Laobei, dauphin blanc de Chine à la gueule cassée

Laobei, dauphin blanc de Chine à la gueule cassée

Un zoo du sud de la Chine a fait l’objet d’une enquête de la part des services de contrôle de la pêche pour avoir dressé un dauphin en danger d’extinction afin d’en faire usage lors de spectacles payants.
Il s’agit d’un dauphin à bosse de l’Indo-Pacifique, appelé aussi Dauphin Blanc de Chine ou Dauphin Rose de Hong-Kong, qui se produit régulièrement sous le nom de Laobei pour les visiteurs du Zoo de Nanning, selon une vidéo envoyée au Global Times.

Ces images ont été tournées par Hu Chunmei, secrétaire de la Fondation pour la Conservation et le Développement écologique de la Biodiversité en Chine.  On y voit le cétacé, qui bénéficie d’une protection de classe A en Chine, lançant  une balle dans un panier ou se livrant  à d’autres tours pour recevoir du poisson de son dresseur. De forts applaudissements saluent la performance.

« Une enquête sera menée ! »  assure Mo Zhitao, un fonctionnaire du Guangxi Fishery Law Enforcement Command.
De son côté, un employé du Zoo surnommé Lei affirme :
« Ce n’était pas un spectacle ! Le dauphin ne faisait que du dressage comportemental à des fins médicales. C’est nécessaire pour mieux contrôler sa santé ! « .
Mais lorsqu’on lui a demandé si les visiteurs payaient pour prendre des photos ou interagir avec le dauphin blanc, Lei n’a pas répondu.

Selon un document de planification sur les zoos publié par le Ministère du logement et du développement urbain et rural en 2013, les performances zoologiques sont désormais interdites dans les zoos en Chine.
Mais pas dans les nouveaux delphinariums géants, hélas… 

Laobei avant l’accident

Laobei se serait échoué en 2007.
Lorsque le zoo de Nanning l’a « sauvé », le dauphin était très faible. Durant plus de trois ans, il aurait reçu des soins intensifs pour le maintenir en vie. Quant à l’état de sa mâchoire supérieure, le zoo affirme qu’il résulte d’un malheureux accident survenu en 2013.
Le dauphin aurait coincé son long rostre dans l’ouverture d’un tuyau de pompage pendant la nuit et il l’aurait brisé en tentant de se dégager. Le personnel du zoo n’aurait découvert sa blessure que le lendemain matin.

La captivité de Laobei n’a rien d’exceptionnelle.
On devrait même ici féliciter la Chine de sa vigilance, car ce sont les réseaux sociaux chinois qui ont avertit les autorités.
Ailleurs, hélas, on est loin du compte.
Récemment, un dauphin à bosse de l’Indo-Pacifique était encore exhibé à Karachi, aux côtés d’un béluga et d’une otarie. Propriété d’un cirque ambulant russe, on ignore ce qu’il est advenu de lui et de ses compagnons de misère sous la chaleur écrasante du Pakistan.
A Singapour, ce n’était pas d’une mâchoire cassée que souffrait Hann, mais d’un répugnant cancer de la peau ! Lui aussi est parti mourir dans quelque obscur aquarium chinois.

Hann, le dauphin rose de Hong-Kong à Singapour

Enfin, en Thaïlande, justement, et sans doute ailleurs en Asie du Sud-est, des dauphins blancs de Chine sont exhibés au nom d’une protection le plus souvent absente sur le terrain.
Est-ce plus choquant que d’exhiber des dauphins de Floride dans des aquariums d’Europe du Nord, pendant que les filets dérivants, la pêche intensive, la pollution chimique et les marées noires incessantes grignotent peu à peu la santé des dauphins du Golfe du Mexique ?  Sans doute non, puisque chez nous  aussi, les delphinariums font partie du problème et non de la solution.

Mais au moins leur captivité nous aide-t-elle à mieux les comprendre ?
Dans le cas du dauphin à bosse de l’Indo-Pacifique, c’est raté.  Peut-être seront-ils capables un jour de parler comme un perroquet, à l’instar de Wiki, mais pour le moment, on sait fort peu de choses de leur vie en liberté. Aucune étude longitudinale n’a encore été menée sur le long terme comme à Sarasota ou à Shark Bay et nous ne savons donc encore pas grand-chose de leurs cultures spécifiques.

La captivité nous aide-t-elle à mieux comprendre les espèces ?


On sait bien sûr que les dauphins à bosse de l’Indo-Pacifique vivent dans les eaux peu profondes des baies, des estuaires ainsi qu’aux alentours des récifs rocheux coralliens
.
La plupart des populations de dauphins blancs semblent disposer d’un territoire de 120 à 200 km, ce qui change assez de la taille des bassins asiatiques. Les femelles sont matures à l’âge de 10 ans, tandis que les mâles ne le deviennent qu’entre 12 et 13 ans.
Comme chez la plupart des delphinidés, la société dex dauphins blancs de Chine se fonde sur un ensemble de petites familles composées généralement de 2 à 4 individus, mais pouvant atteindre jusqu’à 25 personnes se nourrissant de concert de petits poissons, calmars et autres pieuvres.
En 1994, des scientifiques ont observé des dauphins à bosse qui utilisaient une technique d’échouage périlleuse pour attraper leur poisson sur la plage au Mozambique (Peddemors et Thompson).
En Australie, on les a vu faire usage d’outils.

Dans la plupart des pays où vivent les dauphins à bosse, peu de mesures de conservation sont prises en leur faveur, du fait d’une corruption généralisée. Fort heureusement, en décembre 2014, Plettenberg Bay est devenu un site d’observation internationalement reconnu et le dauphin à bosse a été choisi comme espèce emblématique de cette baie où il a ses habitudes.

A Hong-Kong, de courageux activistes se battent pour sauver les derniers survivants locaux.  Une protection trop rare mais bienvenue, même si elle peut parfois tourner à la foire…

 


Laobei, dauphin blanc de Chine à la gueule cassée

 


Dauphins, béluga et loutre de mer au Dolphin Show de Karachi

Les dauphins roses de Singapour

Les delphinariums en Thaïlande exhibent des espèces menacées

L’usage d’outils chez les dauphins à bosse de l’Indo-Pacifique