La pseudorque et le dauphin ou comment les captifs s’entraident

Le Marineland du Pacifique à la grande époque, qui enferma aussi le jeune Tilikum

 

La pseudorque et le dauphin ou comment les captifs s’entraident

When Captives Try To Protect Each Other From Humans


Le passage ci-dessous est extrait d’une étude de D. Brown et D. Caldwell, « Observations sur le comportement des fausses orques sauvages et captives ». Il nous démontre comment les cétacés captifs tentent de s’aider les uns les autres, mais toujours en s’abstenant bien de faire mal aux humains. Il décrit également les conditions cruelles subies par les cétacés captifs, considérés comme des simples matières scientifiques et des produits commerciaux.

 

La pseudorque vue sous l’eau. Toutes sortes d’espèce de cétacés s’entassaient dans ces bassins minuscules : globicéphales, pseudorque, dauphins à flancs blancs et dauphins communs.


Le 6 janvier 1965, il est devenu nécessaire de vider le bassin circulaire, afin de donner à ses occupants leur vaccination bisannuelle contre l’érysipèle.
Le niveau de l’eau avait atteint la profondeur souhaitée de trente centimètres à 19 h 45. Il faisait alors déjà sombre et il fallut éclairer la zone de travail avec des projecteurs placés autour du bord du réservoir.

Après avoir administré une injection prophylactique à un globicéphale, deux des hommes affectés à cette tâche ont capturé le dauphin commun. Le petit dauphin a immédiatement commencé à émettre une série de sifflements aigus.
La fausse orque, apparemment attirée par ces vocalisations, a inséré sa tête entre l’homme qui tenait la caudale du dauphin et le corps de celui-ci.

 

La pseudorque n’est désignée par aucun nom dans l’étude scientifique

Doucement, mais néanmoins de manière tout à fait délibérée, elle a poussé son compagnon hors des bras du ravisseur. Ces hommes ont déclaré par la suite qu’il était impossible de s’emparer du petit dauphin commun à bec court (Delphinus delphis).
La pseudorque n’a cependant jamais tenté de mordre et n’a manifesté aucun comportement agressif à l’égard de l’un ou l’autre de ces travailleurs. Une fois le dauphin libéré, elle a nagé à ses côtés pendant un bref moment.
Peu de temps après, le dauphin commun a été capturé une nouvelle fois et l’injection lui a été faite rapidement avant que la fausse orque n’intervienne de nouveau.

Le 20 mars 1965, le même dauphin, qui était une femelle, a refusé d’accepter la nourriture.
Elle a également vomi à plusieurs reprises ce jour-là et le lendemain. On a donc décidé de la retirer de son réservoir.
A cette fin, le bassin circulaire a encore été drainé jusqu’à une profondeur d’environ trente centimètres.
Une fois le dauphin commun saisi par l’entraîneur], la pseudorque s’est approchée et est intervenue. Le dauphin n’arrêtait pas de siffler et très vite, la fausse orque l’a de nouveau libéré en le poussant hors des bras de l’homme.

La tentative suivante a été menée par les deux entraîneurs en même temps.
Ils ont de nouveau été obligés de libérer l’animal en raison de l’intervention de la fausse orque. Cette fois, l’imposant cétacé avait saisi et serré doucement l’une des jambes du dresseur dans sa gueule. Une troisième tentative a suscité le même comportement, c’est-à-dire que la pseudorque a saisi sa jambe et ne l’a relâché que lorsque le dauphin était libéré. Immédiatement après, la fausse orque a porté le petit dauphin sur son dos pendant plusieurs secondes.

On a donc décidé de vider plus encore le bassin jusqu’à ce qu’une profondeur de 15 centimètres soit atteinte sur les bords. Le dauphin commun a pu être capturé et retiré hors de ce qui restait d’eau.
Durant cette dernière tentative, la fausse orque se tordait sur le fond du bassin presque vide en essayant toujours de venir en aide à son ami le dauphin commun….

 Un article de We Are Sonar

Sur les images qui suivent datées de 1964, on peut apercevoir la petite orque dès la minute 1.15, ainsi que les deux globicéphales et les dauphins qui sautent pour attraper leur pitance.


Kina

A propos de Kina

Cette tragique histoire d’amitié est complétée par d’autres récits que l’on trouvera dans le corps de l’étude : ainsi, la pseudorque aidait aux accouchements et se laissait à l’occasion lutiner par le globicéphale, bien qu’aucun enfant ne naquit de ces unions.
L’histoire ne dit pas ce que ces esclaves anonymes, fraîchement arrachés à leur famille et à l’océan, ont pu devenir par la suite.
Le Marineland du Pacifique lui -même a fermé ses portes depuis longtemps et cédé ses stocks à SeaWorld. Parmi les lots de valeur, l’orque  Tilikum, qui avait déjà tué sa première dresseuse…

Mais cette histoire n’appartient pas qu’au passé.
Aujourd’hui encore, dans les bassins de SeaLife Park à Hawai, une pseudorque et deux amis dauphins se soutiennent l’un l’autre pour survivre à la captivité.
Les séparer serait les tuer. Il leur faut d’urgence un sanctuaire marin !


Kina la pseudorque d’Iki

Le jour de la Terre, c’est le jour des baleines aussi