L’Ocean Park de Hong Kong est une poubelle et elle doit disparaître

Indo-Pacific bottlenose dolphins at Ocean Park. Photo: Sam Tsang

 L’Ocean Park de Hong Kong est une poubelle et elle doit disparaître

« L’Ocean Park de Hong Kong est une poubelle, c’est une vieille poubelle et elle doit disparaître » déclarait en 2017 le représentant de la Sea Shepherd Conservation Society basée dans l’ancienne colonie britannique au sud de la Chine.

Le fait est que le vieux parc marin commence à fatiguer les familles. Le public s’y fait moins nombreux, ses finances sont en berne, son engagement en faveur de la conservation des dauphins blancs locaux fait rire et ses mammifères marins meurent comme des mouches dans ses bassins usés.
On rêve qu’au travers de la désaffection annoncée des citoyens de Hong Kong, c’est toute la Chine continentale qui finisse par se détourner des spectacles de cétacés.

Dernière victime en date, Cléo était une petite femelle dauphin de l’Indo-Pacifique née à l’Ocean Park en août 2012.
Elle a grandi dans les bassins du soi-disant « Centre de recherche et d’élevage des mammifères marins ». Ce dauphin juvénile, qui n’avait présenté aucun problème de santé a commencé à perdre l’appétit et à souffrir de la fièvre le 18 avril dernier. Malgré toutes les tentatives pour la sauver, la santé du dauphin s’est détériorée et Cléo s’est éteinte dimanche, à l’âge de six ans. Une autopise ser aréalisée mais d’ores et déjà, le diagnostic est clair : retard staturo-pondéral. Les dauphins nés captifs font rarement de vieux os.
Le parc ne compte plus désormais que 22 grands dauphins de l’Indo-Pacifique, ou « Tursiops aduncus » dont la plupart ont été capturés à Taiji.

En 2015 et 2016, déjà, la delphine Maya, âgée de 15 ans, avait perdu deux enfants coup sur coup. Elle avait perdu le premier  peu de temps après que celui de son amie Ester, âgée de 22 ans, ne meure lui aussi à la naissance. En 2013, l’Ocean Park fit la une des médias avec Pinky, la delphine qui se jetait contre les murs. On ignore si elle vit encore.
«C’est comme si ces personnes avaient un permis de tuer», s’était exclamée alors la militante Zoé Ng, ajoutant que des milliers de Hongkongais avaient signé des pétitions au fil des ans pour que la capture des dauphins soit progressivement supprimée.

En réponse aux pressions des groupes de défense des animaux, l’Ocean Park de Hong Kong a cessé d’acheter des dauphins blancs et de bélugas en Chine continentale.
L’entreprise assure aussi qu’elle a cessé des dauphins de l’Indo-Pacifique au Japon et qu’elle s’en tient désormais à la reproduction en bassin. En fait, elle continue à louer des mammifères marins aux delphinariums du continent et ailleurs.

Au cours de l’exercice 2017-2018, Ocean Park hébergeait 7 807 animaux, dont 66 mammifères marins, 55 mammifères terrestres, 494 oiseaux et plus de 7 000 poissons.
Au cours de cette année 2019, un seul mammifère marin est mort dans le parc: un phoque commun âgé de deux mois atteint d’une maladie du foie. L’année précédente, deux mammifères marins sont morts: deux otaries de Californie « mortes de vieillesse ».

Les shows d'otaries sont touts les mêmes, du Boudewijn Seapark à l'Ocean Park, en passant par le zoo d'Anvers et le Marineland dAntibes...

Les shows d’otaries sont touts les mêmes, du Boudewijn Seapark à l’Ocean Park, en passant par le zoo d’Anvers et le Marineland dAntibes…

L’Ocean Park, un vieux delphinarium fatigué

Cela fait 50 ans que le gouvernement de Hong Kong a accepté d’accorder un terrain gratuite près d’Aberdeen pour un nouveau concept radical océanarium, qui a ouvert ses portes près de 10 ans plus tard, en janvier 1977.
Ocean Park est devenu une source de fierté et d’affection pour Hong Kong et fait partie d’une mémoire collective, mais cinq décennies plus tard, le paysage touristique a radicalement changé. Le parc à thème préféré de Hong Kong semble avoir du mal à s’adapter et est devenu pour certains un symbole de la honte.
« Je suis vraiment embarrassée par Ocean Park », a déclaré Zoé Ng, cofondatrice de la campagne Empty the Tanks de Hong Kong, qui s’oppose à la détention de mammifères marins en captivité .

En 2016, Ocean Park a enregistré un déficit record de 241,1 millions de dollars HK, le nombre de visiteurs a diminué de 18,8%.
De plus en plus de militants demandent que le parc mette fin à la captivité des mammifères marins.
L’activité est en perte de vitesse, les offres datées et l’affirmation du parc selon laquelle il serait le champion de la conservation et de l’éducation des océans ressemble de plus en plus à une plaisanterie.

À l’Ocean Theatre, quatre dauphins sautent dans une séquence parfaitement chorégraphiée, tandis que leur prestation est reproduite sur deux écrans géants situés derrière les bassins.
À l’apogée du spectacle, un faux navire est détruit lors d’une tempête simulée et, lors d’un simulacre de noyade, un dresseur est sauvé de justesse par des dauphins sur une musique entraînante et sous les acclamations enthousiastes du public. C’est une otarie qui le ranime !

