Le cerveau du dauphin

 

Le cerveau du dauphin


Ce texte est extrait du livre « Dauphin, mon cousin » publié dans les années 60 par le plongeur belge Robert Stenuit aux éditions Arts et Voyages (Bruxelles).  Déjà ancienne de plus de trois décennies, cette analyse reste cependant d’une actualité criante.

La grosse pomme de discorde, c’est le cerveau du dauphin, l’organe en lui-même, son volume, son poids, la densité de ses cellules, sa complexité et aussi les rapports qu’on peut ou non établir entre le développement de telle ou telle partie du cerveau des mammifères et le développement de l’intelligence. On compare souvent l’aspect extérieur de l’organe à deux gants de boxe posés côte à côte.
C’est un cerveau développé en largeur et non aplati comme le nôtre dans le sens de la marche.
Ceci admis, tous les chercheurs qui ont ouvert un crâne de cétacé s’empressent de faire table rase avec mépris des affirmations de leurs prédécesseurs avant d’exposer leurs conclusions propres.

Vers 1550, Rondelet, le savant médecin et naturaliste français, auteur des «Libris de Piscibus Marinis», avait eu la curiosité d’ouvrir le crâne d’un dauphin mais avant lui, Pierre Belon du Mans avait fait paraître son «Histoire Naturelle des Estranges Poissons Marins».

Sous le titre «Que toute l’anatomie du cerveau du cerveau du Daulphin, convienne en toutes ses parties avec celuy de l’Homme» (chapitre VI, 2è. livre), il donne une description correcte en ses grandes lignes, basée sur ses propres dissections:

«La chose de cette anatomie du Dauphin qui nous a été la pIus admirable et semblé artificielle, est le cerveau et les parties, car les nerfs qui vont deux à deux, qu’on appelle les sept conjugatos, sont beaucoup plus apparents chez les Dauphins qu’ils ne le sont chez nous mêmes. Et aussi quand l’os de sa tête est découvert de sa peau de dessus, il semble proprement être la tête d’un homme (…) « 

Deux siècles plus tard, les grands naturalistes du siècle des lumières : Buffon, Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvier abordaient un point délicat.
Le continuateur de l’oeuvre des grands naturalistes, le Comte de La Cépède (pardon, le citoyen La Cépède puisqu’il publia son «Histoire Naturelle des Dauphins» à Paris, l’An XII de la République) écrivait, citant les «Leçons d’Anatomie Comparée» du Citoyen Cuvier (ci-devant Baron Georges de) :

«D’ailleurs, le rapport du poids du cerveau à celui du corps est de 1 à 25 dans quelques Dauphins, comme dans plusieurs individus de l’espèce humaine, dans quelques guenons, dans  quelques sapajous, pendant que dans le castor il est quelquefois de I à 290 et dans l’éléphant de 1 à 500. De plus, les célèbres anatomistes et physiologistes, M. Soemmering et M. Ebel, ont fait voir qu’en général, et tout égal d’ ailleurs, plus le diamètre du cerveau, mesuré dans sa plus grande largeur, l’emporte sur celui de la moelle allongée, mesurée à sa base, plus on doit supposer de prééminence dans l’’organe de la réflexion sur celui des sens extérieurs ou, ce qui est la même chose, attribuer à l’animal une intelligence élevée. Or le diamètre du cerveau est à celui de la moelle allongée dans l’homme, comme 182 est à 26 dans la guenon nommée «bonnet chinois»,comme 182 est à 43; dans le chien, comme 182 est à 69, et dans le dauphin comme 182 est à 14.
Ajoutons que le cerveau du dauphin présente des circonvolutions nombreuses et presque aussi profondes que celles du cerveau de l’homme et, pour achever de donner une idée suffisante de cet organe, disons qu’il a des hémisphères fort épais, qu’il couvre le cervelet, qu’il est arrondi de tous les côtés, et presque deux fois plus large que long, et enfin qu’il ressemble au cerveau de l’homme, plus que celui de la plupart des quadrupèdes».

Et il ajoute, de son cru : «Mais les dimensions et la forme du cerveau du dauphin ne doivent pas seulement rendre plus vraisemblables quelques-unes des conjectures que l’on a formées au sujet de l’intelligence de ce cétacé; elles paraissent prouver aussi une partie de celles auxquelles on s’est livré sur la sensibilité de cet animal».

