Macaques berbères à Marrakech



Les singes magots de Marrakech, chaudement recommandés par les guides touristiques

2016
Mobilisation générale pour mettre fin au trafic de singes magots au Maroc

Bien que classée espèce menacée, le singe magot fait l’objet d’un commerce illicite au Maroc depuis plusieurs années.
Le phénomène est quelque peu en recul grâce à la sensibilisation menée par les ONG, mais l’exposition des macaques de Barbarie sur la place Jemaâ el Fna de Marrakech est dénoncée comme un encouragement au trafic. Un tableau jugé « honteux » pour l’image du Maroc qui abrite cette année la COP22.

« Faisons en sorte que de 2016 soit l’année où nous travaillons tous à mettre fin à l’exploitation des macaques de Barbarie au Maroc ! ».
Tel est l’appel de l’ONG Barbary Macaque en ce début d’année à tous les Marocains, tout étranger résidant au Maroc et aux touristes, dans un communiqué paru cette semaine. Ce document se veut être également une sorte de guide pour tout témoin d’une exploitation illégale de singe magot. Cette campagne vise à protéger cette espèce menacée qui fait, depuis de nombreuses années, l’objet d’un commerce illégal.

La place Jemâa El Fna reste le lieu d’exposition de prédilection pour les trafiquants. Ils proposent aux touristes de poser avec les singes moyennant quelques dirhams. Parfois ces animaux sont mis en vente ailleurs dans la ville ocre ou au Nord du royaume. Des macaques de Barbarie ont d’ailleurs été saisis plusieurs fois aux mains de MRE ou touristes lors de l’opération transit.
(Lire la suite sur Yabiladi)

Macaques berbères à Marrakech

LA PLACE JEMAA EL FNA

– « Hé, m’sieur ! M’sieur ! Une belle photo ? »

A peine ai-je eu le temps de me retourner que quelqu’un me pose un magot sur l’épaule.
La petite guenon paraît somnolente, droguée sans doute. Sans cesse, elle lève les bras comme pour parer les coups.
Sitôt placée sur mon dos, elle urine de peur en mouillant l’arrière de mon T-shirt. Je rends le pauvre animal à son dresseur, presque aussi vite qu’il me l’a donné. Un jeune homme jusque ici tout sourire.

– « Et il vient d’où, ton singe ? Comment tu l’as attrapé ? Tu le gardes où ? »

–  » On le soigne bien, Ms’ieur.  Pas de problèmes ! Il vit chez nous à la maison… Il est content, Inch Allah !  Tu dois payer pour la photo, maintenant ! »

– « Mais je ne t’ai rien demandé ! C’est toi qui m’a mis ce macaque sur l’épaule ! »

– » Tu dois payer ! Ta soeur a pris la photo ! « 

C’est vrai. Et à ma demande, encore bien, pour témoigner de l’incident. Je lâche quelques dirhams.

– » Hé, c’est pas assez, ça ! C’est de la ferraille, ça ! Faut donner plus ! »

Le sourire est tombé. Et quand je commence à photographier la caisse d’où le macaque a été extrait, la colère du dresseur explose :

– « Tu ne peux pas faire ça ! T’as payé pour le singe, pas pour la cage ! Tu ne peux pas photographier ça !»

 

Les singes y passent le plus clair de leur journée


Une cage ? C’est juste une caisse en bois peinte en vert.

C’est là-dedans que les dresseurs gardent leurs magots depuis l’aube jusqu’à la nuit tombée. Les propriétaires se tiennent pour leur part à l’ombre d’un auvent, par groupes de trois ou quatre personnes.

L’un de leurs singes est déguisé en femme, vêtu d’une nuisette blanche.
Son dresseur lui fait faire des culbutes en tirant sur la chaîne, sous l’œil ravi des badauds majoritairement marocains en ce début d’après-midi. Plus loin, des enfants tapent sur la caisse d’un magot pour l’exciter.
Personne ne réagit. Les parents sourient benoîtement et les dresseurs s’en amusent. Eux-mêmes frappent la caisse du poing de temps en temps afin de garder la bête en éveil.
La chaleur est pesante. Il doit faire 50°degrés au soleil et c’est là que les cages sont posées. Aucune trace de nourriture ou d’eau pour ces singes, qui passeront toute leur journée ici, avant de retourner… Où ? Comment ? Impossible de le savoir.
Peu importe à la plupart des touristes, qui se prêtent volontiers au jeu et se ne se soucient guère de savoir d’où viennet ces singes et quel est leur destin…

