Linda et Mateo, deux dauphins de Bruges exilés en Italie

Linda et son fils Mateo, deux dauphins de Bruges exilés en Italie. Photo Cosetta Bordet 2005

Linda et Mateo, deux dauphins de Bruges exilés en Italie


Linda et son jeune fils Mateo ont été expédiés par le delphinarium de Bruges vers celui de l’Aquarium de Gènes en 2006.

Après presque dix ans de solitude et de deuils, Linda en reviendra sans son fils. Mais on bonheur sera grand de retrouver ses chères amies de capture dont on l’avait froidement séparée, Puck, Roxanne et Linda.  

Peu après le départ de Linda, le bassin des dauphins a été rénové. En principe, ils ne font aucun show. On les regarde comme des poissons d’aquarium

L’arrivée à Gènes

« Le 6 juin 2006, une petite fête a été organisée pour accueillir les nouveaux copains de Beta, Linda et Mateo.
Ces deux dauphins »
, nous raconte l’Aquarium de Gènes dans ses documents de propagande officielle, « nous arrivent de Bruges, en Belgique ».
Il s’agit de la femelle Linda, 30 ans, originaire de Floride et de Mateo, son fils, né à Bruges en août 2003. Après le départ de Blue, la fille de Béta qui est retournée chez elle, l’arrivée des deux nouveaux restitue un nouveau groupe social (Tiens donc ? Un clan ou « pod » compte pourtant en moyenne de 5 à 15 individus chez les dauphins Tursiops)

« Linda pèse aujourd’hui 166 kilos, elle mesure 2, 52 de long et mange 7 kilos de poissons (morts) par jour. Elle est douce et très câline avec son bébé. Mateo, lui, pèse 130 kilos. Il mesure 2, 26 et mange deux kilos de poisson par jour.
La mère et l’enfant sont arrivés par avion-cargo depuis la Belgique. Deux personnes les accompagnaient : le Dr Andrew Greenwood (International Zoo Veterinarian group)  et Claudia Gili   curateur de l’Aquarium de Gènes.
Deux dresseurs de Bruges ont également rejoint Gènes par la suite, afin de permettre une meilleure intégration des deux dauphins dans leur nouvel environnement ».

Pour rappel, Andrew Greenwood, chargé de veiller à la bonne santé des autres dauphins à Bruges. s’était également chargé de l’autopsie de Violetta, une delphine battue à mort par Simon Ede à Gardaland (Italie) en l’an 2000. Malgré le fait  qu’il nota que la malheureuse avait eu la colonne vertébrale brisée, il n’en déclara pas moins que rien de spécial ni d’inhabituel n’avait eu lieu dans l’enceinte du delphinarium.

Linda est restée seule en Italie pendant des années loin de ses deux amies, Roxanne et Puck, qu’elle connaissait depuis l’enfance

Les lieux sont-ils meilleurs que ceux qu’elle a connu ?

Peut-être pires, en fait.
Il faut savoir que l’Aquarium de Gènes (en 2005) se situe au sein d’un grand navire, un bâtiment  en forme de cargo, comme celui qui orne Pairir-Daiza mais fabriqué à partir d’un assemblage de containers séparés.

Placé entre le bassin des mérous et celui des requins, le « delphinarium » est constitué par une sorte de haute structure cylindrique, éclairée par de vastes vitres blanches mais qui dispose aussi d’un accès à l’air libre sur les toits (et sur fond d’autoroutes !)

A l’instar de la plupart des delphinariums du monde, ce bocal est totalement vide de tout objet…
Mais aussi de tout show, de toute activité, de toute stimulation quelconque qui pourrait arracher les dauphins à leur triste contemplation d’un fond de béton nu.
Nos trois cétacés tournent donc en rond sans rien faire de toute la journée, dans un espace mal adapté à leurs besoins et beaucoup trop étroit.  Certes, on les dresse à recevoir leur soins médicaux, ce qui n’est déjà pas mal, si l’on songe qu’à Anvers, par exemple, ou au Parc Asterix, il fallait vider le bassin pour soigner les dauphins !

 

Linda et Béa en 2005 – Photo Cosetta Bordet

A Gènes, dit la publicité :  » Les dauphins sont maintenus dans un bassin océanique identique à celui des requins.
L’Aquarium de Gênes, selon son choix propre, ne propose pas un show d’exercices acrobatiques comme cela se passe dans les delphinariums.
Mais, avec un peu de chance et en passant devant le bassin au moment des repas, il est possible d’assister à un type particulier de dressage, étudié spécialement pour faire en sorte que les animaux n’aient pas peur des visites vétérinaires périodiques, des prélèvements et des échographies. Le bassin principal est 
relié sur le côté droit à un bassin plus petit où les animaux peuvent être isolés en cas de besoin ou bien s’ils désirent le faire».

Des recherches scientifiques seraient également menées sur eux.
Ainsi, les sons qu’échangent la mère et son petit sont enregistrés puis mis en corrélation avec les comportements des mêmes, filmés en vidéo.
D’autres études concernent le sommeil du jeune dauphin.  Rien de bien excitant pour les trois captifs, objets passifs d’une observation froide et hors de propos.
On le sait, ce n’est qu’en mer et dans le contexte d’une vie sociale normale que de telles recherches pourraient être valides. L’étude du langage en bassin est une nouveau prétexte pseudo-scientifique très à la mode chez les montreurs de dauphins, comme nous le rappelle l’exemple de Port Saint Père.



 L’histoire de Linda 

Linda est née dans les eaux chaudes du Golfe du Mexique aux alentours de 1976.

Capturée entre 1980 et 1982 par le principal fournisseur de dauphins de l’époque, Moby Solangi, cette jeune delphine fut d’abord amenée dans les installations du célèbre trafiquant de dauphins texan, lequel se recycle désormais dans la « défense de la nature » (?) avec l’appui des pouvoirs publics et la bénédiction de la US Navy.

La petite Linda fut ensuite exportée en Europe, sous le nom de permis « Dolfirado B V’s Permit #299 USA Dolphin ».
Au terme d’un premier séjour dans les bassins du Dolfirado (Pays Bas), on la déporta enfin sous la sombre coupole de Bruges en juin 1988, afin de renouveler les stocks de dauphins morts lors d’un précédent incendie.
Linda a donc partagé pendant près de vingt ans le quotidien de Puck, Tex, Roxanne, Terry, Skippy et des autres pensionnaires enfermés sous la coupole en béton belge.

Tex, le grand étalon du bassin le plus obscur d’Europe lui donna plusieurs enfants :  Mateo, né le 12 août 2003, mais aussi la petite Thea, née le 5 juin 1991, morte le 1er décembre de la même année d’une infection bactérienne (Erysipelotrix rhusiopathiae), puis Milo, un garçon  né le 23 juin 1999 et apparemment toujours en vie dans les bassins de Bruges, et sans doute quelques autres enfants morts nés dont la trace
est perdue.

Jusqu’en 2004, le Sea Park de Bruges offrait donc à ses visiteurs l’image d’une charmante petite « famille dauphins », presque en équilibre, presque naturelle, puisque constituée de delphines jeunes et moins jeunes élevant leurs enfants en commun.


 

dofirado-tex-puck-linda1

Linda, Puck et Tex au Dolfirado en Hollande, avant leur envoi à Bruges

 

Linda en 2005 – Photo Cosetta Bordet

Linda en 2005 – Photo Cosetta Bordet

Linda en 2005 – Photo Cosetta Bordet

Linda en 2005 – Photo Cosetta Bordet

 


Zoomarine ouvre une succursale à Rome

L’histoire secrète des dauphins de Bruges