Libres Indris de Madagascar

Indri à Madagascar Photo YG 2012

Indri à l’Andasibe-Mantadia National Park (Réserve du Périnet) en janvier 2012. Photo YG

Libres Indris de Madagascar

Ils se nomment les Indris. C’est un peuple fier, beau, de très grande taille
Tous les zoos du monde en voudraient. Mais voilà : dès qu’il est jeté en cage, l’Indri se laisse dépérir et décède.
Il ne peut vivre qu’en liberté !

Elle est superbe, sa liberté. Un coin de forêt humide à l’est de Madagascar, dans une réserve naturelle en principe protégée par la loi.
A supposer qu’une loi quelconque soit respecté dans ce pays écrabouillé par la misère, la corruption et la gestion insensée de l’Etat.

Il se tient là, pourtant, à trois mètres de nous, redressé, son museau de chien levé bien haut, ses longues jambes étendues, écoutant de ses oreilles en touffes l’appel lointain, lancé depuis la canopée voisine par un voisin matinal.

Indri à Madagascar. YG 2012

Et il répond : après nous avoir toisé d’un regard pénétrant, sa gueule noire s’ouvre, dont jaillit le cri le plus étrange qui soit, presque semblable à un chant de baleine, aigu modulé comme de la musique.
Une fois, deux fois. Puis il se retourne vers les siens.
Les femelles se regroupent, rassemblant les petits. Cela nous vaut le touchant spectacle d’une grosse boule fourrure enroulée sur le tronc, dominé par un père soucieux de son territoire.

Madagascar Photo YG 2012

Madagascar Photo YG 2012

C’est que les ressources alimentaires – feuilles, fruits, insectes – ne sont pas infinies sur ce trop petit bout de forêt cloîtrée, enserrée par des routes, assaillies par des villes, des villages, des hameaux, toujours plus peuplé d’humains affamés en quête, eux aussi, de quoi élever leur famille ou de cuisiner au charbon de bois.

Madagascar Photo YG 2012

Le tireur de pousse-pousse court pied nu sur la route chauffée à blanc, tandis que non loin, de scandaleuses fortunes s’affichent avec morgue. Madagascar YG 2012

L’Indri n’est pas un singe.
Il fait partie des «lémuriens» ou encore «prosimiens», bien qu’il ne siège en rien au bas de l’échelle des primates. Séparé de leurs ancêtres communs par une dérive continentale, les lémuriens se sont spécialisés à leur nouveau milieu, tandis qu’ailleurs, en Asie, en Amérique ou en Afrique, les simiens se divisaient, eux, en cercopithèques, en hominiens et en mille autres espèces.

De la même manière, les prosimiens se multiplièrent sous une variété de formes.
Les uns ne vécurent plus désormais que la nuit et devinrent minuscules, intéressants beaucoup les laboratoires pharmaceutiques, d’autres grandirent jusqu’à la taille d’un jeune gorille avant de se voir exterminés par l’Homme, d’autres encore ornèrent leur queue de rayures noires et blanches ou  se mirent à bondir comme sur un trampoline.

Le microcèbe, extraordinaire à voir sauter la nuit d’arbre en arbre, les yeux lumineux comme des phares, est très convoité pour les recherches sur la maladie d’Alzheimer. Peu de gens risquent de la contracter à Madagascar, l’espérance de vie y étant réduite à 57 ans…

Tous, néanmoins, se montrèrent formidablement adaptés à l’existence arboricole.
Leur olfaction se développa de manière exponentielle mais également leur vue frontale, l’habilité de leurs mains, de leurs pieds et de leur bouche. Et leur cerveau suivit le même chemin : totalement calibré pour la vie dans les branches !

N’attendez cependant pas d’eux qu’ils se servent d’outils en liberté. Ils n’en ont guère besoin là-haut. Leur bouche leur sert de cinquième main. En revanche, leurs capacités cognitives équivalent largement celles de leurs cousins singes, bien que sur un mode moins querelleur.

Chez eux aussi, les sociétés se distinguent de remarquable façon
Si la plupart d’entre elles se fondent sur le matriarcat et que toutes sont paisibles, chaleureuses et familiales, chacune est spécifique à une espèce donnée, voire à un groupe donné selon le lieu où il habite.
Nous sommes là encore confrontés à une richesse vertigineuse de cultures non-humaines que les zoos seraient bien en peine de reconstituer. Il faudrait des années pour les comprendre toutes mais les années, justement, leur sont dramatiquement comptées.