Le grand Cuvier se trompait dans ses chiffres, mais en bonne compagnie, car les physiologistes, neurologues et zoologistes d’aujourd’hui couvrent du même mépris, non seulement l’oeuvre des douze ou quinze chercheurs qui ont étudié le même organe au 19e et au 20e siècle, mais aussi, et réciproquement, celle de leurs collègues actuels.

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Le Dr John Lilly, que j’ai personnellement rencontré (YG)

(…)

Le Docteur Lilly, le pionnier du parti, un neurophysiologiste américain, membre d’un nombre impressionnant de sociétés savantes, de conseils et de comités, inventeur de divers instruments et auteur de moult communications, qui est célèbre aux États-Unis, (trop pour un homme de science, insinuent certains confrères), depuis que les journalistes ont créé de lui, à son corps défendant, l’image de «l’homme qui fait parler les poissons» (Le Docteur Lilly est célèbre aussi pour son livre désormais classique «Man and Dolphin» où il résumait en 1961, ses premiers et très remarquables travaux).

D’abord, et comme tout le monde, Lilly commence par contester les affirmations de ses prédécesseurs qui d’après lui, ne disposaient pas d’un matériel d’étude formalisé du vivant de l’animal, donc évaluaient des tissus déjà altérés par la décomposition.

Sur la base de cinq organes disséqués frais, il affirme que le cerveau de Tursiops est un cerveau «de première classe», aussi complexe que celui d’un homme dont les lobes temporal et occipital sont très développés et dont le cortex, également différencié en six couches, possède plus de replis, de fissurations et de circonvolutions et un plus grand nombre total de cellules.

Il ajoute  que la densité de ses cellules est «à peu près semblable à celle de l’homme» et que les noyaux du thalamus (2) sont identiques et de mêmes dimensions que ceux des humains.

En d’autres termes, si tous les noyaux du thalamus dit «noyaux d’association» sont présents, cela pourrait indiquer que le dauphin possède également les mêmes zones d’association que nous, en rapport avec ces noyaux, dans son cortex cérébral. Le cervelet, enfin, est très grand. En bref, ce que Lilly suggère, c’est qu’à cortex comparable, supériorité intellectuelle comparable.

(…)

Revenons aux chiffres.
Le cerveau d’un Tursiops adulte de quelque deux mètres cinquante  de long pèse en moyenne 1700 grammes. Celui d’un homme de 1 mètre 80, 1500 grammes. Celui d’un chimpanzé d’1m 40, 340 grammes, (contre 31 grammes pour un chat  par exemple ou 0,4 grammes pour une souris).
Bien entendu, le poids à eux seuls ne sont pas significatifs, sans quoi l’’éléphant avec ses 6 bons kilos de cervelle et le cachalot avec 9 kilos seraient les vrais intellectuels de ce monde.

Nous avons vu que Lacépède, comme Carlson et Johnson plus récemment, proposait de comparer les dimensions relatives de certaines sections de la moelle épinière à la masse du cerveau, ce qui détermine combien les centres des fonctions élevées l’emportent sur les centres des fonctions utilitaires un cerveau très développé par rapport à la moelle épinière signifie donc un développement psychologique complexe.

Mais comme le dauphin n’a pas de membres postérieurs, on ne saurait le comparer sous cet angle à des quadrupèdes dont la moelle contrôle plus de tissus.

Les spécialistes, divisés bien entendu, proposent aujourd’hui de se baser, les uns sur le coefficient poids du cerveau-poids total, les autres sur le coefficient poids du cerveau – longueur du corps, deux chiffres qui reflètent approximativement l’importance du centre de commande par rapport à la masse des tissus commandés.

En ce qui concerne le dauphin, écartons le deuxième rapport, cela nous évitera une fois encore de comparer un quadrupède comme l’homme à un animal sans pattes arrière comme le dauphin.

Leurs équipements anatomiques et, par conséquent, leur infrastructure nerveuse, diffèrent beaucoup à longueur égale. Notre rapport devient alors cerveau de l’homme 2 % du poids total et cerveau du dauphin 1,2 %, à côté du chimpanzé avec 0,7 %, ce n’est pas mal.