A certains, on propose d’acheter l’animal. S’ils acceptent, le malheureux ne franchira sans doute pas la frontière et se retrouvera bientôt dans un zoo du Maroc, où déjà ses semblables s’entassent.  Mais s’il parvient jamais en Europe, ce singe leur causera bien des soucis. Les singes font leur besoins n’importe où, cassent tout et deviennent agressifs. Ce sera dans un autre refuge qu’il finira ses jours.

Les touristes adorent ça !


La place Djemaa el Fna est le plus haut lieu touristique de Marrakech, et sans doute du Maroc.

C’est un endroit que tout voyageur se doit de visiter et qui bourdonne d’activité de l’aube à la nuit tombée. L’UNESCO lui a donné le titre de «site du patrimoine culturel de l’humanité ».

Force est de dire qu’à côté du réjouissant spectacle des acrobates, conteurs, diseuses de bonne aventure, gargotes et autres marchands de jus d’orange, l’agressivité des charmeurs de serpents et des dresseurs de singes gâche l’ambiance.
Ils abordent d’autorité toute personne qui s’approche en lui agitant un cobra flasque sous le nez ou en lui collant un singe sur les épaules. Ensuite, ils exigent d’être payés pour la photo. Les discussions peuvent s’envenimer et c’est une plaie pour les touristes que d’être ainsi harcelés puis insultés, s’ils ne paient pas.

«Le jour où j’ai visité la place en 2013″, raconte la zoologiste Keri Cairns, «j’ai vu quatre groupes de montreurs de singe. Chaque groupe gardait plusieurs macaques à l’extérieur et d’autres enfermés dans des caisses minuscules. Beaucoup de ces macaques étaient vêtus de couleur criarde et portaient des couches. Leur âge allait du jeune bébé aux femelles adultes, et chacun était traîné par une chaîne autour du cou. Ces malheureux ont enlevés à leur forêt et à leur famille et sont gardés dans des caisses surchauffées minuscules quand on ne les exhibe pas. Certains d’entre eux sont drogués et leurs dents et leurs griffes ont été arrachées».

Les choses ne se sont pas améliorées un an plus tard.
Selon une information récente (août 2014) de Barbary Macaques: « Les macaques sur la place sont vaccinés contre la rage et portent un micro-chip. Nous n’avons aucune preuve qu’ils soient drogués mais bien qu’ils sont battus s’ils désobéissent. Il y a environ de 40 à 50 macaques sur la place les jours d’afluence. Ils passent leurs journées enfermés dans leur boîte, sauf lorsqu’ils travaillent. Letrafic de macaques est organisé partout dans le pays mais nous manquons de moyens pour les aider tous ».

Une magnifique photo de Cyril Ruoso

Mais comment est-ce possible ? Comment le Maroc, qui a signé la convention de Berne sur les espèces en danger, peut-il tolérer qu’un animal repris sur la liste rouge de l‘IUCN soit exhibé chaque jour en tutu, tout au long de l’année, sur la place la plus touristique du pays ?

Le singe magot est la seule espèce de macaque existant en Afrique mais aussi le seul primate non humain vivant au nord du Sahara. Toutes les autres sous-espèces de macaques vivent en Asie ou à l’Ile Maurice. Communément connu sous le nom de « singe de Barbarie» ou « magot», il peuplait jadis en grand nombre les montagnes du Maroc et de l’Algérie.

Leurs cultures sont celles de tous les macaques : une société subtilement hiérarchisée dominée par quelques grands mâles mais régulées en sous-main par de sages matriarches, qui transmettent à leurs enfants le statut social qui est le leur.
(Lire aussi  : Macaques crabiers à l’Ile maurice)

Vivre en altitude, parmi les rochers et les grands arbres, suppose certaines adaptations. Le macaque berbère résiste bien au froid. Sa queue est réduite à l’extrême pour éviter toute déperdition de chaleur et son pelage devient plus fourni pendant l’hiver.
Les groupes peuvent compter jusqu’à 60 individus et ce sont les jeunes mâles qui, à la puberté, partent à la recherche d’autres groupes pour s’y reproduire. Selon la saison, les magots mangent des glands, des cônes et des aiguilles de cèdre, des champignons, de bulbes ainsi que des insectes, des scorpions ou des amphibiens.
Ils peuvent également pénétrer dans les zones agricoles et se nourrir de fruits, de légumes et de céréales. La réduction progressive de leur habitat naturel les pousse de plus en plus à adopter ce comportement, ce qui leur vaut la haine farouche des paysans marocains.

