La vie affective et sexuelle des orques



Deux orques s’accouplent

La vie affective et sexuelle des orques

La vie affective et sexuelle des orques est bien différente de celle des dauphins.
Emaillés de guerres de gangs, d’alliances et de viols, les rencontres amoureuses des dauphins se déroulent dans un climat de passions et de fureurs, au sein d’une société scission-fusion aux contours fluctuants.

Tout au contraire, c’est sous le regard bienveillant de leur mère que ces grands Tanguy que sont les orques mâles s’en vont chercher une partenaire issue d’une autre lignée honorablement connue, sans combat ni blessures.
Et lorsque leur union sera consommée, chacun des tourtereaux s’empressera de rejoindre le cocon familial, sous l’aileron protecteur de la vieille matriarche.
Une sexualité sage et raisonnable, à l’image des sociétés orques… 

Vie sexuelle et affective des orques résidentes

Les épaulards résidents ont la structure sociale la plus stable parmi les cétacés.
Leur société s’organise autour de lignées matrilinéaires, ce qui signifie qu’une matriarche, ses fils et filles ainsi que la progéniture de ses filles, resteront ensemble toute leur vie.
Chaque lignée possède son propre appel acoustique distinct, un peu comme un badge familial. On pense que les épaulards – dont la grossesse dure 17 mois – reconnaissent et apprennent les appels de leur mère «in utero» et qu’ils naissent dès lors avec la capacité immédiate de communiquer.

Un pod d’épaulards est une agrégation plus grande constituée de plusieurs lignées matrilinéaires voyageant de concert la plupart du temps. On pense que toutes les lignées d’un pod donné proviennent d’une ancêtre commune.
Au fil du temps, ou après la mort de leur mère, les femelles apparentées se dispersent pour former leurs propres groupes, mais en gardant le contact les unes avec les autres.
A un niveau supérieur encore, un clan est un groupe de pods qui partagent des vocalisations similaires. En Colombie-Britannique, la communauté des orques résidentes du Nord se compose des clans A, G et R, et la population des Orques résidentes du Sud se compose du clan J unique.

Le dernier stade de l’organisation des orques est appelé une « communauté ». Il s’agit d’un vaste ensemble de clans qui socialisent et se retrouvent régulièrement, mais ne partage ni le même dialecte ni d’ancêtres communs. Les groupes de troisième degré communiquent donc entre eux à l’aide d’un dialecte particulier de type « globish » ou esperanto, utilisant un ensemble varié de clics, de sifflements et de sons pulsés.

Garçon et fille

Si les frères et sœurs ne quittent jamais leur propre matriligne, comment les orques évitent-ils la consanguinité?
Des tests de paternité ont été effectués, dont les résultats ont révélé que chez les orques résidentes du Nord, l’accouplement se produit entre les membres de clans complètement différents. Vous ne verrez jamais d’épaulards s’accoupler dans leur propre lignée ou même une lignée trop proche : l’inceste est absolument tabou chez eux. Les individus préfèrent les partenaires qui lancent un appel très différent du leur, afin de s’assurer de la bonne diversité génétique de leur progéniture.

Les orques sont connues pour s’accoupler toute l’année, contrairement à d’autres espèces de cétacés.
Les mâles atteignent leur maturité sexuelle lorsqu’ils atteignent la taille de 5,6 mètres, environ, et les femelles lorsqu’elles mesurent quelque 4,9 mètres.

Les orques femelles entretiennent des relations avec plusieurs partenaires.
Les mâles, de leur côté, ne se reproduisent pas dans le même pod, mais s’aventurent, dès leur maturité sexuelle, loin de leur groupe familial à la recherche de femelles issues d’autres familles orques. Au terme de ces voyages, ils reviennent chez leur mère.

Mère et enfant

Les mères donnent naissance environ tous les trois à 10 ans, et leur grossesse dure 17 mois, ce qui est plus long que tout autre mammifère marin.
Les nouveaux-nés mesurent environ 2 mètres de long. Au cours de sa vie, une femelle orque peut avoir de quatre à six descendants. Le bébé allaite pendant environ un an, cinq à dix secondes à la fois, de jour comme de nuit. Il restera collé à sa mère pendant au moins deux ans.

Les orques sont très similaires aux humains dans leurs soins à leur progéniture. Les enfants reçoivent une  éducation de leur mère, ce qui implique aussi discipline et punition ! Les signes de la colère d’une maman orque comprennent de forts mouvements de la tête, le fait de se frapper l’au de la caudale, d’émettre des sons inhabituels avec ses dents, et toute une série d’autres mouvements du corps plutôt intimidants.

Les filles adultes en âge d’avoir des enfants peuvent se séparer pour un temps de leur mère mais elles ne voyagent jamais très loin d’elle.
Au sein du groupe, les adolescentes ont du travail ! Elles ont en effet pour charge de s’occuper des jeunes de leur mère ou de leurs grandes soeurs. Si une telle «garde d’enfants» les prépare au métier de mère, cela n’empêche pas les grands fères ou les cousins au sein du pod de se charger également du babysitting !

Intromission

Dans de nombreuses espèces de mammifères, le succès de reproduction des mâles augmente initialement avec l’âge à mesure que les animaux atteignent leur maturité puis diminue à nouveau au début de la vieillesse.
« Nous n’avons trouvé aucun signe de sénescence reproductrice chez les épaulards, mais notre taille d’échantillon (en particulier de vieux mâles) était petite », expliquent les chercheurs.
Il existe plusieurs mécanismes biologiques plausibles qui pourraient conduire à une relation entre l’âge des mâles et le succès reproductif, notamment le choix des femelles pour les mâles plus âgés ou plus gros, la domination compétitive des mâles plus jeunes par les mâles plus âgés ou la compétition des spermatozoïdes.

