Les marsouins du Yangtsé livrés aux pires delphinariums chinois

 

Capture pour relocalisation de marsouins aptères du Yangtsé

Les marsouins du Yangtsé livrés aux pires delphinariums chinois

Les derniers marsouins aptères du Yangtsé seront-ils bientôt livrés aux pires delphinariums chinois ?
14 d’entre eux ont déjà été retirés de leur réserve naturelle, pour être envoyés au Chimelong Ocean Kingdom et au Shanghai Haichang Polar Ocean World.
Ce déplacement ne pourra que nuire au bien-être des petits cétacés sauvages et à l’avenir même de l’espèce, très gravement menacée.

Marsouin aptère du Yangtsé

Le 18 juillet 2018

L’Administration des pêches du fleuve Yangtsé a publié un premier avis recommandant d’accélérer la conservation ex situ du petit marsouin d’eau douce.
Les sociétés Zhuhai Chimelong Investment & Development Co, Shanghai Haichang Polar Ocean World Ltd et le Centre de Recherches sur les pêches en eau douce de l’Académie Chinoise des Sciences Halieutiques ont d’ores et déjà soumis une demande d’autorisation pour la reproduction artificielle des marsouins afin d’assurer leur conservation ex situ, dans le cadre d’un élevage en milieu captif.
La demande a été approuvée par le Bureau de l’Administration des Pêches du Ministère de l’Agriculture.

Le 27 juillet 2018

Le Bureau du Comité de l’Agriculture de la province d’Anhui a envoyé une lettre au Comité de la ville d’Anqing, exigeant que 14 marsouins aptères du Yangtsé soient retirés de leur réserve de Xijiang pour être envoyés au Zhuhai et à Shanghai.
Ceux-ci ont donc été capturés et placés dans des réserves temporaires.
S’ils n’ont pas encore été distribués aux aquariums, c’est que certains détails pratiques font toujours l’objet de débats, mais les réunions de travail vont bon train.

Les marsouins de certaines « réserves » sont déjà dangereusement habitués aux contacts humains

‘organisation China Cetacean Alliance a protesté aussitôt.
Elle rappelle que la seule solution raisonnable pour sauver les derniers marsouins aptères était la création immédiates de cinq nouvelles réserves naturelles le long du fleuve Yangtsé ainsi que la mise en place d’un réseau centralisé de sauvetage et de réhabilitation des petits marsouins d’eau douce en difficulté.

La réserve de Xijiang à Anqing, n’a été fondée qu’en janvier 2014, rappelle-t-elle.
Cinq marsouins ont été sauvés le long du fleuve et transférés là-bas en avril 2014. Un bébé y est né le mois de juin suivant. Huit autres marsouins ont été relocalisés de la sorte en novembre 2016 et six autres encore en novembre 2017 .
Aujourd’hui, ce sont 8 des ces 22 marsouins, bien adaptés à leur réserve, seront arrachés à leur vie naturelle et sociale pour être transférés dans les deux plus grands aquariums de Chine, sous prétexte d’un très contestable « plan de conservation ex-situ ».

En 1990, cinq marsouins aptères avaient été introduits dans la réserve de Swan Island.
Aujourd’hui, ils sont déjà 70 individus et commencent devenir une population autosuffisante, avec des naissances chaque année. Des marsouins de la réserve de Swan Island ont également été envoyés vers d’autres réserves pour les aider à prospérer, notamment celle de Xijiang.
Ces deux sanctuaires naturels constituent des habitats précieux pour les marsouins mais aussi pour d’autres espèces, y compris les humains, qui bénéficient d’un environnement meilleur.


Bien entendu, il existe des exemples de dauphins, d’orques et de bélugas qui se sont reproduits en captivité, mais ces naissances fragiles peuvent rarement maintenir des populations saines en captivité sans recourir à d’autres captures.
Tous les programmes de reproduction de cétacés en captivité à l’échelle mondiale ont été réalisés à des fins strictement commerciales, pour reconstituer le cheptel des dauphins de cirque, et non pour être relâchés dans la nature afin de reconstituer les stocks sauvages.

