Le cachalot possède le plus grand cerveau du monde

Cachalot observant les passagers d’un bathyscaphe.

Le cachalot possède le plus grand cerveau du monde

Le cachalot possède le plus grand cerveau du monde.
Mais pourquoi faire ?  Quand il nage en surface, il mène une vie très calme, en famille, au sein de vastes unités claniques partageant le même langage.
Mais c’est lorsqu’il plonge que son cerveau énorme pétille sans doute de mille feux, lorsqu’il descend dans son monde, aussi étrange qu’une planète extra-solaire, là où nul homme ne pourrait survivre et où seul, de temps en temps, un bathyscaphe caparaçonné d’acier ose s’aventurer.
Dans la nuit de Abysses…

Cerveau et vie sociale

Le cerveau d’un cachalot est d’environ 60% supérieur en masse absolue à celui d’un éléphant.
D’un poids moyen de 8, 2 kilos pour un corps de 15 mètres, l’encéphale sphérique du cachalot est proportionnellement plus lourd que celui de tous les autres cétacés. Il est aussi le plus complexe : son cortex frontal est plus riche en circonvolutions, en scissures et en « gyrus » divers que celui de n’importe quel autre mammifère au monde, en ce compris l’être humain !

Un cerveau d’une telle taille ne s’explique pas aisément.
Le requin baleine, qui est énorme, se contente d’un cerveau de poussin. Quant à la chauve-souris, tout aussi habile que le cachalot en matière d’écholocation, son crâne est gros comme une noisette. Rien n’indique que cet organe ait à traiter les données acoustiques de manière singulière. Les zones sensorielles sont relativement réduites en regard des zones associatives situées sur l’avant et les côtés du crâne et dévolues, comme chez l’homme, au langage et à la réflexion.
De l’aveu même du biologiste A.A. Bezin, affecté aux autopsies sur les baleiniers russes, « le cerveau du cachalot est tel qu’on peut dire de cet animal qu’il pense et qu’il est capable de faire preuve des plus hautes capacités cognitives ».

Pourtant, la vie quotidienne du cachalot paraît simple et ne semble guère exiger de compétences cognitives exceptionnelles. La nourriture abonde encore dans l’océan et, à l’exception de l’homme et de certaines orques voyageuses, le cachalot ne connaît pas d’ennemi.

Eduqué par sa mère et son clan féminin au sein de petites crèches alloparentales bien protégées, le jeune cachalot fait l’objet de soins tendres et attentifs. Vers 15 ans, à la puberté, les juvéniles de sexe mâle quittent le giron maternel.
Tandis que les femelles restent groupées par familles sur la ligne d’Equateur, eux remontent en bandes vers le Nord ou le Sud, au gré de leur fantaisie et au prix de nombreux risques.
Ils y séjournent durant quelques années, le temps d’acquérir la taille et le poids qui feront d’eux des adultes, c’est à dire à l’âge de …35 ans puis s’en retournent vers les tropiques. Ils y retrouvent leur famille puis s’en vont en visiter d’autres, lutinant au passage de jeunes femelles exogamiques.

Pour quelques uns d’entre eux, les plus énormes, les plus vieux, les retours se font pourtant toujours plus brefs, plus rares et bientôt, ils demeurent à jamais dans ces retraites polaires, achevant leur vie centenaire sous les glaces des banquises…
Que peuvent faire là-bas ces « polar bulls », durant ces décennies de solitude absolue dans la nuit boréale ? A quoi occupent-ils donc leur temps ? Dorment-ils ? Méditent-ils ? Nul ne le sait.

Un plus gros cerveau correspond-il à la une haute intelligence ? 

D’un poids moyen de 8 kg, soit cinq fois plus qu’un encéphale humain, le cerveau du cachalot est le plus gros qui ait jamais existé depuis l’apparition de la vie sur Terre. 

Des chiffres impressionnants, certes, mais si la taille d’un cerveau importe, elle ne suffit pas à attester une intelligence nécessairement proportionnelle.  
Le cerveau d’un cachalot adulte mesure 8 000 centimètres cubes. Notre cerveau mesure environ 1300 centimètres cubes. Ceci équivaut à la différence entre le moteur d’une 2 CV Citroën et deux fois et demi celui d’un bolide de Formule Un.
Les dauphins et les éléphants, mammifères bien connus pour leurs capacités mentales extraordinaires, ont également un cerveau plus gros que celui des humains. Mais bien sûr, ces animaux sont plus grands que nous. Il faut donc également tenir compte de la taille du cerveau par rapport à celui du corps et calculer le « coefficient encéphalique ».

