Le Grand Singe Tueur des Savanes

Le Grand Singe Tueur des Savanes

Le Grand Singe Tueur des Savanes est un concept inventé par l’anthropologue Raymond A. Dart, selon lequel l’être humain serait une variété particulièrement belliqueuse de grand singe tueur, dont nous portons toujours en nous les instincts guerriers. 

Dart pensait que le désir effréné de tuer représentait une sorte de « sceau de Caïn » marquant l’espèce humaine et qui la mettait tout à fait à part de nos proches parents anthropoïdes. Cette façon de voir a conduit d’autres auteurs à chercher l’origine de la guerre dans la chasse et à considérer l’agressivité comme un préalable au progrès.

Depuis la parution de son livre The predatory transition from ape to man en 1953, de nombreuses découvertes ont été faites qui nous font voir plutôt nos ancêtres comme de paisibles charognards occasionnels. D’autres études menées sur les bonobos nous ont révélé les moeurs pacifiques et joyeuses de nos plus proches cousins,  tandis que la coopération, la compassion, l’altruisme, le sens moral et l’intelligence  apparaissent comme des armes infiniment plus efficaces en termes d’évolution que la violence brute. Cela dit, l’homme est un animal et ses cultures ont toutes un petit goût qui se ressemble : celui de la guerre.

Chimpanzés partant au combat

Différentes cultures

Nous savons que la plupart des cétacés sont des êtres sociables, paisibles, altruistes et qu’ils coopèrent volontiers, sans pour favoriser la dominance d’une tribu sur l’autre. Il n’y a pas vraiment de «chefs» chez les dauphins, mais bien plutôt des sages, des guides ou des experts qui sont honorés à ce titre, un peu comme chez les Bushmen.
Si la « violence » existe, elle n’outrepasse jamais les limites convenues et même les orques les plus féroces n’iront pas massacrer toute une troupe de phoques de Wendell pour le plaisir de tuer : elles n’y ponctionneront que les proies qui leur sont nécessaires.
Enfin, même si les dauphins aiment à lutter les uns contre les autres, la guerre leur est inconnue et la mise à mort de leur semblable est inexistante.

Toute autre est la culture des canidés : chez les loups, les valeurs essentielles sont la hiérarchie, la discipline et la soumission au maître de la meute, ce qui a doté cette espèce d’une efficacité rare à l’occasion des chasses. Mais là aussi, on ne prélève que le gibier nécessaire et l’on prend bien garde à ne pas sur-peupler un territoire de chasse. Les luttes entre loups sont brèves et ne consistent qu’à expulser des rivaux.

Chez les primates, créature à la vision frontale dotés de mains, les moeurs varient très largement d’une espèce à l’autre.
Les singes lions s’entraident, les gibbons marient leurs enfants, tandis que les babouins, qui ne partagent guère leur nourriture, offre l’exemple d’une société forte et policée, sous la houlette de sages femelles, ainsi que nous l’apprend l’ethnologue Shirley Shrump dans son ouvrage Almost Human.

Chez les chimpanzés, nos cousins les plus proches, le partage, l’échange, la négociation et la lutte pour un meilleur statut social occupent le plus clair des occupations. Le chimpanzé, avec l’homme, est l’un des seuls primates qui peut se montrer volontairement cruel et prendre plaisir à faire souffrir. Il est aussi le seul à mener des guerres territoriales, avec massacre d’enfants et enlèvement de femelles.

Les bonobos, plus proches de nous encore, ont par contre développé des vertus pacifistes. Nous les avons également intégrées mais guère pratiquées, dès lors que nos sociétés devenaient de plus en plus complexes.  Ce qui ne fait nullement des bonobos des anges, car ils se battent aussi et se délectent parfois de la chair crue de leurs propres enfants !

Un chimpanzé après la chasse

De façon générale, ce qui caractérise les grands singes, c’est leur très vive intelligence, leur mémoire, leur curiosité, la cohésion de leur groupes sociaux et le maniement d’outils, que notre pouce opposable d’humain rend particulièrement aisé. Cette compétence particulière permet aux singes de débusquer la nourriture là où d’autres renoncent.
Elle permet d’extraire délicatement des écorces les plus revêches les substances nutritives, de casser les noix les plus résistantes, d’extraire les termites de leur tout petit trou…

A un degré supérieur, cette habilité s’exhausse, peut-on dire, en compétences technologiques puis carrément conceptuelles : épieu, propulseur, arc, charrue, métallurgie, ordinateur, philosophie, musique, physique quantique et fusées spatiales. A ce propos, la revue Pour la Science s’enthousiasme dans un récent dossier :

« L’homme est-il un animal comme les autres ? Non. Pour commencer, l’impact de notre espèce est mondial : elle s’est installée sous tous les climats et maîtrise les ressources en énergie et en matière. Quant à notre intelligence, notre don pour la communication, notre capacité à acquérir et à partager des connaissances, sans parler des chefs-d’œuvre artistiques ou architecturaux que nous construisons, qui pourrait dire que cela ne fait pas d’Homo sapiens un animal particulier ? »

Homo habilis

L’animal humain

Mais quel est donc ce Grand Singe Tueur des Savanes qui a conquis la planète entière comme aucune autre espèce ne l’avait fait avant lui, sinon les bactéries ? Vues de Sirius, quelles sont ses caractéristiques les plus frappantes ? 

