Les techniques de dressage des éléphants au zoo


Les techniques de dressage des éléphants au zoo

Des techniques de dressage pour les éléphants au zoo  ? Mais oui ! Il n’y a pas qu’au cirque qu’il faut apprendre à obéir à ces énormes pachydermes dont la révolte est redoutable. Même s’il s’applique à imiter ses parents en tous points, l’éléphanteau doit lui aussi subir un écolage. 

Bien sûr, les éléphants nés dans un zoo ou un cirque ont un caractère très différent des éléphants sauvages. La plupart des nés captifs  vivent au sein de groupes familiaux permanents. Néanmoins, ils doivent  tout de même apprendre à coexister avec l’homme, c’est-à-dire avec leurs gardiens. Cette coexistence nécessite des règles fixes qu’un jeune éléphant doit déjà apprendre très tôt après la naissance.

Même dans son pays d’origine, l’Asie, l’éléphant n’a jamais été un animal domestique
« La relation unique entre l’homme et l’éléphant en Asie remonte à 5.000 ans quand les éléphants commencèrent à être capturés et dressés pour être utilisés dans des cérémonies religieuses, les guerres, et comme animal de trait ou de somme.  Aucun autre animal n’a connu une telle relation avec l’homme tout en restant effectivement une espèce sauvage puisque l’élevage des éléphants en captivité est toujours resté sans réel succès ».

L’animal est potentiellement très dangereux, il faut donc le dompter et ceci dès le début de son existence.
Dans tous les cas de figure, il s’agit d’abord de faire comprendre à l’éléphant que c’est l’Humain qui domine, que c’est lui le chef et personne d’autre. S’il est encore petit, il doit comprendre que cette autorité est supérieure à celle de ses parents, qui y sont soumis également.

Le dressage des jeunes éléphants du zoo se limite généralement à l’apprentissage de gestes pratiques.
L’éléphanteau doit connaître les consignes importantes pour les contacts quotidiens et l’hygiène. Par exemple. il doit apprendre à se dresser, à lever un pied après l’autre pour la pédicure ou à s’étendre au sol pour être lavé. Le contrôle de sa santé passe aussi par cette « formation » à la prise de sang ou tests d’urines, voire à l’insémination artificielle.

Il existe globalement deux techniques pour soumettre un animal aussi énorme et puissant que l’éléphant.
La plupart des zoos modernes privilégient le « protected contact« , au détriment du « free contact » également utilisé au cirque de manière très musclée et à Pari Daiza. Mais la tendance est récente, car avant que les zoos ne se deviennent de fervents défenseurs de la biodiversité et alors qu’on ne parlait pas encore de programme de reproduction, la plupart des éléphants passaient du zoo au cirque et vice-versa, de sorte que la méthode dure, le free-contact, était en usage partout.

Le dressage des éléphants est d’une cruauté rare en Birmanie et en Thaïlande. De nombreux éléphants « fondateurs » de nos zoos et nos cirques ont subi ce traitement dans leur enfance.

LE CONTACT LIBRE
Free contact 

Le contact libre est bien connu  et suscite, comme on s’en doute, l’indignation des protecteurs des animaux.
Utilisé par les cirques mais aussi par les mahouts en Asie, cette approche implique un rapport de force direct entre le dresseur et son éléphant, avec usage de coups, d’enchaînements prolongés et d’autres punitions brutales.
On connaît les images terribles de ces éléphants sauvages brisés pendant des semaines en Asie du Sud-Est. Le dressage des cirques s’en inspire directement.

Lors d’un contact libre, l’éléphant et son « gestionnaire » interagissent directement.
Le dresseur utilise un crochet en métal – ou d’autres modes d’injonction forcée plus cruelles encore, comme la matraque électrique – pour indiquer à l’éléphant ce qu’il attend de lui. Le comportement du pachyderme sera ensuite renforcé par des récompenses positives, telles que nourriture, louanges verbales ou contacts sociaux.
Peu à peu, l’éléphant finira par se fier simplement à la voix de son dresseur et la douleur physique sera de moins en moins utilisée, sauf lorsqu’il s’agira de créer de nouveaux comportements.

Au Zoo d’Anvers en 2006, le contact libre était toujours d’usage

Le dressage  «Free-Contact » vise à atteindre l’obéissance totale de l’éléphant, pour permettre des interactions entre  son maître et lui aussi sûres que possible. La méthode n’en demeure pas moins risquée pour le dresseur et de nombreux accidents sont déjà survenus tant dans les zoos qu’au cirque ou lors de parades publiques en Asie. Quand un éléphant fait le choix suicidaire de briser ses chaînes et de se venger, il n’y a plus que la mort qui puisse l’arrêter.

Néanmoins, les adeptes du « Contact Libre » mettent en avant l’avantage de disposer d’un animal très docile. Celui-ci peut être facilement déplacé, soumis à de nouveaux exercices ou à des examens vétérinaires, sans avoir besoin d’user pour cela de contention physique étroite ou de méthodes chimiques (anesthésies).

Tous les éléphants ne sont cependant pas adaptés au dressage en contact libre.
C’est tout particulièrement vrai dans le cas des éléphants mâles adultes, extrêmement dangereux, pour lesquels le contact protégé s’impose.

