Nager avec les dauphins d’Egypte ?

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Les dauphins à long bec se reposent le jour et chassent la nuit. Ces plongeurs semblent l’ignorer.

Nager avec les dauphins d’Egypte !

Certaines associations et d’innombrables entreprises commerciales  nous proposent aujourd’hui de nager avec les dauphins à long bec en Egypte. Rien à redire à cela, dans la mesure où l’on sait que le whale-watching respectueux a deux vertus :

La première est générer du profit et dès lors, de convaincre d’anciens baleiniers (comme aux Açores) ou les gouvernements eux-mêmes qu’une baleine vivante rapporte plus qu’une baleine morte !
A ce niveau, il y eut cependant quelques couacs : en Islande, par exemple, des « whale-watchers » horrifiés ont assisté en direct au massacre d’un grand mysticète, du fait que ce pays a cru bon de maintenir de front les deux activités, chasse et observation !

Le second bénéfice du whale-watching est le fait que le spectacle de cétacés libres est une expérience de toute beauté qui vous émeut jusqu’au fond des tripes. Dès lors que vous avez pu contempler une famille de dauphins libres, socialisante, heureuse, nombreuse, ludique, ou d’interagir avec elle dans le seul milieu qui lui convienne, à savoir l’immensité de l’océan, vous avez toutes les chances de ne plus jamais remettre les pieds dans un delphinarium et d’aimer les dauphins pour le reste de votre vie.

Dans l’Antiquité, les Grecs et les Crétois vivaient en bonne harmonie, de peuple à peuple, avec les dauphins.

Il en fut de même pour d’autres cultures, tant il est évident que les cétacés semblent souvent s’intéresser à l’homme, à sa technologie bizarre et prennent plaisir à le fréquenter. Il advient même que certains d’entre eux viennent chercher secours auprès de nous, ou que d’autres collaborent avec des pêcheurs.

En Crète, les dauphins partageaient la vie des habitants

 

Mais voilà ! La situation n’est hélas plus la même que celle que connurent Wade Doak , Jim Nollman  ou d’autres pionniers de la nage avec les dauphins dans les années 60, où la population humaine était moitié moindre qu’aujourd’hui et le tourisme infiniment moins développé.
Désormais, à l’heure où la démographie explose, la Nature – en tant que « bien rare » donc cher – est devenue une source de profit.
Et s’il y a « du dauphin », il y a de l’argent derrière, peu importe les conséquences….
Cette situation a déjà été lourdement dénoncé par l’association britannique WDC , qui s’appuie comme toujours sur d’imparables études scientifiques menées sur le terrain.

nager avec les dauphins

Notez bien que sur cette photo, tous les dauphins fuient. Le nageur les poursuit.

Egypte : l’industrie du « Swim with dolphins »

Les dauphins avec lesquels on nage à grand prix en Mer Rouge, à l’île Maurice sont majoritairement des « dauphins à long bec « , connus sous le nom scientifique de « Stenella Longirostris« , un petit odontocète doté d’une grande intelligence et de structures sociales complexes, dont les chasses sont essentiellement nocturnes.

Comme le souligne  Peter T. Young, responsable du Hawaii’s Department of Land and Natural Resources (DLNR)  :
« En 1972, le Marine Mammal Protection Act a interdit tout harcèlement, chasse, meurtre ou capture de cétacés sauvages aux USA.  La notion de harcèlement est définie par cette loi comme toute poursuite, coup, ou autre perturbation qui puisse avoir pour conséquences de perturber la vie normale et les comportements habituels des mammifères marins. D’années en années, les experts ont pu démontrer que lorsque les humains se rendent sur les lieux où se reposent les dauphins à long bec, ils modifient de ce fait le comportement de ceux-ci et vont même jusqu’à les mettre en danger.

Les « spinner dolphins » se rendent dans des baies aux eaux calmes, généralement protégée des requins et des courants océaniques  par une barrière corallienne afin de s’y reposer. Si on les empêche de récupérer de leurs longues nuits de chasse et de se consacrer à l’élevage de leurs enfants ou à des activités de socialisation détendues, il leur sera plus difficile de pêcher efficacement la nuit suivante  ou de rester pleinement vigilants pour éviter les attaques de leurs prédateurs. Pire encore, l’impact anthropique peut pousser ces dauphins à se réfugier dans des zones moins calmes et plus dangereuses ».