Mais Lilly, lui, loin de s’embarquer dans la querelle des coefficients, s’appuie sur une hypothèse de travail plus simple le poids absolu, à partir du moment où il atteint ce qu’il appelle «une masse critique» devient significatif au moins chez des mammifères assez comparables à l’homme par le poids.

En effet, si nous songeons à nos autres cousins, éteints ceux-là, les pré-hominiens qui connaissaient l’outil et le feu, nous constatons que l’équipement cérébral du dauphin se compare très avantageusement à celui de l’Australopithèque de l’Afrique du Sud, avec son cerveau de chimpanzé moderne (350 grammes), au Pithécanthrope de Java et ses 650 grammes (le poids du cerveau d’un bébé sapiens de cinq mois),  au Sinanthrope, qui faisait du feu, (avec 900 grammes comme l’enfant d’homme âgé d’un an), au Néandertalien (950 grammes, soit un enfant de quinze mois) et même à l’homme de Cro-Magnon, notre égal à peu de chose près.
Suivons toujours Lilly dans ses comparaisons.

D’après les statistiques des hôpitaux pédiatriques, le bébé commence à imiter des sons vers cinq ou six mois, soit quand son cerveau pèse 650 grammes; le premier mot articulé sort à neuf mois (avec 770 grammes), le vocabulaire commence à se diversifier intelligiblement vers douze ou treize mois (930 grammes).
A dix-huit mois, le bébé nomme des objets et des images qu’il reconnaît (1030 grammes), à 21 mois, il combine des mots (1060 grammes).
A deux ans, il maîtrise toutes les charnières de base du langage il fait des phrases complètes et les relie correctement et logiquement. Il ne lui reste plus, dès lors, qu’à se perfectionner dans les astuces de la syntaxe et à enrichir son vocabulaire, ce qu’il fera en même temps que se multiplieront à l’infini ses cellules et ses neurones et leurs innombrables interconnections nouvelles.

Tout se passe donc comme s’il existait chez les mammifères supérieurs marins ou terrestres, un poids de matière grise critique, plus d’un kilo, en dessous duquel un langage complexe et organisé comme le nôtre ne peut être atteint.

Retournant la proposition, Lilly répond donc en substance à ceux de ses collègues qui lui reprochent l’anthropomorphisme avec lequel il approche le dauphin. « Quand un animal possède un cerveau presque comparable au nôtre, ce n’est plus tout à fait un animal, je ne le traite donc pas tout à fait comme un animal ».

Si donc les dauphins prouvent par leur comportement qu’ils possèdent un langage complexe et si, comme l’affirment les «Pour», ils disposent de l’équipement intellectuel nécessaire à la maîtrise d’un langage de type humain, l’idée de lancer le dialogue est raisonnable.
«Faire parler les poissons», Lilly paraît bien décidé, s’il le faut, à y consacrer le reste de sa vie.

En 1961, faisant le point de ses premières années de recherches, il faisait cette prédiction qu’il n’a jamais démentie depuis :
«Dans les deux décades qui s’ouvrent, l’espèce humaine entrera en communication avec une espèce étrangère non-humaine,  peut-être extra-terrestre, plus probablement marine, mais certainement d’une haute intelligence, peut-être même intellectuelle».

(…)

A propos du langage des dauphins, les delphinologues engagés (en est-il d’autres?) nous avaient donné un avant-goût des controverses qui éclatent dans leur assemblées quand on y aborde le sujet de la Haute Intelligence des dauphins.

Leurs discussions, là, se basaient surtout sur l’équipement neurocérébral des cétacés.
Il s’agissait de savoir à quel niveau d’intelligence les dauphins pouvaient accéder potentiellement, compte tenu des facultés généralement associées chez les mammifères à tel volume ou à telles particularités du cerveau.
Cette fois, reprenons le problème par l’autre bout. Y a-t-il dans leur comportement réel, scientifiquement observé et vérifié, quelque chose qui prouve une certaine intelligence ?

Et, si oui, que peut-on raisonnablement en déduire?
Lors de la discussion des caractères anatomiques, il y avait bien du monde dans le camp des adversaires de la Haute Intelligence, et du beau monde en plus. Mais ce n’est pas pour nous faire peur, il ne manquait pas, chez ceux d’en face, d’autres spécialistes également éminents, aussi diplômés, membres d’autant de sociétés savantes et auteurs de communications également considérables. Quel est l’équilibre des forces quand il s’agit d’interpréter le comportement des odontocètes ?

