La synchronisation des gestes et du souffle chez les dauphins

 

La synchronisation des gestes et du souffle chez les dauphins

La synchronisation des gestes et du souffle chez les grands dauphins peut atteindre à la perfection, portant la coopération interindividuelle à un degré jamais atteint.
Une nouvelle étude menée sur des dauphins captifs au Dolphin Research Center en Floride, nous montre comment les grands dauphins coopèrent entre eux. De nombreux autres animaux le font, mais jamais avec une coordination comportementale aussi extraordinairement précise que celle des dauphins.

La recherche, publiée dans les Actes de la Royal Society B , nous montre comment deux grands dauphins coordonnent activement leurs comportements. Autrement dit, comment ils peuvent apprendre à travailler ensemble et à synchroniser leurs mouvements pour réussir une tâche de coopération et recevoir une récompense en échange.

Les deux dauphins s’apprêtent à pousser leur bouton en même temps. Credit: Dolphin Research Center

Le test du travail d’équipe

Pour cette étude, menée au Dolphin Research Center, dans les Florida Keys, nous avons imaginé une tâche durant laquelle une paire de dauphins devaient traverser le lagon en nageant puis, une fois arrivés sur place, appuyer simultanément chacun sur son propre bouton immergé.

Chaque essai débutait lorsque les deux dauphins et leur dresseur respectif se tenaient à un bout du lagon situé du côté opposé aux boutons à presser à environ 11 mètres de distance. Les dresseurs pouvaient soit donner l’ordre gestuel en même temps aux deux dauphins : « Pressez le bouton ! »
Soit le second dresseur attendait 20 secondes avant de lancer l’ordre à son tour à son dauphin.

Si les dauphins appuyaient sur leurs boutons en même temps, un ordinateur donnait un joyeux petit son indiquant le succès. Les dauphins retournaient vers leurs entraîneurs pour revoir une bout de poisson et une caresse.
Si les dauphins appuyaient sur leurs boutons à deux moments distincts, un son « d’échec » était émis et les dresseurs passaient au test suivant.

Le timing très stricte signifiait qu’ils devaient travailler ensemble.
Si leur objectif était simplement d’aller « appuyer sur mon propre bouton », alors les dauphins appuieraient sur leur cible à des moments différents.
Pour réussir l’épreuve, ils devaient bien comprendre que l’objectif était : « Appuyer sur les boutons ensemble».
La question était donc de savoir si le dauphin envoyé en premier attendrait le second avant d’appuyer sur son bouton, et s’il pouvait trouver un moyen de se coordonner suffisamment pour pouvoir appuyer simultanément.

Nager vite ou se coordonner ?

Nous avons constaté que les dauphins étaient capables de travailler ensemble avec une précision extrême même lorsqu’ils devaient attendre leur partenaire. Fait intéressant, leurs stratégies comportementales et la finesse de leur coordination ont changé à mesure qu’ils apprenaient la tâche.
N’oublions pas que les dauphins devaient comprendre qu’il s’agissait d’une tâche coopérative. Rien dans la situation ne leur indiquait d’avance qu’il fallait appuyer sur les boutons en même temps.

Pour les aider à apprendre, nous avons commencé par les envoyer simultanément pousser leurs boutons. Puis nous avons progressivement augmenté la différence de temps entre eux deux.
Quand un dauphin découvrait le jeu, si son partenaire avait été envoyé le premier pour un essai particulier, il savait que celui-ci -le partenaire qui n’avait pas encore compris le sens du jeu – n’allait pas l’attendre.
Ainsi, durant les premières phases de l’expérience, nous avons constaté que de nombreux succès avaient été obtenus non pas par le premier dauphin qui attendait, mais grâce au second dauphin nageant extrêmement vite pour le rattraper.

Dès lors que les deux cétacés avaient compris la tâche, ce comportement disparut et le minutage de la pression simultanée de leurs boutons est devenu extrêmement précis, la différence de temps entre les pressions de chaque bouton ne dépassant pas 370 millisecondes en moyenne !
Une telle synchronisation nous montre que les deux partenaires saisissaient qu’ils n’avaient nul besoin de nager vite pour réussir. C’était la parfaite synchronisation de leurs actes qui comptait dans ce jeu !

 

Synchronie à l’état sauvage

En milieu naturel, les dauphins synchronisent de la même manière leur comportement dans plusieurs contextes.
Par exemple, une mère et son enfant font surface et respirent en même temps. Les alliances de mâles avancent en groupe où chaque mouvement est coordonné de manière strictement synchrone. ( NTD : ce qui rend leur approche très impressionnante, comme si un seul même dauphin s’était multiplié en plusieurs d’un seul coup).

La synchronisation dans ces déploiements de puissance et d’amitié peut être remarquablement précise et doit sans doute favoriser activement la coopération entre partenaires.
Les résultats de notre étude suggèrent en outre que cette synchronisation comportementale dont les dauphins font preuve à l’état sauvage, n’est en rien une réponse câblée pour un contexte spécifique, mais se révèle être une capacité généralisée qu’ils peuvent appliquer à une variété de situations.

D’après l’article : How dolphins learn to work together for rewards

Le fait de participer à des expériences amusantes sur la synchronisation ne dispense cependant pas les dauphins du Dolphin Research Center de tirer des touristes toute la journée par l’aileron

 

Commentaires sur le Dolphin Research Center

Le Dolphin Research Center détient actuellement 26 dauphins, tous nés captifs.
71 autres dauphins sont morts dans ce lagon autrefois dédié au débourrage des dauphins fraîchement capturés en attente de partir pour l’Europe, à compter il est vrai à partir des années 60.
La recherche menée sur les mouvements synchrones a du en tous beaucoup amuser les dauphins engagés. Ou à tout le moins,cela a du les changer des sempiternels «rencontres avec les humains» gluant d’huile solaire.

Toute expérience menée sur des dauphins captifs est contraire à l’éthique et les recherches scientifique menées en bassin, au-delà de la simple physiologie, ne présente généralement pas le moindre intérêt.
Néanmoins, même si on peut regretter qu’elles ne soient pas menés avec des dauphins volontaires, les études sur leurs capacités cognitives peuvent jeter d’extraordinaires éclairages sur les structures profondes de la conscience des dauphins.
Ainsi, Louis Hermann a pu mettre en lumière leurs compétences linguistiques, Diana Reiss et Lori Marino, leur conscience de soi dans le miroir, etc.

La présente étude est intéressante dans la mesure où elle est menée dans un vaste lagon, qui n’a que peu à voir avec les bassins nus d’un delphinarium.
Le comportement des dauphins, même s’il est désormais chevillé à celui de l’homme, reste sain, presque naturel.
Dès lors, l’analyse en direct de cette stupéfiante synchronisation des souffles et des mouvements, si fréquente chez les gangs de jeunes mâles, ne manque pas d’ouvrir de nouvelles questions, déjà posées d’ailleurs à l’occasion d’autres expériences dans le monde.

Pour faire simple, comment est-il possible que deux dauphins se communiquent une information complexe de manière instantanée ?
Par le langage ? Par une image sonore ultra-brève ? Ou autrement ?


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