Lorsqu’on procède de cette manière, eh bien… Le gagnant, c’est la musaraigne, suivie de près par les humains puis par les marsouins.
La musaraigne présente en effet le plus grand ratio « cerveau-corps », du fait que son corps est très petit. Personne ne pense pour autant qu’elle soit un géant intellectuel. Tous ces calculs nous ramènent finalement à notre point de départ: les humains et les baleines ont un très gros cerveau. Il faudra plus que ce genre de coefficients pour distinguer les variétés de puissance intellectuelle entre ces cerveaux.

Un examen plus attentif de la neuroanatomie du cerveau humain et du cerveau cétacé révèle que le cortex cérébral des cétacés est beaucoup plus compliqué que le cortex humain.
Chez l’humain, la surface de la zone néocorticale est de 2.275 cm2 (environ la taille d’une serviette de table) .
La région néocorticale du dauphin commun est de 3.745 cm2 (un peu plus que celle d’un journal replié).
Celle du cachalot ?  Personne ne l’a mesurée, mais elle doit être nettement plus grande qu’un journal déplié !

Diviser la surface corticale par le poids du cerveau n’aide pas non plus les humains à faire la course en tête.
A cette aune,  les humains ont un « indice de gyrification » de 1,75, mais les dauphins arrivent en tête à 2,7, et l’orque dépasse encore cet indice…

L’évolution du cerveau

 Dans son article sur PLOS Biology, Lori Marino examine les données paléontologiques à propos de cette question.

Les humains sont largement considérés comme l’espèce la plus évoluée. Peu importe que notre ADN ne diffère de celui du chimpanzé que de 2%, il suffit de constater à quel point notre tête a enflé en seulement 3 millions d’années, depuis le mini-cerveau de 380  centimètres cubes de Lucy l’australopithèque jusqu’à la capacité crânienne de 1.500 centimètres cubes de notre voisin de palier.

Mais regardons les cétacés, dont l’ancêtre vivant le plus proche est l’hippopotame.
Le rapport cerveau-corps de l’hippopotame est peu impressionnant pour un mammifère, soit 1,27 ,similaire à celui de nombreux requins.
Néanmoins, ce cerveau modeste est adapté aux défis cérébraux d’un style de vie englué dans la boue.
Des changements évolutifs énormes étaient nécessaires pour extraire un tétrapode vivant dans une tourbière en un Léviathan océanique parfaitement profilé.

« L’adaptation des cétacés à un mode de vie strictement aquatique représente l’une des transformations les plus dramatiques de l’histoire de l’évolution des mammifères », raconte le Dr Marino.
Des transformations radicales de la physiologie et de la structure corporelle ont été nécessaires pour réaliser le rêve de l’hippopotame d’aller plonger dans l’océan.
En transformant ses membres antérieurs en nageoires, en déplaçant les narines au sommet de la tête, en développant le sonar, sa vision sous-marine et en sophistiquant à l’extrême son audition – ces avancées évolutives soulèvent la question de savoir si le fait de devenir pleinement aquatique ne pourrait être relié au très grand cerveau des cétacés.
En examinant attentivement les archives fossiles, on découvre que l’augmentation soudaine de la taille du cerveau chez les ancêtres des cétacés modernes s’est produite il y a quelque 10 millions d’années, seulement après que leurs propres ancêtres sont devenus des créatures marines bien adaptés à leur nouveau milieu de vie.

Cela laisse à penser que c’est ce changement de mode de vie qui a provoqué la croissance du cerveau des baleines.
Bien sûr, ce n’est pas le nouvel environnement à lui seul qui a stimulé l’apparition d’un grand cerveau.

Lori Marino en conclut que le cerveau des grands cétacés produisent une intelligence complexe, motivée par le style de vie socialement complexe et hautement communicatif de ces prédateurs.
À l’appui de cette assertion, on constate en effet que les baleines à fanons, qui filtrent le plancton et le krill à des fins alimentaires, n’ont pas le cerveau aussi gros, comparé à la taille de leur corps, que les cétacés à dents qui doivent chasser leur nourriture.

Quant à connaître « l’effet que ça fait d’être un cachalot« , l’exercice nous est aussi impossible que de ressentir le monde intérieur de la chauve-souris ou du dauphin. Sa perception du Réel, filtré par le canal de ses sens, diffère infiniment de la nôtre .
L’essentiel de son temps, il le passe dans un autre monde, aussi étrange pour nous qu’une autre planète, là où l’homme ne va pas, où il ne peut pas survivre et où seul, de temps en temps, un bathyscaphe caparaçonné d’acier ose descendre.
Dans la nuit de Abysses…

Les grands fonds sont le plancher de cette planète. C’est un monde plat et pâle, parfois fendu de fosses, territoire continu, infini, identique, partout inchangé depuis l’aube des temps et où survivent encore des espèces vieilles de plusieurs millions d’années.

