Le bonheur des dauphins captifs grâce aux traqueurs d’activité

Tapeko et son moniteur d'activité

Tapeko et son moniteur d’activité

Le bonheur des dauphins captifs grâce aux traqueurs d’activité

Le bonheur des dauphins captifs grâce aux traqueurs d’activité physique ?
C’est en tous cas ce que prétend obtenir le delphinarium du Zoo de Brookfield, au terme d’une vaste « étude scientifique », en mesurant leurs mouvements par le biais d’une sorte de FitBit collé sur leur dos.

On en rirait si ce n’était tragique. Car ce zoo, qui se pose en champion du bien-$etre animal, a été qualifié de «cimetière des petits dauphins» tant la mort des delphineaux y était fréquente.

Le dernier décès en date remonte à juin 2018.
Maxine, une toute jeune delphine de 3 ans et 1/2 s’est éteinte au terme d’une mystérieuse « infection bactérienne ».
En 2014, deux bébés dauphins sont morts peu après leur naissance.
En 2011, Néa, une jeune delphine de 4 ans, fut trouvée sans vie dans d’étranges circonstances, comme le raconte la presse de l’époque :
« Un dauphin est mort suite à un accident bizarre aujourd’hui, au cours duquel il est entré en collision avec un autre dauphin au Zoo de Chicago. Nea, un dauphin femelle de l’Atlantique, semble être morte d’une fracture du crâne après cet incident, a rapporté The Chicago Tribune. Les employés ont entendu un bruit sourd venu de la piscine des dauphins peu de temps avant leur show de 13h.
Ils ont découvert le dauphin de quatre ans inanimé. Les dresseurs puis les vétérinaires, arrivés dans les 10 minutes, ont été incapables de la sauver ».

Maxine, 3 ans et 1/2, s'est éteinte au terme d’une mystérieuse "infection bactérienne"

Maxine, 3 ans et 1/2, s’est éteinte au terme d’une mystérieuse « infection bactérienne »

Et avec cela, bien sûr, il faut compter toutes les fausses-couches ou les enfants morts nés.
Notamment, le bébé de Windy en 1990, le second bébé de Windy en 1991, les bébés de Tapeko en 1992, 2000, 2009, et 2011, le bébé de Connie en 1992, celui d’Allie en 2013, celui de Noelani et celui d’Allison en 2014.

Mais les delphinariums n’ont aucune mémoire et leur « science » est bien différente de celle que l’on enseigne à l’Université. Il faut se souvenir de ce contexte pour goûter toute la saveur ironique de l’article qui suit, adapté d’un texte original publié sous le titre de :
Multi-institutional study dives deep into cetacean welfare
Dolphins wear activity devices so researchers can gauge how they use their environment
By Kaitlyn Mattson Brookfield Zoo in Brookfield, Illinois.

Une étude plonge profond dans le bien-être des cétacés

« Au zoo de Brookfield, dans la banlieue de Chicago, certains dauphins portent des capes de super-héros, raconte une journaliste convaincue. Du moins, c’est ainsi que leurs gardiens appellent les dispositifs de surveillance de leur activité que les dauphins portent derrière l’évent dans le cadre d’une recherche scientifique menée par plusieurs institutions’.

« Ce petit appareil est fondamentalement l’équivalent d’un traceur d’activité du genre Fitbit ou Apple Watch pour dauphins », lui explique Lisa Lauderdale, chercheuse postdoctorale au Département de Recherche sur le Bien-être animal de la Société Zoologique de Chicago, qui gère le zoo de Brookfield.

Tapeko, 37 ans. Photo de Kaitlyn Mattson.

Tapeko, 37 ans. Photo de Kaitlyn Mattson.

Le zoo de Brookfield et la société zoologique de Chicago sont à la pointe de cette recherche.
Celle-ci englobe 44 parc marins répartis dans sept pays et implique 290 grands dauphins communs et de l’Indo-Pacifique, 20 bélugas et 8 petits dauphins à flancs blancs.
Les pays concernés ne sont pas mentionnés  – le Japon en fait-il partie ? – mais nous savons que Dolphin Adventure, Dolphin Quest, le Gulfarium Marine Adventure Park et le  Texas State Aquarium participent à cette à cette étude internationale.

Bill Zeigler, premier vice-président des programmes pour les animaux de la Société zoologique de Chicago, commente l’initiative :  « Au cours des 15 dernières années, beaucoup d’attention a été accordée aux cétacés en général et beaucoup de questions ont été posées sur leur bien-être. Je pense qu’il y a eu énormément d’interprétations erronées, et nous avons donc décidé de nous fonder sur de véritables données scientifiques ».

L’étude poursuit deux objectifs principaux : développer des plages de référence pour les biomarqueurs physiologiques destinés à évaluer la santé générale des cétacés, mais aussi identifier les facteurs qui influencent le bien-être général des grands dauphins, en particulier en essayant de mesurer leur activité et leurs mouvements.

