Les cétacés pleurent leurs morts, juste comme nous



L'orque L72 porte le corps de son bébé sur la tête. Photo National Geographic
L’orque L72 porte le corps de son bébé sur la tête. Photo National Geographic

Les cétacés pleurent leurs morts, juste comme nous

Whales Mourn Their Dead, Just Like Us

By Traci Watson

Les cétacés sont le plus souvent intelligents, sociables et ils forgent entre eux des liens extrêmement étroits.
Il est clair désormais que ces liens peuvent être plus forts que la mort elle-même.
Plus de six espèces de mammifères marins ont été observés tandis qu’ils s’accrochaient au corps d’un congénère décédé, probablement un compagnon ou un parent, déclarent aujourd’hui les scientifiques dans une nouvelle étude.
L’explication la plus probable à ce refus des animaux de lâcher des cadavres: la douleur.

« Ils sont en deuil», explique Melissa Reggente, co-auteur de la recherche et biologiste à l’Université de Milan-Bicocca en Italie. « Ils sont plongés dans la douleur et profondément stressés. Ils comprennent parfaitement que quelque chose ne va pas».

Les scientifiques ont constaté un nombre croissant d’espèces, depuis les girafes jusqu’aux chimpanzés en passant par les corneilles, qui se comportent comme s’ils étaient frappés par le chagrin. Les éléphants, par exemple, reviennent encore et encore près  de la dépouille d’un compagnon mort.
Ces résultats scientifiques relancent le débat sur la question de savoir ce que ressentent les animaux. S’ils ressentent bien des émotions similaires aux nôtres, alors il faut en tirer les conséquences dans la façon dont nous les traitons. (Voir « Les corneilles honorent-elles leurs morts ?)

Taiji, le 28 janvier 2014. On imagine mal l’intensité de la souffrance de ceux qui devront survivre en bassin après avoir assisté à l’atroce massacre de leurs plus proches parents, enfants et amis.

Veiller un mort 

Le chagrin des animaux peut être défini comme une « détresse émotionnelle particulière associée à une perturbation du comportement habituel », selon les mots de Barbara King, professeur émérite d’anthropologie à Williamsburg en Virginie, et auteur du livre « Comment les animaux font leur deuil ».

Pour l’étude publiée récemment dans le Journal of Mammalogy,  Reggente et ses collègues ont regroupé les observations, pour la plupart inédites, relatives à des comportements de deuil chez 7 espèces de cétacés, de l’immense cachalot au petit dauphin sténelle.
Ils ont découvert que ces 7 espèces ont toutes été vues en train d’accompagner leurs été vus tenir compagnie avec leurs morts dans les océans du monde entier.
« C’est une attitude très commune chez les cétacés que de veiller ses morts et cette pratique est répandue dans le mode entier » a déclaré la chercheuse.

Par exemple, des scientifiques ont pu observer en Mer rouge un dauphin de l’Indo-Pacifique poussant le cadavre décomposé d’un autre dauphin plus petit à travers l’eau. 
Après qu’ils eurent attrapé le corps mort au lasso, ils l’ont tiré vers le rivage pour aller l’enterrer. Durant tout ce temps, l’adulte en deuil a suivi la dépouille en continuant à la toucher, jusqu’à ce que l’eau soit devenue traîtreusement peu profonde pour lui.  Longtemps après que la carcasse eut été enlevée, l’adulte est resté au large, face à l’endroit où le petit avait amené sur terre.
On ignore quels liens les unissait, mais l’on peut supposer qu’il s’agissait d’une mère et de son enfant, ou de deux proches parents, affirme Reggente.

Faire le deuil de ceux qu’on aime

Un tel comportement, après tout, a un coût énorme: un cétacé qui reste à veiller le corps de son ami mort est un cétacé qui ne chasse pas, en mange pas et ne socialise plus.
Parfois les scientifiques disposent d’indices plus sûrs la relation entre le mort et celui qui l’accompagne.

Ainsi, l’orque femelle connue sous le nom de L72 a été observée au large de l’île de San Juan, en train de porter un nouveau-né mort dans sa gueule. On savait qu’elle venait récemment d’accoucher L72 portait des signes d’avoir récemment accouché. C’était bien son enfant.
« Elle tentait toujours de maintenir le petit cadavre en surface, de le garder en équilibre au-dessus de sa tête», explique Robin Baird, qui a été témoin des efforts de la mère. « Une mère orque et sa progéniture peuvent passer toute leur vie ensemble », ajoute-il. « Quand l’un d’entre eux meurt, les autres ressentent le même genre d’émotions de perte et de chagrin que vous et moi lorsque nous perdons un proche ».

L’étude a également révélé d’autres témoignages à propos de cétacés poussant leurs bébés morts travers l’eau et  les touchant avec leurs nageoires.
Dans un cas précis, les globicéphales à nageoires courtes de l’océan Atlantique Nord ont fait un cercle de protection autour d’un adulte et de son enfant mort.

Dans un autre cas, un dauphin sténelle poussait le corps d’un plus jeune animal vers un bateau en Mer Rouge.
Lorsque les occupants du navire ont enlevé la carcasse hors de l’eau, tout le groupe de dauphins a rejoint leur compagne endeuillée ont encerclé le bateau puis ils s’en sont allé au large.
« Nous ne pouvons pas expliquer pourquoi ils ont agi ainsi», déclare Reggente.

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Maman dauphin portant son bébé mort dans la région de Guangxi Zhuang en Chine. Photo Daily Mail

 

Vrai chagrin

L’anthropologue Roy approuve l’idée que de tels incidents prouvent bien que les mammifères marins sont en deuil.
« Bien sûr, parfois nous pouvons assister à des comportements de curiosité ou d’exploration qui ne peuvent être «désactivés » répond-elle par courriel. « Mais il est indéniable que nous pouvons également mesurer toute l’ampleur du chagrin des cétacés dans l’énergie qu’il dépensent à transporter ou à soulever hors de l’eau les enfants morts, à caresser régulièrement les corps ou à soutenir  avec d’autres un compagnon en deuil. »

 

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Un globicéphale mâle transporte le corps mort d’un enfant. Photo Deron Verbeck

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