Les dauphins de Baltimore se préparent pour la Floride



Les dauphins de Baltimore se préparent pour la Floride

Les dauphins de Baltimore se préparent à rejoindre leur sanctuaire en Floride.
Dans 30 mois, ils quitteront pour toujours leur delphinarium du Maryland pour rejoindre la baie fermée qui les attend, quelque part dans les Keys.

L’article qui suit nous fait voir les préparatifs  de ce grand voyage vers l’inconnu, exceptionnel en ceci qu’il a été décidé par l’Aquarium de Baltimore lui-même et qu’il présage une évolution plus globale de l’industrie de la captivité.

Celle-ci a déjà du faire beaucoup de concessions, non pas tant à cause de ces activistes honnis qui l’empêche d’exploiter les cétacés en rond, mais surtout du fait des avancées scientifiques relatives au monde mental des cétacés.
Comment peut-on encore aujourd’hui enfermer des êtres supérieurement intelligents et sociaux, dotés de langages, de cultures et d’une vie sociale aussi complexe que la nôtre, dans des bassins de béton rempli d’eau filtré ?
A cela, l’Aquarium de Baltimore apporte sa réponse :  il renonce. Il jette le gant et se propose d’enfermer ses sept derniers dauphins dans un espace mieux adaptés à leurs besoins.

Pour les femelles ChesapeakeJadeSpiritMaya et Bayley et pour les mâles Beau et Foster, tous nés captifs dans les bassins de l’Aquarium entre 1992 et 2008, ce ne sera pas encore la liberté.
Mais cela se rapprochera tout de même un peu plus de la vraie vie des dauphins libres.

Les dauphins de Baltimore apprennent leur plus grand tour : voyager vers leur nouvelle demeure

National aquarium dolphins are learning their biggest trick yet—traveling to a new home


Il ne fait aucun doute que ce grand dauphin âgé de 18 ans, l’un des sept que possède encore le Baltimore Aquarium, a déjà vu maintes fois ce même tapis sur le bord de la piscine.
Peut-être est-elle effrayée par le photographe qui se tient près d’elle avec une sorte de boîte noire qui lui masque le visage. Ou bien le problème vient-il du grand parasol de plage vert pomme qui jette des cercles d’ombres inconnues sur l’eau de son bassin.
Quelle que soit la raison, lorsque la dresseuse April Martin s’est agenouillée à un bout du tapis et levé sa main à la verticale avec les doigts pointés vers le ciel – un signe pour indiquer au dauphin de se propulser hors de l’eau et de s’échouer à plat ventre – Jade ne l’a fait qu’à moitié. Un petit saut timide à peine assez puissant pour amener son rostre sur le tapis puis elle retombe aussitôt en arrière dans la piscine.

Martin se retourne et marcha à quelques pas du seau rempli de poissons avec lesquels les dauphins sont récompensés.
« Pour cette fois, Jade ne reçoit aucun renforcement positif », souligne Kerry Diehl, conservateur adjoint de l’Aquarium. « Mais elle aura l’occasion d’essayer à nouveau. »

 

Le compte à rebours est lancé.
Au cours des 30 prochains mois, Jade exécutera encore cette manœuvre à de nombreuses reprises, car c’est l’un des premiers apprentissages que les dresseurs devront lui apprendre avant l’automne 2020.
A ce moment-là, les 7 dauphins se retrouveront tous ensemble à l’arrière d’un camion, puis dans un avion et ils prendront le départ vers leur nouvelle demeure, un sanctuaire géant au bord de l’océan.
En 2016, au terme d’années de protestations de la part d’activistes déclarant qu’il était inhumain de garder des êtres aussi intelligents dans un petit enclos en béton, l’Aquarium a fait sensation en annonçant qu’il se lançait dans un ambitieux plan quinquennal destiné à déplacer ses dauphins dans un nouvel espace extérieur sous les tropiques, aussi semblable que possible à leur environnement naturel mais avec une présence humaine pour assurer les soins.

L’initiative de l’Aquarium s’inscrit dans la tendance actuelle de fournir aux cétacés captifs des bassins plus vastes. SeaWorld (et le Marineland d’Antibes en 2011) se sont ainsi plié à la pression de l’opinion publique en déplaçant leurs orques dans des bassins plus grands.

Mais le projet de l’aquarium de Baltimore, d’un coût estimé entre 10 et 15 millions de dollars, est autrement plus ambitieux et plus complexe. Venant d’un delphinarium, il est même sans précédent, selon la spécialiste Janet Mann, professeur à l’Université de Georgetown – et s’accompagne également de risques nouveaux.
« C’est une décision courageuse pour l’Aquarium », a déclaré Janet Mann, fine connaisseuse des dauphins libres de Shark Bay en Australie. « Ses dirigeants prennent un gros risque et je les admire de faire un tel effort. Car à moins que ce ne soit un éblouissant succès glorieux – ce que je souhaite de de tout cœur – l’Aquarium croulera sous les critiques de la part de la profession au moindre problème« .