L’Homme est un animal appartenant à l’embranchement des Vertébrés, à la classe des Mammifères, à l’ordre des Primates, au sous-ordre des Anthropoidea, à la super famille des Hominoïdés, à la famille des Hominidés, au genre Homo et à l’espèce Homo Sapiens.

Les représentants actuels des Hominoïdés comprennent deux  lignées.
La première regroupe les Hominidés (africains) à savoir l’Homme, le Chimpanzé, le Bonobo et le Gorille et les Pongidés asiatiques qui ne compte qu’un seul représentant, l’orang-outan.
La deuxième lignée comprend les Hylobatidés, parmi lesquels on trouve les gibbons.

Nos ancêtres homininés se sont séparés des chimpanzés et des bonobos il y a 7 ou 8 millions d’années, c’est à dire très récemment à l’échelle de l’évolution.
Appelé aussi Homme moderne, l’être humain est le dernier représentant actuel du genre Homo, les autres espèces ayant été détruites ou assimilées par ses soins.

L’homme se distingue des autres grands singes par sa bipédie quasi-exclusive, son cerveau plus volumineux et son système pileux moins développé. Une de ses caractéristiques physiques la plus manifestes est la station debout.  Sa colonne vertébrale est redressée et les membres antérieurs ne s’appuient pas sur le sol. Il fait partie des très rares mammifères adoptant ce mode de locomotion.

L’animal humain porte généralement des vêtements, recouvrant presque toujours au moins les parties génitales. Le port de vêtements pourrait selon une analyse comparative des génomes du pou et du morpion, remonter à environ 170 000 ans. Des outils et accessoires divers, comme des lunettes ou une canne, sont aussi parfois utilisés.

Les vêtements servent d’abord à cacher les parties sexuelles très apparentes chez l’humain puis à séduire avant de protéger du froid

 

Homo sapiens est omnivore et opportuniste. Il peut chasser n’importe quelle espèce animale, y compris les plus grands prédateurs.  C’est pourquoi on le considère comme le super-prédateur ultime. Il n’est cependant pas haut dans la chaîne alimentaire en raison de son régime omnivore qui est en majorité végétarien. Les hommes dans leur ensemble consomment des aliments très diversifiés, qu’ils soient d’origine végétale ou animale.

Depuis le néolithique, la base de son alimentation est toutefois constituée de féculents, issus en particulier de trois céréales : le blé, le maïs et le riz. Cette propension à consommer des féculents semble être une spécialisation humaine : le taux d’amylase dans la salive humaine est en effet de six à huit fois plus élevé que dans la salive d’autres Hominidés, comme le chimpanzé.

Grimper aux arbres reste un jeu pour les jeunes gorilles et les enfants humains. Ensuite, on l’abandonne.


Contrairement à la plupart des autres hominoïdes, l’être humain n’est que peu apte à la brachiation.

Seul un individu jeune et en bonne santé peut, après entrainement, effectuer ce type de locomotion. L’anatomie humaine conserve cependant les caractéristiques associées que sont la flexibilité des épaules permettant de lever les bras au-dessus du corps, ainsi que les mains préhensiles. L’Homme est en revanche spécialisé dans la bipédie, dont il maîtrise parfaitement les deux allures : la marche et la course.
Sa marche est plantigrade, mais sa course peut être digitigrade aux allures les plus rapides. Il marche à une vitesse de 5 à 6 km/h, et peut courir jusqu’à une vitesse d’environ 36 km/he, ce qui est particulièrement lent en comparaison de nombreuses espèces de mammifères terrestres.

L’être humain est également très habile au lancer de projectiles divers par rapport aux autres hominidés.
Cette aptitude exceptionnelle résulte d’évolutions propres à l’anatomie humaine : l’existence d’une taille souple entre le bassin et la cage thoracique, le positionnement bas des épaules, et une légère torsion de l’humérus. Cette aptitude au lancer aurait joué un «rôle clé» dans l’évolution humaine, puisqu’elle permet de tuer à distance, à moindre risque.

