Les derniers dauphins du Parc Astérix



Belize car la plus petite de tous. Son corps est vraiment marqué de coups de dents.

Les derniers dauphins du Parc Astérix

Les derniers dauphins du Parc Astérix ne sont pas très en forme, malgré ce que nous annonce le parc sur son site web :

« Ici, dauphins et otaries rivalisent d’intelligence et d’agilité pour émerveiller les grands et les petits. Laissez-vous subjuguer par un spectacle émouvant. Entre les spectacles, vous pouvez voir de plus près, derrière des hublots, ces artistes magnifiques. Alors sans plus attendre, une visite s’impose au théâtre de Poséidon ! Le spectacle Révérence est représentée tous les jours au théâtre de Poséidon ».

La réalité semble un peu différente, si l’on en juge par le témoignage illustré de notre correspondante à Paris N.K. et par les photos qu’elle nous envoie. Manifestement les « magnifiques artistes » sont fatigués, certain mourant, d’autres si stressés qu’ils s’échouent pour fuir les bagarres sous l’eau, comme ils le faisaient déjà il y a plus de 20 ans…

Aya échouée. C’était en 2007

Est-ce que ce spectacle a encore un avenir ?
Sans doute, non. Comme tous les delphinariums en Europe, celui du Parc Astérix devient peu à peu une relique du passé, guère mise en avant dans les reportages fêtant les 30 ans de l’entreprise de loisirs.
Le public n’accroche plus, la magie n’est plus là, les critiques se multiplient les gens en savent trop. Financièrement, l’entretien de ces dauphins esclaves devient un poids mort. Leur présence incongrue au coeur même d’un parc d’attractions bruyant et très fréquenté pose également problème.
Partiront-ils en Chine, eux aussi ?  On sait que la Compagnie des Alpes, qui les détient, collabore activement avec Fosun, un holding financier très impliqué dans la construction de nouveaux delphinariums chinois…

Un spectacle en hiver

Témoignage 

« Tout d’abord le spectacle : deux par jours (en plus des cessions de training) pour cette période de fêtes.
Les huit dauphins y participent.
Une voix pré-enregistrée les présente et je reconnais les noms: Guama, Cessol, Aya, Beauty, Baily, Belize, Femke et Bahia. Ils sont tous là. Cette même voix nous indique comment en reconnaître trois : Belize, la plus petite (car la plus jeune); Femke qui a un physique particulier (c’est peu dire) et qui, la voix semble y prêter importance car elle le précise, avait déjà la dorsale courbée BIEN AVANT d’arriver au parc Astérix; Beauty qui a l’évent blanc (mais la voix n’explique bien sûr pas que c’est du a des champignons qui ont attaqué sa peau).
Les autres?  Ils resteront des dauphins parmi les autres et tant pis pour ceux qui veulent mettre un nom dessus.

La voix ajoute que les traces blanches sur les dauphins ne sont que le résultat de jeux entre les animaux.
Tiens ?! un besoin du parc de se dédouaner ? D’anticiper les éventuelles questions gênantes ? Pourquoi ne pas dire que ce sont les morsures qui sont en cause ? Qu’enfermés comme ils le sont, les dauphins stressent et deviennent agressifs ? En tout cas, des traces il y en a bien ! Celle que j’identifie comme Belize sur les photos en est complément couverte! C’est choquant, elle qui est si jeune ! Cessol et Guama ne sont pas non plus épargnés.