Conformément à un système d’accouplement impliquant un choix féminin ou une compétition masculine, les épaulards sont sexuellement dimorphes.
Les mâles adultes sont à la fois beaucoup plus gros que les femelles adultes et ils ont des appendices considérablement élargis (nageoires dorsales, aileron, caudale) nageoires et nageoires). Le dimorphisme sexuel de la taille des appendices pourrait être un trait sexuellement sélectionné, les femelles étant attirées par les mâles avec les plus gros. La relation entre la taille et le succès reproducteur masculin que nous avons observée est cohérente avec cette hypothèse.

Dans les cachots aquatiques de SeaWorld, même les orques femelles s’agressent mutuellement !

Les agressions frontales entre mâles n’ont été observées que rarement chez les épaulards, peut-être en partie à cause des limites associées aux observations de surface. Au contraire des dauphins, les orques mâles libres ne portent peu pu pas de cicatrices d’affrontement conspécifiques, ce qui suggère que les mâles de cette population ne se combattent pas régulièrement.

Il y a aussi des moments fréquents où les gros mâles partent se nourrir seuls, de sorte que les femelles semblent avoir de nombreuses occasions de s’accoupler avec des mâles plus petits et plus jeunes si elles sont enclines à le faire.
En effet, toutes les femelles ayant plus d’un enfant sont présumées s’être accouplées avec plus d’un mâle.

Ces observations suggèrent que la variance du succès de reproduction des mâles dans cette population est peu susceptible d’être provoquée par une compétition agressive entre mâles.
Certes, des formes plus subtiles de compétition, celle des spermatozoïdes ou des hiérarchies de domination non agressives, ne peuvent être exclues. En effet, Frasier et al. (2007) ont conclu que la compétition des spermatozoïdes était un mécanisme probable pour un niveau similaire de variance dans le succès d’accouplement des mâles chez les baleines noires de l’Atlantique Nord.
Par rapport aux baleines noires, cependant, les épaulards (et tous les autres cétacés) ont une taille de testicules résiduels beaucoup plus réduite pour leur poids corporel, ce qui suggère que la concurrence des spermatozoïdes  n’est peut-être pas un facteur dominant à l’origine de la variance succès reproducteur chez les épaulards. (…)

Maman, je t’aime !

Les épaulards mâles adultes, ou orques, dépendent étonnamment de leur mère.
Emma Foster, comportementaliste animalière à l’Université d’Exeter et ses collègues ont étudié les taux de survie chez les orques.
« Lorsque sa mère décédait, un mâle de plus de trente ans avait presque quatorze fois plus de chances de mourir l’année suivante. Alors que pour une femelle du même âge, ces probabilités n’avait que quintuplé ».
Foster estime que cela peut reflèter la stratégie évolutive des mamans orques.

Avec les humaines, les orques figurent parmi les rares espèces où les femelles vivent bien longtemps après la ménopause.
Une fois qu’elles ne peuvent plus se reproduire, ces matriarches continuer à transmettre leurs gènes en s’assurant que leur progéniture produit beaucoup de petits-enfants. Et puisque ce sont les fils qui peuvent engendrer plus de descendants, lesquels seront élevés au sein d’autres familles d’orques, il est donc dans l’intérêt génétique de notre grand-mère d’investir plus d’énergie pour protéger ses garçons. Chez l’homme, on appelle ça «l’hypothèse de la grand-mère»: au-delà d’un certain âge, les femmes, sont plus efficaces pour assurer la survie à long terme de leurs gènes en aidant aux soins de leurs enfants et petits-enfants qu’en en portant de nouveaux.

Dans la société humaine, il existe certes des hommes de 30 ans en bonne santé qui restent extrêmement dépendants de leur mère, mais ils ne sont pas très respectés. Ce n’est pas le cas chez les orques, où rester près de sa maman à l’âge adulte est considéré comme tout à fait honorable.

On a pu donc pu constater scientifiquement que les taux de survie des mâles et des femelles baissent dans l’année qui suit le décès de leur mère. Cependant, le risque posé par une mère perdue est beaucoup plus élevé pour les hommes adultes – presque le triple de celui des femmes adultes. Pourquoi ?

Selon Foster, la réponse pourrait être que les hommes sont devenus plus dépendants de maman parce que maman profite davantage de leur protection. Les orques vivent et voyagent en groupes familiaux soudés appelés pods. Lorsque les bébés naissent, ils restent dans le pod de leur mère, qui prend la responsabilité de leurs soins et de leur alimentation. Par conséquent, avoir des petits-enfants par le biais d’une fille signifie plus de travail pour une femelle plus âgée et son pod. D’un autre côté, les petits-enfants par le biais d’un fils sont essentiellement «gratuits», car un autre pod prendra soin d’eux. De plus, comme pour tous les mammifères, les mâles peuvent engendrer un nombre illimité de descendants, tandis que le potentiel reproducteur des femelles est limité par le temps qu’il faut pour porter leurs petits.

En conséquence, une grand-mère orque qui met son énergie à protéger ses fils adultes peut augmenter ses chances d’avoir des petits-enfants en nombre illimité dont elle n’aura pas à s’occuper. La protection de ses filles, en revanche, est limitée par le nombre de petits-enfants qu’elle peut obtenir et l’énergie qu’il faut  pour les élever. Avec ce genre de pression évolutive, il est logique que lesgrand-mères se concentrent sur la protection de leurs fils. Au fil du temps, ces fils pourraient devenir tellement dépendants de leur protection qu’il leur est difficile de continuer à vivre lorsque maman décède.

Granny et Ruffles. Ce dernier, âgé de près de soixante ans, a souvent été considéré comme le fils de la première. Photo Sandy Buckley December 9th, 2009.

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