Si les grands Encyclopédistes, forts de leur ignorance en la matière, écrivaient jusqu’au siècle dernier:
« Leur intelligence (celle des dauphins) paraît assez obtuse, mais l’instinct maternel est très développé », un Frédéric Cuvier, par contre, qui avait, lui, compilé et analysé tout ce que la science de son temps connaissait des cétacés, était d’avis que:
« Leurs actions annoncent un développement intellectuel remarquable » et que les dauphins sont « ceux qui semblent tirer le plus de ressources de leurs facultés psychiques, qui paraissent apprécier avec le plus de facilité et d’étendue la nature des circonstances où ils se trouvent », ce qui n’est pas une mauvaise définition de l’intelligence.

Pour les dictionnaires, à propos de définitions, l’intelligence c’est « La faculté de connaître, de comprendre ».
Mais les définitions de l’intelligence (celle des hommes, élaborées par des hommes pour des hommes) sont plus à leur place dans les pages des dictionnaires des hommes que dans notre argumentation. C’est pourquoi je préfère quant à moi considérer que l’intelligence en soi, l’Intelligence avec un grand I, n’existe pas, pas plus que la Vérité en soi, et que ce qui existe, c’est un nombre infini d’intelligences différentes, autant d’intelligences qu’il y a d’êtres conscients.

Or, Reysenbach de Haan nous le rappelle :
« Là où il y a langage, il y a conscience » or, il juge « hautement probable » le développement chez les odontocètes de un ou même plusieurs langages complexes, ce que cent exemples suggèrent irrésistiblement d’autre part et que le psychologue  Jarvis Bastian vient de prouver expérimentalement.

Les dauphins sont conscients, donc intelligents, d’une intelligence différente de la nôtre dans son essence et ses manifestations, différente sans plus, différente sans aucune hiérarchie possible surtout, puisqu’il n’existe aucun critère objectif pour étalonner les fins de chacun, ni même le choix de moyens par lesquels chacun, dans sa situation particulière, tente d’y parvenir; ou bien alors, c’est tout de suite l’argument :

« Allons, Monsieur Einstein, si vous étiez si malin, vous gagneriez tout de même plus que 435 dollars par mois ».
Ce qui, dans le cas du dauphin, se dit en général « Ils ne construisent pas, ils n’ont rien créé », ma concierge pourrait ajouter « En tout cas, ils n’ont pas encore la T.V. ».

A chacun son intelligence donc, pirandellesquement parlant, et n’essayons pas de classer la jugeote du dauphin par dessus ou par dessous celle du chimpanzé, du crétin des Alpes, ou du Français moyen. Essayons seulement, sans la juger, de la connaître et de la décrire telle qu’il la manifeste dans sa vie de tous les jours.

Ceux qui  pendant longtemps connurent le mieux les cétacés nourrissaient le plus grand respect pour leur intelligence. Les baleiniers, et Herman Melville, savaient qu’un cachalot une fois harponné et raté ne se laisserait plus approcher, ils savaient qu’un cachalot alerté s’enfuyait toujours au vent, or un navire à phare carré ne pouvait pas remonter au vent (par calme plat, il fuyait dans la direction précise d’où le vent avait soufflé la dernière fois), ils savaient qu’ils pouvaient communiquer l’alarme instantanément à 6 ou 7 milles à la ronde et que la réaction du groupe était tantôt une fuite générale et tantôt – selon les ordres ? – une expédition de secours organisée.

L’expérience leur avait enseigné l’utilité des « drag irons », un harpon spécial pour accrocher les bébés cachalots mais sans les tuer tout de suite, ce qui leur donnait le temps de harponner aussi la mère et parfois d’autres femelles, tandis qu’elles s’efforçaient de briser la corde et de délivrer le petit.

C’est eux qui, tout récemment, nous ont rapporté l’histoire de ces orques, avertis par un blessé, qui identifiaient un canon lance-harpon et se tenaient soigneusement hors de portée des navires qui en portaient un en proue et uniquement de ceux-là ce qui prouve qu’ils avaient fait passer à tous leurs compagnons:! avec la mise en garde et le récit de l’accident, une description détaillée du dangereux objet inconnu.

Les mysticètes apprennent-ils moins vite ? Il faut plusieurs saisons aux baleines grises migratrices pour apprendre à contourner, et alors de fort loin, les stations baleinières fixes nouvellement installées sur une côte.