Pour les dauphins, les chercheurs utilisent un appareil appelé MTag, doté de ventouses spécialement conçues pour les dauphins et porté juste derrière l’évent du dauphin.
Comme le DTAG – abréviation de «Digital Acoustic Recording Tag», le MTag est un enregistreur de données à détection de mouvement qui est fixé au dos du dauphin à l’aide de quatre ventouses. Il enregistre les accélérations, la vitesse, la vitesse angulaire, la température et la profondeur. Le MTag mesure également la vitesse à l’aide d’une petite roue qui tourne lorsque le dauphin nage dans l’eau et nous permet également de calculer la distance parcourue par l’animal lorsqu’il porte le dispositif.

Les informations recueillies par le MTag sont censées fournir un aperçu général de la manière dont les dauphins utilisent leur environnement, a déclaré le Dr Lauderdale, l’un des principaux chercheurs de l’étude.
« Vous pouvez voir combien de temps ils passent près de la surface de l’habitat, quand ils vont au fond, combien de temps ils passent au milieu », continue la chercheuse « Nous pouvons voir quelle distance ils nagent tous les jours, quelle quantité d’énergie ils utilisent, puis nous pouvons établir une corrélation avec la taille, la forme et la profondeur des bassins« .

Historiquement, les dauphins ont toujours été considérés comme des animaux qui se débrouillent bien dans les zoos et les aquariums. Cependant, les institutions participantes veulent mettre des preuves derrière cette notion.
« Au cours des 15 dernières années, beaucoup d’attention a été portée aux cétacés en général, et beaucoup de questions ont été posées sur leur bien-être. Je pense qu’il y a eu beaucoup d’interprétations erronées, et nous avons donc décidé de mettre une véritable science derrière cela « , a déclaré Bill Zeigler, vice-président senior des programmes pour les animaux à la Société zoologique de Chicago.

Notons au passage, comme le relevait le Dr Naomi Rose à propos d’une autre recherche sur le bien-être des dauphins esclaves, qu’une étude scientifique qui se donne d’avance un résultat donné à obtenir n’est plus du tout objective et donc non-scientifique. Mais nous sommes au delphinarium, ici, la science n’est pas la même.

Selon Lance Miller, PhD, directeur principal de la recherche sur le bien-être des animaux pour la Chicago Zoological Society, les enquêteurs espèrent répondre à certaines des questions suivantes:
Comment les caractéristiques de l’habitat affectent-elles l’utilisation et le comportement de l’environnement chez les grands dauphins?
Comment l’enrichissement influence-t-il le bien-être des animaux?
Comment le dressage favorise-t-il le bien-être des animaux?
Quelles sont les caractéristiques de l’habitat et du dressage qui fournissent un bien-être optimal?

« Quand vous pensez au bien-être des animaux, c’est comme une échelle qui va du pauvre au bon, nous voulons donc déterminer ce qui conduit au bien-être optimal », martèle le Dr Miller. « Qu’est ce qui amène les animaux à se situer dans le haut de l’échelle, voilà la question ».

Le MTag est un enregistreur de données à détection de mouvement qui est fixé au dos du dauphin à l’aide de quatre ventouses.

Le projet est considéré comme le plus important du genre et les organisations participantes se sentent encouragées par son ampleur et sa portée. Des difficultés ont été rencontrées au cours de ce processus . Cependant, les personnes impliquées sont optimistes quant à ce que les résultats montreront.
« J’espère que cette étude prouvera que les dauphins prospèrent grâce à nos soins », s’enthousiasme Rita Stacey, conservatrice des mammifères marins pour la Société zoologique de Chicago.

La phase de collecte de données du projet s’est achevée en février. Les enquêteurs prévoient que l’analyse des données sera terminée à la fin du mois de juin et que les résultats seront publiés au début de l’année prochaine.
« Le bien-être social sera toujours un élément clé du maintien des populations, et c’est l’un de nos principaux objectifs. Comment maintenir une population bénéficiant de soins professionnels à long terme? » explique Zeigler. « Une fois que nous avons terminé une étude, nous ne restons pas sans rien faire, à nous dire « OK, nous avons terminé. » Nous continuerons ! Le bien-être social n’est jamais absent ici, il ne s’arrête pas lorsque le personnel de soin des animaux rentre chez lui. Il est présent 24h / 24. « 

Le projet sur le bonheur des dauphins captifs a été partiellement financé par une subvention nationale de 740.000 dollars versés par l’Institut des Services des Bibliothèques et des Musées. Certains des établissements participants ont également fait un don au projet.
Parallèlement aux documents publiés, une application appelée ZooPhysioTrak est en cours de développement afin que les professionnels, y compris les vétérinaires, puissent utiliser les données dans leur propre travail pour surveiller le bien-être des cétacés.


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