Lémur des bambous. Madagascar Photo YG 2012

Hapalémur doré ou Lémur des bambous. Madagascar Photo YG 2012

Combien de temps encore ces petits peuples velus pourront-ils survivre ?
La pression anthropique augmente de toutes parts : malgré les tabous ancestraux, on les piège pour leur viande, on les capture pour les zoos ou les particuliers en quête de NAC affectueux, car à l’exception de l’Indri, bon nombre des lémuriens peuvent se reproduire en captivité.

Des associations publiques locales, des organisations tentent certes de les protéger, pour une fois utilement financées par quelques zoos européens. Les lémuriens sont classés au sinistre top de la liste rouge de l’IUCN, parmi les animaux plus menacés au monde.

Mais tandis qu’un DJ fou règne en son palais, Madagascar s’effondre sous le poids de la misère.
Rarement, il nous fut donné de ressentir ce souffle de pauvreté, alors même que cette île vaste comme un continent regorge de splendeurs naturelles et pourrait devenir le must de tous les voyages éco-touristiques.

L’Indri-indri nous regarde

Il faut aider Madagascar.
Il faut que la démocratie et le respect de loi s’y rétablissent pleinement en toute indépendance.
Il faut veiller aussi sur sa flore et sa faune uniques au monde, pour faire en sorte que le seigneur Indri puisse, durant des siècles, lancer son chant puissant parmi les lianes et les fougères arborescentes peuplées de caméléons géants et de fossas, puis s’élancer de branche en branche, danseur volant, merveilleux acrobate et chanteur dont l’esprit recèle encore tant de savoirs ignorés.


 

Madagascar Photo YG 2012

Madagascar Photo YG 2012

lundi 12 mars 2018

Les lémuriens « Indri-indri » menacés de disparition

Les indri-indri ainsi qu’un bon nombre d’espèces de lémuriens font partie de ces animaux endémiques que l’on ne trouve qu’à Madagascar et qui fait bien la renommée de la Grande Ile.
Malheureusement, ces animaux sont actuellement plus que jamais menacés de disparition. En effet, le braconnage devient de plus en plus courant à Madagascar et les lémuriens n’y échappent pas.

Le 28 février dernier, trois braconniers ont été aperçus dans la forêt d’Antavolobe Iaroka, commune rurale d’Andasibe alors qu’ils étaient en train de chasser des lémuriens. Malheureusement, un seul d’entre les trois a pu être appréhendé tandis que les deux autres ont pris la fuite.
Douze (12) cadavres de lémuriens dont onze (11) indri-indri et un (1) prophitecus diadema ont été retrouvés sur ce dernier, déjà vidés de leurs organes. Le braconnier est actuellement entre les mains des forces de l’ordre pour être enquêté. Cette arrestation a pu aboutir grâce à l’intervention des VOI ou vondron’olona ifotony, qui travaillent de concert avec le ministère de l’environnement.
Selon les explications d’Etienne, membre du VOI d’ Andasibe, « ce genre d’acte est devenu très courant depuis l’année dernière. Toutefois, cette arrestation est la première du genre. Au cours de l’année 2017, les guides et les gardes forestiers ont trouvé de plus en plus d’organes de lémuriens dans la forêt ». Toujours selon les VOI, l’un des problèmes rencontré est aussi et surtout le manque de garde-forestiers. Un fait aberrant vu qu’on parle d’aires protégées et non d’un simple parc. Ces activités de braconnage pourraient à terme mener à la disparition complète de ces lémuriens qui pourtant attirent énormément de touristes, étrangers comme nationaux.

Pour y faire face, la ministre de l’environnement, Ndahimananjara Johanita a fait appel au ministère de la Justice afin de stopper ces actes, la chasse ainsi que la consommation de viande de lémuriens étant interdit par la loi.
L’exploitation des richesses naturelles malgaches prend de plus en plus d’envergure et presque toutes les espèces endémiques caractéristiques de la Grande Ile comme les tortues et les lémuriens sont exploités illégalement.
Il en est de même concernant la flore malgache qui est laissé à la disposition des trafiquants et autres hommes d’affaires protégés en haut lieu. Rien n’est fait pour stopper ces actes qui ne sont réprimés que sur les textes de loi.

Ce superbe caméléon sera emporté sous nos yeux par un « guide » d’occasion et sans doute revendu très vite à un collectionneur.

 


 


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