Du point de vue de l’éthologie, Homo sapiens se distingue par la complexité de ses relations sociales, l’utilisation d’un langage articulé élaboré transmis par l’apprentissage, la fabrication d’outils, le port de vêtements, la maîtrise du feu, la domestication de nombreuses espèces végétales et animales, ainsi que l’aptitude de son système cognitif à l’abstraction, à l’introspection et à la spiritualité. Certaines de ces caractéristiques étaient partagées par d’autres espèces du genre Homo mais jamais sur cette planète, elles n’ont été encore portées aussi haut.  « L’art, la science, la philosophie sont parmi les fleurons cognitifs les plus exceptionnels que l’humanité a pu donner à l’histoire de la vie » s’enthousiasme Wikipédia.

Toute action humaine implique la destruction de l’environnement

Comme le chimpanzé, l’homme présente pourtant une propension particulière à la violence, à l’homicide et à la guerre.
Dès son essor hors d’Afrique, il n’a eu de cesse que d’éradiquer la mégafaune dans tous les continents qu’il investissait : Australie, Amérique, Madagascar, etc. Il n’a pas géré ces populations : il les a massacré.

S’il s’agissait toujours d’une variété de chimpanzé à peau nue, il fut le premier primate à conquérir le feu et à se livrer pleinement à la chasse et au combat, en y consacrant toute son intelligence et ses technologies balbutiantes.
Sans doute, nos plus lointains ancêtres, disséminés par petits groupes dans la savane, vivaient-ils de façon relativement paisible, tels des tigres, des ours ou des lions en harmonie parfaite avec leur biotope, ne chassant que lorsque le besoin s’en faisait sentir et ne prélevant avec respect du gibier que la part nécessaire à la tribu, comme chez les derniers chasseurs-cueilleurs actuels.

Très vite, cependant, comme un cancer qui s’étend à la surface d’un corps, le nombre sans cesse croissant d’êtres humains a fait basculer les équilibres : chaque recoin de la planète a été conquis par les humains dévastant tout sur leur passage, et c’est alors que nous avons commencé à mériter vraiment l’épithète de Grand Singe Tueur des Savanes.
Dès lors que toutes les espèces animales eurent été détruites ou réduites en esclavage, nous avons développé des armes de destruction de plus en plus massive au fur et à mesure que nos propres populations augmentaient.

Car nous tuons tout ce que nous touchons. 
L’empreinte écologique de chaque être humain ne se limite pas à sa consommation de viande, à ses déchets plastiques ou à ses voyages en avion.
Chaque objet, chaque création artistique, chaque invention technologique est un nouveau coup de poignard à la biodiversité et à la santé de la planète. Pour construire l’Acropole, il a fallu déforester toute la région. Pour conquérir la Lune, il  a fallu de l’huile de baleines pour les rouages fins des fusées. Pour se chauffer en hiver et se déplacer en voiture, il faut larguer dans le ciel de milliards de tonnes de carbone.

« Si les dauphins avaient un langage du même type que le nôtre » explique Christine Reneally dans Pour la Science, « ils ne se contenteraient pas de transmettre des informations ponctuelles à leurs congénères. Ils les regrouperaient en un vaste corpus de connaissances sur le monde. Au fil des générations, des pratiques intelligentes, des connaissances étendues et des techniques complexes se développeraient. Les dauphins finiraient par avoir une histoire. Et avec l’histoire, ils prendraient connaissance de la vie et des idées d’autres groupes de dauphins (…)
« Mais seuls les humains peuvent effectuer ces voyages dans le temps, comme seuls les humains peuvent pénétrer dans la stratosphère ou  confectionner une pâtisserie
« .

Les humains n’ont pas utilisé leur intelligence collective uniquement pour inventer la pâtisserie. Ici, au Vietnam.

En quoi la pâtisserie ou les voyages dans la stratosphère intéresserait-il un dauphin ?
Pourquoi toute intelligence évoluée supportée par un gros cerveau, comme c’st le cas des éléphants, des cétacés et des grands singes, doit-elle nécessairement mener à des progrès techniques, à une histoire, à des fusées ou à des pâtisseries ?
Ne peut-on imaginer des civilisations heureuses de ne pas évoluer, justement ? Des cultures capables d’apprécier la vie telle qu’est vous est donnée et d’en tirer parti au mieux sans être agité sans cesse par le besoin d’aller plus loin, d’en savoir plus, d’investir de nouveaux espaces tout en démolissant ceux que l’on conquiert ?

Quant au langage, il faut être bien présomptueux pour affirmer que les autres animaux n’en ont pas. Celui des bélugas, par exemple, n’a encore jamais été étudié avec des instruments scientifiques modernes pour une raison bien simple : leur communication est beaucoup trop complexe !
Nous ne savons rien de ce que les dauphins se disent, ni les éléphants ou les orques. Peut-être ont-ils acquis une connaissance du monde  qui ne passe par la science mais par d’autres chemins et n’implique pas sa destruction.


Hommes et chimpanzés : le même goût de la guerre !

Pour en finir avec l’anthropocentrisme