Il est rare cependant que les humains plongent de nuit et ils auraient d’ailleurs bien du mal à suivre les rapides sténelles dans leurs chasses merveilleusement organisées. Dès lors, les approcher durant la journée mais surtout tenter de nager avec eux constituent pour ce peuple marin un désagrément grave. C’est un peu comme si un groupe de touristes entraient dans votre chambre en pleine nuit.

Ici, c’est le contraire : les dauphins à long bec aiment à se reposer le jour, socialiser, allaiter leur petit et toute présence intrusive les déstabilise. Nous avons connaissance des conséquences de ce dolphin-watching intrusif à l’île Maurice, dont les cétacés commencent à fuir les côtes, épuisés par les visites incessantes d’êtres humains armés de palmes et de tuba et circulant plein pot sur des navires pétaradant le diesel.

Nager avec les dauphins à Maurice Photo YG

Maurice : la curée !

 

La situation des dauphins à long bec en Mer Rouge est particulièrement préoccupante.
Ainsi que nous le rappelle Isabelle Croizeau :

« L’exemple de Ras Samadai, une station balnéaire est située à 270 Km au sud de Hurghada doit aussi nous donner à réfléchir.
Si nous prenons plaisir aux rencontres animalières, il faut trouver des solutions pour que la pression demeure acceptable, avec toute la difficulté d’évaluation que cela représente. Sous peine de nous voir interdire l’accès à des sites de plus en plus nombreux, mesure indispensable pour la sauvegarde des espèces.
Depuis fin 2003, l’accès au lagon est en effet interdit, et les rangers veillent. Une ligne de bouées marque la démarcation définitive, et seul un chenal a été maintenu, auquel on peut accéder en PMT mais impérativement équipé d’un gilet de sauvetage. Pour le reste, il faut rester à l’entrée du fameux récif en forme de fer à cheval.
Et encore, l’accès n’est autorisé que quelques heures par jour, et en échange de 15 euros par plongeur, dont un tiers va à la gestion des réserves, et deux tiers au gouvernement.
«Il était devenu impossible de faire autrement, explique Zizo. Certains jours de l’été 2003, on a compté plus de 40 bateaux, soit 800 personnes dans l’eau avec les dauphins . Certains partaient d’Hurghada tôt le matin, et après 4 heures de route arrivaient par bus entiers sur la plage. L’horreur, la limite insupportable des rencontres avec les animaux « 

Est-ce bien raisonnable d’accentuer encore la pression anthropique sur ces dauphins de la Mer Rouge qui n’en peuvent plus d’être noyés dans les filets dérivants par millions, affamés par la surpêche ou perturbés du matin au soir par des hordes de touristes hilares ?
S’il vous plaît, ayez une pensée pour ce peuple libre et magnifique qui tente de survivre envers et contre tout.
Ils ont besoin de nous. Ne les exploitons pas !

En savoir plus sur les « Spinner dolphins « 
Dolphin Days: The Life and Times of the Spinner Dolphin.
by Kenneth S. Norris

Un livre merveilleux, où le lecteur se fond littéralement dans la culture et la vie  privée des « Spinner dolphins ».
Tout y est :  les préparatifs et les discussions qui précèdent la chasse, le départ au  coucher du soleil, l’organisation de « l’enveloppe magique », qui permet à ce « village nageant » de protéger ses frontières, la répartition des rôles, les uns gardant le groupe contre les attaques de requins, les autres entourant les petits ou guidant toute la troupe à leur suite,  d’autres encore envoyés en avant ou sur les côtés, afin de repérer les bancs de poissons ou de calmars et d’en avertir la longue colonne de dauphins en mouvement.

A lire absolument… même si , bien sûr, ce livre n’a jamais été traduit en français !


Les dauphins de Taiji de Beyrouth au Sinaï