Les enfants nés dans des lagunes semi-naturelles destinées aux cétacés sauvages, telles que les réserves de marsouins sur le fleuve Yangtsé, peuvent être relâchés sans problème dans un autre habitat protégé. En revanche, les cétacés nés captifs ne sont plus réhabilitables, faute de compétences pour survivre en mer. Il n’y a donc aucun  intérêt en termes de conservation de l’espèce, de les faire se reproduire en captivité.

Par ailleurs, les marsouins qui resteront dans la réserve et les marsouins captifs, étant moins nombreux, deviendront consanguins. Les captifs peuvent même être privés d’accouplement naturel et se voir soumis à des inséminations artificielles ou à des collectes  de  sperme et d’insémination stressantes et intrusives.

L’argument selon lequel cette sous-espèce exclusivement chinoise nécessiterait un effort de sensibilisation auprès du grand public pour aider à sa sauvegarde, n’a aucun sens non plus. Les cétacés des grands delphinariums commerciaux comme Chimelong et Haichang ne sont pas exposés dans des enclos qui rappellent en quoique ce soit leur habitat naturel. Ils sont détenus dans des bassins de béton stériles. Les gens n’apprennent pas à les apprécier en tant que créatures sauvages, ils ne voient que des animaux clowns, des artistes en spectacle ! Même si les marsouins du Yangsté  ne seront sans doute pas contraints de faire des shows, ils seront présentés comme des personnages de bandes dessinées, gardés au sein d’entreprises de divertissement massifs et bruyants,.

 

Les demandes présentées par Zhuhai Chimelong Ocean Kingdom et Shanghai Haichang Polar Ocean World ne mentionnent même pas la réintroduction dans la nature des marsouins.
Leurs demandes décrivent uniquement les conditions nécessaires pour obtenir un permis de reproduction artificiel applicable aux marsoins aptères, l’installation des bassins et la formation du personnel concerné afin qu’il puisse « apprivoiser » les marsouins après leur arrivée. Rien n’est dit à propos d’une éventuelle réintroduction des cétacés d’origine ou de leur progéniture.
Il est piquant de notre que deux des trois organisations mentionnées comme «experts techniques», le Chimelong Ocean Kingdom et le Shanghai Polar Ocean World, enferment ensemble quelque 279 cétacés captifs de toute origine dans leurs bassins, y compris des orques et des bélugas, avec un taux de mortalité énorme.

Au Chimelong Ocean Kingdom, on garde des dauphins à bosse du Pacifique, parfois appelé « dauphin blanc ». La mâchoire inférieure de ce dernier semble avoir bien souffert.


Le Zhuhai Chimelong Ocean Kingdom a déjà importé cinq « dauphins blancs » chinois, gardés actuellement dans ce que le parc appelle une « base scientifique populaire ».

Neuf orques russes sont par ailleurs maintenues captives dans la nouvelle « ferme à orques » de ce delphinarium monstrueux.

Le Shanghai Haichang Polar Ocean World, lui, n’en peut plus d’attendre l’arrivée prochaine de ses quatre orques.
Il en fait continuellement de la publicité  sur ses comptes Weibo et WeChat.
Leur nouvelle « maison » est d’ailleurs presque achevée.

C’est là que vivront les orques. Avec un peu d’eau en plus.

On le constate : les delphinariums chinois sont aux aguets de tout ce qui se passe en Occident. 
Face au mouvement de contestation des défenseurs des animaux, SeaWorld et ses satellites européens ont développé les notions fallacieuses de « pédagogie, recherches scientifiques, conservation » pour justifier l’injustifiable.
Les deux plus monstrueux delphinariums que l’histoire ait jamais connu savent qu’il leur faudra, un jour lointain, affronter  le même regard critique de leurs clients chinois sur le pillage des océans qu’ils mènent.

C’est pourquoi la reproduction en bassin, peu pratiquée jusqu’ici,  commence à se développe peu à peu en Chine comme au Japon.
La ferme à orques de Chimelong Ocean Kingdom part d’ailleurs d’une bonne intention : ne plus capturer d’orques !
Exhiber d’adorables petits marsouins aptères du Yangtsé avec leur grosse bouille ronde de dessin animée, permettra sans nul doute aux deux aquariums chinois de se charger d’une noble mission scientifique tout en faisant tinter gaiement leurs tiroirs-caisses.


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