Dans la nuit éternelle des abysses, il fait froid, l’eau y est très salée, les courants infiniment faibles, l’obscurité absolue, la pression effroyable, plusieurs centaines de fois celle que nous supportons à l’air libre.
Les animaux se déplacent peu dans cette glu d’encre : puisqu’ils ne disposent que de peu d’oxygène, ils économisent leurs mouvements et ne chassent qu’à l’affût.

La plupart d’entre eux ont des allures de monstres : mâchoires démesurées hérissées de crocs pointus, corps luminescents qui se dilatent autour de leur proie, photophores éblouissants suspendus devant la gueule, guirlandes translucides insensées qui dérivent avec lenteur… La faune la plus commune y est de petite taille, mais selon les rares chercheurs qui se sont aventurés si bas, des créatures géantes y pulluleraient, qu’ils ont entraperçu sous forme d’ombres immenses.

Le calmar géant Archytheutis y a ses aises, en tous cas. On a découvert sur le corps de certains cachalots ses tentacules interminables – plus de 100 mètres parfois – attestant de féroces combats menés au fond de la nuit.
Existe-t-il encore d’autres monstres de la sorte ? Les nouveaux engins d’exploration sous-marine nous le diront bientôt.

Le cachalot ne craint pas ces conditions inouïes ni ces titans de l’infra-monde.
Lorsqu’il descend sous 2.000 mètres, voire 3.000 – gardant son souffle pour plus d’une heure ! – sa peau ordinairement fripé se tend comme celle d’un tambour. Il coule au plus profond et se couche, pense-t-on, pour guetter sa proie et l’avaler d’une seule succion.
Son système d’écholocation lui permet de voir dans les ténèbres.

Pour lui, ces Abysses ne sont pas seulement un terrain de chasse giboyeux  mais c’est aussi son monde, son univers le plus familier,  où il passe le plus clair de son temps entre 500 et 1000 mètres. 
On peut imaginer que la conjonction d’une telle réalité vécue avec la puissance de calcul d’un cerveau géant ne peut rester sans conséquences.  Quel est le «monde mental » d’une créature aussi puissamment armée de neurones dans un milieu aussi exotique, aussi suprêmement étranger à celui que nous connaissons ?

Quel usage y fait-elle de son cortex phénoménal, de son rhinencéphale capable d’abriter la mémoire de l’ordinateur Big Blue, de son langage codé ? Quelles pensées inouïes, quels concepts, quelles intuitions inaccessibles à notre compréhension, ces structures cérébrales sur-développées produisent-elles ? Ont-elles gardé le souvenir des temps anciens, des légendes de cette ère Tertiaire où nous n’étions encore que de petits singes proconsuls ?
Selon la récente théorie des cordes, nous vivons tous au sein d’un monde doté de onze dimensions, mais notre perception n’accède qu’à quatre d’entre elles, à savoir trois d’espace et une de temps. Notre vision du monde est donc incomplète : c’est celle d’une race faite pour la forêt, munie d’une bonne vision des couleurs et du relief, mais affligés, par exemple, d’une audition bien inférieure à celle des cétacés. Il en est sans doute de même aux niveau des compétences cognitives supérieures.

Ainsi, un chat comprend mal pourquoi son maître passe tant de temps assis devant l’ordinateur ou un livre à la main. Pour lui, ces comportements n’ont aucun sens et il trouve bien ennuyeux que les humains se livrent à de tels passe-temps.
Pourquoi ? Parce que son cerveau est nettement plus petit que le nôtre, nettement moins riches en circonvolutions et en structures associatives. Outillé de cette manière, le chat ne saurait concevoir des notions telles que l’écriture ou l’informatique.

De la même manière, on peut supposer que devant ce corps énorme immobile à fleur d’eau, devant ce léviathan paisible et paresseux qui ne fait rien apparemment d’autre que nager, manger et se reproduire, nous autres humains, ultimes surgeons dans la course à l’intelligence, nous ne puissions jamais comprendre les profondeurs abyssales de la «Conscience Cachalot».

 


La vie quotidienne d’un cachalot à l’île Maurice

Cachalots : chaque clan parle son langage

Quel effet cela fait-il d’être un dauphin ?

Les cachalots forment des clans pour affronter les orques