Touristes dans la réserve d’Ifrane

Aujourd’hui, quelque 6000 à 10.000 macaques s’accrochent encore aux cèdres, aux chênes et aux rochers de rares parcs nationaux.

Ils en sont même devenus l’attraction principale, avec tous les dégâts que cela implique.
A Ifrane, à Toubkal, à Talassemtane, dans la vallée de l’Ourika (s’il en reste !), ces singes perdent peu à peu leurs valeurs traditionnelles et leur compétence à vivre en liberté. Ils mendient des friandises au bord des routes. Ils se bourrent de barres chocolatées et de biscuits. Ils ont si soif parfois qu’on leur donne à boire de l’eau en bouteille.
Cette proximité avec l’homme les rend moins farouches et bien plus vulnérables.
Dès lors …

Ifrane : promenades à cheval, épuisants vendeurs de colifichets et non loin, restaurants de bord de route.


“Il est bien connu que le parc national d’Ifrane est la principale zone de braconnage au Maroc », explique le site du MPC. « L’un des groupes de singes y sont nourris par les touristes et sont donc beaucoup plus faciles à attraper pour le commerce illicite d’animaux familiers ».

Depuis un an, un nombre sans cesse croissant de personnes se rend en forêt pour tenter d’y capturer de jeunes macaques. Jusqu’ici, ces captures étaient le fait de bandes organisées. Mais il est devenu de plus en plus facile de s’emparer d’un bébé macaque au sein de ces populations accoutumées à l’homme.

La présence de stagiaires du MPC mais aussi de quelques vendeurs de fossiles, qui sont proches de ces groupes des ces singes au cours de la journée, a permis d’empêcher des braconniers de d’agir. Ceci nous montre à quel point il est important que ces lieux soient surveillés.
Voici deux cas où Faical Boutlib, étudiant à l’Université de Fès, s’est montré extrêmement courageux:
Le premier cas a eu lieu quand 2 personnes de nationalité marocaine se sont approchées du Blue Group pour capturer un jeune singe afin de l’offrir en cadeau à leurs propres enfants.
Heureusement, Faical était là et lui et ses amis ont pu surprendre les ravisseurs et avertir la police. On ignore si ceux-ci ont fait l’objet de poursuites légales, mais à tout le moins, ils n’ont pas pu voler le petit singe.

Le second cas met en scène 5 citoyens marocains vivant en Espagne qui passèrent à Ifrane. L’un d’eux a commencé à grimper sur un cèdre pour y voler le nouveau-né d’une guenon. Faical et Nina étaient là et ont pu arrêté les braconniers. Faical a pris le numéro d’immatriculation de la voiture et a appelé les autorités. Là non plus, rien ne confirme que ces gens aient du rendre des comptes devant la justice. Nous sommes très préoccupés par ces nouvelles et MPC envisage d’accroître la surveillance dans les prochains mois pour protéger principalement les groupes habitués à l’homme dans la forêt d’Azrou». (Juillet 2014)

Photo PrimateGirl

 

COMMENT LES AIDER ?

Barbary Macaques Awareness and Conservation
Cette association travaille principalement dans la région du Riff, au nord du Maroc. Elle procède à de confiscations d’animaux protégés, tout particulièrement de singes magots, mais se soucie également des chiens errants.
La BMAC est animée par une équipe de scientifiques, sous la direction de Sian S. Waters (PhD Candidate, Department of Anthropology, Durham University, UKmembre de l’IUCN/SSC, Primate & Reintroduction Specialist Groups,Primate Education Network (PEN), Regional Coordinator for North Africa, the Middle East, Spain & Gibraltar, European Studbook Keeper for the Barbary Macaque).
L’ambition dela BMAC est de créer un vaste centre de réhabilitation au Maroc même, ce qui épargnerait effectivement aux singes sauvés des mains des trafiquants de se retrouver dans des zoos marocains ou européens.
On sait la valeur du macaque pour les laboratoires, et l’on peut craindre qu’en cas de surpopulation captive, certains individus finissent sur la table d’expérimentation. L’éducation forme une part essentielle de l’action de la BMAC. Des stages dans les forêts de Bouhachem sont organisés par l’association.