An Update on Our Dolphin Sanctuary

To date, we have visited more than 30 sites in Florida and the Caribbean in search of the future home for our dolphin sanctuary. Members of our leadership and the marine mammal team continue to make trips to prospective sites, including areas of interest in the Florida Keys!

Posted by National Aquarium on Tuesday, March 20, 2018


Le but de l’Aquarium de Baltimore est d’abord d’améliorer la qualité de vie des dauphins en augmentant considérablement la taille de leur habitat et en les exposant à la présence de poissons, d’algues ainsi qu’aux changements de temps qu’ils rencontreraient normalement à l’état sauvage.

Dans le même temps, un suivi vétérinaire et alimentaire leur sera assuré.
Les visiteurs ne pourront plus se rapprocher des dauphins comme ils le faisaient à l’Aquarium. Mais ils pourront observer ces créatures captivantes depuis un petit chemin longeant la mer e promenade en bord de mer et regarder Jade, Spirit, Chesapeake et leurs amis nager dans les courants marins et se lancer de temps en temps dans de spectaculaires « breachings » pour exprimer leur bonne humeur !

Ce nouvel espace marin sera d’une taille de 50 à 100 fois supérieure à celle de leur bassin actuel, a précisé John Racanelli, président du Conseil d’Administration de l’Aquarium. Il pourrait atteindre 300 mètres de long sur 150 mètres de large et être séparé de la mer par une double clôture. Il y aura un centre de recherches scientifiques sur les lieux, ainsi qu’un laboratoire médical et un site de préparation des aliments et de réfrigération.
« Nous avons examiné environ 30 sites possibles jusqu’à présent », continue Racanelli, « et il est très probable que notre site final se trouvera dans les Keys, en Floride« .

Cudjoe Key

L’un des principaux favoris est une ancienne carrière à Cudjoe Key, située à environ 20 km de Key West.
Une autre possibilité serait un site sur No Name Key, au sein d’un refuge naturel pour les daims.
« Il existe également quelques marinas à vendre à des prix raisonnables, et ce sont d’excellents endroits. »

Quelle que soit la taille de l’enclos marin, tempère Janet Mann, il n’approchera jamais celle du territoire naturel des dauphins, qui s’étend sur quelque 100 kilomètres carrés.
« Il est évidemment impossible de construire un enclos marin reproduisant correctement le domaine vital des cétacés » ajoute la scientifique. « Pour les dauphins, le seul fait de vivre à quelques mètres les uns des autres jour et nuit constitue déjà un comportement hautement artificiel. A l’état sauvage, ils peuvent parfaitement ne pas croiser leurs amis les plus proches pendant des jours, des semaines ou même des mois« .

En revanche, estime-t-elle, la libération de ces dauphins dans l’océan n’est pas une option viable.
« Les gens aiment ces animaux et veulent les voir partir librement, mais s’ils le faisaient, les dauphins ne s’en sortiraient pas. Même à l’état sauvage, les cétacés mettent longtemps à perfectionner leurs techniques de recherche de nourriture. Ils apprennent beaucoup grâce à l’apprentissage social. Pour les dauphins nés en captivité, il faudrait peut-être une génération ou deux pour qu’ils réapprennent les techniques de chasse nécessaires »

Et de citer l’échec catastrophique d’une tentative de ce genre en 1992, lorsque le parc marin Atlantis en Australie a voulu libérer ses dauphins.
Après une période intensive de 10 mois conçue pour leur enseigner les techniques de survie, neuf dauphins ont été relâchés dans l’océan. Les anciens captifs ont perdu du poids, et l’un d’eux s’est mis à suivre les bateaux de pêche en quémandant de la nourriture. Trois d’entre eux ont finalement été repris et ont été placés dans un aquarium local. Les six autres dauphins n’ont plus été revus depuis le début de 1992,
(A contrario, la libération de sept dauphins captifs en Corée s’est révélée un succès remarquable, puisque plusieurs femelles ont eu un bébé après leur libération et que tous ont pu réintégrer leur groupe familial).

Les dauphins de l’Atlantis Park en Australie ont été mal préparés à la vie libre. Photo Zoo Chat

L’Aquarium de Baltimore est toujours à la recherche de fonds privés pour acheter et construire son nouveau site, bien qu’une partie de la somme sera fournie par les visiteurs qui se promèneront autour du sanctuaire.
Son objectif de l’Aquarium n’est pas d’élever des générations successives de dauphins dépendants de l’homme, de sorte que les cétacés continueront à recevoir l’équivalent de la pilule contraceptive.