Le spectacle débute avec 4 otaries et leur dresseuse souriante.
Il ne dure pas plus de 5 minutes (sic ! Une vie enfermés pour 10minutes de spectacle par jour ?!). Une des otaries traverse à quelques reprises le bassin des dauphins. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne s’attarde pas. Elle file juste sous la surface de l’eau et prend soin d’éviter les dauphins et saute même parfois par dessus.
C’est là que j’ai pu remarquer des attaques.
Sur la vidéo ci jointe, l’otarie évite un dauphin (non visible sur la vidéo) presque en faisant demi tour. Une seconde plus tard, on voit le même dauphin foncer sur elle. Mon compagnon, qui n’y connaît rien à la captivité, s’est penché vers moi pour me demander si c’était normal. Que dire ? Je ne sais même pas si c’est le fruit du hasard d’avoir assister à cet incident pendant l’unique spectacle où je suis allée ou si l’otarie prend un risque à chaque fois. En tout cas, dès qu’une otarie plonge, un attroupement de dauphins se fait.


Puis, voilà l’arrivée des quatre dresseurs de dauphins.

Quelques sauts, des tours de bassin, du waterwork, des lancers de balle… rien de bien nouveau. On voit par contre le désir du parc de ne plus faire un simple show mais de donner un côté « éducatif »; un « professeur » (avec toute sa panoplie: lunettes, grand manteau, cartable a main) fait désormais partie du show. Il explique, entre autre, que les dauphins, les Tursiops truncatus, utilisent l’écholocation, nagent a 40km/h, qu’ils entendent très bien, que la puissance de leur queue leur permet de sauter haut… Et j’en passe.

Mais ce qu’il oublie de préciser c’est bien sûr que l’écholocation ne sert à rien quand vous êtes enfermés dans un bocal vide, que nager et sauter haut n’ont aucun sens quand cinq coups de caudales vous propulsent déjà à l’autre bout du bassin et surtout, que bien entendre est plus un handicap quand vous vivez dans un lieu aussi bruyant. Sérieusement le feu d’artifice qui a lieu TOUS les soirs (du moins pendant la période où j’y étais) s’effectue sur le plan d’eau JUSTE DERRIÈRE le bassin des dauphins ! (Plan d’eau qui, je tiens à préciser, est plus étendu que l’habitat des dauphins!)
Et je ne parle pas des gens qui s’époumonent non loin sur les attractions ! Même avec mes oreilles humaines je les entends!

Hors spectacle :  on peut venir voir à loisir les dauphins et les otaries.
Les deux espèces sont dans des bassins séparés. Les otaries se contentent d’une minuscule plage et d’un trou d’eau verdâtre. Les dauphins ont le droit à un bassin bleu clair plus grand dont le fond est parsemé d’algues. On sent le chlore quand on s’approche (même si le professeur du spectacle clame que c’est l’eau de mer reconstituée (???)).

Une demie-heure avant le spectacle, je me suis assise pour observer les dauphins.
En ce court laps de temps, j’ai compté une agression (Femke sur Belize. L’instant d’après Belize s’échoue tandis que Femke apparaît juste à côté) et 21 échouages volontaires (en 30minutes d’observation !) de la petite Belize près des coffres à nourriture. L’un des échouages est, comme je l’ai dit, causé par Femke. Durant quelques échouages, l’un des dauphins demeure proche, faisant du spyhopping. Pour le reste, Belize s’échoue seule, sans raison apparente.
Le spectacle fini et les dresseurs partis, elle se remet à s’échouer, toujours au même endroit.

Belize échouée. Sous l’eau, on distingue l’ombre d’un autre dauphin. Il s’agit sans doute d’échapper aux morsures…

Sous les gradins, des vitres permettent de voir le bassin en vue sous-marine.
Les spectateurs y ont accès hors spectacle. Un sticker sur toutes les vitres demandent aux visiteurs de « ne pas taper sur les vitres, pour ne pas déranger nos amis »et de « ne pas utiliser de flash ». C’est le moins qu’on puisse faire !
Ici, on peut admirer les dauphins. Devant les yeux ébahis, ils nagent en rond. Il y a deux couples : Beauty, qui semble nager avec Aya (à moins que ce ne soit Baily ?) et Bahia qui nage avec sa mère Baily (à moins que ce ne soit Aya).
Guama, les yeux mi-clos ne s’approche pas vraiment des vitres, préférant faire des allers retours jusque dans le bassin caché au public, sous les gradins. Cessol et Belize nagent seuls.
Toujours le même chemin. Toujours le même endroit pour remonter respirer. Même les gens se lassent et ne restent pas plus de quelques minutes.