Contact protégé à Planckendael Photo Dauphins Libres

LE CONTACT PROTEGE
Protected contact

Le Contact protégé se fonde sur d’autres bases, un peu plus humaines.
Ce n’est pourtant pas l’avis de tous les dresseurs. Certains considèrent que cette méthode se développe aujourd’hui de manière inconsidérée sous la pression des « oppositeurs animalistes » qui n’y connaissent rien.
Le «contact protégé» a été intensivement développé avec des éléphants dangereux dès le début du 20ième siècle et s’imposa rapidement par la suite, mais il était déjà utilisé en Asie depuis longtemps.

De nombreux éléphants sauvages fraîchement capturés subissent ce traitement, notamment dans le sud de l’Inde ou à Ceylan.
On les garde d’abord dans des cages appelées «Kraal » juste après leur capture. Les dresseurs les approchent progressivement et présentent aux captifs de la nourriture ou des friandises, afin de gagner peu à peu la confiance des éléphants et de créer chez eux une dépendance alimentaire à l’égard de l’homme.

Kraal en Inde

Le contact protégé est considéré comme une méthode « douce » pour manipuler les éléphants en captivité.
Ce système sans contact s’appuie sur le fait que l’éléphant est obligé d’accepter la domination du dresseur, comme il accepterait celle d’un autre dominant de rang élevé dans un groupe d’éléphants libres.
Pour les profanes, il semble peu probable, voire impossible, qu’un éléphant puisse accepter d’envisager un petit être humain comme étant supérieur à lui, à moins d’avoir recours à la brutalité et à la peur.  Ce n’est cependant pas exact.

Le terme «Contact protégé» n’est pas vraiment adéquat pour décrire la situation réelle lors du dressage.
Plus d’un gardien a couru de gros risques dans le contexte du « protected contact » et plus d’un éléphant a été harcelé par les autres éléphants, sans que personne puisse intervenir. Le contact protégé peut ne pas l’être du tout, du moins pour les éléphants.
Personne ne peut interrompre l’agressivité, le tabassage ou tout autre comportement anormal qui peut survenir entre deux pachydermes.

Les gardiens et les dresseurs ont seulement le droit de distraire l’attention des captifs pendant ces bagarres effrayantes. Ils ne ne peuvent en aucun cas s’interposer, comme dans le contact libre. Les affrontements peuvent être très violents lorsqu’une dominante ou un dominant voudra prendre la tête du troupeau : ce fut cas à Anvers, lors des bagarres entre Jana et Dumbo.

Depuis quelques années, la plupart des gardiens de zoos se sont formés au contact protégé.
Même les éléphants qui étaient encore gérés en contact direct doivent apprendre eux aussi les nouvelles méthodes d’encadrement.
Le principe est que jamais les gardiens ne doivent se trouver dans l’enclos avec l’éléphant. Ils doivent en être séparés par un espace grillagé prévu.  Toutes les mesures d’entretien, telles que pédicure, prélèvement de sang ou traitement des plaies mineures, peuvent être effectuées au travers de cette paroi.
Dans le contexte du contact protégé, le détenteur d’éléphant étudie soigneusement la structure hiérarchique du groupe d’éléphants. Lui-même ne sera plus l’animal alpha de ce groupe, mais il fera en sorte que chaque éléphant se sente à l’aise dans son groupe de détenus et s’y intègre le plus harmonieusement possible.

Le dressage du jeune éléphant de zoo 

Le dressage du jeune éléphant de zoo commence dès le deuxième jour de sa vie de bébé.
Un éléphanteau pesant plus de 120 kg doit déjà apprendre qu’il ne doit jamais pousser ses gardiens, ni les pousser contre le mur, ni les frapper avec ses petits pieds. S’il tente de le faire, le dresseur doit se défendre par un petit geste doux mais déterminé de la main ou en se servant de l’ankus.

Cette expérience enseigne au petit éléphant un premier sentiment de respect pour son gardien.
Celui-ci doit en retour montrer au bébé sa confiance et il doit le caresser. Caresser est important. Non seulement parce que les éléphants sont des animaux sociaux qui aiment le contact, mais aussi parce que de cette manière, le petit éléphant apprend à se laisser toucher de la tête aux pieds.
Toute la formation est accompagnée de commandes. Les plus importants sont “Oui”, “Non” et “Bien”. Ainsi, le petit éléphant sait ce qu’il est censé faire, ce qu’il est autorisé à faire et ce qui lui est interdit de faire.

Vers l’âge d’un an, il est temps que le petit éléphant se laisse enchaîner.
Cette étape prend environ 2 mois. Le petit éléphant commence par devoir enfiler une petite chaîne à la patte. Il doit apprendre à rester debout pendant que le gardien attache cette chaîne autour de son pied. C’est un exercice déjà difficile qui requiert la patience et la sensibilité des deux protagonistes. L’entraînement régulier avec le petit éléphant est également très important et doit se faire quotidiennement.
On commence par le laisser attaché un moment par la patte avant, puis l’on passe à la patte arrière.

Maintenant, l’éléphant doit aussi obéir.
Chaque fois que l’animal fait quelque chose de bien, il reçoit une récompense (des tranches de pomme, du sucre de raisin ou un autre petite gâterie). En revanche, s’il commet délibérément une bêtise ou refuse d’obéir, son attitude est aussitôt associée à une expérience négative. Cela peut être un coup de poing, un coup de hook ou le fouet.
« Bien sûr, cela fait très mal et l’éléphant fera de son mieux pour exécuter la commande correctement. Le gardien d’éléphant doit l’emporter par ses ordres. Sinon, il leur sera impossible de vivre ensemble par la suite ».

 

La punition fait partie de la leçon

 


Kai-Mook et les éléphants de Planckendael