Mais le sanctuaire pourrait devenir un lieu de retraite pour d’autres dauphins captifs (comme ceux de Barcelone) et pourrait également servir de refuge à des dauphins sauvages gravement blessés.
« En fait, nous essayons de trouver un site pouvant contenir jusqu’à 20 dauphins », a expliqué Racanelli. « Nous avons déjà commencé à prendre contact avec d’autres organisations qui souhaiteraient mettre leurs dauphins à la retraite. Nous serons en mesure de prendre en charge un nombre raisonnable de demandes, à condition d’obtenir les fonds nécessaires. »

Pendant ce temps, le personnel de l’Aquarium continue à amener peu à peu des objets inconnus, tels que des parasols de plage que les dauphins trouveront dans leur nouvel environnement. Les soigneurs travaillent aussi avec des lunettes de soleil, qui seront nécessaires aux humains travaillant à l’extérieur en Floride, mais qui empêchent les dauphins de voir les yeux de leurs dresseurs.
Les algues ont été laissées croître dans le bassin des dauphins pour la première fois et, finalement, de l’eau de mer naturelle issue de leur future sanctuaire sera mélangée à celle de leurs bassins actuels – d’abord un petit peu puis beaucoup plus. Pour les dauphins, c’est un changement risqué.
« Il existe en mer des organismes auxquels ces animaux n’ont jamais été exposés, des microbes qui pénètrent dans leurs intestins et leurs poumons » confirme Janet Mann,

Bien qu’il soit impossible de prévoir à l’avance tout ce que les dauphins vont découvrir dans leur nouvelle demeure, les soigneurs anticipent plusieurs sources potentielles de stress, notamment le voyage en camion jusqu’à l’aéroport, et puis le vol en l’avion. C’est pourquoi Martin s’efforce d’enseigner à Jade ce que les formateurs appellent le comportement de «remontée».

Une fois que Jade se sentira à l’aise pour sauter sur le tapis, celui-ci sera remplacé par une civière. Elle apprendra à se tenir tranquille pendant que des gens se rassemblent de chaque côté. Ensuite, elle apprendra à rester imperturbable lorsque les humains soulèveront la civière et la chargent à l’arrière d’un camion au toit ouvert équipé d’un grand caisson rempli d’eau. Jade apprendra à se reposer sur la civière, recouverte par l’eau à mi-hauteur.
« La civière est un peu la version dauphin d’un siège pour enfant », détaille Corinne Weaver, la porte-parole de l’Aquarium, ajoutant que l’eau contribuera également à soutenir et à stabiliser les animaux. Les entraîneurs grimperont dans le camion et se placeront aux côtés des dauphins, en surveillant leurs signes vitaux et leurs comportement pour s’assurer qu’ils ne paniquent pas.
« A terme, les dauphins feront même un petit tour en camion dans les rues de Baltimore » raconte Racanelli. « Notre objectif est que, lorsqu’ils prendront le grand départ pour la Floride en 2020, ils se seront habitués à toutes les manipulations liées à leur déménagement, à l’exception de l’avion, bien entendu ».

A dolphin at the National Aquarium in Baltimore, July 22, 2010. (Brendan Smialowski/The New York Times)

Il reste encore 30 mois pour se préparer.
Pour le moment, on ne demande à Jade que de sortir de l’eau et de se placer sur son tapis bleu.
Après avoir donné quelques secondes au dauphin pour se ressaisir, Martin retourne vers le fameux tapis, s’accroupit à côté et lève à nouveau sa main à la verticale.
Sans hésiter, le dauphin se soulève hors l’eau et atterrit toute entière sur la natte en enfonça son rostre dans la paume de sa dresseuse.
Celle-ci écarte les deux bras sur les côtés, fait un large sourire et déclare d’une voix forte et enthousiaste: « Bonne fille! » Puis elle tapote Jade sur le dos – un signe pour le dauphin qu’il faut retourner dans sa piscine – et lui lance du poisson.
Jade semble comprendre qu’elle a réussi le test. « Ack, ack, ack », cria-t-elle joyeusement.
« Tu es incroyable, Kiddo ! » lui lance Martin.

Pour rester informé des progrès des 7 dauphins de l’Aquarium de Baltimore 

Creating the Future for Dolphins in our Care

Le sanctuaire en Floride tel qu’imaginé par le Baltimore National Aquarium. By courtesy of Studio Gang. (PRNewsFoto/National Aquarium)

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