Parmi les scientifiques, tous ceux qui connaissent les cétacés autrement que par les livres sont du même avis à quelques nuances près. Inutile de rappeler les professions de foi du Dr. Lilly.
Le Dr. Kenneth Norris, lui, écrit :
« Aussitôt que le contact put être établi avec ces créatures (les dauphins), les zoologistes comprirent que ce sont les animaux d’une intelligence relative très haute « .

Ce contact que nous avions perdu depuis l’Antiquité, c’est à des entreprises commerciales, comme le Seaquarium, les Marine Studios, Marineland et autres aqua-cirques marins que les scientifiques d’aujourd’hui le doivent.

(Note Dauphins Libres : la remarque est exacte. Mais à l’instar de la connaissance de l’anatomie humaine qui s’est construite sur le corps de suppliciés, Robert Stenuit ignorait évidemment les souffrances que pouvaient endurer les dauphins ainsi encagés.
Aujourd’hui, au 21ième siècle, il est plus que temps de renoncer à ces pratiques cruelles et moyenâgeuse et surtout l’abominable dérive commerciale que ces premiers delphinariums, tout dévolus d’ailleurs aux intérêts défensifs de la US Navy ont pu engendrer et à se consacrer exclusivement à des contacts librement choisis entre les hommes et les dauphins libres, c’est à dire en mer).

 

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Notez le nombre et la finesse des circonvolutions du cerveau dauphin

 

Frédéric Cuvier déjà se désolait :
« Si quelques hommes font de l’Histoire des Animaux l’objet de leur étude, ils ne parviennent guère qu’accidentellement à ajouter quelques observations à celles que leur ont léguées leurs devanciers; les animaux nous fuient et le plus souvent on ne s’en rend maître qu’en leur ôtant la vie, c’est à dire en les privant de ce qui fait une des principales essences de leur nature ».

Si ces difficultés existent pour l’histoire naturelle des animaux en général, elles se rencontrent à plus forte raison pour celle des différentes espèces de cétacés, de ces mammifères qui habitent les plus grandes et les plus
profondes mers, qu’on ne cherche que pour leur livrer des combats à mort, qui échappent souvent à nos efforts par la force et la vélocité de leurs mouvements, ou que de lointains hasards amènent sur nos plages à moitié décomposés par la putréfaction ».

Et plus loin il écrit encore :

« Le dauphin n’est aux yeux des modernes qu’un des animaux carnassiers les plus avides, qui n’éprouverait que le besoin de se nourrir, de se reposer et de se reproduire, et dont l’instinct n’aurait pour objet que de satisfaire ces besoins. Pour les anciens au contraire, c’était un animal doux, bon, intelligent, sensible à la bienveillance. Pour porter un jugement entre deux  opinions aussi contraires, il faudrait des observations que dans les temps modernes, personne n’a même pensé à entreprendre. »

On y pense aujourd’hui, mais quelle vision, chez ce delphinologue avant la lettre, qui avait prévu il y a un siècle et quart tout ce que nous sommes en train de « découvrir » en grande fanfare:
« On ne doit pas rejeter, comme des contes faits entièrement à plaisir, ce que les Anciens nous ont raconté d’extraordinaire des dauphins. A notre sens, nous devons trouver au contraire dans ces contes, la preuve que ces animaux sont, sous le rapport intellectuel, tout autres que nous le croyons, et qu’ils procureront à ceux qui les observeront une source de vérités importantes pour la connaissance de l’espèce du dauphin et pour le perfectionnement de la psychologie générale ».

Cette « source de vérités importantes », les chercheurs y ont donc accès grâce aux modernes organisateurs de spectacles marins qui apportent à la fois aux touristes qui s’ennuient de leur état, une saine distraction et aux scientifiques, un champ d’action et d’observation sans précédent.

En 1938, quand un groupe de financiers, à l’instigation de William Rolleston, fonda Marineland of Florida à Saint Augustin, peu de monde croyait que l’affaire pourrait survivre.
« Payer pour aller voir des poissons ! Pensez-donc »

Aujourd’hui il y a plus de 50 aux USA (2014)  qui tous présentent des shows où les dauphins tiennent la vedette. (…)


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Dauphins : le cerveau et la conscience