Mary G, dauphin de Risso


  27 Juin 2012

La petite Mary G est morte

« Chers amis,
Les premières informations issues du rapport d’autopsie de Marie G (le dauphin de Risso échoué puis transféré au delphinarium d’Oltremare en 2005) indique qu’elle serait décédée d’une infection causée par un «corps étranger» introduit dans ses bronches.

Il s’agit là d’un acte de négligence manifeste. Un cas parmi de nombreux autres mais qui s’est ici révélé mortel !
Cela fait des années que je mets en garde les autorités compétentes à ce propos.  Finalement, une enquête judiciaire a été ouverte, notamment grâce à notre intervention auprès de la CITES.

J’ai associé certains spécialistes (Giuseppe Notarbartolo di Sciara, biologiste marin, ainsi qu’un scientifique internationalement connu, Rosario Fico, vétérinaire de profession impliqué dans notre réseau de sauvegarde des dauphins et baleines échoués) de même que divers experts afin de préparer une note qui sera livré au magistrat.

Toute suggestion sera la bienvenue. Je vous tiens au courant des développements de cette affaire.
Merci d’avance à tous ».

Ilaria Ferri.
Scientific Directrice
d’Ente Nazionale Protezione Animali
Italie

 

risso-libre

Dauphin de Risso libre et heureux

Mary G, la petite delphine de Risso, captive depuis 2005 dans les bassins du delphinarium «Oltremare» à Riccione vient de mourir à un âge précoce ce 29 mai 2012.

« Cette triste histoire – explique l’association italienne Ente Nazionale Protezione Animali (ENPA)nous prouve une fois encore, s’il en était besoin, que les cétacés ne supportent pas la captivité, en dépit de l’attention, de soins et des traitements dont ils peuvent faire l’objet. Leur place est dans la mer, pas dans un bassin».

Par le passé, de nombreux documents ont été fournis qui proposaient des projets et rappelaient des expériences scientifiquement de réhabilitation et de réintroduction en milieu naturel, menées avec succès dans d’autres pays, de dauphins de Risso et d’autres cétacés.

L’ENPA a suggéré que l’on s’en inspire pour Mary G.
Malheureusement, les autorités ont choisi de confiner en captivité un animal qui était né libre, le contraignant à une vie artificielle et le forçant à vivre avec d’autres espèces.

«Bien que l’homme se croit capable de tout dominer, la Nature lui répond avec sa propre logique. Grâce aux études d’un éminent expert international, nous avons découvert que Mary G manifestait clairement tous les signes de stress, de douleur et de détresse connus chez les dauphins captifs. Nous les avions immédiatement signalés aux autorités compétentes, sans résultat »

L’ENPA rappelle que ce dauphin était la propriété de l’État italien et qu’il revient dès lors à celui-ci de procéder à une autopsie impartiale afin de révéler les raisons de la mort prématurée de Mary G. L’ENPA se réserve le droit de lancer toute action en justice qu’elle jugera opportune pour que les personnes qui ont causé le décès de ce cétacé soient poursuivies.

En outre, l’ENPA a demandé à nouveau une intervention urgente de la Ministère de la santé, du Ministère de l’Environnement et des Forêts (Bureau de la Cites) afin d’assurer des contrôles sévères à l’égard de l’ensemble des autres delphinariums italiens et de vérifier s’ils respectent les lois en vigueur, ce qui ne semble guère être le cas.

Pour briser sa solitude, Mary G fut associée à un dauphin Tursiops.


L’histoire de Mary G

Le 19 Juin 2004, le delphinarium d’Oltremare (Italie) apprend que deux cétacés se trouvent en grave difficulté dans le port d’Ancone.
Léquipe des soigneurs se rend aussitôt sur place et découvre qu’il s’agit là de deux dauphins de Risso (Grampus griseus), une maman et sa fille.
La situation est très délicate : les eaux de ce port sont extrêmement polluées. Les dauphins ne peuvent pas rester là.
La première idée des sauveteurs est de les ramener au large aussi vite que possible, mais leurs tentatives en ce sens échouent.