Au-delà de la piscine et des écrans, on a une vue exceptionnelle sur la vraie mer, qui abrite les derniers dauphins blancs chinois du delta de la rivière des Perles et dépendent des eaux de Hong Kong pour survivre. Une étude réalisée par l’Université de Hong Kong cette année a estimé leur nombre à seulement 368.
«Quel est l’intérêt d’élever des dauphins en captivité lorsqu’ils ne sont pas une espèce locale et qu’ils ne sont même pas menacés dans la nature ?», demande Ng, qui estime que, plutôt que la conservation des espèces, le véritable héritage des 50 ans de l’Ocean Park est le nombre effarant de mammifères marins qui y sont morts.

Ocean Park n’a commencé à publier ses taux de mortalité animale avant 2010, mais les données publiées par l’ONG Ceta-Base sur les cétacés en captivité sont troublantes.
La base de données  qui ne donne plus aujourd’hui aucune information sur le parc – répertoriait en détail 47 décès de dauphins à l’Ocean Park, avant même l’inauguration, sur un total de 131 décès de cétacés entre 1974 et 2002.
Les taux de mortalités publiés depuis 2010 montraient une amélioration significative.

Ocean Park continue à prétendre que les spectacles d’animaux vivants constituent une partie importante de l’éducation à la conservation, élément clé de sa mission.
« Les installations agréées, telles que Ocean Park, permettent aux gens de faire l’expérience d’animaux dans un environnement respectueux, sûr et éducatif », a déclaré un porte-parole du parc.
Ocean Park indique que l’impact pédagogique positif de ses présentations a été validé par des recherches effectuées par des tiers et des sondages auprès des visiteurs. Il fait référence à une étude menée en 2011, indiquant que 89% des personnes interrogées considéraient que les enfants découvraient davantage de choses sur les mammifères marins dans un aquarium ou un zoo que dans la salle de classe.

Après 40 ans d’éducation, de nombreux spécialistes de la conservation marine ne sont pourtant pas convaincus que cela fasse la moindre différence.
«Le spectacle est choquant et il n’y a rien de pédagogique à voir des dauphins captifs effectuer des tours. C’est une poubelle, elle est vieille et elle doit disparaître », a déclaré Gary Stokes de la Sea Shepherd Conservation Society basée à Hong Kong, qui tente à sensibiliser le public à la défense des dauphins blancs de Chine dans le delta de la rivière des Perles.
« Je ne pense pas que le spectacle des dauphins de l’Ocean Park sensibilise beaucoup à la conservation de nos derniers dauphins blancs chinois à la conservation.Le parc se contente de montrer quelques diapositives de l’espèce au fond de la scène, au moment où le spectacle est sur le point de se terminer», ajoute Yuki Lui Hiu-ying , chargé de projet à la Hong Kong Dolphin Conservation Society.

Les recherches montrent que les habitats côtiers de Hong Kong sont essentiels à la survie du dauphin blanc chinois. Ils se dégradent rapidement en raison de la construction de ponts, de l’agrandissement d’un aéroport, de la remise en état, du trafic de traversiers à grande vitesse, du développement urbain, de la pollution marine et du changement climatique. La population diminue de 2,5% par an, ce qui signifie que 70% de la population totale de dauphins dans les eaux locales pourrait être perdue

En 50 ans, Ocean Park n’a pas récupéré, réhabilité ou libéré un seul dauphin blanc chinois. Sa voix est rarement entendue dans le débat sur la nécessité de mieux protéger les dauphins locaux.
À quelques mètres seulement du Grand Aquarium, où se trouve une vaste exposition sur les dégâts causés par le commerce des fruits de mer, se trouve un kiosque de restauration publicitaire proposant des calmars coréens pour 43 HK $.
Les pailles n’étaient pas vendues sur place lors de la Journée de la Conservation, «pour encourager la réduction de l’utilisation de plastiques jetables dans notre vie quotidienne», mais ils sont librement disponibles pour le reste de l’année, tout comme les gobelets, sacs et autres contenants en plastique.

Des gestes bien inoffensifs, donc et des comptes qui révèle la véritable ampleur de l’engagement de l’Ocean Park en matière de conservation. En 2015/16, le don de 12,1 millions de dollars de Hong Kong d’Ocean Park représentait moins de 1% (0,72%) des recettes brutes du parc, qui s’élevaient à 1,61 milliard de dollars de Hong Kong.
Les comptes de l’exercice 2015/16 montrent que la fondation a consacré 2,27 millions de dollars de Hong Kong aux «efforts de reconstruction après le séisme». Décision respectable, certes, mais sans la moindre utilité pour les dauphins menacés du delta de la rivière des Perles ou pour les groupes qui tentent de les protéger.
La Hong Kong Dolphin Conservancy Society ne reçoit ni financement, ni aucun don de l’Ocean Park.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le succès antérieur d’Ocean Park et de ses shows de dauphins ont inspiré près de 30 parcs marins sur le continent, qui importent sans relâche des dauphins et autres orques capturés à tout va…


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