de l’océan !
Des dommages collatéraux peuvent s’ensuivre, tout particulièrement pour ceux qui sont nés dans cette soupe javellisée et non parmi les vagues marines.

Les antécédents

Le père de Flo s’appelait Tex.
Capturé au large du Texas, il s’éteignit bien avant l’âge au Marineland d’Antibes, dans le cadre de l’un de ces prétendus « programmes européens EEP d’élevage et de conservation d’espèces menacées» qui visent essentiellement à repeupler les bassins de dauphins esclaves et à faire tinter le tiroir-caisse des parcs d’attractions.
Certains disent que cet «étalon de concours» se serait suicidé, épuisé par les incessants transferts en avion et camion, suivi de peu par sa nouvelle compagne, Aurore. Les gérants du parc, eux, ne disent rien. Aucune nécropsie n’a jamais été rendue publique à son propos, ni même la date exacte de sa mort.

La mère de Flo fut affublée quant à elle du nom de Terry.
Celle-ci fut également arrachée avec la plus extrême violence à sa famille et à son milieu de vie naturel.
Terry et Skippy, dix ans, fille de Tex et de Puck, sont mortes au terme d’atroces souffrances, pourries vivantes, transformées en deux choux-fleurs agonisants, sous l’effet d’une infection fongique fréquente chez les dauphins captifs, la Candida albicans.

La prolifération de ce champignon parasite est associée à l’utilisation prolongée d’antibiotiques immunodépresseurs et à l’exposition constantes à l’eau chlorée. La Candida provoque une inflammation des régions anale et génitale, ainsi que de l’évent, pouvant entraîner une suffocation fatale. L’ulcération des muqueuses oesophagiennes et stomacales que ce champignon crée empêchent une ingestion normale de la nourriture et suscitent des vomissements. Divers lésions au niveau des reins, des ganglions lymphatiques et du coeur ont également été observées.

Hasard ou nécessité ?
Depuis le début du mois de décembre 2011, la petite Flo était elle-même soumise à des doses massives d’antibiotiques, afin de soigner, comme nous l’apprend le Boudewijn Sea Park, une « grave inflammation des dents ». Ou d’une attaque de champignons ? On ne le saura jamais, puisque les autopsies ne sont jamais rendues publiques…

Poissons chargés de médicaments au Marineland d’Antibes

Car c’est là tout le problème, en fait, et le Boudewijn Seapark nous le dit clairement sans le dire en écrivant : « L’animal, né avec une mauvaise dentition… » : un dauphin né captif est par nature plus fragile, moins bien armé pour la vie que n’importe lequel de ses homologues libres ou nés libres.

Pour preuve, les « fondateurs », ce joli terme désignant les cétacés capturés en milieu sauvage, vivent nettement plus longtemps que les autres. Voir le jour et survivre au sein d’un monde social totalement contrôlé par l’homme, artificiel et stressant, obéir à des règles de travail tarifié sur un mode répétitif sans autres stimulations que les dressages et les spectacles, à l’ombre d’une coupole de béton, voilà qui n’est certes pas l’idéal pour un dauphin produit en batterie afin d’assurer une prétendue «conservation de l’espèce».

Le delphineau né en captivité se développe mal, tant physiquement qu’intellectuelle.
Il est exceptionnel que sa durée de vie excède les 10-15 ans, période critique de l’adolescence, un âge où les jeunes cétacés ont besoin, comme tous les mammifères, humains y compris, de s’aventurer dans le monde extérieur, de s’éloigner un temps de leur famille et de vivre en groupes de fabuleuses aventures marines. Tout cela est impossible au delphineau né captif qui, dans le meilleur des cas, sera transporté vers un autre bassin, séparé à jamais de son pod et soumis à un stress intense dans un nouvel environnement social promiscuitaire où il devra trouver sa place.. s’il l’en trouve la force.

Si elle a pu faire croire sous la contrainte aux enfants, plus d’une décennie durant, que les dauphins étaient de gentils toutous un peu stupides tout au service de l’homme, et faire gagner beaucoup d’argent à ses propriétaires, la petite Flo aura du moins échoué sur un point du programme qu’on lui avait imposé.
Adolescente sans doute soumise à un traitement contraceptif temporaire ou bien encore stérile – allez savoir ! – elle ne donnera jamais naissance à aucun autre dauphin esclave.
Et c’est hélas le seul aspect positif que l’on pourrait trouver à son décès tragique.

Faut-il enfin parler de ce dont aucun scientifique francophone n’ose encore parler ?
A savoir le chagrin que doivent ressentir aujourd’hui les dauphins survivants du Boudewijn Sea Park ?
Pensons à Puck, surtout, cette vieille et courageuse delphine qui a vu mourir ou partir tant de ses compagnons d’infortune depuis 1988 et devait être pour la petite orpheline qu’était Flo une sorte de grand-mère bienveillante…
Les dauphins savent parfaitement ce que c’est que la mort, ils soufrent du décès de leurs proches et leur rendent même hommage en liberté. Leur a-t-on laissé ce triste privilège dans le cadre de leur sinistre prison bleue ?  On en doute. Pour les criminels qui se plaisent à réduire les dauphins en esclavage, les « animaux » n’ont pas d’âme, car s’ils leur accordaient une, ils ne feraient plus ce métier.

Mais qui se soucie de tout cela ? Le décès d’un dauphin-clown est une chose si courante que même les associations de défense animale peinent à les répertorier toutes.
Tant que la machine à sous tournera, nos cétacés captifs continueront à « performer » jusqu’à leur dernier souffle,  infantilisés, humiliés, réduits à l’esclavage, sous le regard bienveillant de la loi belge et de ceux qui veillent à son application.
Il est temps que ce scandale cesse.

Qui se souvient encore de Flo en 2018 ? Pas le delphinarium de Bruges, en tous cas, qui efface le nom de toutes ses victimes…

 


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