C’est du moins ce que l’on nous prétend. Car les étranges récits de dauphins échoués qui ne veulent plus retourner en mer sont légion dans le monde des delphinariums. Ce fut le cas de Beachie, le mâle étalon de Bruges, « sauvé des eaux » par Moby Solangi aux USA, de Kshamenk, l’orque argentin échoué de force par des pêcheurs ou plus récemment, de la petite Morgan, une orque de Norvège que l’on aurait pu rendre à ses parents sans difficulté. Mais en dépensant de l’argent, bien sûr…

C’est qu’en ces temps si rudes pour l’Industrie du dauphin clown en Europe, où il n’est plus permis de capturer des cétacés en mer, deux dauphins de Risso tout droits venu de l’océan constituent une rare aubaine.
Outre le profit immédiat que rapporteront les spectacles, ces individus au patrimoine génétique neuf permettent de procéder à d’intéressantes reproductions et à des échanges avec d’autres prisons aquatiques en manque de cétacés frais, nés en pleine mer et non dans un bocal plein d’eau chlorée.

Dauphin de Risso libre !

Dauphin de Risso libre et heureux

A la demande des autorités italiennes, donc, nous dit-on, le delphinarium aurait été prié de capturer les deux cétacés et de les mettre à l’abri dans ses bassins.
C’est là que les vétérinaires de l’entreprise les examinent plus attentivement et constatent que la maman dauphin est gravement malade.

Le bébé, lui, est sain, même si le stress qu’il subit alors est énorme et qu’il n »est pas encore sevré. Le lait maternel lui est toujours indispensable. Il faut donc guérir l’adulte à tout prix !
Les deux cétacés sont conduits vers un centre de sauvetage spécialisé mais, en dépit des soins intensifs qu’on lui procure, la maman finit par mourir au terme de deux jours d’agonie.
Dès lors, les soigneurs se retrouvent avec sur les bras, un bébé dauphin de Risso orphelin, trop jeune et non sevré !
Pendant quatre mois, l’équipe se dévoue jour et nuit pour alimenter au biberon, à l’aide d’une formule de lait maternel reconstitué, la petite créature marine sans défense.

Au mois de décembre, enfin, Mary G, puisque c’est ainsi qu’on l’a nommée, commence à pouvoir s’’alimenter seule.
Son menu quotidien consiste désormais en calamars : les dauphins de Risso sont en effet teutophages, tout comme les cachalots.

Le problème de l’alimentation étant réglé, reste celui de la solitude.
L’enfant vient de perdre sa mère, elle est seule dans un monde d’humains et de dauphins Tursiops !
Les responsables du parc lui préparent donc un programme d’enrichissement environnemental «augmenté», fait de jeux constants avec les dresseurs mais aussi, d’interactions avec les autres dauphins du parc, ce qui enchante dans un premier temps la petite delphine à front rond. Avant qu’elle ne soit soumise à l’apprentissage des shows…

Aujourd’hui, Mary n’appartient pas à Oltremare mais à l’état italien, par le biais légal de la Foundazione Cetacea, une association sans but lucratif qui laisse au parc marin la charge d’en prendre soin. Selon les dresseurs, la priorité du parc serait toujours de ramener Mary à son peuple, à son vrai monde et à la mer.
Mais la petite delphine ne sait rien de cet univers-là.
La rendre à son peuple, la replacer sitôt sevrée au sein d’une tribu de Grampus Griseus libres (qui l’adopteraient aussitôt, vu son jeune âge) prendrait du temps et coûterait de l’argent.
Contrairement aux jeunes chimpanzés, à qui l’humain peut enseigner les gestes et la culture de son espèce d’origine, les dauphins
n’apprennent que des dauphins. On y renonce. Et plus le temps passe, plus cette remise en mer devient impossible, la petite Mary G s’acculturant chaque jour davantage… Et se transformant chaque jour un peu plus en attraction de cirque.

Aujourd’hui, une commission d’experts internationaux travaillerait encore, paraît-il, sur le cas de Mary pour lui assurer le meilleur des futurs. L’enfant ne fait pas de shows. Elle est encore trop petite et se contente aujourd’hui de jouer en toute innocence avec ses amis humains et dauphins, les seuls qui prennent soin d’elles et qui la protègent.

(Notons qu’en 2011, Mary G faisait des shows comme tout le monde, soumise au bruit infernal, au stress et au dressage.)

Le dresseur qui doutait… mais qui prit soin de la petite Mary G

 

Mary G, si mignonne et si désespérée…