Vue sous marine. Beauty au dessus, reconnaissable à sa couleur foncée et son event blanc. En dessous par contre… Je suppose que c’est Aya car plus claire et plus petite.

Et Femke, qui flotte au loin…
Des panneaux expliquent son cas (j’y reviens plus loin). Aucune info sur qui sont les autres dauphins. Pourtant ils ont une histoire !
Il y a Guama, l’ancien souffre douleur devenu mâle dominant, père des derniers bébés; arraché des eaux de Cuba pour venir « habiter » le tout nouveau « théâtre de Poséidon » avec deux autres dauphins en 1988, il en est le seul survivant.
Il y a Cessol le mâle dominé, né dans les bassins de SeaWorld.
Il y a la doyenne Beauty dont l’évent porte encore la trace des champignons qui l’ont dévoré. Née libre, puis enfermée 14 ans dans un minuscule bassin allemand avant de venir combler le bassin du parc Astérix. Elle y a perdu son amie du début ; Cindy, et ses bébés, Balasi, Byos et Baleos (morts ou transférés).
Il y a Baily, fille aînée de Beauty qui a été séparée par l’Homme de ses deux fils, Galeo et Naska.
Il y a Bahia, 4 ans, l’unique enfant qui reste à Baily.
Il y a Belize la petite dernière, fille de Beauty, 2 ans seulement et le corps déjà meurtri.
Et enfin, il y a Aya dont la place de dominante n’a pas empêché la mort de son bébé Aloha lors d’un combat entre dauphins.

Femke

Pour en revenir à Femke et son panneau explicatif; on y apprend qu’elle est atteinte du syndrome de « Cushing », d’où son aspect enflé. On y apprend aussi que si elle passe tant de temps en surface, c’est pour se reposer. Voilà de quoi rassurer les enfants ; dans les gradins j’ai entendu des phrases comme « elle est morte? », « C’est quoi ce gros truc là bas ? »
Grâce a ce panneau, petits et grands ont une explication et peuvent retourner tranquille à leurs manèges ; ce dauphin est malade et il dort juste. Comment peuvent ils être si ignorants et se contenter de ça ? Hormis pour les spectacles, Femke se laisse flotter.
Même quand elle agite un peu la caudale pour se déplacer, elle ne plonge pas. Quel malheur de voir ce magnifique animal gonflé de partout passant la majeure partie de son temps isolée dans un coin!  La regarder là… sincèrement j’en ai eu le cœur déchiré. Femke est née libre et la voilà dans un état abominable, tout ça pour 20 minutes de spectacle. Tout ça pour des gens qui oublient ces animaux aussitôt, qui ne lisent même pas les panneaux, et qui s’empressent de retourner à leurs manèges.

Femke
Femke monstrueusement gonflée par la maladie

Quel gâchis ! Le parc est très bien, un delphinarium ne lui ajoute rien. Les gens ne viennent pas pour les dauphins
Au revoir Guama, Cessol, Beauty, Baily, Aya, Bahia et Belize! Au revoir la magnifique Femke! Je suis désolée de ne rien pouvoir faire d’autre que parler de vous. »

Texte, photos et vidéos : N.K
Un grand merci à elle ! 

Cessol, reconnaissable avec sa tâche blanche sur la dorsale. Souvent aux vitres des spectateurs
Femke
Belize, si houspillée par ses condétenus qu’elle choisit de s’échouer
Ces « magnifiques artistes » sont en fait des esclaves
Le chlore pique aux yeux

Les dauphins du Parc Astérix

Le Parc Astérix et le dressage des chiens

Le Parc Astérix en juillet 2009


Les derniers dauphins du Parc Astérix

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