La prison des baleines est vide mais jusqu’à quand ?



Les derniers bélugas relâchés en mer du Japon
Les derniers bélugas relâchés en mer du Japon

La prison des baleines est vide, mais jusqu’à quand ?

La prison des baleines est vide de ses détenus. Mais jusqu’à quand ?
Le 10 novembre 2019, les autorités russes ont annoncé que la libération des 50 derniers bélugas s’était achevée avec succès.
Voilà qui réjouit le cœur de tous ceux qui suivent cette saga depuis l’an dernier et qui permet pour une fois à la Russie de faire parler d’elle de manière positive. Néanmoins, le doute subsiste quant aux chances de survie des 50 bélugas relâhés dans une mer qui leur est étrangère tout comme sur le sort réel des orques et des baleines blanches qui les ont précédés.

Pire encore, les quatre sociétés à l’origine des captures restent toujours pleinement actives et aucun de leurs dirigeants n’a été sérieusement inquiétés, malgré de sérieuses amendes pour exportation illégales.
Les enclos de la baie de Srednyaya n’ont pas été démantelés, ni les bâtiments qui les cernent. Le gouvernement russe affirme aujourd’hui qu’il n’y aura plus d’autres captures. Mais aucune loi ne les ont encore interdites officiellement à ce jour et la demande chinoise en cétacés de cirque devient de plus en plus importante et donc, toujours plus attractive sur le plan financier !

C’est une équipe du Vladivostok News qui avait pris les premières images de la «prison des baleines», où 11 orques et 90 bélugas attendaient d’être vendus à des delphinariums. Les cétacés avaient été amenés sur place entre le 16 juillet le 21 octobre 2018 et ils y demeurèrent un an, traversant un terrible hiver.

Pendant un an, les défenseurs des cétacés, réunis au sein de la coalition Free Russian Whales, se démenèrent avec rage pour convaincre les responsables russes de les libérer, tout en menant une vaste campagne d’information au niveau international. La capture des orques avait même pu être filmée quelques semaines auparavant par les mêmes activistes, dont le matériel fut détruit et que l’on menaça de mort. Mais rien n’y fit : ils persistèrent.
Leur appel a été si bien entendu que le président Vladimir Poutine considéra que cette affaire nuisait gravement à l’image de son pays et qu’il pesa dès lors de tout son poids pour qu’on en finisse avec ce scandale. Il fit beaucoup de promesses mais peu furent tenues.

Vladimir Poutine et son chef d’état-major discutant de la prison des baleines

Le Kremlin ordonna donc aux autorités locales de l’Extrême-Orient russe d’intervenir auprès des entreprises commerciales qui avaient réalisé ces captures. On en connaît les noms et les biens :
– 23 bélugas et 3 orques appartenaient à Afalina LLC 
– 22 bélugas et 3 orques appartenaient à Oceanarium DV LLC
– 23 bélugas et 3 orques appartenaient à White Whale LLC
– 22 bélugas et 3 orques appartenaient à Sochi Dolphinarium LLC

L’organisation du transfert des cétacés hors de leurs enclos fut malheureusement confiée à l’agence gouvernementale Vniro, l’Institut russe d’océanographie, et à son antenne sur les côtes du Pacifique, Tinro. Toute aide internationale fut refusée.
Un choix bien malheureux, puisque la collusion étroite entre les deux institutions scientifiques et les sociétés propriétaires des cétacés est connue de longue date. En 2017, Lev Bocharov, le directeur de TINRO, fut même arrêté à Vladivostok pour une vente illégale de dix bélugas à la Chine qui lui aurait rapporté 42 millions de roubles à titre personnel.

TINRO a par ailleurs toujours fait pression pour augmenter les quotas de capture de cétacés.
En 2015, le bureau du procureur régional de l’environnement lui avait adressé un avertissement à propos des captures que cette agence menait, et lui avait ordonné de remettre en mer trois jeunes orques entassés dans les mêmes enclos de la baie de Srednyaya.
Tinro a fait la sourde oreille et les jeunes cétacés ont été livrés à la Chine.
Au total, Tniro aurait directement vendu au moins 15 orques à la Chine de 2013 à 2016 !

Aussi ne faut-il pas s’étonner que la libération des détenus de la prison des baleines ait été menée de façon fantaisiste, aussi lentement que possible et de façon cruelle.
Un tout petit nombre d’orques et de bélugas ont d’abord été transportés par camions dans des conditions abominables lors de voyages d’une durée de six jours sur 1. 800 km de routes surchauffées.
Aucun observateur indépendant ne put évidemment assister aux remises à l’eau, de sorte que le nombre réel d’animaux réhabilités reste à ce jour inconnu.

On sait cependant qu’une orque du nom de Cyril est morte durant l’hiver à la prison des baleines.
Des rumeurs courent aussi à propos de bélugas prétendument relâchés mais qui auraient été vendus au tout nouveau delphinarium de Wuxi, au Tibet, le même qui avait acheté les trois orques en 2015.

A chaque transfert, il a fallu que la coalition Free Russian Whales tire la sonnette d’alarme et somme les pouvoirs publiques d’accélérer les opérations.
Celles-ci se sont donc ENFIN achevées le dimanche 10 novembre avec les derniers bélugas, amenés cette fois par bateau dans des conditions de transport également indignes à mille kilomètres de leur territoire natal et de leur famille.

La prison des baleines est aujourd’hui déserte.
Mais jusqu’à quand ? Les enclos sont toujours là, les phoques et les morses ont bien été vendus et l’on doute vraiment que les compagnies qui se sont tant enrichies grâce à la Chine renoncent du jour au lendemain à leur business juteux.
Il n’existe à cette menace qu’une seule solution : que la Russie renonce une fois pour toutes à capturer des cétacés, tant pour son marché intérieur que pour la Chine ou le Japon. Car c’est une honte pour ce grand pays qui pourrait tant faire pour protéger les océans !


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