http://www.barbarymacaque.org/

 

Moroccan Primate Conservation
Cette association néerlandaise met surtout le focus sur le commerce illégal de macaques berbères. Elle encourage l’écotourisme au Maroc et procède à des réhabiltations en milieu naturel.

Fondation Helga Heidrich
A Marrakech, la Fondation Helga Heidrich abrite aujourd’hui dans son Refuge d’Agafay  5 macaques berbères  initialement tirés d’un mauvais pas. Suite à l’arrivée d’un mâle coléreux, le climat s’est dégradé au sein de la petite colonie et chaque singe est désormais isolé des autres dans une cellule en béton. Leur situation psychologique est désastreuse, leur environnement est pauvre et sale, il est URGENT qu’une solution soit trouvée pour ces malheureux. Il n’est pas concevable de vouloir faire le bien des animaux et de leur infliger une souffrance encore pire que celle qu’ils subissaient quand ils étaient exploités.
Les relâcher est impossible car ces singes sont devenus dangereux. Le zoo risque également d’être difficile mais reste un option en ce sens que les macaques de la Fondation ont d’abord et avant tout besoin d’une vie sociale digne de ce nom. Nous ne doutons pas que Helga Heidrich fait de son mieux pour résoudre ce véritable drame avec des moyens très limités, mais les singes ne pourront pas attendre encore longtemps. Si la Fondation ne peut pas les aider, elle doit demander de l’aide à de vrais spécialistes des primates marocains.

Cette guenon est affectée d’une stéréotypie auto-mutilante : elle se ronge le pied de manière répétée, au terme d’une séquence de gestes identiques. Photo YG 2015

En savoir plus :
Michel Tarrier
http://www.notre-planete.info/actualites/3799-magot-Maroc-disparition
Michel Aymerich
http://www.michel-aymerich.com/photos-du-maroc-et-du-sahara/

Parcs nationaux
http://ma.chm-cbd.net/manag_cons/esp_prot/stat_nat/parc_nat/fol910246
http://ma.chm-cbd.net/manag_cons/esp_prot/stat_nat/parc_nat/fol117596

Magots
http://fr.wikipedia.org/wiki/Macaque_berb%C3%A8re#Habitat

Gibraltar
http://www.anecdote-du-jour.com/macaques-berberes-les-seuls-singes-a-l-etat-sauvage-en-europe/

Protestez auprès des agences de voyage et des sites de tourisme qui promeuvent ces exhibitions obscènes :
« Au Maroc, une action pourrait être menée à différents niveaux pour faire évoluer la situation :
– les pouvoirs publics en faisant respecter la Convention de Washington sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore menacées d’extinction, que le Maroc a signée et ratifiée, ou en sensibilisant la population à la préservation de l’environnement.
– les agences de voyage, les guides touristiques pour lutter contre l’ignorance des touristes, leur complaisance, voire leur complicité.
– l’UNESCO qui, après avoir inscrit la Place Jemaa El Fna sur la liste du Patrimoine mondial, ne peut faire fi de pratiques qui seraient condamnées sous d’autres cieux.
– les ONG marocaines, encore peu nombreuses dans ce domaine d’action, qui pourraient relayer le travail déjà réalisé notamment par le WWF.
Si demain les montreurs d’animaux ou les cages remplies de tortues disparaissaient, la Place Jemaa El Fna ne perdrait en rien la fascination qu’elle exerce sur ses visiteurs. Marrakech est suffisamment riche de talents et d’histoire pour les remplacer aux côtés des musiciens, conteurs, acrobates, cracheurs de feu, et autres saltimbanques tout en préservant sa précieuse identité culturelle ».

Le pays des macaques berbère

Macaques crabiers : vie quotidienne à l’île Maurice 


Macaques berbères à Marrakech

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