Les dauphins du fleuve Araguaian sont de grands bavards 

Les dauphins du fleuve Araguaian sont de grands bavards

On les croyait presque muets : les dauphins d’eau douce du fleuve Araguaian sont en fait de grands bavards ! 
Considéré désormais comme une espèce unique depuis cinq ans à peine – non sans controverse -, le dauphin de l’Araguaian au Brésil se révèle être une créature aquatique de plus fascinantes, mais fort mal comprise. De nouvelles recherches nous apprennent que ces dauphins de rivière produisent une gamme surprenante de sons afin de communiquer.

Les dauphins d’Araguaian, également appelés botos, ont été identifiés pour la première fois en 2014.
Les Botos vivent exclusivement dans les bassins des fleuves Amazone, Orénoque et Tocantins en Amérique du Sud, où ils utilisent leur long bec pour chasser le poisson.
Ces dauphins sont considérés comme des reliques de l’évolution, ayant divergé des autres cétacés (une famille comprenant les dauphins et les baleines) plus tôt que les autres dauphins. En raison de leur position unique dans l’arbre généalogique des cétacés, les scientifiques peuvent étudier ces créatures afin de mieux comprendre les ancêtres des dauphins marins, tels que le grand dauphin. De plus, en étudiant les botos dans la nature, les scientifiques peuvent acquérir de nouvelles connaissances sur l’origine de certains comportements des dauphins, tels que leurs compétences en communication. Les biologistes aimeraient savoir, par exemple, si ces clics et sifflets emblématiques sont la conséquence de la vie fluviale ou océanique.

Répartition des différentes sous-espèces de botos. Photo PLOS-ONE

Les botos sont notoirement insaisissables. À la différence des dauphins marins et de leurs démonstrations spectaculaires, ils ne font aucun bruit lorsqu’ils viennent respirer en surface. Ils ont tendance à être solitaires et timides, vivant au sein de tout petits groupes sociaux. Ces dauphins sont en danger critique d’extinction et il n’en resterait plis que 1.000 encore en liberté.
On sait peu de choses sur leur capacité à émettre des sons ou à communiquer entre eux, mais des recherches effectuées il y a quelques années ont montré qu’ils étaient capables de faire des bruits tels que des clics, des sifflets, des craquements à la mâchoire et d’autres sons. On ne savait pas grand chose de plus.

« La majorité des études sur les dauphins de l’Amazone, ainsi que sur d’autres dauphins du monde, ont fait état d’un petit nombre de sons servant à la communication », a expliqué Gabriel Melo-Santos, auteur principal de la nouvelle étude et biologiste marin à l’Université de St. Andrews. « Certaines études indiquent même que les botos ont un système de communication simple composé de peu de types de sons. »

Il existe cependant un groupe de botos dans la rivière Tocantins dans la ville de Mocajuba, au Brésil, qui se sont acclimatés à l’homme. Les habitants de cette ville nourrissent les dauphins depuis un marché aux poissons établi le long de la rivière. Melo-Santos et la biologiste Laura May-Collado de l’Université du Vermont ont visité ce marché pour étudier cette population particulière. Leur nouvelle recherche, publiée aujourd’hui dans PeerJ , montre que les dauphins d’Araguaian sont capables de produire des centaines de sons différents pour communiquer.

À l’aide de microphones et de caméras sous-marins, les chercheurs ont enregistré les sons et les comportements des dauphins. Des échantillons génétiques ont été collectés pour déterminer les relations. Près de 400 sons ont été enregistrés, que les chercheurs ont classés en différents types, dont 13 types de sons et 66 types d’appels pulsés.
«Nous avons été surpris de découvrir plus de 200 types de sons et nos résultats indiquent qu’il y a encore beaucoup à découvrir», a déclaré Melo-Santos. « Fait très intéressant, nous avons découvert que les sons les plus couramment produits semblent jouer un rôle important dans la communication entre la mère et son-petit. »

Les sons les plus courants émis par les botos étaient des appels courts scindés en deux parties.
Les jeunes émettaient 35% de ces appels de courte durée, qu’ils produisaient lorsqu’ils rejoignaient leur mère. Ce type de son est probablement une signature sifflée, grâce auquel les veaux peuvent s’identifier par rapport aux autres – un comportement également observé chez les dauphins marins.

Les dauphins de rivière produisent également des appels sifflés plus longs, quoique moins fréquents. Le but exact de ces sons n’est pas clair, mais des appels similaires lancés par les grands dauphins et les orques, qui « portent des informations sur l’identité du groupe» et sont utilisés pour «maintenir la cohésion sociale », écrivent les auteurs dans cette étude. Les appels lancés par les dauphins des rivières semblent toutefois utilisés pour «garder une distance les uns avec les autres, plutôt que pour promouvoir les interactions sociales comme chez les dauphins marins» écrivent les auteurs de l’étude.

En outre, la gamme de fréquences des signaux produits par les botos n’était pas aussi basse que celle de certaines baleines pour communiquer sur de grandes distances, ni aussi élevée que celle utilisée par les dauphins marins pour communiquer sur de courtes distances. Cela pourrait avoir quelque chose à voir avec la vie en milieu fluvial.
«Il existe de nombreux obstacles, tels que les forêts inondées et de la végétation dans leur habitat. Ce signal aurait donc pu évoluer pour éviter les échos de la végétation et améliorer la distance de communication entre les mères et leurs petits», explique May-Collado.

 

Comme indiqué précédemment, cette population de dauphins était habituée à l’homme et l’étude s’est déroulée à proximité d’un marché très animé. Ces facteurs peuvent avoir interféré avec les résultats.
«Ce qui a pu arriver, c’est que nous avons enregistré des sons associés aux contextes comportementaux du marché ou à des interactions particulières en cet endroit. Comme notre analyse l’indique, il reste encore beaucoup à découvrir si nous continuons à étudier des enregistrements», a expliqué Melo-Santos. «Néanmoins, les animaux que nous avons enregistrés dans cette étude sont des individus sauvages en liberté qui interagissent avec d’autres dauphins de la même population. Les sons que nous avons trouvés sont donc représentatifs de cette nouvelle espèce. C’est donc un premier pas très important vers la compréhension d’un aspect fondamental de la biologie d’un dauphin aussi peu connu ».

Les chercheurs aimeraient étudier d’autres populations de dauphins des rivières, y compris celles d’autres espèces (il existe trois autres espèces connues de dauphins des rivières) et des dauphins du fleuve Araguaian non habitués à l’homme.
Une analyse plus approfondie permettra de mieux comprendre les capacités de communication des botos et les racines évolutives de cette capacité.
« Nous ne pouvons pas dire quelle fut l’évolution de l’histoire jusqu’à ce que nous sachions quels sons sont produits par d’autres dauphins de rivière dans la région amazonienne et en quoi cela se rapporte à ce que nous avons découvert », a déclaré May-Collado. « Nous avons maintenant toutes ces nouvelles questions à explorer. »


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